La vieillesse est un naufrage (Furtif)

Furtif par Mike Costa et Nate Bellegarde

Un article de BRUCE LIT

VO : Image

VF : Delcourt

Une couverture prometteuse
©Delcourt

Conçue par Monsieur WALKING DEAD et INVINCIBLE Robert Kirkman et Marc Silvestri, FURTIF est une mini série complète en 6 épisodes.

On ne sait pas pourquoi les deux stars de Image ont confié leur projet à des auteurs si peu connus Mike Costa pour le scénario et Nate Bellegarde qui, après un bon démarrage, n’atteignent pas l’objectif promis en quatrième de couverture.

Attention, s’il y a une chose qui ne sera pas furtive ici, ce seront les spoils.

Non, je ne suis pas Archangel !
©Image Comics

Pendant des décennies, le super-héros appelé Furtif a mené une guerre sans pitié contre le crime. Mais il a sans doute poussé un peu trop longtemps sa quête de justice.
Seul le reporter Tony Barber sait que derrière le comportement imprudent de Furtif se cache un homme plus âgé qui se bat contre la maladie d’Alzheimer : son propre père !

On le sait, le gros problème des super-héros c’est leur rapport à l’espace et au temps. Ils sont souvent partout et nulle part, dans deux lieux à la fois et parfois au delà de ce que leur condition physique devrait supporter.
Quant au temps, reboots et crises en tout genre achèvent de nous rappeler que l’âge des super héros est un acte politique des éditeurs qui doivent garder actuels des personnages âgés de 80 ans. Que toutes les ruses sont employées pour faire oublier que virtuellement Magneto serait âgé de plus de 90 ans ou Frank Castle de presque 75 ans !
Que les mariages sont annulés par le Diable, que les enfants ne grandissent jamais ou expédiés dans le futur et que tous les personnages pouvant participer au vieillement de l’univers de nos héros seront dupliqués, clonés, usurpés, métamorphosés etc.

Une nouvelle relation père fils au centre de cette nouvelle production Kirkman.
©Delcourt

Dès lors, le fait que les comics viennent traiter de cette maladie épouvantable aussi bien pour les aidants que les aidés, celle d’Alzheimer, est une initiative bienvenue, d’autant plus que dans les univers Marvel ou DC, on est capable de vivre sous l’eau, cloner à gogo, inventer des molécules instables ou du gaz rapetissant sans n’avoir jamais trouvé d’antidotes au SIDA ou au cancer (un point cruellement pointé par Rick Jones dans LA MORT DE CAPTAIN MARVEL).

Le fait que FURTIF décrive le naufrage physique et mental d’un super-héros dans un univers indépendant est tout de suite plus intéressant : pas de continuité, de reboot ou de cohérence à maintenir avec un univers partagé.

Furtif est un pompier volontaire noir qui, un soir d’incendie, trouve une mystérieuse combinaison qui le transforme en super héros dans les années 80. 40 ans plus tard, il débloque sur le terrain, parle de Reagan ou Bush à des délinquants qui se foutraient de sa gueule s’ils ne se faisaient pas refaire le portrait par un papi gâteux.

Le visage de Double Face. L’oeil de Carl Grimes.
©IMage Comics

L’influence de INVINCIBLE apparait dès la fin du premier épisode où Furtif manque de tuer son fils en le tabassant impitoyablement faute de l’avoir reconnu. Alors qu’il ne disparaisse de nouveau, Tony Barber, journaliste en zone de guerre, va tenter de retrouver son père avant son ennemi juré qui a compris que notre héros devenait Papy Gaga.

La tension est à couper au couteau dans les 2 premiers chapitres : des héros qui deviennent dingues, voire psychotiques et ne retiennent plus leurs coups, ça fait partie de la grammaire super-héroïque. Mais il ne s’agit plus de manipulation super-vilaines ici mais bien de la transposition dans une fiction d’un mal bien réel.

Las, Costa et Bellegarde ne sont pas Jeff Lemire qui mettait en scène avec le colonel Weird un autre héros sénile dont la perte d’orientation participait à l’angoisse et l’efficacité du récit. Ici la voix off devient de plus en plus maladroite voire inutile. Furtif porte effectivement bien son nom car il apparait de moins en moins dans une histoire qui lui échappe alors qu’il y avait tant à dire sur un homme qui perd tous ses moyens et sur le métier de pompier par la même occasion.

Au lieu de ça, Costa décide de mettre en scène un avatar de Double-Face et de Carl Grimes dans le rôle de mafieux sans scrupule. Et lorsque la confrontation finale arrive, non seulement le problème d’Alzheimer du héros est remisé de manière volatile mais en plus c’est totalement incompréhensible. Le récit commence sur le naufrage de la vieillesse même chez les super-héros et finit sur une affaire de spéculation immobilière introduite dans l’avant dernier chapitre de manière totalement farfelue avant que la conclusion n’arrive, terriblement impersonnelle.

Un sympathique clin d’oeil à WISH YOU WERE HERE du Floyd.
©Delcourt

Côté graphisme, le lecteur n’est guère mieux servi : Nate Bellegarde livre des planches fonctionnelles mais souvent impersonnelles : ses personnages n’en imposent pas et en plus d’Alzheimer semblent être atteins de nanisme, les conversations ont des angles de vues assez fades avec des arrières plans inexistants . On peut y retrouver parfois l’influence de Richard Corben sans l’option grotesque et inquiétante.

FURTIF sans faire tinter le Bullshit Detector est finalement un récit standard de plus qui ne prend pas la peine de développer une trame prometteuse. A se demander si nos auteurs ne devraient pas se faire tester pour l’avoir oublié…

Des scènes d’action peu impressionnantes où se ressent l’influence de Richard Corben.
©Image Comics

La BO du jour

19 comments

  • JB  

    Il me semble que Kirkman a lui-même écrit des comics sur des héros vieillissants. Je pense à Brit ou Destroyer côté Marvel. Au-delà du concept général, je me demande quelle a été sa contribution à ce comics.

    • Bruce lit  

      J’ai croisé Brit dans INVINCIBLE et le personnage ne m’a pas suffisamment parlé pour que je m’y intéresse.

      • JB  

        Il a droit à quelques séries spin-off : quelques albums prestige et une série régulière, sortis chez Delcourt, je crois.

        • Bruce lit  

          Oui, oui….
          Mais c’est pas vraiment le truc sur lequel je vais me ruer.

  • JP Nguyen  

    Hum… Oserais-je dire qu’avec un tel sujet, on ne pouvait pas s’attendre à ce que ce soit inoubliable ?
    Alzheimer dans les comics, un exemple qui me revient, c’est le premier arc de Criminal, où Leo Patterson s’occupe du vieil Ivan…
    D’autres exemples moins pertinents : les amnésies collectives pour faire oublier le mariage de Peter Parker ou l’identité secrète de Matt Murdock !

    • JB  

      Je pense plus à Welcome to Tranquility de Gail Simone, ou au V-Batallion chez Marvel, dont l’une des membres montre des signes d’Alzheimer.

      • Eddy Vanleffe  

        oui Welcome to Tranquility est pas mal du tout et parle effectivement de tous les « problèmes de vieux » , c’est pas mal du tout, un des chant du cygne de Wildstorm de la grande époque.

        • Présence  

          Quoi ! Mais… mais… je suis passé complètement à côté de ce Welcome to Tanquility.

    • Bruce lit  

      Bien vu !
      J’avais complètement oublié ce détail pour CRIMINAL. C’était pourtant assez bien exploité.

  • Présence  

    Je suis fier de moi : un comics pour lequel j’ai résisté à la tentation. 😀

    Le naufrage physique et mental d’un super-héros dans un univers indépendant : c’était comme ça que le récit était présenté et je dois dire que c’était alléchant.

    Le naufrage de la vieillesse même chez les super-héros et finit sur une affaire de spéculation immobilière : Ah oui, il y a tromperie sur la marchandise.

    Dans un registre similaire (superhéros & maladie), j’avais bien aimé Olympia, coécrits par Curt Pires et son père Tony Pires, dessinés et encrés par Alex Diotto.

    https://www.amazon.fr/gp/customer-reviews/R28CH2OH99RFRC/ref=cm_cr_dp_d_rvw_ttl?ie=UTF8&ASIN=1534315950

  • Tornado  

    Je ne suis pas encore prêt à me ruer sur tout comics impliquant Mr Kirkman.
    Je n’ai lu que son boulot très mauvais chez Marvel et je n’ai toujours pas commencé INVINCIBLE… J’ai pris seulement les deux premières intégrales. Ce ne sera que lorsque je les aurais lues que je me déciderai à continuer l’aventure ou à les revendre…

    La BO : Alors là pas mon truc du tout… 🙁

  • Jyrille  

    Merci de me faire économiser argent et espace ! De toute façon je ne pensais pas être intéressé par l’objet, mais maintenant au moins je sais de quoi il retourne. Toujours pas lu de Lemire, mais j’hésite. Ce serait cool si je pouvais en emprunter…

    J’ai tout de même la fâcheuse impression que le super-héroïsme est en bout de course, tout a été fait autour d’eux non ? The Boys enfonce le clou.

    La BO : chef d’oeuvre. J’adore la reprise qu’en ont fait les Pixies, que j’écoute régulièrement. https://www.youtube.com/watch?v=sojmdvJQMx8

    • Bruce lit  

      Ah ah, j’ai mis la version originale (que je n’aime pas) pour éviter les Pixies à Tornado.
      Encore loupé.

      • Tornado  

        Ahahah ! 😅
        Oui. Je sens que ça va pas être ma semaine ! 😉

  • Surfer  

    Sympa ce clin d’oeil à WISH YOU WERE HERE du Floyd. Une pochette d’un album mythique que j’ai en vinyle 👍.
    Même avec l’influence de Richard Corben, un dessinateur que j’apprécie, cela reste très peu pour que j’ai envie d’acheter le comics.

    La BO: Un morceau de Léonard Cohen que j’aime bien. De toute façon il m’est impossible de dire du mal de cet artiste. J’ai un total respect.

    • Bruce lit  

      Sympa ce clin d’oeil à WISH YOU WERE HERE du Floyd.
      Ouais, là encore un clin d’oeil à Tornado avec un lien vers son article…

  • Kaori  

    Jamais entendu parler. Dommage que le pitch de départ n’ait pas été respecté… Je passe donc sans scrupules !

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