Les Dents de l’Hammer – 2° partie

Encyclopegeek : Les films de vampires produits par le studio Hammer

Par : TORNADO

1ère publication le 04/04/17 – MAJ le 08/12/19

Cet article portera sur tous les films de vampires produits par le studio Hammer entre 1958 et 1974.
Il est complémentaire de l’article historique de Patrick Faivre, ainsi que de deux autres venant explorer d’abord Frankenstein, ensuite les divers monstres du bestiaire de la Hammer.

 On en fait même des documentaires…

On en fait même des documentaires…

Il y a seize films en tout que nous allons passer en revue par ordre chronologique :
1. Le Cauchemar de Dracula -1958
2. Les Maitresses de Dracula – 1960
3. Le Baiser du Vampire – 1963
4. Dracula, Prince des Ténèbres – 1966
5. Dracula et les femmes – 1968
6. Une Messe pour Dracula – 1969
7. Les Cicatrices de Dracula – 1970
8. The Vampire Lovers – 1970
9. Lust For a Vampire – 1971
10. Les Sévices de Dracula – 1971
11. Comtesse Dracula – 1971
12. Dracula 73 – 1972
13. Le Cirque des Vampires – 1972
14. Dracula Vit Toujours à Londres – 1973
15. Capitaine Kronos, Chasseur de Vampires – 1974
16. La Légende des Sept Vampires d’Or – 1974

La première partie de l’article (films 1 à 7) est disponible ici.

Voici venir les succubes !

Voici venir les succubes !

8.

Nous arrivons désormais à la « trilogie Mircalla » avec Vampire Lovers, une adaptation relativement fidèle de Carmilla, la nouvelle que l’écrivain irlandais Joseph Sheridan Le Fanu écrit en 1871.

A partir de 1970, la Hammer entame son déclin. C’est l’époque du Rosemary’s Baby de Roman Polanski.
Le studio décide donc de redonner un coup de jeune à son cinéma et à la figure du vampire en particulier. La nouvelle de Sheridan Le Fanu s’impose comme le matériel idéal pour introduire de nouvelles thématiques, comme la « succube » (ici au premier rang, et non cantonnée à demeurer dans l’ombre de Dracula !), l’érotisme sous-jacent, et l’homosexualité féminine. Vampire Lovers est donc le premier volet d’une trilogie réalisée autour de la « Famille Karnstein » (la famille de Carmilla).

Poésie gothique, incomparable…
©Hammer Film Production

On pourrait penser que cette orientation vers l’érotisme était en soi une décision extrêmement racoleuse, d’autant que cet érotisme (exclusivement féminin) est ici frontal, où le spectateur chanceux peut admirer de somptueuses actrices aux formes généreuses, qui exhibent leur magnifique plastique dans une nudité totale. Mais il n’en est rien. Les scènes de nu (finalement peu nombreuses) ne sont jamais gratuites, illustrant le propos avec une indéniable élégance. L’attitude ouvertement lesbienne de Carmilla/Mircalla/Marcilla augure bien quelques scènes franchement osées pour l’époque, mais là encore rien n’est en trop sur le terrain de l’adaptation et des thèmes propres au roman originel.
Qui plus-est, l’esthétique du film, fidèle à la tradition du studio, est vraiment soignée et splendide. Les décors ont beau être factices, ils sont vraiment très réussis. La scène d’ouverture est à elle-seule un monument de poésie gothique envoûtante, avec château et cimetière lugubre, brumes diaphanes et silhouette voilée se déplaçant au ralenti, sous une musique lyrique en diable.

Pour les amoureux de ce type de film, capables de se remettre dans le contexte de l’époque malgré le poids du kitsch, Vampire Lovers est une brillante adaptation de Carmilla, et un superbe film d’horreur classique en lui-même.
Et c’est encore Roy Ward Baker qui va briller avec ce premier film de la trilogie, qui donne la vedette à la superbe Ingrid Pitt, avec le retour, par la petite porte, du grand Peter Cushing…

Amour, quand tu nous tiens…

Amour, quand tu nous tiens…

9.

C’est tout de suite moins bon avec Lust For a Vampire, réalisé par Jimmy Sangster, le scénariste du Cauchemar de Dracula.
Ici encore, le spectacle ne manque pas de mordant et les images sont superbement gothiques. C’est le moment où la Hammer appuie sur la pédale en matière d’érotisme et le pitch est au diapason de cette orientation puisque la belle Mircalla, morte à la fin de Vampire Lovers, ressuscite dans un pensionnat de jeunes filles toutes plus splendides les unes que les autres, et toutes enclines à montrer leurs seins dès que l’occasion se présente…

La tonalité de l’ensemble possède quelque chose de plus moderne (il y a même une chanson au milieu), de plus émancipé, mais souffre pour le coup d’une certaine fluctuance au niveau du script et de la mise en scène, Jimmy Sangster étant clairement maladroit avec son découpage technique.

Mircalla : Celle qui ne ressuscite que pour vos yeux…
©Hammer Film Production

Le film débute avec la résurrection de la succube et se termine par sa nouvelle mort. C’est la routine. Mais on a l’habitude. Ce que l’on ne nous explique pas, en revanche, c’est pourquoi les vampires se promènent tous au grand jour comme si de rien n’était !

Comme il l’avait fait avec Horror of Frankenstein, Jimmy Sangster bâcle complètement le dernier tiers de son film, qui part dans tous les sens et devient franchement ennuyeux, alors que tout avait pourtant bien commencé.
L’actrice qui joue le rôle principal, si elle est dotée d’un poitrail stupéfiant, possède le charisme d’une arapède et l’on regrette grandement la présence d’Ingrid Pitt, qui avait illuminé le film précédent. Et parallèlement, la mythologie de la fameuse famille Karnstein, dominée par un vampire évoquant fortement Christopher Lee, est traitée en sous-régime.
Au final, ce n’est pas un mauvais film, mais c’est clairement en dessous de Vampire Lovers.

Une affiche conceptuelle mais un vampire qui n’a rien avoir avec le film…

Une affiche conceptuelle mais un vampire qui n’a rien avoir avec le film…

10.

Les Sévices de Dracula (Twins of Evil) prend la suite de Lust For a Vampire mais s’éloigne grandement de la nouvelle originelle de Sheridan Le Fanu, qui n’est citée qu’à titre de prétexte pour transmettre le vampirisme, comme s’il s’agissait d’une maladie. Ainsi, Mircalla ressuscite au début du film, vampirise l’un de ses descendants (le Conte Karnstein) et s’évapore aussitôt. Où va-t-elle ? le film ne nous le dira pas puisque le scénario n’a plus besoin d’elle à partir de là !
C’est donc le Conte Karnstein qui va s’empresser de mordre la populace, et il décide de commencer par les nièces de Gustav Weil (Peter Cushing), le grand inquisiteur du comté, un fanatique qui brûle à tour de bras les jeunes femmes sous la simple suspicion de pactiser avec le diable lorsqu’elles se promènent seules en forêt…

A noter que ni Dracula ni ses sévices n’apparaissent dans le film. Normal, puisqu’ils n’ont rien avoir avec cette histoire (qui n’est donc pas un crossover du genre « Camilla & Dracula contre Frankenstein »). C’est le distributeur de la version française qui a imposé ce titre racoleur, les spectateurs s’empressant de lui donner raison puisque le film bénéficia ainsi d’un franc succès dans notre beau pays, sans que le public ne remarque, apparemment, l’absence du saigneur des vampires…

Les chaudes et l’effroi !
©Hammer Film Production

Pour l’essentiel, le film souffle le chaud et l’effroi en mêlant le kitsch le plus total côté vampirisme avec une caractérisation des personnages substantielle. De même, on retrouve cet érotisme de surface, bien illustré par le duo vedette des deux fameuses jumelles maudites (titre original), interprétées par les magnifiques sœurs Collinson, âgées de 19 ans à peine, qui ornementaient alors le magazine Playboy !
Les personnages s’élèvent ainsi au dessus du manichéisme primaire (à part le Comte Karnstein et sa panoplie de vampire de pacotille et les deux jumelles, incarnant chacune un côté de l’opposition entre le bien et le mal), offrant au film une épaisseur bienvenue. Chacun peut ainsi balancer du côté de l’obscurité et de la lumière en fonction des événements et, sur ce terrain, Peter Cushing offre une composition impressionnante dans le rôle d’un inquisiteur fanatique d’une froideur à toute épreuve, que l’innocence des deux jumelles mettra au supplice, libérant au final la lueur d’humanité qui subsiste en lui.

Soit une énième déclinaison sur le thème du vampire, un film somme toute assez moyen réalisé par un John Hough pataud, mais souvent intéressant, qui souffre du poids de l’âge et d’un découpage technique assez laborieux, mais qui bénéfice de l’interprétation exceptionnelle d’un Peter Cushing plus habité que jamais…

11.

Comtesse Dracula (Countess Dracula), réalisé par Peter Sasdy, n’a rien à voir non plus avec Dracula et s’inspire de la vie d’Élisabeth Báthory, une célèbre comtesse hongroise qui, au 17° siècle, tortura et assassina un nombre considérable de jeunes femmes (entre 60 et 600, selon les sources !). La légende a prétendu qu’elle se baignait dans le sang de ses victimes espérant gagner la jeunesse éternelle et fut ainsi surnommée, avec le temps, la « Comtesse Dracula ».
Le surnom de la criminelle arrange alors bien le studio Hammer qui profite ainsi d’un nouveau titre racoleur propre à attirer les foules !

Cette énième déclinaison sur le thème du vampirisme s’impose néanmoins comme une variation originale, sans qu’il soit question de cercueils, de dents qui poussent et autres phénomènes liés au folklore des suceurs de sang. La méchante Comtesse, vieillarde décrépite, ne suce d’ailleurs pas une seule goutte de sang tout au long du film et se contente d’égorger ses victimes, afin de se laver avec leur fluide corporel vermeil. Ce faisant, elle rajeunit sous les traits de la sublime Ingrid Pitt (qui tenait déjà le haut de l’affiche dans Vampire Lovers) et part épancher sa libido dans les bras du jeune premier de service (en bref, elle suce autre chose que du sang, héhéhé), avant de redevenir vieille…

©Hammer Film Production

S’ensuit un cercle infernal, la vilaine redevenant un peu plus vieille après chaque transformation, nécessitant de plus en plus de victimes. Malin, le script tisse ainsi une métaphore comparant la condition de vampire à celle d’un toxicomane rompu à la dépendance, que la consommation grandissante de drogues pousse lentement vers les enfers…

Si le film est bien troussé, tourné dans de superbes décors et une ambiance gothique fidèle à la réputation de la Hammer ; si l’actrice principale est charismatique à souhait et si l’ensemble exhale une atmosphère glauque et malsaine, il manque pourtant quelque chose, de l’ordre du détail purement cinématographique, pour transformer notre Comtesse Dracula en chef d’œuvre. En l’état, il nous reste une bonne petite série B horrifique, originale mais un poil mollassonne et académique.

12.

Back to the future !

Back to the future !

En 1972, c’est la révolution chez la Hammer ! Après quatorze années de bons et loyaux services dans une région des Carpates façon tableau gothique de la vieille Europe avec ses calèches, ses auberges et ses châteaux perchés, le saigneur des vampires renait cette fois-ci à Chelsea, au cœur du Londres contemporain !
Puisque la recette commence à moisir, les producteurs ont pensé que cette remise au goût du jour s’imposait. Le réalisateur Alan Gibson en fait donc des tonnes en filmant ses personnages en pantalon patte d’eph dans des soirées hippies pleines de drogues et de fumée, sous une musique tonitruante à la Starsky & Hutch, qu’on s’attend à voir débouler à tout moment en compagnie de ce bon vieil « Huggy les bons tuyaux » et du Capitaine Dobbie. On sent d’ailleurs que nous sommes à l’époque de la Blaxploitation avec des acteurs comme tirés d’une série américaine sentant bon le mélange cosmopolite.
Cette transposition sonne désormais très kitsch et l’idée de faire apparaître le conte Dracula chez les hippies est incongrue tant cette époque est révolue !

L’éternel combat du bien/Peter Cushing contre le mal/Christopher Lee !
©Hammer Film Production

Dans l’ensemble, on ne pas dire que le spectacle soit mauvais. Certes, il y a une très grosse ellipse entre la fin du film précédent et le début de Dracula 73. Mais on profite de l’opportunité de retrouver le duo vedette du studio (Peter Cushing & Christopher Lee), douze ans après Le cauchemar de Dracula. Le roi-vampire ressuscité affronte désormais le petit fils de son ennemi de jadis, qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau et qui a repris le flambeau dans le combat contre les goules !
Si l’on ajoute quelques scènes purement gothiques au sein d’une église désaffectée, il y a tout de même matière à contenter l’amateur.

Heureusement que l’ambiance et les acteurs sont au rendez-vous d’ailleurs, car on ne peut pas dire que le scénario de Don Houghton vole bien haut ! Si la traditionnelle séquence de résurrection est la copie de celle d’Une Messe Pour Dracula, l’essentiel de l’intrigue sent dangereusement le réchauffé. C’est dire à quel point le film ne modernise le mythe qu’en surface, pour finalement reprendre à la lettre tous les éléments des films précédents, recopiés paresseusement du début à la fin.
Pire encore : En réinjectant systématiquement les scènes imposées dans un tout nouveau cadre, on vide la série de son ancienne symbolique. En effet, si jadis la menace du vampire incarnait l’attrait de l’interdit libertinage, quel est donc l’intérêt de ramener son ombre auprès des jeunes femmes de l’ère du Flower-Power, où personne ne leur interdit de s’envoyer en l’air avec n’importe qui ? Tout au plus pouvons-nous y voir une métaphore de la décadence de cette génération propre à se vautrer dans les drogues et les paradis artificiels, proies idéales pour le prince des ténèbres, mais rien n’est moins sûr…

Pour le reste, les acteurs principaux assurent le boulot, tandis que les seconds rôles tombent dans le comique involontaire en surjouant les vampires (contaminés), exhibant leurs canines en plastique sous un sourire ravageur. Parmi eux, on remarquera néanmoins la présence de la somptueuse Caroline Munro, actrice au décolleté stupéfiant qui fit les beaux jours des fantasticophiles tout au long des années 70 et qui incarne ici la première victime du monstre, concubine volontaire prête à expérimenter tous les voyages vers le stupre et la luxure…

Malgré tous ces défauts, et bien qu’on se demande en quoi il a pu effrayer les spectateurs de l’époque, Dracula 73 demeure en définitive une série B sympathique et quasiment unique en son genre. « Quasiment » car son concept ne tombera pas à plat, les producteurs américains mettant en chantier la même année le croquignol Blacula, rendant à la Blaxploitation ce qui lui appartenait dès le départ. Non mais…

Du sang sous le chapiteau !

Du sang sous le chapiteau !

13

Afin de rameuter un public toujours plus fuyant, la Hammer pense avoir l’idée du siècle : En rajouter encore et toujours plus dans le sang et dans le sexe. Ainsi, dans Le Cirque des Vampires, réalisé par Robert Young, les jolies filles courent nues et le sang gicle généreusement tandis que le scénario nous conte la malédiction d’un village serbe (au début du 19° siècle) respectivement aux prises avec la peste et avec les suceurs de sang, ici dissimulés sous les costumes chamarrés d’une troupe de forains ambulants…

Un script d’une étonnante liberté de ton, où les vampires se transforment en panthère noire (et vice et versa), où les funambules virevoltent dans le ciel avant de se muer en chauve-souris, et où les miroirs deviennent des passages oniriques invitant la proie innocente à se retrouver immédiatement prise au piège dans la crypte du vampire…

Bien évidemment, toutes ces horreurs assurent la métaphore d’une populace en proie aux pires tourments tandis que les bourgeois s’encanaillent sur leur labeur et leur misère, puisque les forains en question sont en réalité les descendants cachés du comte vampire jadis trucidé par les villageois…

©Hammer Film Production

Aujourd’hui, évidemment, toutes ces scènes horrifiques prêtent à sourire car, encore une fois, l’horreur au cinéma ne résiste pas au poids de l’âge. Mais remis dans le cadre de son époque, ce Cirque des Vampires un brin polisson est un sympathique baroud d’honneur impertinent et délicieusement libertin, d’une cruauté décomplexée puisque l’on va jusqu’à y vampiriser allègrement les petits enfants !

A noter, dans le rôle du colosse de foire au service du mal, la présence de David Prowse, futur Dark Vador, dans un des seuls films qui permettent d’admirer réellement sa plastique d’athlète gigantesque…

Les dents de la City !

Les dents de la City !

14.

Dès 1958, malgré le succès du Cauchemar de Dracula, Christopher Lee avait manifesté son désir de prendre ses distances avec le personnage du Conte des Carpates, de peur de se laisser enfermer dans le rôle. C’était sans compter sur ses producteurs qui le supplièrent de rempiler afin de côtoyer les sommets du Box-office. Par amitié pour eux et seulement pour cette raison, l’acteur reprit ainsi les canines six fois au sein du studio Hammer, et quatre fois ailleurs, parfois pour rire (Les Nuits de Dracula, Vampir-Cuadecuc et One More Time en 1970, et Dracula Père et Fils en 1976).

En 1973, Christopher Lee met donc un terme à sa participation au sein de la série, dans un final l’opposant une dernière fois à son meilleur ennemi, interprété par Peter Cushing…

Le scénario de Dracula Vit Toujours A Londres (The Satanic Rites of Dracula) est malgré tout l’un des plus originaux de la série, lorgnant par ailleurs sur les succès de l’époque (les films d’espionnage à la James Bond), tout en restituant le climat assez paranoïaque de cette période, généré par des événements comme le scandale du Watergate, le marasme de la guerre du Viet Nam ou le premier choc pétrolier de 1973. On retrouve ainsi le conte Dracula à la tête d’une secte satanique composée des plus grands notables de l’Empire britannique, lesquels ont pour ambition de prendre le pouvoir via un complot apocalyptique de grande ampleur à base de vampirisme et de guerre bactériologique !

Dracula vit toujours à l’ombre…
©Hammer Film Production

Le film ne débute point par la sempiternelle résurrection du vampire (on ne saura pas comment il est revenu à la vie mais, après six films, on aura compris que ce n’est pas très compliqué…) et le monstre en question apparait tardivement sous les traits d’un puissant et mystérieux chef d’entreprise, bientôt percé à jour par son pire ennemi, le Dr Van Helsing !

Du début à la fin, le spectateur hésite à séparer le bon grain de l’ivraie car, si le pitch de départ est plutôt une bonne surprise, la réalisation sans relief d’Alan Gibson impose rapidement au film ses limites en lui donnant l’air d’un épisode de série TV qui se serait retrouvé par erreur dans une salle de cinéma.
Très vite, la routine reprend le dessus et, au final, on prend conscience que la présence de Dracula n’aura été qu’un prétexte commercial mis en avant afin de justifier un pseudo-film d’espionnage façon Hammer. C’est d’ailleurs le cas puisque les producteurs espéraient vendre le film aux américains sur ce postulat. Mais ces derniers ne tombèrent pas dans le panneau et ne voulurent même pas en entendre parler !
C’est dommage car l’idée d’installer Dracula au dernier étage d’un immeuble de la city illustrait de manière assez édifiante la métaphore du capitalisme aux dents longues…

Dracula Vit Toujours A Londres est donc le film de trop pour Christopher Lee, qui ne reprendra pas le rôle dans le dernier segment mettant en scène le personnage créé par Bram Stocker…

Une affiche française peu avare de gothique…

Une affiche française peu avare de gothique…

15.

Malgré ses multiples tentatives afin de renouveler le thème du vampire, le crépuscule de la Hammer s’annonce inexorablement. Et, à l’heure où les principaux succès du cinéma horrifique s’intitulent L’Exorciste ou Massacre A la Tronçonneuse, le studio spécialisé dans le gothique achève son déclin.

Capitaine Kronos, Tueur de Vampires (Captain Kronos – Vampire Hunter), est un film écrit et réalisé par Brian Clemens, l’un des auteurs de la série Chapeau Melon et Bottes de Cuir. A l’origine, le film devait être le premier d’une série où le héros reviendrait affronter Dracula et Frankenstein. Mais le film fut un échec et l’aventure s’arrêta inopinément…

Comme c’était le cas avec Comtesse Dracula, les vampires vampirisent ici les jeunes vierges afin de préserver leur jeunesse éternelle, évoluent au grand jour et ne dorment pas dans un cercueil sous les chauves-souris. Les filles ont la cuisse légère et, après Dracula 73, Caroline Munro revient jouer les coquines.

Amour, gloire et beauté !
©Hammer Film Production

Mélange de film d’aventures, de super-héros pulp (le Capitaine Kronos arbore fièrement un joli logo en forme de « K » sur ses affaires) et de récits gothiques, le résultat sent bon la bande-dessinée naïve de l’époque, telle qu’on pouvait notamment la lire dans le magazine Vampirella. Le héros est donc un aventurier, très fort pour le combat et le maniement des armes, spécialisé dans la chasse aux goules, assisté d’un assistant bossu mais savant, lui-même spécialisé dans le vampirisme et toutes ses déclinaisons ! Bien des années plus tard, le réalisateur Stephen Sommers se souviendra de la formule pour son Van Helsing au concept quasiment similaire…

Si le postulat est donc bien excitant, le film n’en demeure pas moins un joli navet, qu’on nommera « nanar » parce qu’il est quand même un brin attachant et qu’il possède quelques scènes assez intéressantes. Ainsi, bien qu’il soit mal fichu, mal écrit, porté par un mauvais goût certain (gros plans glauques sur les langues à l’appui) et surtout extrêmement mal joué (l’acteur Horst Janson qui interprète le héros du titre dégage le charisme d’un pétoncle !), Capitaine Kronos, Tueur de Vampires possède quelques atouts dans sa manche et parvient à éveiller l’attention du spectateur en le surprenant, notamment en ménageant le suspense quant à l’identité du vampire et surtout grâce à l’introduction de quelques émanations gothiques étonnamment poétiques, le tout culminant dans un duel de cape et d’épée dans la grande tradition du film d’aventures médiéval !

Au final, voilà un ovni assez incroyable, demeuré d’ailleurs longtemps dans l’oubli. Si aujourd’hui son exhumation provoque l’excitation de la planète geek et, par la force des choses, une certaine exagération au niveau de la réhabilitation (les spécialistes des vessies qui ressemblent à des lanternes auront vite fait de qualifier ce pur nanar de chef d’œuvre), on tempèrera le tout en précisant qu’il s’agit d’un patchwork pas toujours très digeste, mais une curiosité certaine pour les amateurs…

Dracula au pays du kung-fu !

Dracula au pays du kung-fu !

16.

Contrairement aux autres films de la série des Dracula, La Légende des 7 Vampires d’or n’est pas la suite du précédent, mais plutôt une histoire parallèle et autonome, comme si l’on était revenu au début (avec le retour de la musique de James Bernard). Dans le rôle de Dracula, John Forbes-Robertson succède à Christopher Lee et n’apparait que furtivement au début et la fin du film.

Le pitch est croquignol, jugez plutôt : Un chinois voyage jusque dans les Carpates afin de quérir l’aide de Dracula, car il souhaite dominer sa région natale tel un tyran. Dracula, qui n’en a cure, profite néanmoins de la situation en intégrant le corps de ce chinois, afin de se rendre dans cette région de la Chine, où sévissent sept vampires d’or dont il veut devenir le maitre. Oui, c’est complètement incohérent, mais ce n’est pas terminé.
Le professeur Lawrence Van Helsing, descendant de feu le pire ennemi de Dracula, arrive en Chine cent ans plus tard (en 1904 pour être précis). Là, il fait la connaissance du jeune Hsi Ching, un guerrier chinois natif de la région des sept vampires d’or. Naturellement, Hsi Ching demande l’aide de Van Helsing, lequel se rend sur les lieux où il retrouvera bientôt celui qu’il nomme « l’archi-vampire », que son aïeul affronta un siècle plus tôt sous le nom de Dracula dans les Carpates. Oui, effectivement, le hasard fait bien les choses.
Pendant ce temps, les sept vampires d’or mettent leur région à feu et à sang afin de vampiriser les jeunes vierges. Dans cette quête satanique, ils sont aidés par Dracula en personne, qui s’est apparemment trouvé un nouveau pouvoir : celui de ressusciter les morts en les transformant en une armée de zombies à sa solde. Malheureusement pour lui, Hsi Ching et ses sept frères et sœurs sont des maîtres des arts martiaux, capables de tuer une centaine d’ennemis à eux-seuls. Et maintenant que Van Helsing leur a appris qu’il fallait percer le cœur d’un vampire pour le tuer, ils comptent bien mettre fin au règne maléfique des sept vampires d’or de Dracula-chinois. Ah oui, j’ai oublié de vous dire : Les sept vampires d’or s’appellent comme ça parce qu’ils possèdent une ceinture en forme de chauve-souris en or, et ils se dégonflent en partant en fumée si on leur arrache !

Une bande-annonce VF involontairement hilarante qui en fait des pataquès !
©Hammer Film Production

Tourné la même année que Capitaine Kronos, Tueur de Vampires, La Légende des 7 Vampires d’or suit à peu-près le même schéma en mélangeant l’horreur au film d’aventure, ici mâtiné de kung-fu, puisque c’est alors la grande mode depuis le triomphe des films de Bruce Lee .
Pour le coup, ce dernier film de vampires version Hammer remporte le pompon côté exotisme et son parti-pris totalement décomplexé lui procure un charme certain, c’est-à-dire celui d’un bon nanar. D’autant qu’il ne se prend pas au sérieux et qu’il n’y va pas de main morte, autant sur le volet horreur avec des giclures de sang à chaque combat, que sur le volet karaté avec deux ou trois scènes de bastons dans la plus pure tradition du Wu Xia Pian. Et la grande scène finale arrache tout en mélangeant allègrement karaté et vampirisme dans une lutte sauvage entre une centaine de combattants vivants, morts, et morts-vivants !
Tout comme Capitaine Kronos, Tueur de Vampires, La Légende des 7 Vampires d’or s’impose comme un spectacle total lorgnant à l’envie sur la bande-dessinée de l’époque, dont il restitue la fantaisie et la candeur naïve.

En quête ultime de succès, la Hammer avait pourtant bien fait les choses en s’associant avec la mythique Shaw Brothers de Hong Kong, offrant d’ailleurs le rôle de Hsi Ching au grand David Chiang (le héros de La Rage du Tigre) et celui du Dracula chinois à Chan Shen (autre acteur célèbre pour ses rôles de méchants). La réalisation du film est confiée à l’excellent Roy Ward Baker qui se voit épauler par Chang Che, le principal réalisateur de la Shaw Brothers.
Grâce à la connexion de tous ces talents (parmi lesquels il convient d’ajouter la participation de Peter Cushing dans son rôle emblématique du professeur Van Helsing), La Légende des 7 Vampires d’or demeure un spectacle visuellement superbe et diaboliquement rythmé du début à la fin, et ce malgré un scénario improbablement foutraque. Un nanar de luxe, en quelque sorte ! Il sonne néanmoins le glas de la Hammer, dont il constitue le dernier film ouvertement spectaculaire, avant que le studio ne se résigne à déposer les clés de son succès de jadis dans le domaine du cinéma gothique, horrifique et flamboyant…

 Chinese Dracula et ses superbes vampires d’or vous feront rêver…

Chinese Dracula et ses superbes vampires d’or vous feront rêver…

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La BO du jour…

Sepcial dédicace, ami du rock, des Trex et des vampires. This one got it all ! Im Just a vampire for your love& im gonna suck you !

43 comments

  • Matt  

    Ou qu’il est passé l’article sur les films de momie et autres fantome de l’opera qui ne font pas partie des sagas Dracula et Frankenstein ?

    Je ne me souviens plus ce que tu disais sur Curse of the mummy’s tomb. Il sort dans une nouvelle édition dans la semaine qui vient. Mais je crois que je ne l’ai jamais vu celui-là.

    Tu connais les films un peu moins populaires Meurtre par procuration et Hurler de peur ?

    • Bruce lit  

      En attente de remasterisation.

    • Matt  

      Bon…
      En attendant, mon petit top 10 des films Hammer maintenant que j’en ai vu davantage^^

      L’invasion des morts vivants
      Vampire Lovers
      Dr Jekyll & sister Hyde
      Le chien des baskerville
      La malédiction des pharaons
      les vierges de Satan
      La gorgone
      La femme reptile
      Les sévices de Dracula
      L’abominable homme des neiges (pas vraiment dans la catégorie horreur mais bon film)

      mentions honorables qui n’ont pas atteint la liste :
      Comtesse Dracula
      Frankenstein créa la femme
      Dracula prince des ténèbres
      Captain Kronos

      Oui je sais je n’ai pas mis de Dracula ou Frankenstein dans le top 10. Curieusement, je n’accroche pas trop aux versions Hammer de ces personnages.
      Et pareil je n’ai curieusement pas super accroché à la nuit du loup-garou que Tornado aime tant. J’ai trouvé la structure du film ennuyeuse.

      Il me reste cela dit à voir 2 Terence Fisher : les 2 visages du Dr Jekyll, et Le fantôme de l’opéra

    • Matt  

      Attendez…non, non j’ai vu le fantôme de l’opéra^^
      Sympa. Mais pas dans mon top 10

  • Matt  

    Bon alors…on veut plus me répondre, hein ??
    Curse of the mummy’s tomb, Hurler de peur et Meurtre par procuration, c’est bien ?

  • Matt  

    Tornado, tu as vu « le peuple des abimes » ? (lost continent)
    Apparemment c’est un Hammer aussi, même si c’est plus inspiré des récits d’E.R.Burroughs comme les films de Kevin O’connor (le continent oublié, tout ça…)

  • Tornado  

    Non, celui-là je ne l’ai pas vu. Je dois l’avoir dans un coin je crois. Mais je ne pense jamais à le regarder !
    J’ai vu tous les films de Kevin Connor par contre. Ils sont sympas mais assez cheap. Ils n’ont clairement pas les moyens de leurs ambitions ! C’était une époque où certains cinéastes pensaient qu’ils pouvaient tout faire avec six sous et deux panneaux de carton-pâte ! C’est à la limite du nanar ! Mais j’avoue que je ne vois pas à quoi ressemble le Peuple des Abimes. Le cycle préhistorique de la Hammer (Un million d’Années Avant J.C., Les Femmes préhistoriques (que je n’ai pas vu non plus) et Quand les Dinosaures Dominaient le Monde) avaient quand même plus de gueule que les films de Kevin Connor.

    • Matt  

      C’est pas faux, ça fait assez cheap. Mais j’aime bien le continent oublié^^
      C’est sûr que s’ils avaient eu Harryhausen pour les aider à la place de costumes en caoutchouc pour les dinosaures…ç’aurait été mieux.
      Mais du coup je suis curieux pour le peuple des abîmes. ça semble un peu plus « violent » que les films de Connor, même si je crois que ça fait cheap aussi. C’est un peu WTF aussi je crois^^

      https://www.youtube.com/watch?v=AVw5fJsnj7c

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