Réformes (Batman – White Knight)

Batman : White Knight par Sean Murphy & Matt Hollingsworth

Un article de PRESENCE

VO : DC Comics

VF : Urban Comics

Chacun à sa place  © DC Comics

Chacun à sa place
© DC Comics

Ce tome contient une histoire complète qui ne nécessite pas de connaissance préalable de Batman. Il comprend les 8 épisodes de la minisérie, initialement parus en 2018, écrits, dessinés et encrés par Sean Murphy, avec une mise en couleurs réalisée par Matt Hollingsworth. Murphy a réalisé une deuxième saison BATMAN: CURSE OF THE WHITE KNIGHT (2019).

La Batmobile arrive devant la grille de l’asile d’Arkham et va se garer devant la porte d’entrée. Jack Napier en sort et se rend à la cellule de Batman, accompagné par les gardes. Napier indique à Batman enchaîné, qu’il a besoin de son aide. Il y a un an, Joker est en train de fuir comme un malade, sur un hoverboard, en pleine voie, talonné par Batman dans sa Batmobile, avec Batgirl (Barbara Gordon) sur le siège passager. Joker se joue des obstacles alors que Batman donne l’impression de foncer dans le tas : sur le toit d’un immeuble, au milieu d’un chantier sans faire attention aux ouvriers. La course-poursuite se termine dans un entrepôt où Joker se retrouve acculé par Batman, essayant de se défendre avec une hache. Batman commence à frapper Joker pour le maîtriser, pendant que Joker développe un argumentaire dans lequel il prouve que les méthodes de Batman n’ont jamais rien résolu, qu’elles ne servent qu’à assouvir son besoin de contrôler les choses, et que lui, Joker, comprend mieux Gotham que lui. Excédé, Batman finit par faire avaler à Joker les comprimés contenus dans le flacon qu’il lui agite sous le nez, sous les yeux de James Gordon, Renee Montoya, Harvey Bullock, Batgirl, Nightwing et plusieurs autres témoins dont un filme la scène avec son téléphone.

Les informations à la télé sont partagées sur la séquence, entre la preuve d’un individu en maltraitant un autre sous le regard de la police qui regarde sans rien faire, et ce que l’on sait des exactions de Joker (mais qui n’a jamais été prouvé). Gordon, Montoya et Bullock regardent Joker allongé dans son lit dans l’unité de soins intensifs. Bullock est satisfait qu’enfin le public se rende compte que Batman est un vigilant qui abuse de la violence, et qui s’il avait été un policier aurait été renvoyé depuis longtemps pour faute grave. Barbara Gordon et Dick Grayson vont rendre visite à Bruce Wayne qui accepte de leur confier ce qui le mine : Alfred Pennyworth se meurt et est dans le coma. Jack Napier confie à son psychothérapeute ce qui le mine : sa fascination pour Batman qui confine à une forme d’adoration, Gordon se trouve dans le bureau du maire Hamilton Hill quand la docteure Leslie Thompson lui apporte le rapport sur Jack Napier : il est guéri et sain d’esprit et il a décidé de porter plainte contre la police de Gotham (GCPD, Gotham City Police Department), contre Batman et contre la ville de Gotham.

L'obsession qui sépare  © DC Comics

L’obsession qui sépare
© DC Comics

En 2019, l’éditeur DC Comics met officiellement un terme à sa branche Vertigo destinée à des récits pour des adultes, et se réorganise un peu avant en 3 branches de publication dont le Label Noir (Black Label) pour accueillir des récits plus sombres, adultes. C’est dans cette branche qu’est publié le présent récit. Sean Murphy a déjà réalisé plusieurs bandes dessinées avant celle-ci : entre autres JOE L’AVENTURE INTÉRIEURE (2010/2011, avec Grant Morrison), PUNK ROCK JESUS (2012), THE WAKE (2013/2014, avec Scott Snyder), TOKYO GHOST (2015/2016, avec Rick Remender). En entamant le récit, le lecteur se demande comment il se situe par rapport à la continuité. Il comprend vite qu’il s’agit d’un récit hors continuité : le coma d’Alfred, la rémission de Joker, le sort de Jason Todd. L’auteur a donc les coudées franches pour raconter une histoire de Batman comme il l’entend, en réinterprétant les personnages récurrents comme il le souhaite. Du coup, le lecteur se retrouve régulièrement en train de se demander si Sean Murphy s’écarte volontairement du statu quo pour mieux y revenir, ou s’il s’agit d’une prise de liberté durable, rendant ainsi le scénario beaucoup moins prévisible.

Il est possible aussi que le lecteur soit avant tout venu pour les dessins de Sean Murphy. Il retrouve ces éléments détourés avec des traits fins, voire très fins, et secs, parfois rectilignes y compris pour des contours anatomiques, et des aplats de noir copieux aux formes irrégulières mangeant de nombreuses cases. Il retrouve également l’influence des mangas, en particulier dans les traits de puissance ou de vitesse servant également à intensifier les perspectives, et dans les visages plus jeunes (en particulier celui de Barbara) avec des expressions traduisant une émotion non filtrée, souvent un enthousiasme communicatif. Par contre, l’artiste a mis la pédale douce sur les nez pointus : ces appendices ont retrouvé une forme plus conventionnelle. Dès la première page, le lecteur plonge avec délice dans une atmosphère gothique et noire : l’asile d’Arkham dans le noir de la nuit, avec sa grille en fer forgé, et ses chauves-souris. Par la suite, Sean Murphy excelle à capturer et à faire ressentir la noirceur de Gotham et de certains personnages : Batman comme une bête en cage dans sa cellule, la collection obsessionnelle de produits dérivés de Batman dans la chambre de Joker, la pose romantique de Victor Fries devant sa femme Nora cryogénisée, l’effondrement d’un pont de Gotham, l’immense canon rétro-futuriste dont va se servir Neo Joker.

Chacun à sa place  © DC Comics

Chacun à sa place
© DC Comics

Très vite, le lecteur se retrouve plongé dans Gotham à côté des protagonistes, éprouvant la sensation que son état d’esprit est influencé par les grands bâtiments effilés, par les longues perspectives, par les quartiers plus resserrés, par le riche mobilier du manoir des Wayne, par la décoration insensée de l’appartement de la première Harley Quinn, par la pénombre de la Batcave, par l’espace ouvert sur la place où Jack Napier fait un discours, par l’aménagement purement fonctionnel des bureaux de la police et du parking au sous-sol. Il côtoie, plutôt qu’il n’observe, des individus à la forte personnalité graphique : le maintien droit et strict de Jack Napier et son sourire, le maintien droit et rigide de Batman attestant de sa psychorigidité, les postures plus souples de Batgirl, le comportement très formel de James Gordon pétri de la responsabilité de sa fonction. Sans ostentation, Sean Murphy se montre un chef décorateur de talent, un costumier attentif aux détails, et un directeur d’acteurs avec une vraie vision, dramatisant un petit peu leur jeu pour rendre compte de l’ampleur des enjeux, du degré d’implication des différentes personnes. Le lecteur reste également bouche bée devant de nombreuses séquences échevelées : l’improbable course-poursuite entre la Batmobile et Joker en hoverboard, la violence du combat à main nue entre Batman et Joker, les clins d’œil à BATMAN ADVENTURES MAD LOVE de Paul Dini & Bruce Timm et à BATMAN THE ANIMATED SERIES , l’apparition horrifique de Clayface (Matthew Hagen) chez Mad Hatter (Jervis Tetch), la soirée en amoureux entre Jack Napier et Harley Quinzel, une autre course-poursuite cette fois-ci entre 2 modèles différents de Batmobile, etc.

Déstabilisé par la possibilité pour le scénariste de modifier les éléments canoniques comme bon lui semble, le lecteur se montre plus attentif à l’intrigue pour ne pas laisser échapper un détail, ou pour ne pas se tromper sur le sens d’une scène qu’il peut avoir l’impression d’avoir déjà vue. Sean Murphy développe la relation entre Batman et Joker, essentiellement du point de vue de Joker, sur une dynamique d’amour & haine. Suite au traitement administré de force par Batman, Joker voit sa personnalité revenir à son état antérieur, quand il était un individu très ordinaire appelé Jack Napier. Or ce dernier a conservé toute l’expérience qu’il a acquise en tant que Joker, en particulier sa familiarité avec Batman. Il décide à la fois de se réformer, et de prouver que les méthodes de Batman sont plus néfastes à Gotham que bénéfiques. Ce n’est pas la première fois qu’un auteur développe ce thème, mais là Sean Murphy le prouve par l’exemple : Jack Napier se lance en campagne, tout en initiant des actions pour résoudre les problèmes de fond de la ville, plutôt que de s’en tenir à faire disparaître temporairement les symptômes que sont les supercriminels. La longueur du récit et son déroulement en dehors de la continuité font que Sean Murphy se montre assez convaincant pour que le lecteur y croit. Il montre d’un côté Batman qui ne fait confiance à personne, ce qui sous-entend un ego surdimensionné, un individu persuadé d’avoir raison mieux que tout le monde. De l’autre côté, Jack Napier n’agit pas par altruisme ou par bonté de cœur : il a quelque chose à prouver, une forme de vengeance contre Batman en montrant que d’autres méthodes peuvent réussir durablement, et ainsi gagner sa rédemption.

Bienvenu dans la société civile  © DC Comics

Bienvenu dans la société civile
© DC Comics

Emporté par la narration visuelle, le lecteur se laisse progressivement convaincre de la nocivité de Batman pour l’organisme qu’est la ville de Gotham, et par le bienfondé des méthodes démocratiques de Jack Napier. La narration de Sean Murphy n’a pas la force de conviction de celle de Frank Miller pour Dark Knight Returns : c’est la somme de réflexions diverses qui finissent par saper les a priori du lecteur et par retourner ses convictions. C’est une façon de procéder parfois un peu fragile quand un argument reste superficiel, presque spécieux, et ne vaut que parce qu’il s’intègre bien dans la tapisserie dessinée par les autres. Cette sensation de fragilité est renforcée par les éléments incidents de l’intrigue : la maladie d’Alfred et sa lettre, la scène d’explication à la fin sur le rôle d’un des personnages, comme si l’auteur avait estimé qu’il fallait consolider l’intrigue principale avec des éléments périphériques.

Avec cette histoire, Sean Murphy réussit le pari de réaliser une histoire personnelle et originale de Batman, ce qui est déjà une grande réussite en soi. Il met en œuvre une narration visuelle acérée et consistante : Gotham s’incarne avec une personnalité inquiétante, les personnages existent et il y a de nombreuses scènes visuellement mémorables. L’auteur parvient à écrire un récit qui utilise les conventions du genre superhéros (costumes et masques, superpouvoirs des ennemis de Batman, confrontations physiques, et une touche de technologie d’anticipation pour les Batmobiles), tout en racontant une histoire adulte, où un individu met Batman à mal en utilisant les outils de la démocratie.

Des pages d'action très dynamiques © DC Comics

Des pages d’action très dynamiques
© DC Comics

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La BO du jour : The joke was on me

29 comments

  • Bruce lit  

    C’est un récit que j’ai trouvé vraiment bien ficelé. En quelques pages, Murphy parvient à retourner le lecteur contre Batman, les arguments de Joker n’étant pas sans efficacité. J’ai bien aimé la revisitation des origines de Harley Quinn qu’il dote enfin d’un cerveau et à qui il donne un rôle assez intéressant. Murphy est vraiment un artiste à suivre, un des rares (pour moi, hein, je te sais plus polyvalent) capable de me convaincre aussi bien au dessin qu’au scénario. Comme Tornado, je ne goûte désormais qu’à ce genre de récit déconnecté. Encore une belle découverte, merci.
    Ps : Quant à la comparaison avec DKR, je dois dire (oui, ça vient de moi !) qu’elle ne me semble pas appropriée. Miller lui-même n’ a jamais réussi à retrouver le mojo de DKR. Et il dispose de moitié moins de pages aussi non ?

  • Twhip  

    Peut-être la meilleure histoire de Murphy (je ne dis pas que ce que je dis fais loi) et qui restera supérieure à sa suite (je dois lire la dernière issue).
    Bref…mon artiste préféré. D’une humilité rarement vue dans le milieu. Ma rencontre et mon interview resteront gravés à jamais dans mon ptit coeur de comixophile !

    Ici pour ceux qui ont râté ça (on parle du début de white knight) : https://youtu.be/X5QFzqr41SY

    • Bruce lit  

      Très sympa même si le bruit de fond attaque les oreilles au casque ;)
      Effectivement , Murphy a l’air d’un mec sympa et assez timide. Vicelarde ta question sur la Belgique ;)
      Merci du partage.

    • Présence  

      Bonjour Twhip,

      Merci de ton passage et pour l’interview de Sean Murphy. Je n’ai pas lu Punk Rock Jesus, et je n’ai pas encore commencé Curse of the White Knight… Il faudra que j’attende après le confinement. :)

  • Présence  

    Oui, comme toi, j’ai trouvé que Sean Murphy parvient à faire douter des méthodes de Batman, ce qui n’est pas une mince affaire.

    La comparaison avec DKR s’impose d’elle-même pour chaque récit de Batman qui prend la tangente sous la houlette d’un auteur complet à forte personnalité, parce que plus de 30 après sa parution, ça reste la référence de ce qu’il est possible de faire en prenant quelques libertés avec la continuité. Elle s’impose également sur la thématique : Miller & Murphy s’aventurent sur un terrain politique et de la relation avec la population de Gotham. Enfin, Miller et Murphy ont disposé d’environ le même nombre de pages, un peu moins de 200 chacun. Mon idée était d’utiliser la comparaison pour faire ressortir les particularités de l’écriture de Sean Murphy par rapport à un récit connu de tout le monde.

  • Surfer  

    La nouvelle ligne éditoriale de DC comics le « black label » ne me déçoit pas pour le moment: des histoires solides, auto contenues, pour adultes et avec des artistes de qualité.
    J’espère que cette branche de publication trouve facilement un public et que cela perdure. Je suis friand de ce type de récit.
    J’attends avec impatience la fin du confinement pour aller chercher chez mon libraire préféré le nouvel opus « Batman Last Knight on Earth »
    Et oui je suis comme ça…pour les BD neuves, je préfère patienter au lieu de commander sur internet. D’une part parce que je contribue à faire vivre des petits commerces et d’autre part parce que je rencontre des gens que j’aime bien.

    Je trouve aussi de Sean Murphy est artiste complet talentueux.Il excelle aussi bien au scénario que dans la partie graphique ce qui est rare…
    Le défaut que je pourrai lui reprocher cependant c’est le manque de rondeur de ses traits. J’ai l’impression qu’il dessine à la règle ! Ses lignes pointues, droites et souvent cassées font perdre de l’élégance au rendu. Par contre son style à l’avantage de rendre le dessin très dynamique.

    Concernant l’histoire, je la trouve un peu en dessous de Punk Rock Jesus mais d’excellente facture tout de même.
    Le postulat de départ: Le joker qui est guéri de ses pathologies et qui tente par voie légale de mettre à mal Batman et bien amené. Le développement de l’intrigue intéressante avec de bons ressorts narratifs et la fin est acceptable.

    On en redemande, en espérant que sa suite soit aussi bonne.

    • Présence  

      Ne lisant qu’en recueil, je n’ai pas encore lu grand chose issu du Black Label : Batman Damned (très bien, Azzarello en bonne forme, et Lee Bermejo extraordinaire), Superman Year One (Frank Miller en bonne forme, sans être extraordinaire, John Romita junior sympathique), Harleen (pas aussi réussi que Sunstone). N’étant pas très client du duo Snyder & Capullo, j’attends plutôt Joker Killer smile (de Lemire & Sorrentino), Joker Harley (de Kami Garcia, Mike Mayhew et Mico Suayan), The Question (de Jeff Lemire & Denys Cowan), Straneg Adevntures (de Tom King, Mitch Gerads et Evan Doc Shaner).

      C’est vrai que les traits bien droits sont l’une des marques de fabrique de Sean Murphy, ce qui me rappelle certains mangas, avec leur traits de vitesse.

      • Tornado  

        Dans ma liste de comics à paraitre en VF qui me tentent bien :
        - Batman Last Night On Earth (Scott Snyder – Greg Capullo)
        - Harleen (Stepan Sejic)
        - Batman, Créature de la Nuit (Kurt Busiek, J.P. Leon)
        Je suis un peu refroidi par le fait que Présence ait un avis défavorable pour les deux premiers mais bon, on n’a pas forcément le même avis à chaque fois. Disons que je surveillerai les critiques sur ces mini-séries…

        • Présence  

          Honte à moi : bien sûr que e Batman de Kurt Busiek & John Paul Leon est dans ma liste.

      • Surfer  

        « Ne lisant qu’en recueil, je n’ai pas encore lu grand chose issu du Black Label » !!!!!

        Tu plaisantes j’espère. Tu en as déjà lu beaucoup plus que moi !
        J’ai aussi trouvé le « Batman Damned » très bon malgré certaines critiques négatives.
        J’ai bien rigolé avec toute la polémique autour du zizi :-)

        Tiens, tu n’est pas client du duo Snyder et Capullo !…..Même pas la cour des hiboux ?

        • Présence  

          J’avais lu les 2 premiers tomes de Batman par Snyder & Capullo : La cour des hiboux, & La nuit des hiboux. Cette version de Batman ne m’a pas intéressé. Il doit y avoir quelque chose dans l’écriture de Snyder qui me prend à contre-pied. J’ai voulu m’y remettre en lisant Batman Metal et ça n’a pas pris. Il ne me vient en tête qu’un seul contre exemple Wytches avec Jock, voir article sur le site, et ans une moindre mesure The Wake avec Murphy.

          http://www.brucetringale.com/gage-dinvestissement/

  • Tornado  

    Acheté mais pas encore lu (on ne se moque pas là haut…).
    Je pense que ça pourra me plaire. J’adore le style de Sean Murphy et le concept de cette création est très intéressant. Je suis un peu méfiant vis-à-vis de ce postulat démagogique qui voudrait que la violence de Batman soit plus un mal qu’un bien pour la ville de Gotham mais apparemment ça a l’air, à l’unanimité de la part des lecteurs, de tenir la route.

    @Présence : Toujours pas tenté par la lecture de Punk Rock Jesus ? :)

    • Présence  

      Comme toi, tu peux avoir un a priori négatif concernant l’humour dans les comics américain, j’ai un a priori négatif concernant la capacité des comics américain à traiter de religion, ce qui me fait me tenir à l’écart de Punk Rock Jesus. Mais j’ai lu Tokyo Ghost qui était enthousiasmant, ainsi que The Wake au scénario moins solide, mais aux dessins sympathiques.

  • Manu  

    Plein de collègues m’ont recommandé cet album. Mais le problème, c’est que plus on me saoule en insistant, et moins j’ai envie de m’y intéresser ( je fais pareil pour les films). Pourtant, en Batfan que je suis, ça devrait bien me botter cette histoire. Je vais un peu laisser passer de temps, et là je me l’achèterai. Super revue bien détaillée en tout cas

    • Présence  

      Je comprends tout à fait cette réaction aux recommandations unanimes : c’est ce qui m’a fait me tenir à l’écart de The Walking Dead pendant des années, juste pour le principe… jusqu’à ce que Bruce me fournisse ma première dose. :)

  • JP Nguyen  

    Ah, c’est reposant de lire une review de Présence sur une BD qu’on a déjà ! Au moins, on ne sera pas tenté de l’acheter, quoique, sur certains articles, le bougre arriverait presque à nous faire racheter une BD que l’on possède déjà.

    Pour White Knight, ce ne sera pas le cas, en ce qui me concerne. Certes, les dessins sont super, avec la vraie « patte » de Murphy, un artiste avec une vraie personnalité, les illustrations choisies dans l’article sont assez parlantes sur le niveau graphique de cette mini.
    Mais au niveau scénar, si j’ai été intrigué au début, j’ai progressivement lâché au fil du récit.
    Hey, on veut faire réaliste ? Vous croyez pas que, dans la vraie vie, avec son body-count, le Joker aurait de sacrés problèmes à briguer un mandat politique ? On fait des reproches à des gars qui montrent leur quéquette sur smartphone, alors imaginez un gars qui a trucidé, poignardé, flingué, fait exploser, empoisonné des tas de citoyens de Gotham ?
    On parle des Etats Unis, un pays où les flics tirent sur des noirs « paraissant dangereux » parce qu’ils portent un sweat à capuche. Alors pour faire réaliste, le Joker, ils le flinguent et c’est tout.
    Donc, je sais pas, j’ai pas vraiment adhéré au postulat sur le long terme, il manquait un habillage, un meilleur fil conducteur, plus de liant.
    Puisque tu as évoqué DKR, je dirais, par exemple, que l’un des thèmes (parmi d’autres), c’est la violence urbaine, mais Miller transpose cela dans un univers fictionnel, avec le gang des mutants, qui sont tellement over the top qu’on n’est plus vraiment dans le réalisme. Et le récit arrive à se tenir sur un fil entre le « réalisme » et tout le décorum Batmanien (le batsignal, la batcave), le Joker qui envoie des poupées qui explosent, plus Superman qui intervient au Corto Maltese et empêche un apocalypse nucléaire et quand j’énumère tout ça, on a l’impression que c’est WTF mais à la lecture, j’étais scotché de bout en bout.
    Avec White Knight, mon attention a tenu… un chapitre ou deux, pas plus. C’est bien dessiné, le scénar n’est pas con mais il n’a tout simplement pas « fonctionné » sur moi.

    Mais c’est sans doute lié à ce qu’évoquait Jean-Pierre Dionnet dans l’interview, selon l’âge auquel on rencontre certaines oeuvres, elles sont plus ou moins formatrices. Et lorsqu’on est formé, inexorablement, on tend à se figer (indépendamment du fait qu’on finira tous raides morts…)

    • Matt  

      Comme toi JP, c’est un peu ça qui m’a tenu éloigné de ce comics.

      SI on veut jouer avec les médias et la réputation des gens dans un comics de super héros, comme le fait Ellis dans ses Thunderbolts, ou des choses comme ça, on ne peut pas propulser le Joker comme chevalier blanc de Gotham.
      Retourner les gens contre Batman ? Parce que ce qu’il fait ne sert à rien et aggrave les choses ? Ouais ok mais ça ne peut pas être un meurtrier multi-récidiviste qui fait ça !
      C’est le genre d’histoire où tu n’as pas l’impression, comme tu devrais l’avoir, que le méchant est super intelligent, mais plutôt que tous les gens sont complètement cons !

      • Tornado  

        Ouaip. J’avoue que c’est le genre de vos arguments qui me freine jusqu’ici pour ce qui est de me ruer sur ce comics…

        • Bruce lit  

          Je pense au contraire que tu aimerais Tornado.
          Pour prendre le contrepied de JP, je dirais que nous sommes dans un univers MAX de Dc. Sans doute le Joker y a commis moins de crimes que dans l’univers classique.
          Si je me souviens bien dans DKR, il est réhabilité par un psychiatre qui tente déjà de le disculper.
          Rendez-vous compte quand même qu’avec le film JOKER, le personnage est devenu un héros de la contre culture dont des groupes se revendiquent. Tu as désormais des gens qui s’habillent en Joker non plus en Cosplay mais lors de manifestations politiques dénonçant le système dont Batman est le protecteur. Ce n’est pas seulement aux States, un pays qui a tout de même Bush, Bush Jr, Reagan et Trump. A côté nos Sarkozy et Macron c’est quand même des gentils… Tu as désormais des Jokers dans des manifestations de Gilets Jaunes à côté de V.
          Cela rejoint mes thématiques que vous connaissez désormais : les rock stars, on les trouve désormais au cinéma blockbuster. Plus dans le monde de la musique.

          • Matt  

            Ouais ben moi je trouve ça dangereusement stupide. Un meurtrier n’est pas un héros. Les gens déforment tout et prennent comme modèle des gens qui ne sont pas censés en être.
            C’est comme les mecs qui s’habillent en Punisher pour réclamer le nettoyage des étrangers

    • Présence  

      Merci JP pour ce retour.

      ON veut faire réaliste… – Tout est relatif : quelqu’un qui s’habille en chauve-souris pour lutter contre le crime, avec des individus dotés de superpouvoirs comme Bane et Poison Ivy, ou Mr. Freeze, ça repositionne le récit dans le domaine du superhéros pur jus.

      Des individus qui ont commis des crimes et qui se retrouvent blanchis… – Je suis en train de lire la série Invincible en ce moment et c’est une thématique qui court tout du long. C’était déjà le cas pour Negan dans The Walking Dead. Je suppose que c’est la raison pour laquelle j’ai accepté de consentir à un peu plus de suspension d’incrédulité, sans trop de difficulté. De ce point de vue, les Etats-Unis sont surprenant : OJ Simpson avait été acquitté au pénal, et condamné au civil. Il a réussi à faire un retour à la télé !

      En outre, comme le fait remarquer Bruce, ce n’est pas la première fois qu’un scénariste essaye de réhabiliter Joker. Tous ces paramètres ont fait que ça m’a moins gêné que toi.

      • Bruce lit  

        Jawad qui devient une vedette médiatique et fait des one man show lors de son procès…

  • Bruce lit  

    Oui…
    C’est de la pop culture…
    Dans les années 70, on portait bien des tee-shirt Che Guevara…

  • Eddy Vanleffe  

    Comme d’habitude, il faut bien la clarté et la concision de Présence pour me ré-intéresser à ce bouquin.
    j’ai comme pas mal e monde été échaudé sur le concept que je n’avais pas bien compris…
    Je croyais que c’était un monde miroir avec le JOker comme gentil et la batman comme méchant…
    finalement, l’histoire a l’air d’être un gros hommage-prolongation de l’univers de ‘l’animated.
    Les américains sont très friands de ces histoires de rehabilitation, le mythe du pognon et e la seconde chance forment une alliance scénaristique assez terrible..On ne sait même plus si les auteurs le dénoncent ou en sont fiers…
    Luthor est déjà devenu président, JOker ambassadeur pour le moyen-orient, Le Caîd maire de New York.
    a chaque fois, un vrai jeu de vice de formes, d’apparence et de corruption servent le vilain de l’histoire, c’est limite devenu cliché…
    @Bruce, JOker devenu un symbole de révolte des marginaux d’un côté et celui du pouvoir patriarcal toxique dans le film BOP…la même année…

    • Présence  

      Je suis parti dans cette lecture sans a priori sur la nature de l’histoire, ce qui a quand même produit un effet de flottement, Sean Murphy jouant sur les non-dits. Joker est-il un criminel endurci dans cette version ? Faut-il voir un stratagème évident dans son revirement ? Murphy joue avec habileté sur ces non-dits pour introduire un doute assez consistant dans l’esprit du lecteur (en tout cas le mien) et obtenir une suspension d’incrédulité consentie suffisante pour que ça marche (en tout cas pour moi).

      J’avoue que j’aime bien cette interrogation sur la rédemption et la possibilité de pardon, ses limites. JM DeMatteis avait déjà écrit une histoire de Joker redevenant normal dans Legends of the Dark Knight 65 à 68 (1994), dessins de Joe Staton. Je me souviens également d’une autre histoire que j’avais trouvé excellente sur le sujet, toujours avec Batman, et toujours par JM DeMatteis : Batman Absolution (2002), peint par Brian Ashmore. Un vrai questionnement.

  • Jyrille  

    « La narration de Sean Murphy n’a pas la force de conviction de celle de Frank Miller pour Dark Knight Returns : c’est la somme de réflexions diverses qui finissent par saper les a priori du lecteur et par retourner ses convictions. » : très belle analyse. Il est clair que ce n’est pas du tout le même propos ni le même univers que ces deux bds racontent. Puisque de toute façon les hypothèses divergent dès le départ : dans DKR, Gotham est de plus en plus pourrie, dans White Knight, elle semble sur la bonne voie, Batman étant un gardien craint et omnipotent.

    Je suis content que tu aies donné ta vision de ce comic, et je pense que tu donnes la raison pour laquelle je me la suis vite procurée : les dessins de Sean Murphy. On voit bien sur le dernier scan à quel point c’est incroyable de précision et de dynamisme.

    Tu me donnes envie de la relire car j’ai envie de retrouver toutes les scènes mémorables dont tu parles. Et puis bien sûr je verrai mieux les choses maintenant que je connais l’histoire. La plus grande réussite étant ce que tu résumes bien : « Sean Murphy réussit le pari de réaliser une histoire personnelle et originale de Batman, ce qui est déjà une grande réussite en soi. »

    La BO : j’adore. La reprise de Faith No More est encore meilleure (évidemment).

    • Présence  

      Merci de ton retour. N’étant pas aussi admiratif que toi des pages de Sean Murphy, je me suis plus attaché à l’histoire, et j’ai trouvé qu’il s’en sort plus qu’honorablement. Ça a vraiment été mon ressenti comparatif : la narration de Miller prend aux tripes, celle de Murphy est plus mesurée, voire maintenant que tu l’écris, moins noire, moins cynique que celle de Miller. Gotham est encore à peu près vivable grâce à la présence de Batman.

      Quand sortira la suite Curse of the White Knight, j’essaierai de garder à l’esprit, ta remarque sur la précision des dessins et leur dynamisme.

      • Jyrille  

        Merci ! Oui c’est tout à fait ça concernant les différences de narration. Je pense que JP a été plus précis que moi en ajoutant « la violence urbaine, mais Miller transpose cela dans un univers fictionnel, avec le gang des mutants, qui sont tellement over the top qu’on n’est plus vraiment dans le réalisme. »

        • Présence  

          Je n’ai pas éprouvé la sensation que White Knight soit plus proche de la réalité que Dark Knight Returns. Rien que la course-poursuite d’ouverture m’a emmené dans un récit de genre, avec comme convention implicite que la trajectoire de la voiture doit plus être spectaculaire, qu’assujettie aux lois de la physique ou à celles de la résistance des matériaux, ou encore le fait que Joker sur hoverboard puisse distancer la batmobile. L’apparition de Mr. Freeze confirme le positionnement du récit dans le genre superhéros, comme pouvait le faire la présence de Superman dans DKR.

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