Pardonnez moi car j’ai pêché ….Et mes parents aussi….Et mes grands parents itou!

Sourire triste..

Sourire triste..©Delcourt

Ayako Volume 2 par Osamu Tezuka

Le volume 1  d’Ayako se concluait avec une image traumatisante dans une vie de lecteur : voir une petite fille de 4 ans emmurée vivante sans que personne ne lui vienne en aide.

Avec cette acte 2 , Tezuka suit le destin de cette Antigone japonaise jusqu’à ces 17 ans.

Ayako a désormais intériorisé sa condition de prisonnière perpétuelle .

Elle pose peu de questions, la moindre visite est une fenêtre vers la liberté.

Et face au Japon troublé par la guerre de Corée, la violence de sa famille, cette prison va progressivement devenir un cocon qu’Ayako refusera à deux reprises de quitter, le monde extérieur paraissant tout à coup plus angoissant que la sécurité d’un cachot !

Quelle merveille d’écriture ! Réputé pour l’infantilisme de son graphisme, Tezuka brosse une histoire absolument épouvantable de tristesse et de noirceur.

La prison plutôt que les angoisses de la liberté

La prison plutôt que les angoisses de la liberté©Delcourt

Les ambivalences psychologiques des personnages font le régal du lecteur exigeant. Ayako se complaît dans sa vie de victime et affamée d’amour va innocemment commettre le péché ultime:l’inceste avec son grand frère!

Ayako fait du sexe sa libération, elle, qui aura passé 12 ans au fond d’un cachot , coupée de toute relation humaine. Notre héroïne aussi déréglée soit elle reste pure.Et en voulant s’affranchir de la tyrannie de sa famille , elle ne fait que répéter inconsciemment les péchés du père.

L'enfant martyre devenue femme fatale !

L’enfant martyre devenue femme fatale !©Delcourt

Quant à Shiro , celui-ci constituait le seul rempart moral de cette fable. Comme Adolf Kaufmann dans Histoire des 3 Adolf, son héroïsme et sa noblesse ne survivent pas au passage à l’âge adulte et celui-ci devient progressivement une ordure , laissant Ayako abandonnée seule dans un monde sans pitié.

Les seuls personnages justes ou protecteurs sont souvent des femmes faibles, des vieillards en fin de vie qui finissent par disparaitre.

Tezuka continue d’y mêler l’histoire sanguinaire de son pays et des tourments traversés après guerre. Il fait un parallèle audacieux entre la crise des chemins de fer de l’époque avec Ayako appuyée sur une commode évoquant une locomotive.

Riche en émotion, action, sexe et argent, Tezuka brosse une saga familiale insolite entre Sophocle, Victor Hugo et Dallas où le destin d’une enfant se joue face à des spéculations matérielles.

Sa violence psychologique inouïe vient le disputer à la douceur du trait du Mangaka. Le lecteur en ressort bousculé , indigné , bouleversé et incapable de résister à l’achat de l’Acte final…

2 comments

  • Présence  

    Réputé pour l’infantilisme de son graphisme – En fait, la France a découvert Tezuka par l’entremise du Roi Léo et d’Astro le petit robot. Si tu as eu la curiosité de regarder la bibliographie de Tezuka, elle est gigantesque. Il a su s’approprier les codes des différents genres de manga (il a également participé à la création des shojos) et se renouveler de décennies en décennies.

    Comme toi, je trouve parfois que ces dessins peuvent être un peu naïf. Par contre sa mise en page peut être aussi inventive que celle de Will Eisner.

    L’article wikipedia évoque le nombre de 700 œuvres originales créées au cours d’une carrière allant de 1947 à 1989 (soit plus de 40 ans). Il dessinait encore plusieurs séries dans son lit d’hôpital. Pour avoir lu plusieurs de ses séries (dont Black Jack en entier, Phénix et bien d’autres), il m’atais parfois difficile de situer chronologiquement une œuvre par rapport à une autre.

  • Bastien  

    Bonjour,
    Je viens de terminer ce tome et j’avoue que je le trouve encore meilleur que le précédent.
    Il n’y a plus de phase d’exposition du coup l’histoire avance a grand pas. Nous passons de 1949 en début de ce tome a 1972 à la fin du tome. Période durant laquelle Ayako reste enfermée.
    Le parallèle entre la prison d’Ayako et la prison psychologique de Shiro, qui en voulant bien faire au début va ensuite tomber dans les mêmes vices que ses parents, est très bien retranscrit.
    Du coup le même acte est compréhensible pour elle (qui n’a ni repère moral, ni de lien avec un autre homme que son frère mais veut faire l’apprentissage de son corps, comme toute jeune fille de son âge) mais pas pour lui qui est déjà déniaisé, a eu une éducation « normale », qui même considéré comme cultivé par ses pairs et qui peut à tout moment rencontrer des jeunes filles.
    La fin donne effectivement très envie de lire le tome suivant.
    Comment peut réagir cette Ayako trentenaire, qui n’a aucun repère moral ou même culturel, dans cette société japonaise des années 70.
    Je trouve que les dessins de Tezuka rendent ce récit encore plus écœurant car la douceur des traits atténue la violence des actes, ce qui moralement est dur à accepter.
    Encore merci pour cette découverte.
    Je livrerai mon ressenti sur la dernière partie dès que je l’aurai lue.
    Bonne journée.

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