Les Illuminés (Room 237)

Room 237 par Rodney Ascher

AUTEUR: BRUCE LIT

1ère publication le 23/06/16- MAj le 03/02/19

Paranoïquement vôtre !

Paranoïquement vôtre !

Room 237 est un documentaire de 2013 réalisé par Rodney Ascher. Il est indispensable d’avoir vu le Shining de Stanley Kubrick lui même inspiré du roman de Stephen King pour l’apprécier. Quelques scans ont été piqués au site Vulture. Merci à eux.

A partir du film Shining, Acsher laisse la parole à 5 « experts » Bill Blakemore, Geoffrey Cocks, Juli Kearns, John Fell Ryan and Jay Weidner l’ayant visionné des milliers de fois et qui livrent leur théorie « Illuminati » sur les messages cachés que Kubrick dissémina dans son chef d’oeuvre. Ou tout du moins, le croient’ils…

D’un côté Stanley Kubrick , un des rares génie authentique du cinéma au perfectionnisme légendaire. De l’autre cette cohorte de geeks enamourés de Shining, capables de le décortiquer images par images, d’y superposer des images subliminales voire de le passer à l’envers pour y chercher des messages cachés.

L’exercice n’est pas nouveau puisque on a bien écouté des disques de rock à l’envers pour y chercher des prophéties : Charles Manson pensait ainsi avoir décrypté le White Album des Beatles comme les prémices de l’apocalypse, d’autres sont persuadés d’entendre une prière satanique en écoutant à l’envers Stairway To Heaven (mais quelle idée j’vous jure…)  et ce pauvre Roger Waters mourra sans doute en répétant à l’envi que Dark Side Of The Moon n’est pas la bande son synchronisée du Magicien d’Oz.

En superposant le film à l'envers, on obtient ça !

En superposant le film à l’envers, on obtient ça !
Source : Documentary
©Wild Side Video Side Video

On l’aura compris ce genre d’exercice est à prendre avec des pincettes tant les dérapages peuvent s’apparenter aux théories du complot démultipliés par le net : Elvis, Jimmy Dean et Morrison ayant mis en scène leur mort, Kurt Cobain assassiné, les inscriptions du KKK sur les paquets de Malboro, que le 11 septembre et la Shoah sont des manipulations etc.

M’enfin l’exercice autour du film de Kubrick reste très divertissant, ces gens ne font de mal à personne et il est indéniable que les intervenants connaissent le film sur le bout des doigts. De plus la paranoïa et l’alienation étant au centre des thématiques des films du génie, on ne sent pas si dépaysés que ça en revisitant l’antre de la terreur de Jack Torrance.

Un intervenant, peut être le plus convainquant, pense par exemple que le film traite en filigrane de la mauvaise conscience américaine envers le génocide Indien en le faisant coexister  avec les fantômes de la Shoah : Le jeune Danny porte pendant le film un T-Shirt avec le chiffre 42, date de la mise en place par Himmler de la Solution Finale.

En multipliant le chiffre de la maudite chambre 237 (2X3X7), nous obtenons également 42 ! Nicholson utilise une machine à écrire allemande dont les nazis se servaient pour taper leurs listes et les valises abandonnées entassées devant l’ascenseur bientôt recouvertes d’un fleuve de sang évoquent bien sûr la déportation et l’extermination des juifs. Lorsque l’on connait l’intérêt du réalisateur pour l’histoire, il est très probable qu’il ait consciemment -ou pas- laissé passer ce détail. D’autant plus que l’hôtel est construit sur un cimetière indien pour renforcer la malédiction de l’histoire.

Les traces du génocide indien ? Les traces du génocide indien
Source : Vulture 
©Wild Side Video

D’autres étudient le détail de la moquette de l’hôtel en y voyant des signes de la kabbale. Une chaise qui disparait d’une scène à l’autre n’est plus interprétée comme une faute de script, inimaginable chez le réalisateur, mais comme un message paranormal . La séquence la plus délirante étant celle où un intervenant est persuadé de voir le visage de Kubrick dans les nuages du plan d’ouverture …Ou encore, ceux qui sont persuadés que Kubrick adresse des excuses à sa femme pour avoir tourné le faux alunissage d’Apollo 11 pour la NASA,  la moquette sur laquelle gambade le petit Danny a des motifs s’apparentant à…une fusée lunaire !

Vous l’aurez compris, il y a beaucoup à boire et à manger dans ce documentaire sympathique animé par des passionnés de cinéma un peu allumés. Kubrick mort, ces plans étant d’une richesse absolue et d’une beauté plastique n’ayant d’égal que ceux de Visconti, on peut lui faire dire tout et n’importe quoi…D’autant plus qu’à aucun moment, le réalisateur ne prend la parole et s’efface totalement derrière ses intervenants. Si le montage des images est très pédagogique (arrêt sur image, retour en arrière  superposition de plan), il est dommage que l’on ne sache rien des intervenants: Qui sont ils? Quelle est leur légitimité ? Pourquoi ont ils attendu presque 20 ans après la mort du maître pour témoigner ? Quelle est l’opinion de la famille ou des collaborateurs de Kubrick ?  D’autre part, la musique de fond est abominable sorte de score un peu jazzy pour porno des années 80.

Typiquement le produit de la génération Youtube, où il est possible de mettre en scène la moindre humeur Room 237 vaut le coup d’oeil pour les amoureux du cinéma de Kubrick, ceux persuadés que la vérité est ailleurs ou tout simplement pour tout ceux qui vénèrent chez l’être humain cette vertu Baudelairienne : l’imagination… Ou tout du moins, la preuve par 237 de la synergie unique entre le transmetteur et le récepteur.

Des airs de Solution Finale

Des airs de Solution Finale
Source Vulture 
©Wild Side Video

26 comments

  • Présence  

    N’ayant pas vu le film Shinning, la probabilité est faible que je regarde un jour ce documentaire. J’ai bien apprécié la question que tu poses sur la légitimité des intervenants. J’ai tout autant apprécié la remarque sur la génération Youtube, et la possibilité d’interpréter dans tous les sens chaque image, chaque parole, chaque séquence vidéo, en y apportant peut-être plus que ce que l’auteur n’y a mis. Il y a autant de lecture différente, ou de visionnage différent que de lecteur ou de spectateur.

    Comme toi, je suis toujours admiratif du travail pédagogique réalisé pour l’analyse vidéo en rapprochant des séquences,en les surimposant, ou en les passant en arrière (une idée qui ne me viendrait jamais à l’esprit.

  • Matt  

    Par rapport à la génération youtube, j’aimerai dire que ce n’est pas bien nouveau de décortiquer les œuvres et y trouver plus que ce que l’auteur voulait. J’avais déjà cette impression en cours de français au lycée.

    Ceci me fait un peu penser à une « émission » youtube dont j’ai parlé dans un commentaire sur l’article de Altered States mais qui est peut être passé inaperçu (mon commentaire, pas l’article)
    Et si ce n’est pas le cas, ben tant pis j’assume je radote. Il s’agit de Crossed (puis Chroma) de Karim Debbache. Certes c’est du youtube et c’est un « p’tit jeune » qui présente (mais non, je ne vous prends pas pour des vieux) mais c’est vraiment sympa.

    Dans Crossed il parle surtout d’adaptation de jeux en film ou de films parlant de jeux vidéo puisqu’à la base il bossait pour jeuxvideo.com.
    Puis maintenant il fait Chroma.
    Le principe reste le même : parler de films (souvent mauvais mais pour le coup c’est lié à la thématique du jeu vidéo qui n’a que rarement donné de bonnes choses au cinéma), les analyser, relever des anecdotes de tournage ou parler des techniques et un peu de l’histoire du cinéma. Dans un épisode il parle de plans cachés faisant référence aux illuminati. Bon il le fait avec humour, c’est ce qui est sympa, il n’a aucunement l’air d’un illuminé mais d’un mec passionné qui a pas mal de culture ciné. Et pour le coup il n’a pas moins de légitimité je pense que les intervenants dont tu parles dans ce reportage.

    Si vous avez un moment, je vous conseille d’y jeter un œil. C’est drôle et instructif…et gratuit.

    Pour ce qui est du reportage, c’est le genre de choses que je peux trouver intéressant (si ça ne va pas trop loin non plus dans les théories fumeuses) mais c’est clairement quelque chose que je pourrais suivre avec intérêt en tombant dessus à la TV, mais que je n’ai pas spécialement envie d’aller acheter…

    • Jyrille  

      Ah j’ai découvert Chroma récemment, je n’ai regardé que sa vidéo sur Les Affranchis, mais j’ai trouvé ça pertinent, extrêmement intelligent, bien monté, bien écrit, drôle… Bref, j’ai été soufflé par ce gars.

      • Matt  

        Ouaip, il s’y connait bien. Toutes ses vidéos « Chroma » sont intéressantes. Même dans les films nazes qu’il chronique il met en lumière des éléments techniques ou des critiques dissimulées. Parfois e sont des théories mais c’est très sympa.
        Je te conseille aussi Crossed, une émission qu’il faisait avant pour jeuxvideo.com qui parlait aussi de ciné mais surtout d’adaptation (pourries) de jeux.

        Crossed est sur youtube, Chroma sur dailymotion

  • Lionel Roudoudou  

    Comme le dit l’article, le doc parle moins du sens (potentiellement) caché du film de Kubrick que des illuminés qui voient du complot partout et sont prêts à extrapoler, à propos de n’importe quoi, sur tout et rien.

    Ça reste rigolo tant qu’on garde un poil de recul. D’autant que certaines théories restent bien séduisantes… ;)

    J’en profite, du coup, pour faire mon coming-out et révéler que je ne suis pas (et n’ai jamais été) spécialement fan de SHINING. :/
    Comme, d’ailleurs, de Kubrick dans son ensemble, à qui je reconnais tout plein d’immenses qualités : mais que j’ai toujours trouvé un peu surestimé et dont les films ne me touchent pas particulièrement… -_-

    • Bruce lit  

      @Présence: l’hypothèse selon laquelle Présence est un algorithme issu de nos fantasmes d’un être savant et bienveillant se vérifie de plus en plus….Car qui dans cet univers n’a jamais vu Shining ?
      @Matt: la démarche de Chroma est intéressante. Je mets ça dans ma pile de choses à voir avant la fin du monde.
      // La génération Youtube, oui, comme je le dis en début d’article décorticage et théories du complot ne sont pas nouveaux. Ce qui l’est est désormais cette bibliothèque vidéo instantanée permettant de voir et diffuser n’importe quelle émotion et opinion.
      @Lionel: je vous rappelle M.Roudoudou que vous êtes en période d’essai et de préférer Grant Morrison à Stanley Kubrick n’est pas censé trouver grâce à mes yeux….Le seul du génial Stan qui ne me touche pas reste 2001 dont je reconnais la valeur mais qui ne me parle pas, dans quelque état d’esprit, malgré les plaidoyers passionnés et passionnants de mon frangin sur ce film. Orange Mécanique fut un moment déterminant dans mon éducation cinématographique. Tout comme Barry Lyndon. Il faudrait que je revoie Eyes Wide Shot. Et la première partie de Full Metal Jacket est brillante, j’aime moins la deuxième.

  • Tornado  

    Une oeuvre d’art, et plus exactement un chef d’oeuvre, c’est quelque chose qui échappe fatalement à son créateur.
    Les gens se l’approprient, la détournent parfois et dans le meilleur des cas l’enrichissent de divers niveaux de lecture (voir ce que Dan Brown est parvenu à faire avec « La Cène » dans son DaVinci Code).
    Lorsque j’étais ado, j’ai moi-même fait la grimace en écoutant certains profs de français voir 10 millions de choses derrière tel ou tel texte. Mais, avec le recul, je trouve ce processus passionnant, d’autant plus que chaque personne est dotée d’un inconscient riche de perspectives. Une oeuvre est donc pétrie de gestes conscients, mais aussi inconscients de la part de son créateur. A partir de là, on peut spéculer sur tout un tas de niveaux de lecture et, ce que je trouve passionnant, c’est justement cette possibilité d’enrichir une oeuvre sans cesse.
    A l’arrivée, le chef d’oeuvre a depuis longtemps quitté la seule sphère consciente de son créateur pour devenir patrimoine de l’humanité et, avec le temps, riche d’une multitude de regards attentifs et pénétrants…

    • Bruce lit  

      Hé ! apporter différents niveaux de lecture à nos propres lectures, c’est la raison d’être de ce blog non ?

  • Patrick 6  

    Je m’en suis voulu de l’avoir loupé à sa sortie en salle, car je ne me vois clairement pas investir dans un dvd pour un documentaire…
    Quoi qu’il en soit ce que tu en dis confirme le bien que j’en avais entendu.

    Hum dans mon souvenir il n’y a pas de valise dans le hall lorsque les flots de sangs coulent de l’ascenseur… (mais je dois vérifier ce point) donc pour la shoah je n’y crois guère.
    A noter le perfectionnisme du réalisateur s’étend également aux versions étrangères, puisque en VF le texte tapé à la machine à écrire est en Français ! (« Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » au lieu du « All work and no play makes Jack a dull boy »). Par contre « Redrum » reste en Anglais contrairement au « Tromal » du livre.

  • Jyrille  

    Ca a l’air rigolo. Il faut que je revoie Shining d’abord, je jetterai peut-être un oeil à ce documentaire un de ces quatre.

    Par contre tu soulèves deux points très intéressants : la légitimité des personnes qui décortiquent ou parlent en public et la génération YouTube. Pour la génération YT, et je le vois beaucoup sur FB puisque je fais partie d’un groupe qui se moque des théories du complot, je ne pense pas que ça ait beaucoup changé par rapport à avant. C’est simplement que les choses vont plus vite et qu’il y a plus d’exposition à tout un tas d’illuminés qui croient dur comme fer que la Terre est plate, entre autres. Je n’ai donc pas de souci là-dessus, c’est une suite logique d’événements en corrélation directe avec les nouveaux moyens de communications.

    Par contre, la légitimité est un vrai sujet, puisque je me demande sans cesse qui sont les experts que l’on nous présente dans les émissions de télé de débats (les talk-shows), d’où sort leur statut ? oit-on avoir des diplômes pour ça ? Avez-vous entendu parler d’un expert en économie qui officiait depuis des années en Espagne, interrogé par les médias (télé, journaux) avec un tampon « Le mec s’y connaît grave, croyez-le » et qui s’est révélé être un imposteur ?

    Sommes-nous nous même légitimes pour parler de comics, de dessin, alors qu’à part Tornado (à ma connaissance) nous n’avons pas fait d’étude d’art, ne sommes pas profs ou spécialistes des techniques de dessin et de scénarios ? Un de mes meilleurs articles est celui sur le double blanc des Beatles. Je l’ai publié sur Amazon il y a bien longtemps, et bien évidemment, j’ai été pris pour cible par les fans. Dans les commentaires, un internaute me disait que je n’étais pas légitime pour parler des Beatles.

    Mon sentiment, c’est que nous sommes tous légitimes pour parler des choses qui nous passionnent ou pour donner un point de vue, quel qu’il soit. La liberté d’expression donne le droit à tous de pouvoir exposer ses idées ou sentiments. Pour autant, il faut toujours avoir du recul sur ce qui est dit, remettre les choses en perspective, les poser dans un contexte, et les tester (c’est mon boulot après tout) : les interroger, les voir différemment, les questionner ou les extrapoler. Et en tant que personnes lues, nous devons surtout ne pas nous donner de titres, simplement exprimer un avis en tant que passionné, sans aller plus loin, en prévenant des limites que nous avons tous.

    • Matt  

      Je plussoie cette déclaration.
      Et puis ces gens qui disent qu’on n’a pas le droit de critiquer une chanson si on ne sait pas chanter, c’est un peu des rageux.
      Ne pas savoir chanter ne fait pas de nous des gens dépourvues d’oreilles et de sensibilité. Donc si c’est moche, c’est moche. Qu’on sache faire mieux ou pas.

      Là où il ne faut pas déraper c’est quand on entre sur le terrain des significations cachées de l’oeuvre, ou de l’implication de l’auteur dans son travail. Pour les sens cachés, selon ce qu’on affirme, il faut pouvoir s’appuyer sur une certaine culture générale et/ou des facultés d’analyse (des techniques employées dans un film par exemple, qu’il faut avoir étudiées pour les comprendre) et ne rien affirmer non plus à 100% comme si on savait ça mieux que l’auteur.
      Et pour l’implication de l’auteur, ça relève presque d’une attaque personnelle envers un mec dont on ne connait rien des conditions de travail. Donc il faut savoir avoir un sens critique envers l’œuvre mais pas envers la personne directement (même si ça on le fait parfois un peu tous quand on est agacé, mais bon c’est mieux quand c’est discret)

      • Jyrille  

        Merci ! Je suis d’accord avec tes assertions.

        Sinon, Bruce, c’est quoi cette histoire de 42 pour la Shoah ? Le seul 42 que je connaisse, c’est celui de Douglas Adams et de son Hitchhiker’s Guide To The Galaxy (H2G2 pour les intimes).

        • Matt  

          Oui, j’avoue que j’ai pensé à « la réponse » aussi de Adams.
          Mais c’est aussi l’année de la mise en place de la solution finale.

          • Jyrille  

            Ah d’accord, 1942… Ouais. Merci.

    • Présence  

      @Jyrille
      C’est mon boulot après tout. Est-ce indiscret de te demander de quel boulot il s’agit ?

      • Jyrille  

        Non, pas du tout ! Je suis testeur informatique. C’est une partie que je faisais précédemment en tant que développeur, mais maintenant c’est devenu un métier à part entière (cela a commencé il y a une vingtaine d’années), tant les nouvelles technologies ont modifié la façon de travailler. Et également car on s’est rendu compte que les vieilles méthodes ne fonctionnaient pas non plus. Donc je teste des applications informatiques professionnelles, plutôt au niveau fonctionnel, mais il existe aussi les tests de sécurité, les tests de performance, d’ergonomie etc…

        • Présence  

          Merci pour la réponse.

  • Bruce lit  

    Le teaser du soir:
    Une fois livrée au public, une œuvre n’appartient plus à son auteur. Elle fait l’objet d’une interprétation différente par chaque spectateur, et parfois d’une exégèse qui dépasse les intentions de l’auteur. Le documentaire Room 237 propose des lectures inattendues du film Shining de Stanley Kubrick.

    @Matt et Jyrille:
    1/ euh…’connais pas Douglas Adams…..
    2/Sommes-nous nous même légitimes pour parler de comics, de dessin, alors qu’à part Tornado (à ma connaissance) nous n’avons pas fait d’étude d’art, ne sommes pas profs ou spécialistes des techniques de dessin et de scénarios ?: Voici un débat passionnant que tu lances Cyrille. En quelques mots:
    ce que nous sommes ? nous mêmes ! Un article, une oeuvre racontent aussi leurs auteurs. Est-il besoin d’avoir fait 20 ans de tennis, de guitare ou le trottoir pour constater que tel joueur joue mal, que Gilmour est un dieu et avoir de la compassion pour les filles de joie….
    Personnellement, mon approche d’une oeuvre quelle qu’elle soit est avant tout émotionnelle. Une oeuvre est un détecteur d’émotions, c’est comme ça que Roger Waters concevait Dark Side. Ou qu’Appolinaire envisageait la critique d’art sans rien connaître de la technique.
    Cette approche est aussi authentique que limitée : elle m’empêche par exemple d’être sensible à des auteurs comme Mc Kean ou Kent Williams ou Morrison ou la froideur supplante l’émotion.

    • Jyrille  

      En ce qui concerne la technique je ne pense pas qu’elle soit nécessaire pour apprécier une oeuvre, aussi abstraite qu’elle soit. J’ai failli pleurer devant un tableau de Van Gogh récemment. Je ressentais toute sa détresse d’être pensionnaire d’un asile, c’était un tableau fait quelques mois avant sa mort.

  • JP Nguyen  

    Je n’ai jamais vu Shining (aveu honteux du jour). Je n’en connais que la parodie d’une épisode des Simpsons spécial Halloween…
    J’aurais aussi associé 42 à H2G2…
    Pour Bruce :
    Dans ce roman, un super ordinateur mouline pendant des millions d’années pour calculer la réponse à la grande question sur la vie, l’univers et le reste…
    Au bout du compte, il livre sa réponse : 42.

    Sur la question de la légitimité : il faut rester humble mais on vit (encore) dans un pays avec une certaine liberté d’expression, alors profitons-en.
    J’ai parfois croisé des spécialistes (oenologue, caviste) qui était à côté de la plaque sur des points où je m’étais particulièrement documenté (le mythe de la cartographie des goûts sur la langue, la différence entre un pure malt et un single malt…)
    Alors le principe d’autorité, je m’en méfie un peu.
    Il faut seulement essayer de rester ouvert, argumenter son opinion et admettre que d’autres points de vue peuvent exister…

  • Tornado  

    C’est un débat passionnant et c’est très gentil de me citer… :)
    Comme le disait Matt plus haut, l’essentiel est de critiquer avec passion et humilité, tout en ayant conscience que l’humilité s’efface souvent sous les coups de sang !
    J’étais très actif artistiquement il y plusieurs années. Mais la vie de famille et la vie professionnelle m’ont progressivement obligé à ne plus pratiquer. Mon niveau a grandement baissé. Faudrait-il que j’arrête de critiquer les oeuvres ? :(

  • Lone Sloane  

    Le débat sur la compétence et l’honnêteté des spécialistes et des amateurs ne pourra être conclu que par un être augmenté…demain qui sait?
    Pour ceux qui n’ont pas vu Shining ou ceux qui veulent le revoir avant de faire l’expérience de Room 237, on peut aussi les inviter à le découvrir sans connaître le matériau de travail. Outre l’aspect théorie du complot et relecture en creux de la volonté de contrôle absolu de Kubrick sur son travail, c’est aussi un documentaire habile sur la cinéphilie et le cinéma. Et plus que Youtube (dont un des grands mérites est qu’on peut y trouver une version correcte du doc pour les anglophiles) j’avais pensé à une table de montage avide de pellicule quand je l’avais vu en salle.
    Cinéma cinéma tchi tcha

    • Jyrille  

      D’ailleurs Lone, tu fais bien de parler de cinéma tant Shining a été dénigré par les fans de King (un article Bruce Lit que je n’ai ps encore lu honte à moi). Je n’ai jamais lu le roman mais je me le suis offert récemment, je vais peut-être le lire cet été (si j’arrive à me défaire de mon addiction à K Dick), je me ferai ainsi ma propre idée sur cette adaptation que je trouverai toujours grandiose. Présence, JP, prenez votre temps, mais Shining mérite d’être vu.

    • Matt  

      T’as un lecteur dézoné Tornado ?
      Je ne me suis jamais penché sur la question mais j’ai toujours trouvé ça chiant de ne pas pouvoir lire les DVD/blu ray américains en zone 1 vu qu’ils ont souvent une VF (pour le quebec) alors que les DVD zone 2 anglais (UK) peuvent être lus chez nous mais ils se foutent pas mal de mettre une VF eux.

      Ils vendent des lecteurs dézonés maintenant ? Ma question est peut être bête parce que ça fait peut être un bail que c’est le cas, mais je n’y ai jamais réfléchi.

  • Jyrille  

    Il est passé sur Arte et je l’ai loupé… Sinon je suis allé dans une grande librairie ce week-end, une dans laquelle je n’étais plus allée depuis que j’étais étudiant. J’y ai vu une collection de bouquins sur le cinéma chez Akileos qui avait l’air vraiment super : http://www.livres-cinema.info/editeur/akileos/bfi-classiques-du-cinema

    Ce sont des petits formats avec une couverture souple mais pleins de texte et de photos avec une édition soignée et des illustrations inédites pour certaines.

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *