La mort aux trousses

Life Tome 1 à 3 par  Nobuyuki Fukumoto et  KaijiKawaguchi

Quel pif !

Quel pif ! © Panini

Première publication le 18 mars 2014. Mise à jour le 12 juillet 2015.

VO Kodansha

VF : Panini 

Life  ( Seizon  en japonais) est une maxi série en trois volumes publiée en VF par Panini. Le sens de lecture est japonais. Le dessinateur Kaiji Kawaguchi est aussi plébiscité au Japan que Taniguchi et a déjà signé Spirit of the Sun ou Jipang

Les éditions Panini nous avaient habitués à massacrer la licence Marvel. Il est rassurant de voir que côté Mangas, c’est aussi nul question rigueur. La traduction est très bien, la maquette jolie, mais des fautes d’orthographes subsistent. Il y ‘a également la répétition d’une séquence entière imprimée à plusieurs pages d’intervalles… Malgré tout cette édition est indispensable car jamais republiée et commence à valoir cher…

Lhistoire commence par un suicide raté

L’ histoire commence par un suicide raté © Panini

Un homme est sur le point de se pendre. Cancer. 6 mois de sursis. Il est sauvé par le téléphone : le corps de sa fille disparue depuis 14 ans a été retrouvé. Assassinat. Dans 6 mois le meurtrier pourra bénéficier de prescription. Notre ami rongé par le remords y voit un signe : le temps qu’il lui reste à vivre étant égal à celui  pour trouver l’assassin, il consacre ses dernières forces à le chercher. Comment va t’il faire sachant que la police a lâché l’affaire depuis longtemps ?

Quelle idée géniale ! Si le cinéma rengorge de film où les héros empoisonnés doivent trouver une solution avant de mourir, le traitement plus versé sur l’introspection que dans l’action virile est assez bouleversant. On pourrait facilement décrire Seizon comme le thriller que Taniguchi n’a pas écrit tant tout est prétexte à l’exploration de la nostalgie de la vie en famille, et de l’aliénation du travail qui transforme cette allégresse en paradis perdu…..

Les remords...

Les remords… © Panini

Pour notre héros tout est déjà trop tard : sa fille est morte , sa femme aussi et il ne va pas tarder à les rejoindre. Japonais obsédé par son travail, il réalise qu’il a négligé sa famille au moment où ils avaient le plus besoin de lui. Et contrairement aux clichés, notre ami est faillible, pas très beau et pleure souvent d’amertume. La séquence où il apprend son cancer est magnifique de réalisme ; plusieurs séquences le montre muet, tremblant de peur et de rage, appelant au secours silencieusement.

L’enquête est pleine d’imagination et les indices disséminés par l’auteur sont vraiment originaux, surprenants et parfois emplis de poésie.

Un homme courtois même face au tueur de sa fille

Un homme courtois même face au tueur de sa fille © Panini

Lorsque Takeda ( le nom de gros pif ) retrouve le tueur, ses intuitions  ne sont pas suffisantes pour obtenir une condamnation. Takeka doit donc obtenir ses aveux  avant que le délai de prescription du crime n’arrivent à leur terme avant la fin de la nuit . A l’inverse de ce que pourrait laisser à penser la couverture, notre héros au gros pif , n’envisage la violence que l’espace de deux pages. Le reste du temps, il s’agit de dialogues courtois mais tendus entre un père endeuillé et le criminel de sa fille.

Takeda souhaite venger la mort de son enfant , mais il le fait de manière réaliste, en faisant appel à son intelligence et à la légalité. C’est à la fois le point fort et faible de cette histoire qui nous amène sur des territoires souvent ignorés : le recours à la loi, à l’honnêteté et à la patience plutôt que celui systématique à la vengeance sanglante, brutale et passionnée.

Un homme sans espoir est un homme sans peur...

Un homme sans espoir est un homme sans peur… © Panini

Certaines planches sont assez poignantes : Tawako ( l’adolescente disparue)  n’est pas une victime lambda d’un thriller ordinaire : c’est une jeune femme courageuse , maline qui utilise son dernier souffle pour donner les indices nécessaires à son père pour venger une mort qu’elle sait imminente .

La séquence où son fantôme se blottit dans les bras de son père ivre de colère pour l’empêcher de poignarder son criminel est des plus poignantes. La force du regard de cette adolescente qui supplie son père sans un mot de passer par la non violence est bouleversante.

Le graphisme de Kawaguchi est très proche de Taniguchi. Dommage qu’il ait fait ce choix étrange d’affubler son héros de ce nez ridicule qui lui donne l’air d’un pochetron ….Passé ce détail, sa mise en scène est exemplaire alternant entre la nervosité d’une enquête perdue d’avance et des séquences intimes dans la nature japonaise.

Un enfant qui perd ses parents est orphelin. Aucun mot dans aucune langue ne désigne l’inverse, la perte d’un enfant pour un parent.  Seizon parle de la mort et de cette douleur insupportable en restant du côté de la vie et de l’espoir.  Véritable épave au début de l’histoire, Takeda renaît au souvenir de sa fille disparue. Comme Matt Murdock, sa force morale lui permet de ne jamais abandonner quand bien même son corps le trahit. Si l’univers est fondamentalement différent du super héros aveugle, il s’agit ici aussi de ne jamais abandonner et d’intégrer loi et vengeance….

Une enquête hors du commun, dramatique, souvent déchirante. Un  beau voyage au pays du chagrin à l’effet cathartique assuré…

Takeda  pleine de vie même morte...

Tawako pleine de vie même morte… © Panini

23 comments

  • Mlle Prudence  

    Une beau témoignage de l’amour père – fille un peu tardif. J’ai beaucoup apprécié

  • Bruce lit  

    « The Auteurs » 5 /6
    Un homme condamné par le cancer n’a que 6 mois à vivre. Pourra t’il trouver l’assassin de sa fille avant la prescription du crime dans les … 6 mois et le faire avouer ? « Life » par Nobuyuki Fukumoto et KaijiKawaguchi, le thriller que Jiro Taniguchi aurait pu écrire ! Atypique et culte !

    La BO du jour : continuer à avancer, même après la perte d’un enfant. Une leçon d’espoir signée Eric Clapton…..https://www.youtube.com/watch?v=VRsJlAJvOSM

  • Présence  

    J’avais également beaucoup apprécié la lecture de ce mange. Comme toi, les choix graphiques pour les visages m’avaient un pue surpris. Le scénariste donne aussi par moment l’impression de s’en tenir coûte que coûte à son dispositif de compte à rebours où le temps est compté pour le personnage principal. Mon fil avait lu les 10 premiers tomes de Zipang, et j’avais lu la première moitié de Eagle (une campagne électorale aux USA).

  • Bruce Lit  

    Et c’est comment ?

    • Présence  

      Pour Eagle, j’avais bien aimé le début. J’avais dû m’interrompre à a moitié pour cause de parution un peu lente, et l’éditeur initial avait jeté l’éponge avant la fin. La série a été rééditée dans son entier depuis. Je n’ai pas encore décidé quel manga je commencerai après « Vagabond » (j’en suis au tome 16 sur 37 pour ce dernier).

      Zipang : je ne l’ai pas lu. Mon fils avait abandonné en cours de route, l’histoire en l’intéressait pas.

  • Jyrille  

    Jamais entendu parler… mais ça a l’air bien. Encore une bd introuvable ?

    • Bruce lit  

      PAs introuvable….Je l’ai trouvée à 28 € pour les trois volumes ….en occaz’….

  • JP Nguyen  

    Vu la longueur limitée et la dispo également limitée, je me suis fait la scantrad en anglais ce matin. Lu d’une traite.
    C’est une enquête bien construite avec un suspense savamment entretenu et mis en scène (un vrai « page turner »).
    Ca m’a évoqué la série « Cold Case », forcément, vu qu’il s’agit d’une investigation sur un vieux meurtre. Et comme pour cette série, le scénariste n’évite pas quelques coincidences faciles… C’est une recette efficace et les dessins tiennent bien la route mais malgré quelques moments d’émotion, ça reste beaucoup dans l’enquête, la procédure, avec un coupable retord qui essaye d’échapper à la justice, avec un peu une accumulation d’effets à la Scooby Doo dans le dernier chapitre (oui mais en fait mais non mais si mais en fait non mais si quand même…).
    Pour moi, ça a été une bonne lecture donc mais pas indispensable non plus.
    Du même dessinateur, j’ai lu Zipang, très bien fait mais qui s’étale un peu trop à mon goût, j’ai du lâcher l’affaire vers le 13 ou le 14…

  • Bruce Lit  

    @JP : Oui, les auteurs ne lésinent pas sur les effets mélodramatique et une affaire qui se poursuit jusqu’aux dernières secondes avant la prescription. Je pense que le volet atypique de l’enquête l’emporte sur la crédibilité de l’histoire et le happy end… Si tu l’as lu d’une traite, c’est que tu as été happé comme moi, non ?

  • Lone Sloane  

    La référence hitchcockienne est fort à propos quand on découvre la teneur de l’histoire.
    Ca a l’air haletant et le format court est un argument souvent décisif dans mes choix de lecture.
    Concernant le tarin du personnage principal, outre l’habitude pour les lecteurs de franco-belge de voir des personnages à gros nez, je trouve que le choix d’un attribut inesthétique permet de caractériser avec peu d’effets un personnage et de dépasser l’aspect grotesque quand on en découvre la profondeur.

  • Bruce Lit  

    @Lone Sloane : Tiens, j’ai pensé à toi hier. J’étais à Gibert et me suis retrouvé face à face avec un album de ton homonyme !
    Concernant le pif ( gadget ) du héros, je trouve que celà le ridiculise plus qu’autre chose.

  • Matt  

    « Il y ‘a également la répétition d’une séquence entière imprimée à plusieurs pages d’intervalles »

    Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Il y a des pages en double ? Ils font chier les éditeurs du sandwich. ça a l’air vachement bien.
    Mais il faut s’attendre à des séquences en double alors ? Il ne manque pas de page au moins ?

    • Bruce lit  

      Non, il ne manque pas de pages et dans mon souvenir, le dédoublement de séquence ne se produit qu’une fois sur les trois volumes.
      Tu peux y aller.

  • Matt  

    Ayé, un an plus tard j’ai trouvé le lot des 3 à 15€
    Je reviendrais dire ce que j’en ai pensé.

  • Matt  

    Eh ben c’était très bien !
    L’enquête, le suspense, la confrontation finale.
    C’est presque surréaliste cependant que le père ne casse pas la gueule au tueur quand il avoue sans souci les pires trucs en pensant qu’il y a prescription. Quel sac à merde, à vouloir sauver sa peau sans même essayer de se prétendre innocent ! La plupart des gens lui auraient refait le portrait je crois^^
    Mais ça change du Punisher, c’est sûr.
    D’ailleurs c’est vrai ça ? Tu peux avouer les pires trucs après la prescriptions et personne ne peut t’arrêter ? Je pensais que ça empêchait la police d’enquêter mais si le mec avoue tout, il serait logique qu’on se fiche de la prescription et qu’on l’arrête, non ?
    Il est quand même en présence d’un flic quand il avoue. C’est pas comme s’il disait ça à n’importe qui.
    Mais bon sinon c’était une belle histoire. Un peu triste sur les regrets d’un père, le triste sort de sa fille, etc.

    • Bruce lit  

      Ah, ça me fait plaisir quand un article manga est visité et lu ! Content que tu aies aimé car c’est pas folichon l’ambiance. C’est une histoire que j’aime beaucoup et c’est chouette de la savoir partagée.
      Pour la prescription, j’imagine que c’est vrai. Je connais pas le code pénal pas plus que ça ceci dit.
      Tu as pu le trouver à bon prix ?
      Dans le même genre d’histoire je te conseille Je ne suis pas mort, complet en un volume.

      • Matt  

        Hum…cela dit la série semble « en cours » et il y a 2 tomes. Or, tu dis « complet en un tome »…

    • Matt  

      Voui ben juste au dessus je dis que j’ai trouvé les 3 tomes à 15€^^
      Concernant l’édition Panini…bon…les tomes 2 et 3, aucun souci. Mais en effet dans le premier il y a 1 page qui se répète et quelques coquilles (du genre un « cette » utilisé au lieu du singulier « cet »)
      La page répétée c’est au tout début alors que le personnage est sur le point de se suicider. ça va, ça ne gâche pas le truc.

    • Matt  

      Ah oui le résumé de « je ne suis pas mort » à l’air intéressant. J’aime bien ces histoires de gens qui redécouvrent la vie sous un autre angle que celui du boulot et de la société moderne. L’appel de la nature, une vie plus saine, tout ça…
      J’ignore si c’est vraiment le sujet mais ça me donne cette impression.

      • Bruce lit  

        Tu vas aimer j’en suis sûr.
        Suicide Island est parfait aussi mais c’est en 17 tomes (série complète).

        • Matt  

          Ouais ça calme 17 tomes…
          J’aime bien le format en 3 ou 4 tomes^^
          Tiens il faut toujours que j’essaie le truc sur la secte dont tu m’as parlé là…j’ai oublié le nom. J’ai un peu peur que ce soit encore moins réjouissant que Seizon mais bon…
          Tu comprends pourquoi je lis des trucs comme Jabberwocky ?^^ ça détend des fois. Tu lis plein de trucs tristes toi.

          • Bruce lit  

            J’aime la tristesse, c’est un sentiment familier. Que je distingue de la déprime.
            La série en question : Charisma

          • Matt  

            Ah oui voilà.
            Mais beaucoup de tristesse, ça ne mène pas à la déprime à force ?^^

            Bon en tous cas, j’avoue que je disqualifie des séries sur le nombre de volumes. Pour les mangas ou le franco-belge, je ne m’intéresse quasiment jamais à une série qui dépasse les 10 tomes.
            En comics, ça varie parce que bon…selon le format de publication, ce n’est jamais le même nombre de pages. Mais disons qu’un trop long run, ça finit pas me saouler. J’ai tenu sur Scalped parce que c’est quand même excellent. Mais 100 bullets, Fables, je ne veux pas en entendre parler^^ Et je ne parle même pas de Walking Dead, là faudrait me payer cher….
            Bone j’ai fait une exception grâce à un prix hyper réduit dans une grosse intégrale de 1000 pages. Strangers in paradise ça me rebute encore la durée.
            Bref je fais des exceptions parfois, mais en général j’évite. Je loupe surement des trucs mais…de toutes façons on ne peut pas tout lire ni tout posséder^^ On loupera tous des trucs dans tous les cas.

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