Les mutants voient rouge (Xmen : Red)

 

X-Men : Red par Tom Clayton et Mahmud Asrar

Une rougeur percée par BRUCE LIT

VO : Marvel

VF : Panini (kiosque)

Mais qu'est ce que je fous là, moi ?  (C) Marvel Comics

Mais qu’est ce que je fous là, moi ?
(C) Marvel Comics

Cet article passera en revue le XMEN : RED de Tom Clayton  et Mahmud Asrar.

Le titre met en vedette Jean Grey revenue dans la série après un arrêt maladie d’une quinzaine d’années une mort survenue dans le dernier arc de Morrison : PLANET X.  Le titre est complémentaires des deux autres relances de la franchise X-MEN BLUE et X-MEN GOLD.

C’est assez cartésien chez Bruce Lit : Je spoile donc je suis.

Allô Marvel ?
Qui se dévouerait pour achever nos pauvres mutants ?
Parce que si on achève bien les chevaux, il conviendrait de faire acte de miséricorde pour une série et des personnages autrefois étalons d’une maison aux idées désormais bien rances.

Lorsque Tom Taylor arrive sur le titre, le cahier des charges est aussi simple que terrifiant : il s’agit pour Jean Grey de reprendre en main une équipe qui, en une décennie, se sera radicalisée, vautrée dans l’isolationnisme et le communautarisme, fondé une secte religieuse avec une prophétie messianique ayant abouti à la mort de Charles Xavier.
Ajoutons à ça que les Xmen sont désormais des meurtriers en puissance, qu’ils pratiquent le rapt et la torture, qu’ils ont été déclinés en poppies mal torchés, que Cyclope et Wolverine ont été Soulés et que l’équipe ou ce qu’il en reste  a été délocalisée dans les Limbes.

Une franchise qui essaie de se réconcilier avec elle-même. (C) Marvel Comics

Une franchise qui essaie de se réconcilier avec elle-même.
(C) Marvel Comics

Ce n’est pas la première fois que la franchise se retrouve sans dessus-dessous.  Lorsque se terminât le cycle Claremont, les mutants arrivaient à une fin de bail où ils étaient pour la plupart sans souvenirs, sans costumes, sans QG et sans intensité.  La création de l’équipe Bleue et Or rebattra les cartes, donnera des aventures emblématiques aux mutants stabilisés sous la férule de Scott Lobdell et Fabian Nicieza pour un certain classicisme auquel les pontes de Marvel semblent aujourd’hui vouloir revenir.

Soit. L’agriculture super héroïque fonctionne par cycle et la révolution instaurée par Grant Morrison étant arrivée à son terme, il était temps de revenir aux méthodes traditionnelles : faire revenir sa victime emblématique pour simuler l’enthousiasme de ce redémarrage.
Ressuscitons Jean, ressuscitons la franchise. D’aucuns avaient déjà constaté que sans Jean, le leadership de Scott Summers avait perdu l’âme des Xmen.

Des nouveaux mutants sans envergure et des anciens sans paroles. C) Marvel Comics

Des nouveaux mutants sans envergure et des anciens sans paroles.
(C) Marvel Comics

D’emblée, une certaine incompréhension et déception : on parle du retour de Jean Grey pas de Mesmero, quoi ! On ne peut pas dire que l’événement ait été porté à bout de bras par un Marvel que l’on a connu plus enclin à l’autopromotion. Non seulement le retour de Jean se fait par la petite porte mais le lecteur de cette histoire n’aura aucun rappel du comment de cette résurrection. L’aspect émotionnel est un peu mieux assumé avec Free Hugs à ses coéquipiers et les émotions de Jean en voix off. Là encore, on pourra déplorer le manque d’intensité du truc : les X-men semblent plus célébrer l’obtention du bac de notre héroïne que son retour d’entre les morts.

C’est le grand problème des comics Marvel de ces dernières années : le rythme. En moins de 120 pages nos amis continuent de se chercher une place : et si on s’installait au Wakanda ? En Inde ? Oh, et puis zut, partons en Atlantis ! Jean comme Axl Rose en concert change de costume à chaque chapitre.  Les héros sont en mouvement perpétuel, incapables de s’arrêter sur une idée, une émotion. Un moment. Taylor frôle le truc subrepticement lors du premier épisode. Plutôt que multiplier les bastons, Jean Grey entreprend une tournée d’expiation des conneries de son mari. Elle se réconcilie avec Black Bolt qui croit toujours avoir tué Cyclope et obtient sa repentance. Confrontée à des antimutants, elle préfère la pédagogie à la violence.

C’est hachuré, entrecoupé de moments avec des putains de nouveaux mutants dont on n’a que fiche,  mais on se dit qu’on tient vaguement quelque chose : Jean Grey dont les pouvoirs consistent en la cohésion d’éléments distants va reconstituer l’univers mutants éclaté depuis des années après avoir demandé pardon à ses lecteurs pour des années d’idioties.

La seule scène interessante de lalbum : Jean Grey rétablit le dialogue avec le meurtrier de son mari.  C) Marvel Comics

La seule scène intéressante de l’album : Jean Grey rétablit le dialogue avec le meurtrier de son mari.
(C) Marvel Comics

Las….A peine une amorce de sentiment installé que le Too Much de Morrison revient au galop avec ses grosses bottes. Alors que l’univers des Xmen aurait besoin d’infiniment petit, d’humanité et de modestie, voilà que Jean Grey comme son mari dans SCHSIM se targue, comme ça, d’un discours à l’ONU, une tribune, qui comme on le sait, est ouverte au quidam ayant besoin de faire une déclaration. Manipulée par Cassandra Nova, notre amie tue une conseillère devant les caméras du monde entier. Alors que Phénix avait entrepris de réunir les esprits les plus pacifiques de la planète pour fonder une nouvelle utopie, la voici de nouveau persécutée par la soeur de Xavier, surement le vilain le plus inepte jamais créé pour la série (elle est méchante parce qu’elle est pas gentille).

X-MEN RED se donne beaucoup de mal pour incarner  à la fois le retour fracassant de l’âme des Xmen, la métaphore raciale de la série  et un comic-book divertissant plein d’action. Taylor  y échoue systématiquement. Le scénariste ne sait pas où aller. Les personnages ne sont plus ce qu’ils sont et ne savent pas ce qu’ils font. Storm attaque ses amis, deux pages plus tard elle revient à la raison et laisse la place à une sentinelle apprivoisée. Gambit effectue aussi un come-back complètement loupé.

Tout n’est ici que prétexte. De featuring.  De posture et d’imposture. Avec un scénario dont on a du mal à reconnaître une once de professionnalisme et des dessins sans aucune finition où les personnages ont des tronches de mouches aplaties contre une vitre, Taylor met en scène des Xmen vidés de leurs personnalités qui suivent aveuglément Jean Grey sans émettre une opinion, une objection ou une réticence. Si la nouvelle cause de Marvel serait de commercialiser des boîtes Thon aux fraises en adamantium dans les supermarchés américains, ils y adhéreraient sans hésitation.

Jean voit rouge (C) Marvel Comics

Si le fond est nul, la forme est aussi laborieuse : non seulement les dessins n’ont aucun caractère, non seulement aucun moment de grâce n’émerge de tout ce fatras, non seulement l’armure -atroce- de Jean Grey comme celle de Thanos au cinéma semble tout droit sortie de ST SEIYA (mais…heu…avec ses pouvoirs, depuis quand Jean Grey a besoin d’un blindage ?) mais Marvel continue de s’enliser dans les sables mouvants d’un amateurisme confondant. N’y a ‘t’il personne dans cette putain d’écurie pour savoir dessiner une scène d’action ? Mettre en valeur les pouvoirs fabuleux de ces héros ? Les faire interagir entre eux ? Chorégraphier des affrontements épiques, dramatiques, INVENTIFS ?

X-MEN RED n’est pas plus mauvais que la moyenne de ces comics books qui ne maîtrisent désormais ni la science du divertissement ni l’éveil des consciences sociales, philosophiques ou politiques. C’est juste l’équivalent d’un solo de guitare misant tout sur les effets, les apparences et un déluge de notes inutiles immédiatement oubliées après avoir échouer à être jouées avec grâce.

Jean Grey a beau être ressuscitée, on n’y ressent rien. On aurait aimé la voir pleurer la mort de Scott Summers, se recueillir sur la tombe de Charles Xavier, caresser la statue d’adamantium de Wolverine, se fritter la gueule avec Emma Frost, se contempler statufiée à l’école portant son nom. Au lieu de ça, c’est encore un bâclage aussi fade dans la forme que dans le fond. Et si Jean revient à la vie, ici c’est le lecteur qui a envie de mourir…

Des combats inoubliables... C Marvel Comics

Des combats inoubliables…
(C) Marvel Comics

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Parce que vous ne l’avez pas demandé, Jean-Girl-Black-Summers est de retour. Avec Xmen Red, le lecteur voit rouge effectivement pour encore un flop de la franchise mutante.

LA BO du jour : lorsque le David Gilmour Trio chantait le retour à la vie…

74 comments

  • OmacSpyder  

    X-men : Raides! Tout est dit.
    Le scénario tel que tu le décris les rend aussi morts que des zombies.
    Le dessin ne montre aucune grâce chez ces personnages qui en ont eu tant naturellement.
    Quand je vois le scan avec Namor en fond qui ressemble à un hobbit égaré, et le filles qui semblent poser comme elles posteraient sur Insta ce moment, ça sonne creux. Ça sonne comme des gens qui tentent de se regarder vivre mais qui ne vivent pas. Sans cesse en posture, jamais de positions, sans cesse de regardant à travers les regards creux des autres, jamais de regard porté sur l’autre.
    L’ autre, l’altérité, c’est ce qui forme la clef de voûte des X-men. Ici il demeure vide et les X-men raides.

    Comme tu l’écris, ressusciter Jean Grey revient à tenter de ressusciter les X-men entièrement. Sauf qu’ici elle semble demeurer dans son oeuf de réalité virtuelle aux personnages sonnant faux.
    Ressusciter, oui, mais pour quoi faire? On dirait qu’ils ont oublié de se poser la question parmi les moribonds…

    A souhaiter que le retour de Cyclope soit plus inspiré. Ce que j’en ai aperçu laisse espérer…

    • Bruce lit  

      X-men : Raides
      Mince, pourquoi n’y ai je pas pensé ! Je suis jaloux !
      Je suis étonné de ta réaction ceci dit : je pensais que tu avais aimé ces récits sur les publications de Sonia Smith.

      • OmacSpyder  

        Tu dois faire allusion à une chronique de Sonia sur « X-men : la résurrection de Phoenix » qui précède l’apparition de Jean Grey dans X-men Red.
        Si j’ai plutôt apprécié ce récit pour le retour de la belle rousse, j’attendais justement qu’il fût exploité correctement par la suite.
        Or, X-men Red rate le coche sur ce coup en effet. Il reste le plaisir de revoir Jean Grey dans le paysage de nos mutants…

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