Miller de gloire est arrivé

Daredevil par Frank Miller

En rouge et noir, j’oublierai ma peur…

En rouge et noir, j’oublierai ma peur…©Marvel Comics

AUTEUR : JP NGUYEN

 Cet article porte sur les épisodes 158-161 et 163-191 de la série Daredevil, par Roger McKenzie, Frank Miller et Klaus Janson parus entre 1979 et 1983.

« Frank Miller débarque sur Daredevil en tant que dessinateur à une époque où la série vivote, il reprend ensuite aussi le scénario et redéfinit la série avec brio en l’orientant vers le polar/film noir mélangé aux films d’arts martiaux. »

C’est là mon résumé, écrit pour un certain site de vente en ligne, de ce run légendaire. Clair et concis mais loin de rendre justice à la richesse de ces épisodes qui forment ma saga préférée du genre super-héros classique. Les aventures d’un super héros, avec costume et identité secrète, combattant le crime et tentant de concilier ses escapades nocturnes avec ses journées de travail.

Le jour, Matt Murdock est avocat au barreau de New York. La nuit, il patrouille vêtu en diable rouge dans Hell’s Kitchen, quartier malfamé de la grosse pomme des années 80.

Une époque où les héros avaient encore des double-vies

Une époque où les héros avaient encore des double-vies©Marvel Comics

Dans l’épisode 158, qui voit débuter Frank Miller au dessin, sur un scénario de Roger McKenzie et avec Klaus Janson à l’encrage, Matt Murdock est kidnappé par les Unholy Three (trio aux costumes d’animaux : Gorille, Chat, Oiseau), sur ordre du Death-Stalker (le Chasseur en VF), un super-vilain à l’allure spectrale, au toucher mortel, ayant percé à jour son identité secrète.

Après un duel dans un cimetière, Daredevil triomphe et son adversaire meurt accidentellement après s’être rematérialisé dans une stèle. Le Death-Stalker était un ennemi récurrent de DD et, rétrospectivement, sa disparition (et celle des Unholy Three) symbolise un peu la fin d’une ère pour la série, celle des vilains aux super-pouvoirs et aux costumes parfois ridicules.

Mourir au cimetière, c'est quand même pratique !

Mourir au cimetière, c’est quand même pratique !©Marvel Comics

Dès l’épisode suivant, on change de registre : DD se coltine à la bande d’Eric Slaughter, une équipe de mercenaires payés par Bullseye (le Tireur, en VF) pour tester Daredevil. La confrontation se déroule de nuit sur la jetée 42 et on sent l’attrait de Frank Miller pour les décors sombres et urbains.

Bullseye capture Black Widow et DD débarque à Coney Island pour la sauver, traumatisant au passage son ennemi et initiant ainsi leur longue rivalité obsessionnelle. Bullseye n’aura de cesse de prendre sa revanche. C’est ensuite Hulk qui débarque à New York et envoie DD à l’hosto (épisode encré par Joe Rubinstein), où Ben Urich vient annoncer à Matt qu’il l’a démasqué et que la nouvelle paraîtra bientôt dans le Daily Bugle. C’est l’occasion pour McKenzie et Miller de conter une nouvelle fois les origines du Casse-Cou (où la figure du jeune Matt moqué par ses petits camarades fournit un sujet d’identification idéal pour le jeune lecteur geek). Dans cet épisode, on trouve un tic d’écriture que Miller reprendra par la suite à son compte : la répétition d’une phrase-clef.

This one’s for you, lecteur de Bruce Lit

This one’s for you, lecteur de Bruce Lit©Marvel Comics

Touché par les confidences de Matt, Ben Urich renonce à publier son article. Par la suite, Matt renoue avec Heather Glenn, Black Widow repart en Russie et dans le numéro 166, Foggy Nelson épouse Debbie Harris (Matt a failli manquer la cérémonie de mariage, occupé à arrêter le Gladiateur). Le numéro 167 est un bouche-trou écrit par David Michelinie qui rapatrie des personnages créés dans Iron Man : le Mauler, vilain armuré et Edwin Cord, industriel véreux.

Ces neufs premiers épisodes (le 162 est un fill-in par Michael Fleisher et Steve Ditko) sont plaisants et installent plusieurs éléments que Miller se plaira à ré-utiliser : la collecte d’informations dans le bar Josie’s, Foggy dans un rôle de confident un peu gauche, les pavés narratifs décrivant les perceptions de Daredevil. Graphiquement, Miller trouve assez vite son style : des mises en pages « en drapeau » (une grande case verticale à gauche et cases horizontales à droite), des combats chorégraphiés sur des cases horizontales traversées par les silhouettes d’un DD bondissant, trop rapide pour ses adversaires. De son côté, Klaus Janson n’est pas avare d’encre de chine et les planches sont souvent plongées dans un clair obscur évoquant une ambiance de film noir.

Les ninjas sont silencieux, mortels… et poseurs

Les ninjas sont silencieux, mortels… et poseurs©Marvel Comics

A partir de l’épisode 168, Miller reprend le scénario et, d’emblée, introduit un nouveau personnage : Elektra, ancienne petite amie de Matt à la Fac, entraînée par les ninjas de la Main et devenue tueuse à gages. L’influence japonisante commence à se faire sentir.

Dans le 169, Miller creuse la piste de la maladie mentale de Bullseye (qui s’évade et voit DD partout), dans un de mes épisodes préférés, remplis de scènes homériques : DD sur un toit qui se concentre à l’extrême pour repérer le son d’une toux dans New York enneigée, DD qui refuse de laisser filer Bullseye et le poursuit dans le métro, qui va jusqu’au bout de ses forces pour vaincre son adversaire mais qui le tire des rails alors que le train arrive.

Daredevil plaide sa cause auprès de Manolis

Daredevil plaide sa cause auprès de Manolis©Marvel Comics

La fin de l’épisode est l’occasion d’illustrer la conviction et les principes de l’homme sans peur, lorsque l’inspecteur Manolis l’interroge sur la pertinence de son sauvetage, DD lui exprime foi en la loi des hommes… et pourtant, déjà, le doute pointe.

Dans les numéros 170 à 172, dans un arc baptisé a posteriori « Gang Wars », Wilson Fisk ; le Kingpin (le Caïd en VF), revient à New York. Ce colossal boss mafieux, à l’origine un ennemi de Spider-Man, avait pris sa retraite au Japon, depuis Amazing Spider-Man 197 (1979). Miller le ramène et en fait un ennemi attitré de Daredevil. Leur premier duel se conclue par une victoire écrasante de Fisk mais leurs confrontations suivantes seront davantage morales que physiques. Le Kingpin symbolise la corruption, le mépris des lois auxquelles Matt Murdock est tant attaché.

Pour les lecteurs français de l’époque, la 1ère rencontre entre DD et le Caïd se fit dans Strange 169. Couverture de Jean Frisano.

Pour les lecteurs français de l’époque, la 1ère rencontre entre DD et le Caïd se fit dans Strange 169. Couverture de Jean Frisano.©Lug

C’est pendant cet arc que, grâce à la remontée des ventes, la série redevient mensuelle. Dans les numéros suivants, Daredevil se débat entre le Caïd et les ninjas de la Main, son cœur balance entre Heather et Elektra, il perd son sens radar et doit le retrouver tout en assurant la défense de Melvin Potter alors que son cabinet bat de l’aile et que Foggy semble le lâcher…

Au final, son associé reprend le collier mais Elektra passe à l’ennemi en se mettant au service du Caïd. Et elle parvient à neutraliser Daredevil et à blesser grièvement Ben Urich, lui ôtant toute velléité de dénoncer le scandale de Randolph Cherryh, candidat à la mairie de New York, à la solde du Caïd. Matt parvient quand même à empêcher son élection en utilisant l’épouse de Fisk comme monnaie d’échange. Puis, au numéro 181, Bullseye s’évade de nouveau, manque de peu de démasquer DD/Matt et surtout, pour retrouver sa place d’exécuteur auprès du Caïd, il tue Elektra.

Une séquence légendaire du Comic Book

Une séquence légendaire du Comic Book©Marvel Comics

Et c’est ainsi que, dans son duel final contre Bullseye, Daredevil, déjà bien atteint dans ses fondements moraux, finit par lâcher du lest. Son ennemi survit à une chute de grande hauteur mais en reste paralysé.

La partie centrale du run de Miller est la meilleure, avec une intrigue foisonnante mais jamais confuse, alternant le sérieux à l’image de Stick, le mentor de Matt, et d’autres personnages confrontés à des choix cruciaux (Heather Glenn, Elektra, Melvin Potter, Ben Urich) mais aussi les touches d’humour (les bouffonneries de Turk et Groto, les maladresses de Foggy, des personnages comme Pike l’indic bigleux ou le chauffeur de taxi, les guest-stars Luke Cage et Iron Fist…) et avec bien sûr une palanquée de morceaux de bravoure : DD seul et sans radar contre quatre guerriers ninja en armure, Matt confronté à ses démons intérieurs pour recouvrer son sens radar, Elektra face à Kirigi le Ninja immortel, Jonah Jameson qui sermonne Ben Urich sur le pouvoir de la presse… Un cocktail extravagant de polar/ninja/spandex qui fonctionne étonnamment bien.

pour retrouver son sens radar, Matt doit retrouver la paix intérieure

Pour retrouver son sens radar, Matt doit retrouver la paix intérieure©Marvel Comics

La fin du run est un peu moins réussie, malgré l’apparition du Punisher (dans une histoire évoquant les ravages de la drogue) et certains épisodes humoristiques (celui avec l’Homme aux Echasses ou encore celui où Foggy Nelson enquête dans les bas fonds en se faisant passer pour un « dur »). Matt, très troublé par la mort d’Elektra et en recherche de compensation, demande Heather en mariage mais Foggy et Natasha, percevant le malaise, organisent une rupture. Suite à une nouvelle exposition aux radiations, Daredevil perd le contrôle de sa super-ouïe.

Pendant ce temps, la Main tente de ressusciter Elektra pour en faire leur championne. DD, aidé par Stick, les Chastes (l’ordre des Ninjas « du bien ») et la Veuve Noire vont contrecarrer ce plan, occasionnant encore une compromission pour Daredevil, qui aide le Caïd à se défaire d’un gang rival pour obtenir un renseignement sur la localisation de la Main.

Non, DD ne voulait pas de Cherryh dans son Manhattan

Non, DD ne voulait pas de Cherryh dans son Manhattan©Marvel Comics

Sur les dessins, la collaboration Miller-Janson s’accentue, le premier se limitant aux découpages pour laisser dessin et encrage au second. Janson n’hésite pas à recadrer certaines cases voire à les redessiner totalement. Hélas, s’il a un solide sens de la narration et de l’éclairage, son trait sur les personnages est encore assez raide et le rendu final est, à mon sens, moins plaisant à partir du numéro 185.

C’est un Diable Rouge totalement déboussolé que l’on retrouve dans le numéro 191, « Roulette » (encré par Terry Austin) qui ponctue ce run légendaire. Au chevet de Bullseye, paralysé, DD joue à la roulette russe et lui narre une récente déconvenue rencontrée dans une affaire judiciaire. Daredevil s’interroge sur la violence et la pertinence de ses méthodes et ce questionnement peut surprendre de la part d’un Frank Miller qui s’éloignera de ces préoccupations dans ses œuvres suivantes.

le run de Miller s’achève sur un récit intimiste

Le run de Miller s’achève sur un récit intimiste©Marvel Comics

Le cheminement moral du héros est peut-être symptomatique de l’évolution de son auteur : de l’idéaliste qui sauve Bullseye des rails du métro, il devient un pragmatique n’hésitant pas à faire du chantage au Caïd voire à s’allier à ce dernier lorsque les circonstances l’exigent ou encore à utiliser une arme à feu pour renvoyer le Punisher en prison. Le traitement de Miller reste toutefois nuancé. Ainsi, Bullseye est un psychopathe irrécupérable (dont on partage les pensées dans l’épisode 181, raconté de son point de vue) mais Melvin Potter (le Gladiateur) semble pouvoir être réhabilité. Et si le Caïd est un boss du crime machiavélique, il garde une part d’humanité de par l’amour qu’il voue à son épouse Vanessa.

A plusieurs reprises, Matt Murdock constate les limites du système légal mais s’y raccroche quand même, considérant que l’alternative (l’anarchie, la loi du plus fort) serait pire. Enfin, même si Daredevil semble proche de la dépression à la fin du cycle, la rédemption aura été accordée à Elektra.

Matt essaie-t-il de convaincre son jeune interlocuteur ou lui-même ?  

Matt essaie-t-il de convaincre son jeune interlocuteur ou lui-même ?©Marvel Comics

Frank Miller remettra en scène le trio DD-Elektra-Bullseye dans le très beau (jugé creux par certains, dont Bruce, mais que j’affectionne quand même) Elektra Lives Again mais c’est surtout avec Born Again qu’il signera au scénario son dernier chef d’œuvre sur Daredevil, dans un style plus réaliste et (encore) plus noir. Mais tout a commencé avec ces épisodes, où l’on retrouve la quintessence du personnage, archétype du héros costumé à la double identité. Un homme sans peur mais bourré de doutes, qui se bat pour la justice et n’abandonne jamais.

 Frank Miller a marqué Daredevil d’une empreinte indélébile, redonnant des couleurs à une série moribonde en la repeignant… en rouge et noir.

Frank Miller a marqué Daredevil d’une empreinte indélébile, redonnant des couleurs à une série moribonde en la repeignant… en rouge et noir.©Marvel Comics

24 comments

  • Bruce lit  

    M. Nguyen,
    Lorsqu’on écrit un article aussi excelent avec un titre ne l’étant pas moins, vous déclenchez l’ire du propriétaire des lieux céans. Vous faîtes en effet concurrence à mon égo surdimensionné qui pensais avoir écrit les meilleurs articles sur DD, notamment sur le Born Again !
    Le gimmick de Miller, je ne ‘m en étais jamais aperçu et c’est pourtant évident. Je vous prierai à l’avenir d’écrire moins bien, d’être moins drôle sous peine de ne plus être publié.
    Jalousement votre
    Bruce Lit !

    Plus sérieusement voilà pour moi le meilleur travail de Miller, loin devant Sin City, Batman et Ronin. A l’image de Murdock dont tu fais admirablement le parallèle, il a encore une certaine sensibilité, une verve sociale que je n’ai plus jamais retrouvé après. Miller pour moi c’est devenu le Gainsbarre du Comics. Un type qui a tout dynamité, révolutionné pour devenir un néo réac dont les saillies font honte. Le dernier truc chez lui qui m’ a transporté c’était Yellow Bastard….
    Et pourtant malgré tout, je continue de le placer parmi les plus grand. L’épisode de la roulette russe a été un choc de ma vie de lecteur dont je ne me suis toujours pas remis. C’est la seule planche vers laquelle je suis revenu again and again lors de l’expo Marvel.

    Un truc qui m’a toujours agacé, c’est la mort d’Heather. La girlfriend de Matt se suicide, connait une fin finalement plus tragique qu’Elektra et personne ne pointe ça dans la continuité du personnage. Je trouve d’ailleurs cette partie du run assez chiante, la resurrection d’Elektra…

  • Présence  

    Un bel hommage vibrant rendu à des épisodes d’exception qui ont marqué une évolution significative dans les comics… et qui ont surtout rappelé que la qualité des histoires est le fait du talent de l’auteur, plus que du degré de notoriété du personnage.

    Par rapport à la discussion d’hier sur les dessinateurs, ton article met en évidence que l’art de la narration de Miller est pour beaucoup dans la qualité de ces épisodes. Quand je vois la planche avec la légende « DD perché telle une gargouille au dessus de la ville », je peux me projeter dans ce décor urbain. Au-delà de ça, les postures de Daredevil sont entièrement dictées par son environnement, dans une interaction logique .

  • JP Nguyen  

    Merci pour vos retours positifs. Tout le mérite revient aux auteurs de l’oeuvre originale. Il y a des histoires qu’on lit à des moments clés de l’existence et qui vous marquent durablement. Après, même en ayant plus de bagages, en devenant plus connaisseur voire érudit, ces histoires gardent une place à part dans le coeur du lecteur. Enfant, je n’avais pas d’idole dans la vraie vie. Mes modèles, mes inspirations venaient des héros de papier. Cet article est une sorte d’hommage à ces récits « pour enfants » qui m’ont fait grandir.

    • Nicolas Giard  

      Qui nous ont tous fait grandir, cher JP, c’est merveilleux n’est-ce pas de découvrir en grandissant qu’on est pas tout seul et que d’autres partagent nos passions.

      • JP Nguyen  

        Et en même temps, quand le Geek devient mainstream sa nature ne s’en trouve-t-elle pas fondamentalement changée ?
        Vous avez 4 heures…

  • Nicolas Giard  

    Et bien voilà un article réussit ! Et sur un des meilleurs runs de l’histoire des comic-books par un auteur qui, en effet Bruce, révolutionna le microcosme des comics en son temps, donnant de beaux coups de peds dans la fourmillère avec Daredevil et Batman.

    Je me targue d’ailluers d’avoir tout le run de Milelr sur Daredevil en TP y compris la mini-série avecRomita jr dont ce fut le chant du cygne avant qu’ils ne versent dans l’auto-caricature, j’entend bien Miller ET Romita jr. Merci beaucoup JP.

    Bruce, je viens de lire le tp All-Star Batman & Robin, je dois dire que la violence de Batman ne me choque pas vraiment : Miller le montre pour ce qu’il est en vérité, un malade mental obsédé parsa lutte contre le crime et qui va s’humaniser au contact de Robin. Un peu comme si Miller et Jim Lee (Dieu du dessin parmi les hommes) avaient eut un enfant ensemble, un gosse un peu foutraque dont la présence d’un petit frère (Robin) l’aurait remis sur les rails.

    Ce all-star est plein d’intelligence et d’humour caustique (la mise en boite de Green Lantern !) et la violence de Batman envers le trio de violeurs est celle que nous resentons tous quand une femme ou un enfant subissent cette dégradation, il ne faut pas etre hypocrite : qui içi n’apas envie de voir un violeur se faire pendre par les c… ?

    Je pense que All-Star reflète la violence cachée en chacun de nous, une violence temporisée par les dessins passionels de Jim Lee.

    Pour revenir à Daredevil, Miller met en avant le ras le bol de Matt Murdock devant les violation constante de la Loi par des ordures comme Wilson Fisk et Bullsye et finalement il doute de lui-même sans franchir le pas comme Batman car il ne veut pas comme tu écris si bien, JP, d’une société plongée dans le chaos et l’anarchie. J’aime également beaucoup les scans que tu utilises, ils montrent bien la vision que Miller a de NY : un enfer urbain, noir, glauque, violent. Superbe article, en effet.

  • Jyrille  

    Superbe article, superbes scans ! Mais je suis inquiet. Je viens de découvrir ces épisodes et j’ai l’impression de ne pas avoir les premiers cités ! Il va vite falloir que je vérifie ça.

  • Tornado  

    Super article. On sent la passion.
    J’ai relu ces épisodes il y a quatre ou cinq ans et je les ai trouvés extraordinaires. Le découpage et le style narratif révolutionnaires sont toujours aussi exceptionnels. Personne n’est arrivé, 30 ans plus tard, à la cheville de Frank Miller sur ce terrain.

    En ce qui concerne la polémique : Je n’ai jamais trouvé Miller Facho? Jamais, absolument pas. Il se radicalise avec l’âge comme le font la plus-part des séniors qui voeint leur monde leur échapper. Ni plus ni moins. Absolument rien à voir avec le fachisme.
    En revanche, je n’ai pas lu Holly Terror..

  • Bruce lit  

    Oui, c’est un peu ça Tornado. Cela fait des années que Miller maugrée dans sa barbe et est devenu un vieux con.

    • Nicolas  

      Et John Byrne donc !

  • Jyrille  

    J’ai oublié de dire que le titre est vraiment excellent et que je suis en pleine lecture du Love and War.

    • JP Nguyen  

      On peut signaler une influence éditoriale sur le choix du titre car j’ en avais proposé plusieurs. Bruce a également ajouté plusieurs scans. Merci à lui.

      • Jyrille  

        Oui, c’est pas pour cafter, mais le rédac’ chef propriétaire de ce blog fait un super boulot. De mon côté, j’ai vérifié et j’ai bien les épisodes dont tu parles au début. Ils m’ont moins marqué que les suivants, à partir de l’épisode 173, du coup tu me donnes envie de les relire !

  • Bruce Lit  

    Merci à toi Jp, merci à vous lecteurs etc.
    Je voulais approfondir // volet vieux con de Miller. J’ai déjà pu l’écrire ici et là. Dès Batman son discours me dérange : les jeunes ont besoin d’éducation militaire, tous les politiciens, psychiatres sont véreux, incompétents, marrons. Et je ne parle pas même pas d’Holy Terror. Même 300 m’avait interrogé sur la vison du monde de Miller.
    Ces opinions le regardent bien sûr, mais j’ai grandi avec un autre idéal que ce qu’il veut vendre aujourd’hui.
    Dans DD, le héros doute, Matt a des qualités humaines réelles, une part d’ombre jamais vue auparavant voire un brin de folie. Même Bullseye est un psychopathe follement divertissant, l’écriture de Miller est fraîche hantée par de vraies questions sociales où Miller revient toujours à la démocratie. Rien à voir avec le vieux aigri de la suite, de Batman, de 300 etc. Je lui en veux terriblement. Comme un fils impuissant à voir son vieux sombrer dans la beaufitude.
    Dès le premeir épisode avec le chasseur, on sentait toute la différence avec le DD de d’habitude. Je n’ai jamais plus retrouvé le lyrisme de Miller pour DD. Et surtout pas dans son Wolverine que je n’aime pas beaucoup. Peut-être que Matt Murdock a triomphé sur les mauvais penchants de Miller. Allez savoir !

  • JP Nguyen  

    Pour la défense de Miller, on peut encore trouver de la nuance et de l’intelligence dans son Dark Knight Returns.
    Il y a l’épicier qui intervient pour mettre en fuite un voyou qui agressait une dame dans la rue, et ça ne fait pas les news. A côté, les Mutants reconvertis en Son of Batman appliquent une justice expéditive que Miller ne montre pas sous un jour positif. Le monologue de Superman lorsqu’il tente de survivre à l’explosion de la bombe atomique est aussi très frappant sur le pouvoir et la folie humaine. Enfin, dans le chaos de l’incendie de Gotham City, Batman ne sauve pas la ville à lui tout seul mais il canalise, inspire et guide les « hommes de bonne volonté » (il y a un témoignage télé d’un prêtre sauvé par un punk, tandis qu’un costard cravate intervient avec un discours de beauf).

    • Jyrille  

      Merci JP, j’ai eu la flemme ou le manque de courage de citer ces trois passages qui me restent sans cesse en mémoire, lorsque l’on parlait de Dark Knight sur un autre article 🙂

      Ajoutons même que le costard cravate a tout du lâche, raciste, ignorant, égoïste…

  • Bruce Lit  

    Ben moi, je me suis toujours d’avantage reconnu justement dans le discours raisonnable de Superman que Batman tourne en ridicule. Mais encore une fois, ce personnage ne m’intéresse pas beaucoup.

  • Lone Sloane  

    JP, j’ai laissé passer Miller de pointe mais je me joins aux avis unanimes sur ta chronique.
    J’en profite pour dire que les récentes éditions de ces épisodes dans la collection Marvel icons valent, à mon avis, le coup, pour ceux qui veulent à nouveau danser avec le diable au clair de lune.
    La concurrence d’Urban semble stimuler Panini, si ce n’est sur le plan éditorial au moins sur la qualité et le prix des produits proposés à leurs clients et on ne va pas s’en plaindre…

  • Bruce Lit  

    Ben tu vois Jord, on est d’accord : tu es la preuve que l’on peut bien viellir sans devenir aigri, en étant enthousiaste de tout. L’archétype pour moi du type jamais vieux, c’est Paul Mc Cartney : toujours prêt à expérimenter, souriant, audacieux !

  • Stan FREDO  

    J’ai lu très tardivement le Daredevil de Frank Miller et je l’ai beaucoup apprécié. Ce n’est pas un auteur dont je me suis amouraché. J’ai adoré « Batman: Year One » mais c’était au moins autant la « faute » de David Mazzucchielli que celle de Frank Miller. Je n’ai jamais même approché le « Batman vieux », « Sin City » etc. Je m’en tiens volontairement éloigné avouerai-je… « Batman vieux » ne m’intéresse pas du tout en tant que concept, encore moins si on lui colle Robin dans les pattes. Quant aux autres œuvres de Miller scénariste/dessinateur, c’est le dessin qui coince…

  • Marti  

    Je suis un peu inconfortable avec la désignation de plus en plus fréquente de Miller comme un « facho » ; je ne nie pas du tout le caractère ouvertement réac’/vieux con de ce cher Frank, mais je n’aime tout simplement pas manipuler un terme si difficile à définir, « facho » étant maintenant un fourre-tout bordélique où sont casés pas mal de monde aux idées différente, du moins dans leur intensité, mais toujours affilié à des idéologies et des avis nauséabonds.

    Ces avis me font penser à l’excellente discussion que l’on avait eu dans l’article dédié à Tintin au Congo : on juge souvent Hergé par rapport à Tintin au Congo, parfois couplé à Tintin chez les Soviets, le taxant à travers ces oeuvres de racistes, de colonialiste, de xénophobe, d’anticommuniste primaire… Lui pardonnant en partie ces travers au mieux sous le prisme du sempiternel « c’était la mentalité de l’époque », un constatation souvent véridique en terme d’explication mais qui n’excuse pas tout. Ce qui apparaissait dans l’article comme dans les commentaires était que ces deux oeuvres (ainsi que l’un peu moins maladroit Tintin en Amérique) étaient des oeuvres de jeunesse, mais surtout des oeuvres de commandes supervisées de manière très intrusives par l’abbé Wallez qui ne cache pas ses opinions d’extrême-droite et qui aime à ce qu’elles s’expriment chez les autres. Par la suite Hergé prendra son indépendance, et comme tout un chacun ses idées et opinions évolueront en murissant, ce qui donnera l’oeuvre humaniste que l’on connaît.

    Cette grille de lecture peut être appliquée en partie à Miller, il ne faut pas juger toute son oeuvre en ne retenant que « le pire ». Son Daredevil est bien moins radical, et sous certains aspects finalement plus radieux par son heureuse conclusion, que ses Batman (celui de Year One comme celui de DKR) que ses travaux indé (Sin City, etc…) pour arriver à ce marasme idéologique où chacun peut voir ce qu’il veut avec 300, puis qui ne laisse plus aucune ambiguïté avec Holy Terror. Ce que je veux dire c’est qu’il ne faut pas que le grand public (le « vrai » lecteur de comic-book ayant généralement une opinion moins tranché du personnage) amalgame toute l’oeuvre de Miller à ses dernières élucubrations. Chez Hergé, le context socio-politico-historique à de l’importance au début de l’oeuvre, alors que chez Miller cela intervient bien plus tard avec bien-entendu le 11 septembre qui a semblé faire basculer le scénariste dans une paranoïa réactionnaire qui n’apparaît toutefois pas du jour au lendemain. A ce stade il faut mentionner le cas 300 : beaucoup ont vu dans ce film une allégorie de la seconde guerre d’Irak, alors que le matériaux de base date de… 1999…

    Les idées réactionnaires de Miller ne date donc pas des années 2000, comme certains l’ont déjà dit avant moi on en trouve possiblement des traces dès DKR, mais Daredevil semble lui bien loin de toutes ces considérations. Si au début de mon commentaire j’ai pris mes distances avec la désignation « Miller = facho », je ne peux pas nier que Franky semble marqué par certains aspects développés par des régimes fascistes : le côté « milice de jeunes » dans DKR déjà cité, les croix gammés dans Sin City, Samuel Lee Jackson habillé en officier nazi dans le fim The Spirit…

    Miller est un personnage bien plus complexe que l’image qu’il donne de lui, mais je ne nierai pas qu’il semble avoir régresser tant au niveau de ses idées que de son écriture avec le temps… Ces quelques parodies du personnage (un auteur qui devient lui-même un personnage de fiction, n’est-ce pas une forme de consécration ?) résume bien la situation je trouve : http://comicsalliance.com/frank-miller-occupy-templeton-pace-lets-be-friends-again/

    Désolé pour le côté anarchique de ce commentaire (quoi que, c’est un peu dans le thème de Miller !), mais je me défoule après une journée éprouvante à ficher un livre sur la mise en place de la IIIème République (un thème passionnant cela dit, j’échangerai bien dix films sur la Seconde Guerre mondiale contre un seul sur les événements de 1871 ou la crise boulangiste !), et ça soulage d’écrire ses impressions d’une traite !

    • Bruce lit  

      Euh ca va mieux !!! Parce que je suis complètement d’accord avec toi ! Miller est un géant qui offre un spectcale affligeant de son art avec les années. Comme Brando ou Gainsbourg avec l’âge. Tintin au congo est pardonnable du fait de l’oeuvre de jeunesse. Holly Terror est une oeuvre de vieillesse. J’ai bcp d’admiration pour les artistes qui réussissent à vieillir sans être aigris. En musique, Mc Cartney en est l’exemple suprême !

  • JP Nguyen  

    Dernièrement, je suis tombé par hasard sur des photos récentes de Frank Miller (promo du dernier film de Sin City) et il apparait physiquement très diminué (amaigri). Il n’a pourtant que 57 ans mais des rumeurs circulent sur une longue maladie… Ca m’a fait bizarre de le voir comme ça. J’avais espéré qu’à l’avenir il nous livrerait quelque chose de mieux que Holy Terror (que je n’ai pas lu mais qui traîne une renommée peu glorieuse) mais là, ça semble hélas compromis.

    • Bruce lit  

      Ah ? Malgré l’agacement qu’il produit chez moi, c’est une nouvelle qui m’attriste beaucoup.

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *