Le club des 8 (Sense8)

Sense 8 par Lana et Lilly Wachowski

Une sixième série télé-streamed par CYRILLE M

1ère publication le 19/01/21 – MAJ le 20/02/22

Tu le sens, mon infini ?
(c) Netflix
Source Betaseries

Comme toujours, cet article ne serait pas le même sans les sites Wikipédia et Tunefind. Vous ne sentirez que de menues révélations en lisant, écoutant et regardant ce qui suit.

Intro

SENSE8 est une série télé créée, écrite et réalisée par les Wachowski (Lana et Andy devenue Lilly entre les saisons 1 et 2) avec l’aide principale de J. Michael Straczynski, mais aussi de David Mitchell, Aleksandar Hemon, Tom Tykwer, James McTeigue et Dan Glass. Elle fut produite par la plateforme Netflix et comporte 2 saisons de 12 épisodes chacune, chaque épisode durant environ une heure, entre 2015 et 2018. Les rôles principaux sont tenus par Aml Ameen, Toby Onwumere, Doona Bae, Jamie Clayton, Tina Desai, Tuppence Middleton, Max Riemelt, Miguel Ángel Silvestre, Brian J. Smith, Naveen Andrews et Daryl Hannah.

Sun Bak vit à Séoul en Corée du Sud. Elle travaille dans la société de son père, un puissant entrepreneur et homme d’affaires. Kala Dandekar vit à Mumbai en Inde. C’est une brillante biochimiste qui travaille pour une grande compagnie pharmaceutique. Capheus Onyango vit à Nairobi au Kenya. Il conduit un matatu, un minibus privé qui sert de taxi pour les plus démunis. En tant que fan de Jean-Claude Van Damme, il est surnommé Van Damn car c’est le nom qu’il a donné à son matatu, décoré avec des poses iconiques peintes de JCVD. Wolfgang Bogdanow vit à Berlin en Allemagne. C’est un serrurier en façade, mais son vrai boulot est perceur de coffres-forts et donc parfois gangster. Riley Blue, de son vrai nom Gunnarsdóttir, est une DJ internationalement reconnue. Pour le moment, elle vit à Londres en Angleterre, mais son Islande natale lui manque parfois. Will Gorski est un policier de Chicago aux Etats-Unis. Lito Rodriguez vit à Mexico au Mexique. C’est un célèbre acteur de films d’actions. Enfin, Nomi Marks vit à San Francisco aux Etats-Unis. C’est une femme transgenre, blogueuse et hacktiviste.

Ces huit personnes ne se connaissent pas. Mais elles vont soudainement se retrouver connectées entre elles, pouvant se parler malgré les langues, se voir, se sentir et ressentir ce que les autres ressentent. Comme une méta-personne, pouvant être en huit endroits à la fois. Elles peuvent même fusionner, c’est-à-dire prendre les rênes de l’autre et ainsi partager son savoir-faire, que ce soit pour les arts martiaux, la conduite de véhicules motorisés, mentir ou faire des cocktails. Ce sont des sensitifs (sensate en VO) qui forment un cercle (cluster en VO).

Elles vont rapidement se rendre compte qu’elles ne sont pas seules dans ce cas, qu’il y a de nombreux autres cercles, et qu’elles sont très recherchées par une société extrêmement puissante, aidée par plusieurs gouvernements, la BPO (Biologic Preservation Organization). Et elle ne leur veut pas du bien.

La bande annonce en VO de la saison 1

Alors ?

Bien que le thème principal soit de la science-fiction, et que nos héros se retrouvent dans des situations complexes, pourchassés par une puissante organisation, la série mélange allégrement les genres. Car ce qui intéresse les Wachowski et leurs comparses tient surtout dans la morale de leur histoire, dans les messages qu’ils veulent faire passer.

Il semble assez évident que cette connexion surnaturelle entre ces personnages est une métaphore d’internet et des liens que l’on développe avec des personnes inconnues, n’ayant parfois aucun point commun, que ce soit le genre, l’orientation sexuelle, la religion, le milieu social, l’environnement dans lequel on évolue. Un peu comme sur ce blog. Des amitiés virtuelles qui sont pourtant concrètes.

Sauf qu’ici, le concept est poussé au paroxysme, puisque chaque personnage vit sur un continent différent ou presque et qu’ils n’ont qu’un seul aspect identique : leur âge. Deux d’entre eux sont homosexuels, une autre est vierge, certains sont riches, d’autres pauvres ou dans les classes moyennes. Et ce que veulent montrer avant tout les Wachowski, c’est l’amour qui les unit. SENSE8 est une déclaration d’amour à l’être humain, dans toute sa diversité.

Par l’intermédiaire de nombreux discours, que ce soit à des mariages ou lors d’entretiens avec des journalistes, la série se montre très explicite sur cette acceptation nécessaire des différences, que nos ressemblances prévalent, que les sentiments basiques sont universels, que nous sommes au XXIème siècle et que les mentalités doivent évoluer. Que notre évolution dépend aussi du sens commun de l’humanité, qui change lui aussi selon les périodes de notre histoire. Cela transparaît également lors des discussions à distance en tête à tête, chacun rencontrant avant tout de grandes difficultés dans sa vie personnelle.

C’est pourquoi le rythme général semble lent, et il m’a fallu réussir à passer les trois premiers épisodes avant de réellement accrocher. Une fois toutes les intrigues de chacun et chacune mises en place, je me suis grandement attaché à tous les personnages. Il faut dire qu’ils sont formidablement interprétés par des acteurs n’ayant jamais eu un tel succès auparavant. Ils forment une nouvelle famille dont l’entraide devient le moteur, chacun comprenant beaucoup plus facilement l’autre grâce à ce pouvoir qui les lie. Dans une scène très maligne, chacun voit notamment l’autre sous le préjugé qu’il a subi et subit encore : pute, pucelle, nègre, nazi, salope, porc, pédé, monstre.

De gauche à droite : Will, Riley, Capheus, Sun, Lito, Nomi, Wolfgang et Kala
(c) Netflix Source Back Market

Vous allez donc tomber sur des scènes étranges qui semblent ne rien avoir à faire dans une série d’action ou de SF : de nombreuses scènes de sexe, dont des orgies, les personnages ressentant la douleur comme le plaisir des autres, des scènes de liesse massives, parfois filmées au ralenti, avec de la musique entraînante, positive. Des espèces de courts clips, se rapprochant parfois d’une esthétique de publicité qui peut agacer.

Outre le message de partage et de compréhension qu’elle véhicule, la série impressionne surtout par sa virtuosité technique et les paysages qu’elle nous propose. J’aurai cependant un reproche à faire sur la photo trop granuleuse au début de la saison 1, mais cela est vite corrigé. Car les Wachowski ont tourné dans des lieux réels, aucun fond vert n’a été utilisé, et chaque comédien et comédienne est avant tout un acteur local, travaillant ou provenant de la ville dans laquelle il évolue avec son personnage. Et c’est la même chose pour les personnages secondaires qu’ils côtoient : en Corée, la plupart des acteurs sont très connus dans leur pays. La série a plus de 180 personnages ayant des répliques, ce qui est énorme, surtout pour cette durée totale.

Il y a donc une forte cohérence dans le script (par exemple les décalages horaires sont scrupuleusement respectés), le tournage ayant eu lieu pays par pays, ce qui a dû être un cauchemar au montage. Par contre, cette volonté de fournir du réalisme à l’écran nous offre de magnifiques images. Le spectateur participe à deux gays prides, un mariage sur la Tour Eiffel, un feu d’artifice du 4 juillet dans la baie de Chicago, un rassemblement politique à Nairobi, une fête d’un million de personnes en l’honneur de Ganesh en Inde, une rave dans une boîte londonienne de renom (KOKO), des visites de musées à Amsterdam (le Rijksmuseum) et Mexico, un combat de lucha libre, des scènes à Paris, Naples, Bruxelles et évidemment la nature toute puissante de l’Islande. Et tout ça, je le répète, en décors réels, dans des manifestations réelles.

La plupart des personnages ont de larges traumas liés à l’enfance (père violent ou assassiné, mère décédée…) et pourtant, la série y fait appel pour le spectateur. L’intrigue autour de la BPO possède indéniablement une part de fantasme héritée des livres de la Bibliothèque Verte comme le Club des Cinq : des amis, et dans ce cas, des amis quasi imaginaires, se battent ensemble pour libérer le monde du mal que représente la BPO et déjouer ses plans secrets. De la même manière, toutes les scènes d’actions, assez nombreuses, que je trouve pour la plupart incroyables, extrêmement bien chorégraphiées et réalisées, parlent clairement à l’adolescent en nous qui veut voir les gentils gagner sur les méchants. Le scénario n’évite donc pas les clichés inhérents au genre alors qu’il s’amuse à brouiller les pistes sur ses personnages : on trouve forcément des spécialistes des armes à feu, des combattants hors pair, des hackers informatiques de génie.

Il y a aussi un discours sur le traitement des médicaments, leur utilisation et la dépendance aux drogues, quelques rappels sur l’écologie, mais cela n’est pas creusé en profondeur. Il y a également de l’humour léger par moments, afin d’ancrer encore plus de réalisme. Les Wachowski n’oublient pas de parler de cinéma, car c’est une œuvre cinématographique de grande ampleur de et de grande ambition. Ainsi, par le biais du personnage de Lito, il y a un hommage décalé à TANT QU’IL Y AURA DES HOMMES (FROM HERE TO ETERNITY en VO), des passages de CONAN avec Schwarzenegger, et même une référence visuelle et littéraire à leur V POUR VENDETTA.

Sigur Ros participe activement à la réussite de cette belle scène finale de la saison 1

Musique

La musique est composée par Johnny Klimek et Tom Tykwer. Ils ont ainsi développé un thème de générique très réussi, mais le générique en lui-même, qui accumule des vues sur des villes et des paysages, long de deux minutes chrono, ne réussit pas à rendre les épisodes plus intéressants. Comme je le disais auparavant, la série joue beaucoup sur l’affect, donc de nombreux morceaux sont utilisés pour rassembler nos personnages. Il y a du Depeche Mode, du Magnetic Fields, du Ludovico Einaudi (un pianiste de renom ayant participé à de nombreuses bandes-son), des titres house et jungle, du Bon Iver, du Goldfrapp, du Leonard Cohen, des titres de Sigur Ros, de la musique classique, du Pantera, bref, un peu tous les styles.

Le titre le plus emblématique est sans doute celui des 4 Non Blondes, WHAT’S UP. Dans une scène de karaoké partagée par les sensitifs, elle nous fait traverser le monde en musique dans une séquence presque onirique, bienveillante et dégagée de tout cynisme. Car il n’en faut pas pour regarder Sense8 : à partir du moment où vous vous protégerez de votre cape d’incrédulité adulte, la série vous semblera naïve et mièvre.

Outro

La production et la conclusion de cette expérience télévisuelle ne fut pas simple. Si Netflix accepta de renouveler la série pour une seconde saison, elle l’annula devant le coût exorbitant de chaque épisode (en moyenne 9 millions de dollars). Alors que la première saison compte douze épisodes, la seconde est ainsi scindée en trois parties : un épisode spécial de Noël d’une durée de deux heures, diffusé le 23 décembre 2016, dix épisodes d’une heure sortis en même temps le 5 mai 2017, et un épisode final de 2h30 finalement diffusé le 8 juin 2018. C’est grâce à l’engouement des fans qu’une pétition en ligne permit aux Wachowski de conclure la série et de ne pas terminer sur un cliffhanger. Malheureusement, ce dernier épisode, généreux en action, se déroulant sans temps mort, ne conclut pas les histoires personnelles et condense trop d’informations pour être totalement réussi. Les scènes de sexe semblent ainsi un peu plus artificielles, la suspension d’incrédulité monte d’un cran, et quelques plans passent pour être du fan service. Mais la série trouve une fin satisfaisante malgré tout, tout en étant très spectaculaire, esthétique et dépaysante.

SENSE8 n’est donc pas pour tout le monde. Il faut trouver l’équilibre entre son propre enfant intérieur, l’adulte qui comprend les injustices et s’ouvre à d’autres sexualités et modes de pensées, et l’amateur de cinéma qui découvre une œuvre ambitieuse et inédite par certains aspects.

O sole miooo
(c) Netflix Source Premiere

Pour la BO du jour, j’aurai pu prendre du Sigur Ros ou le Baba O’Riley de The Who (qui n’apparaît dans la série qu’en version ukulélé, jouée et chantée par un des comédiens) mais je vais finalement choisir ce titre qui est utilisé dans le tout dernier épisode.

56 comments

  • Kaori  

    Je viens de voir l’épisode 10 de la saison 1, celui du concert du père de Riley, avec tous les souvenirs… Incroyable d’intensité émotionnelle, j’ai adoré ! Montrer le pouvoir de la musique, d’un concert. J’étais sûre qu’ils se retrouveraient tous, tellement c’est fort ce genre d’expérience. Mais revivre leur naissance, alors, c’était un truc de dingue ! C’est drôle de voir comme ça a tracé leur destin.
    Et un truc qui finalement est logique et cohérent, mais que je n’avais pas imaginé au départ, tellement on est habitué à avoir des acteurs qui jouent des rôles « hors-norme », c’est que l’actrice qui joue Nomi est elle aussi transgenre. Déjà je n’avais pas pensé du tout en la voyant que le personnage était transgenre, et je trouve super qu’ils aient pris une actrice transgenre pour jouer le rôle. Ca donne une émotion supplémentaire à certaines scènes où elle parle de son passé (la scène dans le muséum de Mexico par exemple qui est bouleversante…)

    • Jyrille  

      🙂

  • Kaori  

    J’ai fini la saison 1. J’ai une question, sur la fin, qui aurai peut-être une réponse en saison 2.
    Attention spoiler…

    Will a été vu par le doc. Il est censé pouvoir le trouver très facilement désormais, non ? Même s’il a été inconscient un certain temps, ils resteront en contact, non ? Où qu’il soit…
    Alors est-ce que ça a un rapport avec ce que lui injecte Riley ? Au début je pensais qu’elle lui injectait un produit pour qu’il reste inconscient, sauf qu’il lui parle encore… Mais peut-être que c’est juste le temps que le produit fasse effet???? Si c’est ça, ils ne sont pas dans la merde 🙁
    Mais du coup, son « You saved us » ne tient plus, puisqu’ils sont désormais en danger en permanence… Ou alors j’ai raté quelque chose…

    • Jyrille  

      Non non Kaori c’est bien ça. Il les a sauvé juste avant mais désormais ils sont dans la merde comme tu dis.

      • Kaori  

        Aïe aïe aïe… Merci Cyrille !

  • Kaori  

    J’avance dans mon visionnage. J »ai fini l’épisode 8, et j’ai totalement adoré la scène dans le restaurant à Berlin (enfin je crois que c’était Berlin), où chaque membre du cercle joue de ses talents, ça plus les moments où les 7 surgissent ou se moulent dans l’ombre du 8ème, c’est absolument génial !

    Je n’ai pas hâte de finir la série…

  • Kaori  

    J’ai fini la série hier. Et je viens de relire ton article, Cyrille, et je suis d’accord avec absolument tout !
    Du générique que je zappais à chaque fois au final à la fois fan service mais qui fait du bien.
    Cette série a fédéré tellement d’amour, que l’on peut voir dans le générique de fin, un amour communicatif, le message a donc bien été reçu et j’ai trouvé ça très beau.
    C’est une série qui m’a fait beaucoup de bien.
    Oui, c’est un happy end un peu excessif, oui on peut s’étonner que les amis homo sapiens soit blessé l’un après l’autre, tout est trop parfait, mais il le fallait presque pour conclure cette série qui nous a fait voyager et a apporté tant de bonheur. Les personnages ne pouvaient pas mal finir. Et en plus, ils finissent tous très heureux. Trop beau pour être vrai, certes, mais tant pis. On a le sourire aux lèvres durant ces moments, ça fait du bien.

    Je me suis attachée à tous les personnages, chacun ayant son bagage bouleversant, chacun évoluant et résolvant presque tous leurs problèmes.
    Je n’ai pas senti la coupure de un an entre l’épisode 11 et l’épisode 12, je l’ai réalisé seulement au moment du générique, où on voit une vraie réunion entre le casting et les fans, eux qui ont sauvé les personnages. Très beau. D’ailleurs, cela explique la dédicace : « pour nos fans », et non pas « à nos fans ». Donc oui forcément il y a du fan-service.

    Comme toi, j’ai adoré tous les combats, les scènes d’action, de tirs, d’arts martiaux, de manipulations par internet, c’était brillant. Moi qui n’aime pas du tout les films d’actions ou d’arts martiaux, j’ai trouvé ça absolument génial. Pour les scènes de sexe, c’est un peu pareil, ils arrivent à sublimer l’acte, à ôter toute vulgarité. J’aurais cependant apprécié une autre image de fin que celle sur laquelle la caméra s’arrête, mais soit !

    Je suis triste de déjà les quitter, mais l’aventure fut belle et est très certainement inoubliable !

    • Jyrille  

      Merci beaucoup Kaori. Je suis extrêmement content que tu aies ressenti les mêmes choses, perçu les mêmes intentions, apprécié les qualités de la série. Ce fut un honneur d’avoir tes retours continuels et ma plus grande victoire réside dans le fait que tu aies pris du plaisir et apprécié une série qui vaut définitivement le coup tout en étant partisane et qui, comme tu le dis, fait du bien.

      • Kaori  

        Merci beaucoup pour les compliments, Jyrille, mais c’est grâce à toi que j’ai découvert cette série, donc un très grand merci !

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *