Le défi Nikolavitch : Deadpool, une icône ?

Le défi Nikolavitch : Deadpool, une icône ?

AUTEUR: ALEX NIKOLAVITCHvitch_0

Chaque mois, Alex Nikolavitch, traducteur, romancier, essayiste, scénariste et guest de Bruce Lit est mis au défi de répondre aux plus grandes énigmes de la culture comics. Aujourd’hui, il a fort à faire puisque c’est Bruce Lit himself qui l’éprouve :

Pourquoi Deadpool est devenu une icône (de merde) ?

Alors, Monsieur Bruce est venu m’apporter sur mon bureau un nouvel ordre de mission et, tel Alfred, voilà que je vais devoir me plier à ses demandes, même les plus grotesques, non sans lui administrer quelques one-liners classieux mais acerbes. Parce que bon.

Empoignant de mes doigts gourds le post-it portant ses desideratas, je me trouvai face à un carré jaune-Simpsons totalement vierge. J’activai mes fabuleux pouvoirs de déduction qui font l’admiration des mamies de mon quartier depuis que j’ai expliqué à Julien Lepers que mon boulot, c’était Batman. Je me heurtai d’emblée à une étrangeté. Si la question avait porté sur Malevitch, le carré aurait été blanc. Il devait y avoir autre chose. Subodorant quelque fourberie à base d’encre invisible, j’approchai le papier diabolique de ma lampe. Et j’y devinai immédiatement quelques mots griffonnés. « Ha ha », me dis-je, « je… »

Je retournai le papelard. Quel genre de personne peut donc écrire AU DOS d’un Post-it ? Ça n’a pas de sens ! Enfin si, ça a un sens, un Post-it. Mais vous voyez ce que je veux dire. Bref. Il y a des gens qui conspirent visiblement à torpiller ma santé mentale. Ils n’y arriveront pas. Je suis trop solide pour ça. Un roc. Comme l’était Errol Flynn avant moi. Un roc Errol. Bref.

C’est reparti pour les singeries

La question que posait mon douteux camarade était donc la suivante : « Pourquoi Deadpool est devenu une icône (de merde) ? »

Il ne s’en rend peut-être pas compte, mais cette question en appelle une autre, beaucoup plus fondamentale. Car il est intéressant de noter que les Big Two n’ont globalement plus produit de personnage s’étant durablement imposés dans la conscience collective depuis… Les années 70 ! Qui sont les derniers personnages majeurs de Marvel à être apparus ? Grosso modo, Ghost Rider, le Punisher et Wolverine, au milieu des années 70. La Maison des Idées a certes créé des personnages depuis, mais combien ont-ils marqué le public au point d’avoir un film ou une série à leur nom ? Cherchez pas, y en a que trois : Elektra, Deadpool et Jessica Jones (et la dernière, c’est une série Netflix, beaucoup moins risquée à mettre en place).

Et c’était bien moche, au départ, Deadpool

Et c’était bien moche, au départ, Deadpool

Chez DC, d’ailleurs, c’est pareil. Depuis Swamp Thing et Ra’s Al Ghul, pas grand-monde de marquant. Ah, si, Harley Quinn, apparue à une vache près en même temps que Deadpool. La création, de nos jours, elle est chez les indés. Hellboy, Sin City, Witchblade, Spawn, Walking Dead, etc. Rien de tout ça n’était chez les Big Two, qui marquent le pas depuis des années et échouent à se renouveler.

Tous les personnages et licences de comics développés à l’écran par les deux gros éditeurs sont des vieilleries : Batman, Superman, Wonder Woman et Captain America sont presque aussi vieux que Giscard. Iron Man, Thor, Spider-Man et les X-Men datent du début des années 60, donc bien avant l’invention d’Internet (qui est né en 1974, comme Wolverine. Coïncidence ?), du Choc Pétrolier et des théories du complot sur Stanley Kubrick, toutes choses qui semblent indispensables désormais à notre mode de vie (Spidey est né en même temps que la Pizza Hawaïenne, vous y croyez à ça ? Pour moi, ce n’est pas innocent, un jour, je vous expliquerai).

Donc, Deadpool et Harley Quinn, apparus à peu près en même temps, c’est à dire au moment de l’effondrement de l’Union Soviétique et de la première Guerre du Golfe. C’est à dire au moment pile où le monde est devenu vraiment dingue. C’est là qu’on a collectivement lâché la rampe, tout le monde le sait. Et d’un coup, tout s’explique, forcément. Vous me suivez ?

Effondrement des idéologies, effondrement des certitudes, fin de l’histoire. Tac. Comme ça. D’un seul coup. En deux ans de temps. Faut-il s’étonner dès lors que les héros qui émergent à ce moment-là soient résolument post-modernes ? Parce que les voilà, les héros d’une époque devenue dingue (1991, c’est l’époque où Lagaf’ est premier du Top 50, c’est un signe) se doivent d’avoir un pet au casque, comme dirait l’autre.

Le pire, c’est que rien ne prédisposait viens-Poo-pool-viens à devenir une icône. Créé par Rob Liefeld dans une une série qu’il était en train d’enterrer (après en avoir usé la scénariste pourtant méritante Louise Simonson, remplacée au pied levé par Fabian Nicieza qui semble se demander au départ ce qu’il fout là), le personnage est grotesque. Portant un costume générique de héros liefeldien, c’est à dire une compilation de tout ce que le gamin trouvait cool, Deadpool n’est qu’un vilain sans épaisseur qu’un autre vilain sans épaisseur recrute pour buter des héros devenus nazes. Mais les héros le reverront à l’envoyeur, si je me souviens bien, (j’ai pas été relire mon exemplaire de Titans, il est sous une pile de cartons) dans un paquet genre FedEx. La quantité totale de charisme dégagée par tous les personnages de l’épisode évoque une sortie de conseil des ministres sous la pluie. En novembre.

 

Là, d’un coup, ça file des envie de team-up avec Tante May

Là, d’un coup, ça file des envie de team-up avec Tante May

Pourtant, le personnage va s’accrocher, et aller emmerder les autres héros de façon récurrente, jusqu’à ce que de guerre lasse on lui file sa propre mini-série. Je vous parlais de post-modernisme et de fin de l’histoire ? Eh bien à partir de là, on est en plein dedans. Comme les auteurs ne savent pas trop quoi foutre du perso, ils se foutent de sa gueule. Et ça devient méta. Et donc cool, dans une époque post-moderne. Et paf, c’est le drame. Aussi indestructible et violent que Lobo, aussi con et barré que The Mask, le héros est pile dans l’air du temps. Le portenawak fait vendre. Et dès que ça vent, on a droit au Deadpool-au-pot-tous-les-dimanches.

Le réalisateur du film Wolverine Origins tentera bien de saborder le personnage par tous les moyens, en en faisant un truc über-naze, mais rien n’y fait. Tout comme dans les comics, cette saloperie est increvable.

 Rendre muet le personnage qui a marché parce qu’il raconte que des conneries ? Sérieux ?

Rendre muet le personnage qui a marché parce qu’il raconte que des conneries ? Sérieux ?

Et donc, il a fini par avoir un film à son nom. Qui a cartonné.

Alors, qu’on ne masse pas dire ce que je n’ai pas dit. Les quelques fois où j’ai eu à traduire Deadpool, je me suis régalé. Parce que, comme disait ce vieux post-moderne de Serge Gainsbourg, « la connerie, c’est la décontraction de l’intelligence ». Et qu’avec l’âge, je me départis de mon côté Sheldon pour devenir quelqu’un de vachement décontracté.

Deadpool : Mais Niko, pourquoi t’es si méchant ?

Deadpool : Mais Niko, pourquoi t’es si méchant ?

Le film, je l’ai vu aussi avec plaisir. Il y a deux sortes de films stupides. Deadpool fait partie de la catégorie que j’aime bien, les films débiles qui ne pètent pas plus haut que leur cul (et pourtant, avec sa dimension méta, il aurait pu devenir un truc super prétentieux) (pour votre information, l’autre catégorie, celle des films stupides qui me donnent envie d’empaler leurs auteurs sur un manche à balais en bois de châtaigner, taillé en pointe et grassement enduit d’huile pimentée pour pizza, elle est représentée par des trucs comme Prometheus)(Prometheus pourrait être le film le plus drôle du monde, vu par exemple qu’il cite Bip Bip et Vil Coyote quand les filles courent devant le vaisseau, mais il se prend beaucoup trop au sérieux pour même passer pour un truc pince-sans-rire). Non, non, sérieux, même si je l’ai trouvé atterrant, Deadpool le film m’a fait marrer, donc je lui pardonne tout (après, le film Deadpool que je préfère, c’est celui avec Clint Eastwood, Liam Neeson et Jim Carrey) (mais c’est par pure perversion de ma part).

Il n’empêche. Tout comme Harley Quinn, le mercenaire à grande gueule est devenu une star pour plein de mauvaises raisons.

Deadpool : Si, si, ce film existe. L’on y découvre que les rock stars boivent du thé.

Deadpool : Si, si, ce film existe. L’on y découvre que les rock stars boivent du thé

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Le saviez-vous ? Deadpool est né en 1991, l’année où Lagaf’ était numéro 1 au top 50 ! Alex Nikolavitch vous explique chez Bruce Lit pour quoi le mercenaire à grande gueule est devenu la dernière icône Marvel.

LA BO du jour : le roi des idiots !

38 comments

  • Matt  

    Super article. Merci !
    ça me fait plaisir parce que tu ne renies pas non plus le fait que tu as pu apprécier certaines conneries du personnage.
    Deadpool c’est une mode et comme toutes les modes, c’est regrettable parce que ça prend des proportions ridicules. Mais ça fait surtout chier parce qu’il n’y a jamais de juste milieu dans les modes. Il y a les pro-Deadpool qui jurent que c’est génial et les anti-Deadpool qui s’énervent quand on mentionne juste le personnage innocemment comme ça au détour d’une conversation comme si on avait insulté leur mère.
    Il faut juste rester en marge de ces modes à la con. On en est arrivé à un point où, même sans être spécialement fan du personnage, j’ai à présent limite honte de dire que j’ai rigolé en lisant quelques trucs tellement je sais que plein de détracteurs du perso vont me tomber sur la gueule en me traitant d’adorateur du diable.
    Oui c’est con Deadpool, mais on peut bien rigoler de ce qu’on veut non ? Je ne vais pas emmerder les fans de Bigard (que je ne trouve pas drôle du tout) moi !
    Et j’ai pas envie non plus qu’on me prenne pour un grand défenseur du personnage car je ne suis pas plus fan que ça. C’est juste qu’une connerie de temps en temps ça détend (selon le scénariste quand même, hein. Daniel Way…euh…non).
    Et j’ai bien aimé le film.
    Et Prometheus c’est naze !^^

  • Patrick  

    Un article qui donne des billes aux partisans du « C’était mieux avant » vu que tu soulignes que les créations marquantes des Big two ont tendance à se faire rares depuis la fin des années 70 ! (même si tu prends soin de souligner que la relève se situe maintenant dans l’alternatif et l’indépendant).
    Bon concernant Dé de poule en lui même j’aurais tendance à faire parti de ses détracteurs tant ce personnage me sort par les yeux ! En comics il ne m’a tout simplement jamais fait rire et a au contraire provoqué une profonde somnolence… Au niveau du film c’est un peu mieux, mais la systématisation de la trilogie Blague de cul/Blague vers le spectateur/Référence Geek est clairement redondante au bout d’un moment. Un gentil film amusant et bas du front quoi. Un peu répétitif mais efficace.

  • artemus dada  

    Au sujet de Deadpool, les deux scénaristes Posehn & Duggan ont réussi – dernièrement – à en faire un sacré personnage dans leur « run ».
    Toujours aussi jobard Deadpool y atteint également une belle dimension tragique ; Duggan tout seul ensuite, marque un peu le pas, la faute certainement au départ de son compère et peut-être, au nombre de séries qu’il écrit pour Marvel.
    Il n’en demeure pas moins que cette série est un chouette laboratoire, où ce scéanriste invente pas mal de petite choses, comme par exemple les « secret comic covers » (un concept que l’éditeur Panini ne semble pas avoir compris), même si ça ne suffit pas à lui redonner la verve qu’il avait au tout début de son arrivée.

    Ce qui est amusant dans une perspective postmoderne, ce que Deadpool pastiche du Deathstroke de DC Comics, a lui-même engendré une parodie : Red Tool. Qui apparaît d’ailleurs dans la série Harley Quinn.

    Sur l’invention de nouveaux personnages, on ne risque pas d’en voir beaucoup chez les BIG TWO.
    Principalement du fait de leur politique de « work for hire », et de leur propension à oublier les créateurs lorsque ces mêmes personnages accèdent au grand écran (voire au petit). L’un n’allant pas sans l’autre.

    Mieux vaut – sûrement – inventer quelque chose chez Image Comics par exemple, où les créateurs de séries sont propriétaires ou co-propriètaires de leur propre travail (dans la limite de leur contrat respectifs).

    Cela dit des types comme Al Ewing ou Robbie Thompson (pour ceux qui me viennent à l’esprit) n’hésitent pas à apporter leur contribution au cheptel de la Maison des Idées dans les séries dont ils ont la charge. Ce qui ne veut pas dire que ceux-ci atteindront une dimension aussi emblématique que leur prédécesseurs qui ont fait peu ou prou la réputation de Marvel ou DC. Les Runaway/Fugitifs inventés par Vaughan, pour Marvel, bien après les années 1970, sont aussi un beau contre-exemple.

    Reste que dans les tiroirs de ces maisons d’éditions croupissent aussi pas mal de personnages dont personnes n’entend plus parler, il reste donc à faire la part des choses entre création, et renommée.

    • Bruce lit  

      @Artemus : hello compadre. C’est quoi ton histoire de secret comics covers ?
      @Alex: je me suis marré comme une baleine en pollution méditerranéenne à la lecture de cet article. Ton point de vue est audacieux sur le manque de renouvellement du cheptel Marvel même si d’aucuns pourraient arguer que c’est inexact : Miles Morales, Kamelia Marvel, ça marche pas trop mal non ? Même si effectivement il s’agit de nouveaux personnages dans des costumes déjà portés.
      Je ne connais pas le Deadpool le film de Eastwood.
      Pour ma part, ma question est posée pour les amateurs de ce personnage : mis à part foutre la merde chez les autres, ce type a des ennemis ? Il vit quoi dans sa propre série ?

      • Présence  

        @Bruce – The dead pool (1988) réalisé par Buddy Van Horn, 5ème et dernier film de la série des Dirty Harry.

        • Nikolavitch  

          Alias « La Dernière Cible », en molière.

          • Jyrille  

            Aaaah ok… je n’en ai aucun souvenir mais c’était très mauvais non ? C’est dans celui-ci qu’il y a les Guns n Roses ?

      • artemus dada  

        Pour en savoir plus sur les « Secret Comic Covers », je te propose un lien vers mon blog :

        http://artemusdada.blogspot.fr/2016/07/deadpool-secret-comic-duggankoblish.html

        J’en ai profité pour y ajouter les nouvelles parues entre temps. Tu verras certaines de ces couvertures « variantes » reprennent d’anciennes couvertures qu’elles intègrent en tant que cases de manière très ludique.

        Et pour en revenir à Panini, de ce que j’ai vu, l’éditeur transalpin s’il propose certaines de ces couvertures, n’en traduit aucune, et surtout ne respecte pas l’ordre de parution.

        Bref personne ne semble avoir compris ce que font Duggan & Koblish.

        • Jyrille  

          Hé mais c’est génial cette histoire de couvertures alternatives !

  • Présence  

    Belle démonstration qui m’a entièrement convaincu de changer mon regard sur Deadpool et Harley Quinn et de les voir comme engendrés par une époque postmoderne. Dommage que les scénaristes ne soient pas souvent à la hauteur pour filer cette métaphore.

  • Matt  

    Le truc qu’on oublie aussi concernant Harley Quinn, c’est que c’est super récent qu’elle soit devenue une icone. Elle a été créée en 1992 dans la série animée Batman et pendant longtemps ça a été un personnage très sympa mais pas spécialement vénérée.
    Et puis d’un coup plein de gens l’adorent (suite aux films ? Aux jeux vidéo Batman ?) et plein d’autres en ont donc marre d’elle.
    C’est un peu finalement comme si les gens appréciaient ou détestaient un personnage en fonction de ce que les autres en pensent selon les modes. C’est dommage non ?

  • OmacSpyder  

    Un article qui reprend le style de la Poule Morte en parenthèses et singeries pour répondre à une question : mais pourquoi??!
    Situer la naissance de Deadpool en 1991 est exact mais est-ce bien la naissance du Deadpool qui est ensuite devenu célèbre? Noms de code et costumes identiques mais là où l’on avait un mercenaire au costume lambda user de gros flingues et sabres face à une équipe gonflée aux stéroïdes, le Deadpool du jour est bien différent. Mais sa genèse est signifiante : il n’est qu’un miroir de cette équipe, un miroir déformé et simplifié. Un mercenaire bariolé et expéditif face à une équipe X-Force bariolée et expéditive.

    Voilà donc le vrai réel super pouvoir de la Poule Morte! Il n’est pas en vie, comme l’indique son pseudo : il est un miroir. Et ce pouvoir lui permet de refléter, quitte à les déformer comme un miroir dans le Murder World d’Arcade, les imbécilités de notre époque : comics surranés, pompeux, et au-delà : perversion du monde, mercantilisme effréné, hypersexualisation… Bref! Deadpool a de quoi user de son super pouvoir! Refléter de façon condensée ce monde et cette civilisation lâchée la bride sur le cou vers la pulsion de mort à tout crin!

    Ça n’est pas pour rien que la Cagnotte Morte (autre traduction signifiante) en vient à épouser la Mort Herself! Car voilà le couple ultime : le reflet et la Mort. Ce reflet qui est un masque sous lequel le visage pourrit, reflet ultime de son humour qui cache la pourriture du monde. Son vrai visage est son masque : deux yeux exorbitants et noirs qui fixent le monde, comme sidérés. La Cagnotte Morte est le Diogène d’un monde dérégulé, capitaliste. Il va planter son regard ahuri et ses vannes pourries (littéralement) dans les côtes de ce Monde pour le refléter. Et l’effet est saisissant! A trop le regarder, ce monde rend fou, forcément! Voici donc le couple infernal : l’aliénation et la pulsion de Mort. Deux solutions de survie à ce monde à l’info en continu, au flux de données interminables. Et voilà l’interpellation ultime du lecteur qui permet de franchir ce quatrième mur : l’aliéné, celui qui est rendu autre à force de regarder le vide angoissant, s’adresse à tout le monde. C’est le fou croisé dans la rue qui vous interpelait dans la rue sans précaution ou code social. La rue est devenue plus vaste et la folie fait rire : ça évite d’y sombrer. Et on referme le livre rassuré.

    Deadpool, c’est le Diogène moderne, éclairant de sa désinvolture permanente par en-dessous le monde et ses atours, ses mascarade, ses fétiches, ses faux-semblants pour les faire éclater. Mais comme une de ses mamelles est le capitalisme et non plus la philosophie, cela fait vendre. Regarder son propre reflet et y voir les Vanités (au sens du genre artistique des Vanités né au XVII ème siècle).
    Le nom du genre des Vanités est issu de la sentence de l’Ecclésiaste, livre de l’Ancien Testament (Bible) : « הֲבֵל הֲבָלִים הַכֹּל הָֽבֶל » (« Vanité des vanités, tout est vanité »). Le terme traduit par « vanité » signifie littéralement « souffle léger, vapeur éphémère ». Le message est de méditer sur la nature passagère et « vaine » (d’où « vanité ») de la vie humaine
    Les objets représentés symbolisent les activités humaines, étude, argent, plaisir, richesse, puissance, mises en regard d’éléments évoquant le temps qui passe trop vite, la fragilité, la destruction, et le triomphe de la mort avec souvent un crâne humain).

    Deadpool n’a rien de postmoderne. Il est une Vanité ambulante de notre monde contemporain. Il est né au XVII ème siècle. Voilà notre vanité : penser que ce héros naît de notre monde alors qu’il le précède, qu’il est un souffle léger en costume, facile à utiliser, éclairant la Vanité de notre monde, ses zones mortes (dead pool) aux multiples perversions et pulsions dérégulées dont il se fait le mortel parangon.

    • Nikolavitch  

      Très belle démonstration. je ne suis pas forcément d’accord, mais elle vaut bien la mienne !

      • OmacSpyder  

        Je me suis dit exactement la même chose en lisant l’article! ;)
        Serait-ce l’effet miroir de Deadpool?!^^

    • Jyrille  

      Très intéressant !

  • Tornado  

    Hahahaha ! Je me suis encore bien marré avec ce nouveau défi ! :D

    Je trouve que Matt a tout à fait raison sur ce coup là : Certains personnages (ou i-connes) nous exaspèrent parce qu’ils font la hype. Du coup, on se hérisse à la seule pensée qu’ils puissent croiser notre chemin, en vrai, en faux, en image ou en virtuel.
    Moi aussi il m’exaspère Deadpool : 9 comics sur 10 que j’ai lus de lui étaient nazes (Daniel Way en première ligne). Il faut dire aussi qu’il en sort une pléthore chaque mois et que ce n’est pas un gage de qualité. Et j’imagine que c’est la même chose avec la Harley Couine.
    Qui est-ce qui nous gonfle le plus en définitive ? Sont-ce ces personnages de papier qui n’existent pas réellement et qui sont des enveloppes vides et hystériques, où sont-ce plutôt ces lecteurs prêts à se ruer sur n’importe quel comic de leur icône favorite sans aucun recul critique, sans faire la part des choses en s’abreuvant à la source commerciale de trois séries hebdomadaires crées dans l’urgence dans la soupe populaire ? Car ce sont ces mêmes lecteurs qui font que le marché du comicbook croule sous les séries débiles, les crossovers moisis et la sur-connexion factice des univers partagés. Ou sont-ce, encore, ces cosplayeurs à la noix qui s’habillent soit en Deadpoule, soit en Harley Couine, parce que c’est la hype et qu’ils envoient illico un selfie sur Facebouc, avec retour immédiat des potes qui matent, qui likent, qui inondent la toile d’émoticônes ineptes, sans que personne, dans ce gloubiboulga de fashion-victimes, n’est jamais lu le moindre comics ?
    On va dire que c’est un peu tout ça à la fois…

    • Matt  

      Faut prendre du recul sur tout ça. Moi qui ne vais pas sur facebook, ni dans les conventions (parce que c’est toujours à Paris)…ben je me rends presque pas compte de cette hype. Je vois par contre des gens agacés ici et ailleurs sur des forums^^ alors que moi ça m’est passé au dessus.
      Et dans les librairies, on n’en est pas encore au point où un rayon entier est consacré à Deadpool comme pour Walking Dead et la mode zombies.
      Et du coup j’aime toujours bien le perso de Harley Quinn parce que ben…elle est cool dans la série animée et chez Paul Dini dans « mad love ». Et tant pis s’il y a des perruches qui se déguisent en harley quinn sans avoir lu un seul comics. Si je les laisse me dégouter du personnage avec leur hype et leur ignorance du perso, c’est moi qui aurait perdu la bataille contre la mode.

      • Nikolavitch  

        dans les conventions, on voit la vague Deadpool/Harley retomber doucement en faveur de Negan.

        • PierreN  

          Encore une preuve que les cosplayers sont inféodés à la hype et aux oeuvres populaires du moment. Un cosplayer qui fera l’effort de s’habiller à l’effigie de personnages plus « obscurs » (Fantomex, Man-Thing, Lady Bullseye, Hyperion, etc…), et que seul les lecteurs sont à même de reconnaître, celui-là aura plus aisément ma sympathie.

          Certains sont assez originaux dans le genre :
          https://i.pinimg.com/originals/ba/96/40/ba9640a57dff28a875374c8479f2335c.jpg

          • Nikolavitch  

            parfois, on voit passer des cosplays de persos obscurs, et c’est chouette, ouais.

        • OmacSpyder  

          Pulsion de mort, cynisme et fétichisme (les deux gros yeux sidérés ou la batte Lucile sidérante). Une déclinaison sur le même thème?
          Soit dit en passant, ça renforce ma démonstration ;)

          • Eddy Vanleffe  

            Toute chose ayant du succès, a engendré son cortège de comportement de masse… de l’extérieur, c’est facile à critiquer parce qu’objectivement C’EST idiot, mais les Beatles ont vu plein de gens s’habiller comme eux, des groupes les singer, des peluches etc…jusqu’aux menaces de morts et même un serial killer cherchant l’inspiration dans leurs chansons.
            le comics, c’est comme les autres. il y a besoin d’une clientèle de masse et d’une clientèle plus exigeante…
            C’est pas si horrible que ça: je me souviens avoir plus ou moins traqué les apparitions de Wolverine dans les années 80 et ça m’a fait acheté le RCM Firestar. Et bien j’aime toujours bien ce petit truc intimiste :)
            faut pas non plus oublier que le public visé est super jeune.
            c’est pas vraiment fait pour les adultes, de base. il y a juste des adultes qui en lisent (parce que c’est les derniers à lire? ) et qui ont l’air con en société. :)

  • PierreN  

    Reste à savoir quand est-ce que la mode passera, et quel personnage prendra sa place dans le coeur des fans ?

  • Bruce lit  

    Deadpool et Harley Quinn incarnent pour moi le Cospay du pauvre. C’est un peu ce moment un peu pénible lorsqu’à la fête de la musique tu as forcément droit à ta reprise de Téléphone (ça se sent que c’est toi…ça se sennnnt !) : une mauvaise chanson interprétée par des groupes encore pire.
    C’est un miroir du manque d’imagination de l’autre que l’on t’impose quand bien même tu t’en fiches. Ce n’est absolument pas grave, il y a quand même pire dans la vie, c’est juste insignifiant.
    C’est un étrange jeu de miroir que de voir un personnage vide habité par tant d’absence d’imagination.

    • Matt  

      Je ne trouve pas que Harley Quinn soit un perso vide. Justement il ne faut pas se mettre à penser que parce que c’est à la mode c’est forcément des persos à chier. bon ok t’aimes pas Deadpool, et certes j’ai pas lu des masses de trucs qui le rendent complexe. Mais Harley Quinn dans la série animée ou certains comics comme Mad Love, elle est à la fois marrante, cinglée et touchante.
      C’est comme si les mecs comme machin l’autre jour avec ses réflexions sur les banlieues à nettoyer prenaient le Punisher comme étendard. S’ils n’y connaissent rien c’est pas le personnage qu’il faudra traiter de symbole de fachisme.

      • PierreN  

        Je suis d’accord avec Matt, il faut distinguer à ce sujet la Harley Quinn des origines (celle de Batman TAS et des comics des années 90/2000) et la version relooké et plus sexuée, qui prévaut depuis les jeux vidéos et le film Suicide Squad.
        Sean Murphy joue même là-dessus dans sa série Batman actuelle (un elseworld en dehors de la continuité), dans lequel il confronte ces deux versions d’un même personnage.
        Un projet qui mettrait en scène le Peter Parker de Ditko face à celui de Romita Sr, c’est le genre de truc qui pourrait me plaire.

        • Matt  

          Et le film suicide squad c’est tellement naze que se mettre à aimer le perso pour ça…ouais c’est comme admirer un Punisher pour ses pires histoires ou il est dépeint comme le dernier des cons.

  • Matt  

    Les modes n’engendrent pas que des suiveurs mais aussi des réfractaires qui vont à contre-courant. Sauf qu’eux aussi sont des gens influencés par le phénomène. Je me souviens d’une époque ou tu disais trouver le perso de Quinn sympa dans les jeux Arkham. Et maintenant on t’a assommé d’images, de cosplays, etc…et tu peux plus la saquer. Techniquement tu t’es fait avoir aussi^^ parce que ce que tu aimais avant n’a pas changé. Y’a juste des gens qui sont venus t’emmerder avec.
    Bon après je sais que tu ne cours pas après l’univers de Batman donc tu n’as surement pas vu la série animée et tu dois mal connaître le perso de Quinn. Mais bon…l’idée c’est de ne pas prendre un perso en grippe (ou en adoration) à cause des gens. Quand ce sera le tour du Punisher et que son image sera détournée et utilisée par avoir l’air cool, arriveras-tu à l’aimer encore ? Je trouve même que ça a déjà débuté cette tendance comme on a pu le voir avec machin et sa banlieue dont je parlais.

    Je sais je cause alors que je m’agace sur la mode zombie moi. Mais bon elle dure depuis plus de 10 ans…et envahit le ciné, les jeux, les comics, tout !
    Si ça dure 10 ans Deadpool ou Quinn et qu’on a 2 films par an sur eux, on en reparlera.

  • JP Nguyen  

    Je souscris au point de vue général de l’article, et soupire d’avoir connu cette époque avec Lagaf N°1, vu que maintenant on a des cadors comme Gims ou Jul et que eux, c’est même pas pour rigoler…

    Dans l’inventaire des créations marquantes des 70s, on pourrait quand même ajouter Iron Fist et Luke Cage, vu qu’ils ont eu droit à leurs séries…

  • Eddy Vanleffe  

    Deadpool est un personnage assez particulier en effet.
    il ne me plait pas des masses, tout simplement parce que j’ai du tenter le coup six ou sept fois et j’ai presque jamais aimé le délire.
    il est censé être drôle mais il est souvent écrit par des gars…ben c’est pas Gotlib ou Goscinny quoi…
    C’est cour de récré la plupart du temps.

    J’ai quand même apprécié Deadpool’s secret secret wars. parce que les petites blagounettes sur le style ampoulé et les thèmes des 80′s sont bien vues.
    Il faut sauver le soldat Wilson est sympa aussi avec sa fin ambiguë
    mais le reste m’a laissé de marbre. parfois peut être à cause de la traduction ( ça doit être vachement dur de rendre parfois un humour méta américain en quelques chose d’à la fois drôle et dans le même esprit ici…). Le début du run de Joe Kelly pourtant plébiscité m’est resté totalement sur l’estomac.

    • PierreN  

      À propos de Joe Kelly, et alors que je ne suis pourtant pas un fan de l’humour du personnage habituellement, j’avais bien aimé (sans doute aussi grâce au style fluide et hyper-dynamique de Canete) son épisode d’ASM, où Spidey et Deadpool se lancent dans une battle de « Yo Momma ».

  • artemus dada  

    @ Eddy Vanleffe : »faut pas non plus oublier que le public visé est super jeune.
    c’est pas vraiment fait pour les adultes, de base. »

    De base non, sûrement pas, j’avais via notamment l’étude du type de publicité présent dans les comic books des années 1940, et sur la base d’un sondage commandé par l’éditeur Fawcett (dont le résultat aura été l’invention de Captain Marvel, avec le succès que l’on sait), avancé que malgré le terreau des pulp magazines et l’importante présence d’auteurs venant de ce secteur de l’édition, la BD de super-héros visait, en priorité les jeunes, voire les très jeunes lecteurs.
    Cela dit depuis les années 1960, et de façon exponentielle, elle ne s’adresse plus du tout à ce lectorat. Mais plutôt à celui des adultes et des adolescents.

    Reste que la naïveté sur laquelle repose ses personnages (principalement celui des BIG TWO) l’oblige à jouer un jeu de dupe. En outre la frilosité des « editors » et autres décideurs l’empêche de s’émanciper, en proposant aux lecteurs plus jeunes des produits qui leur conviennent, et de produire du contenu pour des lecteurs exigeants. Il y a bien sûr les exceptions que l’ont connait (inutile de les citer).

    Mais même en lisant des scénaristes aussi « mainstream » qu’Al Ewing ou Gerry Duggan par exemple, il est clair (pour moi en tout cas) que leurs histoires ne s’adressent pas du tout à un « public super jeune ».

  • Eddy Vanleffe  

    J’aime souvent penser au terme « grand public au sens noble » comme peuvent l’être les films de Miyazaki, certains Disney, Tintin. Tolkien etc…

    Je ne connais pas trop Ewing ou Duggan. En revanche, ils sont contre balancés par tout un tas de titres visiblement adressé aux plus jeunes avec des thématiques très jeunes et très flashy (Moon girl…). D’ailleurs que chez Marvel, c’est de plus en plus marqué.

    mais bon, on aura beau faire des récits hyper ambitieux, on reviendra irrémédiablement à cet aspect qu’un gars qui met des collants pour faire régner l’ordre, c’est li’mage même d’une certaine vision de l’immaturité.
    d’ailleurs C’est explicitement cité dans le dernier Batman de Tom King que j’ai lu. l’auteur tente de réfléchir sur cette notion du type qui se déguise entouré par des types qui font pareil, le tout sur un ton hyper sérieux. N’est-ce pas justement une manière de souligner l’absurde de la situation?

    • artemus dada  

      Je n’ai bien entendu rien à redire à la notion de « grand public », et je ne vois pas bien pourquoi tu m’écris cela.

      En outre mes lectures, chez les BIG TWO ne me laissent pas du tout l’impression que le public visé est « super jeune », bien que des exceptions existes sûrement. « Moon Girl » dont j’ai par ailleurs lu le premier recueil [http://artemusdada.blogspot.fr/2017/01/moon-girl-devil-dinosaur-marvel.html] est classé « T », ce qui correspond, comme je le précise dans mon billet critique, à « 13 et + », avec lecture préalable des parents. On est loin, même dans la classification de l’éditeur, d’un public « super jeune ». D’autant que n’étant ni dans les « 13 ans et plus », ni « super jeune », j’y ai trouvé pourtant trouver de quoi apaiser ma soif de lecture et un certain intérêt.

      Au sujet de la maturité d’histoires tournant autour d’hommes & de femmes rendant la justice en collant , mon expérience de lecteur me dire que c’est largement possible d’en faire. Puisque j’en ai lus.

  • Jyrille  

    Quelle plume, Alex ! Et quelle pertinence ! J’ai adoré cet article et ma foi, je me range à tes arguments. Il faut dire que je ne connais pas ce personnage autrement que par le dernier film (que j’ai bien aimé), j’apprends donc énormément en te lisant. Mais il y a vraiment un film Deadpool avec Jim Carrey, Liam Neeson et Clint Eastwood ? Quelle est cette blague ?

    Quant aux Hives, ils furent bons au début.

    • Bruce lit  

      J’avoue n’avoir pas été plus loin avec les Hives. C’est souvent le problème des groupes uniquement basés sur l »énergie, non ?

      • Jyrille  

        Je n’y ai pas réfléchi mais c’est bien possible. Pareillement, je n’ai qu’un seul Hives qui me convient parfaitement. Tu me fais penser que je dois tenter le second album de Pulled Apart By Horses (qui on peut-être sorti deux autres albums depuis !).

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