La cape et les pets !

The Cape par Joe Hill et Zach Howard

Le roi des beaufs est parmi nous

Le roi des beaufs est parmi nous©Idw

Ce commentaire livre des moments clés de l’intrigue.

Adaptée d’une nouvelle de Joe Hill ( le fils de Stephen King ! ), The Cape est un récit complet mettant en scène deux jeunes frères qui jouent aux supers héros dans un bois. Eric tombe d’un arbre par accident et se blesse grièvement .

Mais avant sa chute , Eric a brièvement volé ! Il est convaincu que c’est sa cape que le lui a permis.

Suite à de multiples opérations, le jeune garçon espiègle devient un adolescent renfrogné qui se gave de burgers et de bière. Jusqu’au jour où il retrouve sa cape et vole de nouveau.

Nous arrivons alors à l’originalité du récit, ce qui fait sa force et sa faiblesse ; alors qu’en temps ordinaire, un ado se dirait qu’à grands pouvoirs, grandes responsabilités, Eric se met à la poursuite de sa fiancée, de sa mère et de son frère pour …. les tuer !

The Cape s’inscrit ici dans la lignée de la petite entreprise de Mark Millar : la pulvérisation du mythe du super héros nous dit crânement le quatrième de couverture de Milady. Passe encore qu’Eric est un branleur qu’on imagine pétant dans le salon avachi devant sa console entre deux parts de pizza et sa caisse de bière.

Eric et son ours...

Eric et son ours…©Idw

Passent encore les approximations scénaristiques jovialement absurdes. Eric est capable de voler, certes,  mais comment fait il pour soulever un ours, lui attacher une corde autour du cou sans se faire déchiqueter et le transporter dans les airs sans transpirer sans que l’animal ne s’étrangle avec le noeud coulant autour de sa gorge ?

Autre scène d’anthologie : Eric balance une tronçonneuse dans un moteur d’avion en tee shirt sans s’inquiéter de la température en altitude et du manque d’oxygène ….Mouais , on peut imaginer que la cape d’Éric lui confère force et vigueur …Sauf que ce qui pourrait passer chez Millar réputé pour ses idées mais pas pour sa finesse ne fonctionne pas chez Hill.

Massacre à la tronçonneuse...

Massacre à la tronçonneuse…©Idw

On parle quand même du scénariste de Locke and Key  là  ! D’un type qui a signé des comics précieux où le fantastique se mariait habilement avec le réel et le quotidien.  Une oeuvre qui brillait par la subtilité des relations entre ses personnages déchirés dotés d’une psychologie raffinée.Il ne s’agit pas de se demander si les actions immorales que Hill décrit sont choquantes pour le lecteur. Dans ce domaine, son père a souvent fait pire , ne serait ce dans Shining où un père voulait tuer son enfant ! Non ! ce qui est navrant ici, c’est le manque de profondeur, de psychologie du personnage.

Voilà qu’il entreprend de tuer ceux qui l’aiment sans remords, ni arrière pensée, sans conflit interne pour l’humaniser. Et sans explications des raisons de cette haine subite pour ce type qui menait une vie ordinaire. Eric est un sociopathe muet sans vie intérieure capable de tuer sa mère et son frère sans sourciller. Ses victimes ne sont que des victimes dont nous n’avons qu’a accepter le sort funeste. Comme la réflexion pertienente sur les liens familiaux de Locke and Key semblent loin à ce moment.

Eric laisse tomber sa copine...

Eric laisse tomber sa copine…©Idw

Le fan de comics brutaux lambda prendra son pied dans le déchaînement des fatalités : crash d’avion , défenestration , homme dévoré vivant par un ours , chair brûlée …Le sadisme grim and gritty est bien là . Mais tout cela est trop court , trop bâclé pour que l’on s’y intéresse. Aucun second degré , ni de lecture cachée, c’est fade , bête et méchant et indigne de Joe Hill ! On parle quand même d’un type qui brûle son frère vivant parce qu’il est en colère…Et s’il est méchant , c’est parce qu’ il n’est pas gentil ….

Oh ! qu il est méchant !

Oh ! qu il est méchant !©Idw

Côté dessin , je rajoute une étoile car les illustrations de Zach Howard entre Jr Jr, Buckingham et  Bachalo sont de toutes beauté . Ses dessins , immédiatement attractifs participent à la publicité mensongère qu’est The Cape . Il multiplie d’ailleurs les doubles pages histoire de palier au manque du scénariste . Bénéfice du doute ? Hill n’a pas signé le scénario puisque c’est Jason Ciaramella qui l’a adapté et il s’agit d’une oeuvre de jeunesse. Toujours est il que le projet a été approuvé et que forcément le nom de Joe Hill vendra ce truc puant.

Allons jetons cette ânerie  dans le bac à soldes. Sur ce coup là, Hill a beaucoup à se faire pardonner …Allez, tous ensemble : Tes états d’âme sont pour moi Eric, comme les etats d’Amérique….

11 comments

  • Présence  

    Quand j’ai vu ce titre à Album, je me suis dit que ça ressemblait à une opération opportuniste pour tirer profit de la notoriété de Joe Hill sur « Locke & Key ». Du coup j’ai attendu les commentaires et le tien me convient complètement de jeter mon dévolu sur d’autres lectures.

    • Bruce lit  

      Cette histoire a sa fanbase. Il y a même un numéro 2 qui vient de sortir. Je me suis dit que j’avais été un peu dire, et puis rien qu’en travaillant sur les scans, j’ai senti la bile revenir. Oh ! Il faut dire que j’ai trouvé Black Sumeer tout aussi mauvais. Enfin un peux mieux quand même….Un tout petit peu…

      • jyrille  

        Black Summer a quand même une grosse réflexion derrière lui, ce n’est pas creux

  • jyrille  

    Tout pareil que Présence… Merci donc pour ce commentaire !

  • Tornado  

    Merci… pour les économies..

  • Erik 5  

    Merci, Bruce, pour l’économie, même si les dessins on l’air plutôt sympa, suivre les pérégrinations d’un psychopathe, très peu pour moi, on en voit déjà un peu trop en ce moment dans le monde réel.

    Je vais plutôt rattraper mon retard sur les articles du site…

  • bruce tringale  

    @Cyrille : Black Summer !! Vendu comme le nouveau Watchmen quand même !! Bon, c’est le prochain sur ma hitlist. J’ai trouvé ça plus divertissant que No Hero cela dit…

  • jyrille  

    Beaucoup trop de choses sont vendues comme le nouveau Watchmen… Soyons clairs une fois pour toutes : il n’y aura plus jamais de nouveau Watchmen. De même, nous y faisons nous-mêmes trop référence. Essayons donc d’oublier Watchmen ^^

    Je crois aussi que j’ai préféré Black Summer à No Hero, mais c’est parce que No Hero est un polar au final, et est sans doute encore plus nihiliste que Black Summer. Faudrait que je relise Black Summer, je m’en souviens moyennement.

  • JP Nguyen  

    Bon, Bruce, tu m’as donné envie de lire ce truc !
    Juste pour savoir si c’est aussi mauvais que tu le dis (certains com de lecteurs US sont plus nuancés voire élogieux).
    Je crois que, dans l’histoire, pour « expliquer » (non pas excuser) le comportement d’Eric, il y a quand même le fait que sa copine le plaque, qu’il fait de la parano et se sent/sait inférieur à son frère. Du coup, quand le looser acquiert des pouvoirs, la (mauvaise) nature humaine fait le reste.
    Il me semble détecter des similitudes avec « A God Somewhere »…

    J’hésite à commander le TP…
    Cape ou pas Cape ? ;-)

    • Bruce lit  

      Yo JP ! A toi de voir si tu veux de la nuance ou pas ! Même furuieux contre mon frère, j’aurai quand même des remords à le tuer… Encore une fois, si l’évolution du personnage était décrite, pourquoi pas…

  • Lone Sloane  

    Pas lu The Cape mais je viens de finir Thumbprint, adaptation d’une nouvelle de Joe Hill par Jason Ciaramella. L’histoire met en scène une jeune femme, soldat de retour d’Irak ou elle a participé à des actes de torture. Traumatisée et persecutée par l’envoi de courriers menaçants, elle sombre progressivement dans un climat de psychose alimenté par ses souvenirs irakiens.
    Inspirée librement des événements d’Abou Ghraib, c’est un comics avec une construction plutôt classique avec des flashbacks montrant le sale rôle jouée consciemment par l’héroine et la menace grandissante qui pèse sur elle.
    Ce qui est intéressant c’est la façon dont le thème de la culpabilité est traité et la montée progressive vers une forme de paranoia et de violence (pas libératrice).
    Une lecture qui laisse sa petite empreinte.
    Je n’avais lu jusqu’à présent que Cornes, qui vient de faire l’objet d’une adapatation ciné, et le recueil de nouvelles Fantômes, mais Joe Hill est le digne rejeton du King et conjugue habilement horreur et faits historiques, ainsi qu’un talent certain pour ancrer ses récits dans une Amérique provinciale (l’influence d’une enfance dans le Maine?).
    Faut que je me mette à Locke & Key pour découvrir le meilleur de cet auteur…

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