Spider-Max ! (Review Spider-Man Noir)

Spider-Man Noir par Hine, Sapolsky et Di Giandomenico

Spider- Max !

Superior Spider-Man !

1ère publication le 26/02/15- Mise à jour le 14/07/17

BRUCE LIT

VO : Marvel

VF : Panini

Cet article portera sur les 8 épisodes de Spider-Man Noir écrits par David Hine, Fabrice Sapolsky et dessinés par Carmine Di Giandomenico. L’intégralité de ces épisodes a été publiée par Panini.

En 2009, Marvel publie sa série noire. Il s’agit de mettre en scène ses héros les plus connus dans l’Amérique des années 30 entre récession économique et avant guerre mondiale. Dans une ambiance de Comics pulp, les auteurs avaient carte blanche de faire vivre-et mourir- ses héros supposés très différents de la continuité officielle Marvel.

Alors que les X-Men furent calamiteux, qu’ Iron Man, Daredevil et le Punisher proposaient des histoires divertissantes mais pas inoubliables, Fabrice Sapolsky journaliste français et créateur de la revue Comic-Box cosignait avec David Hine 8 épisodes de Spider-Man admirables, loin, très loin au dessus du panier !

Et on ne peut pas dire que le tisseur de toile ait été à la fête ces dernières années ! Cloné dans les années 90 , infantilisé par Bendis et supplanté par Dan Slott, c’est à croire que depuis 20 ans la Marvel cherche à se débarrasser de lui ! Et lorsque JM Straczynski proposa une version mature du personnage, elle fut impitoyablement effacée et….rééditée ! Loin du cynisme de Marvel, ce SM Noir propose la meilleure histoire de Spidey depuis des lustres!

La crise de 1929 et une tante May communiste !

La crise de 1929 et une tante May communiste !

Dans le premier arc,  Illusions perdues,  Hine et Sapolsky écrivent en moins de quatre épisodes une histoire fascinante où le terme de réinvention n’est pas usurpé : Ben Urich est un toxicomane que la mafia fait chanter, Tante May une vaillante communiste en pleine crise américaine, Jameson un éditeur intègre, Felicia Hardy une Mme Claude matinée de Régine et Peter Parker, un jeune idéaliste plein de rage, de colère et sans humour…

Inutile de dire qu’avec un titre emprunté au chef d’oeuvre de Balzac, les scénaristes étaient attendus au tournant !  Les auteurs vont enfin nous proposer un tisseur inédit malgré les 50 ans de continuité plus ou moins foireuse du personnage.

Un personnage plus maudit que jamais !

Si vous cherchez le légendaire tisseur vanneur un peu fatiguant , fuyez ! Ce Spider Man est adulte,violent, introverti et tourmenté  ! Voilà à quoi  il ressemblerait  en version Max ! Une intrigue ultra réaliste, un discours social assumé et pertinent, des personnages mémorables et des vilains assez terrifiants ! Norman Osborn est plus pervers que jamais, le vautour, terrorisant ! Et que dire des origines revisitées assez impressionnantes visuellement ?

Pourtant les auteurs ne sont clairement pas intéressés par le volet spectaculaire de Spider Man. Ils ne s’attardent ni sur l’étendue de ses pouvoirs, ni la joie qu’ils procurent. Il s’agit au contraire pour les scénaristes de trouver une astuce pour qu’un gamin puisse mettre à lui tout seul la mafia à genoux.

Des vilains vraiment pas beaux !

Est-ce la présence de Carmine Di Giandomenico qui porte chance ?  Après avoir dessiné la Shoah pour un Magneto inoubliable, après avoir illustré avec brio le destin du père de Daredevil , il dépeint un New York rongé par la pauvreté pendant les années 30. Cette pauvreté qui a toujours collé aux basques de notre héros quelque soit sa continuité (sauf l’actuelle un peu pénible de Dan Slott).

Les rues sont enfumées, les décors travaillés et le découpage impeccable.  Pour autant, la fin de la première histoire et sa naïveté embarrassante viennent  ternir la maturité de ce scénario remarquable. Mais le deuxième chapitre,  Les yeux sans visage  (titre emprunté au film de Franju), corrige le tir.

Octavius Von Mengele ?

Octavius Von Mengele ?

Nous sommes en 1933. Parker et son ami Robertson enquêtent sur la disparitions de noirs américains aux alentours d’Ellis Island. Il s’avère que dans ce lieu clé de l’immigration américaine, le Dr Octavius atteint d’une maladie génétique, mène des expériences monstrueuses sur des cobayes humains pour en faire une race d’esclaves .

Encore une fois, oubliez les guignols de l’univers 616. Ce deuxième tome met en scène une ambiance glauque, désespérée ayant un avant goût de Shoah ! Octavius torture ses cobayes avec carte blanche  des autorités américaines, il correspond fréquemment avec Himmler, pratique des trépanations sans anesthésie et incinère des cadavres en masse dans une grande cheminée. Par un twist habile , les scénaristes ont le bon goût de ne pas envoyer le Docteur à Auschwitz mais trouvent un moyen particulièrement pervers de le punir. On leur est gré également de coller à la réalité historique des nazis et de n’en pas en faire des vilains de série B fascinés par l’occulte qui pullulent dans les Comics.

Coke en stock…

Parker fait ici de la figuration. Et ses pouvoirs itou. Sexe, convoitise et haine raciale prennent le devant de la scène. Encore une fois la morale  de Parker devra s’adapter à un monde où le nazisme s’apprête faire des ravages. Il ne s’agit plus pour Spider Man de défendre une notion de justice mais bien de survivre dans un monde aux abois.

Pas de happy end, une victoire à la Pyrrhus, des héros mutilés sans espoir de guérison. En 8 épisodes, Spider Man noir aura décrit un monde incroyablement violent où le héros, plus proche de Rorschach que du boy scout de Marvel, aura fait des étincelles. 8 épisodes éblouissants où il se passe plus de choses qu’en 50 ans de Spider Man classique.  Où il est possible de raconter une grande aventure emplies de référence pour une licence commerciale. Une incontestable réussite et la preuve de la puissance et de l’ingéniosité que les comics adulte peuvent atteindre. Sans crossover à la con, bastons puériles et events périmés. Rare, beaucoup trop rare….

Brutalité policière !

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Spider-Man : Homecoming vient de sortir et va inévitablement entraîner sa cohorte de questions angoissées : je dois lire quoi de Spider-Man en premier sans me taper 50 ans de continuité ? Pas de panique, tonton Bruce Lit est là pour vous aider ! Aujourd’hui l’indispensable Spider Man Noir.

La BO du Jour : la musique de la pauvreté et de la dépression américaine par el maestro Ennio

15 comments

  • JP Nguyen  

    Heu, c’est vraiment Ben Urich le toxicomane ? Pas Ben Parker ? Sinon pas encore lu, ajouté à la liste des futurs emprunts.

  • Tornado  

    J’avais bien aimé la 1° mini mais surtout adoré la seconde.
    Panini a réédité les deux minis avec celle de Daredevil NOIR dans un seul tome de la collection deluxe. C’est celui-là que j’ai gardé, ainsi que deux albums souples (100 % Marvel) avec les minis Iron Man NOIR (très sympa) et Punisher NOIR (pas encore lu).
    Ton article correspond très bien à ce que j’en ai gardé. Et je suis d’accord qu’il s’agit, bien que ce ne soit pas le « vrai » Spiderman, d’une de ses meilleures histoires !
    Voilà ce que j’aimerais : Que les série Mainstream disparaissent. Qu’il n’y ait plus que des mini-séries ou des GN. Que la continuité n’existe plus et que le personnage ne soit plus qu’un « terreau » que les auteurs puissent sans cesse réinterpréter. Si, si, je suis très sérieux. C’est vraiment ce que j’aimerais…

    • Bruce lit  

      Fabrice Sapolsky m’a envoyé un petit mail sympa ce matin ( je lui avais fait suivre l’article). Rigolo ce que tu dis Tornado, on a eu cette conversation avec JP Nguyen lorsque nous nous sommes rencontrés. Il était lui aussi favorable à l’arrêt du volet feuilletonesque pour se consacrer à des minis séries. J’ai l’impression que c’est le cas pour beaucoup de Batman non ?

      • Jyrille  

        Ah ça a l’air bien aussi. Merci de filer les bons tuyaux ! Et mais c’est ce que je disais aussi dans l’avant-dernier article ! Plus de continuité, des histoires basées sur un terreau…

        • Bruce lit  

          Ou la création d’une ligne façon Vertigo comme l’époque bénie de Punisher Max. Je ne comprends pas car il y a certainement des enjeux financiers qui me dépassent. Que Marvel veulent publier des Crossomerdes ou des trucs pour enfants, pourquoi pas. Un titre adulte pour satisfaire cette branche du lectorat ( elle existe non ? ) c’est pas trop demander !

          • JP Nguyen  

            Je confirme les dires de Bruce, je lui avais grosso modo tenu les mêmes propos que Tornado. T’as vu Titi, un autre sujet sur lequel on est d’accord!
            En fait, les écarts de caractérisation ne me dérangent pas quand le récit se situe hors continuité de façon claire et assumée. J’aimerais effectivement des Elseworld façon Marvel mais sur des durées moyennes de 12 ou 24 épisodes…

  • Twhip  

    Effectivement, c’est plus facile de déglinguer les ennemis de Spidey en 8 numéros. J’aime la continuité, mais c’est vrai aussi que plus de mini séries comme ça devraient voir le jour.
    Tous les fans du tisseur doivent l’avoir dans leur collection celle-là !

    • Bruce lit  

      Une interview de Monsieur Sapolsky n’est pas inenvisageable. Stay Tuned….

  • Présence  

    Après un tel article, il va falloir que j’aille voir sur un site de vente en ligne bien connu si ces épisodes sont encore disponibles.

  • Matt  

    Jamais lu ces épisodes. Le dessin ne me botte pas du tout. Je ne suis absolument pas fan du trait de Giandomenico. J’avais déjà noté que c’était bien fichu sur le fond. Je verrai si je trouve ça.

    Par contre je n’adhère pas à ce besoin de ridiculiser les personnages de l’univers 616 comme quoi ce sont des guignols, pour mieux mettre en valeur ce concept. Je l’ai déjà dit mais je ne lis pas du Spider-man pour lire du Scalped.
    No offense hein, chacun fait ce qu’il veut et aime ce qu’il veut…mais je suis perplexe quand je lis ça. On peut aimer les 2 itérations du personnages non ? Et c’est ton cas Bruce il me semble en plus.
    Disney aussi c’est tout mignon et ça finit bien, mais faut-il se dire que c’est de la merde quand on évoque un vrai film noir ?

    Bref simple remarque sur une façon d’écrire qui me fait parfois me demander si j’ai bien cerné ce que vous aimez ou si j’ai rien compris^^

    • Bruce lit  

      Salut Matt,
      Le risque des rediff’s, c’est aussi le style d’écriture. A l’époque le Marvel Universe me débectait, tout simplement. Je voulais du sérieux, du profond et j’étais cerné de crossovers et d’évents. Depuis que j’y’ ai renoncé, ça va beaucoup mieux ;) .
      Plus sérieusement, il me semble que récemment j’ai aussi écrit des articles plus légers sur du comics à visée divertissante : le SM/Human Torch de Slott, le Hulk/ Thing de Starlin, Kiss me Satan et prochainement le Old man Logan de Millar que j’ai relu.
      Je ne suis pas anti Disney. Pas plus que Mc Do. Et souvent je me surprends à regarder des passages de La reine des neiges avec ma fille. Un film que parfois j’envisage de chroniquer….
      Le divertissement a ses règles, ses codes qui n’ont rien de déshonorant. Simplement ce SM est vraiment une grande réussite et correspond d’avantage à ce que je recherche dans mes lectures.
      Je pense que tout est trop noir, j’ai aussi envie de divertissement. Tout est une question d’équilibre.

      • Matt  

        OK. Ceci explique cela. Oui, tu as écrit des articles plus légers. C’est pour ça que ça fait bizarre de sentir ce « dégoût » pour les histoires plus légères dans cet article. Mais oui, j’imagine que chaque article a son histoire, son contexte d’écriture, etc^^

  • Marina  

    Lu en emprunt il y a quelques mois. L’histoire m’a beaucoup plue, mais j’ai été assez froissée par le dessin ou le choix de couleurs. J’ai trouvé ça un peu « sans âme ».

    Le dessin est pas vilain, mais y’a un je ne sais quoi qui manque pour que ce soit parfait. J’hésite vraiment entre le dessin et la colo. J’ai vu qu’il y avait un second tome mais le un ne m’a pas suffisamment motivée pour m’attaquer au second…

    • Bruce lit  

      Salut Marina,
      Je vois que nous avons là encore une inconditionnelle ès squelettes. Bon sang, il n’ y’a ici que des Strange Ones (and i guess that i love it to death !) :)
      Je suis un inconditionnel de Carmine di Giandomenico je serai donc peu objectif. J’aime ses visages un peu félins et l’ambiance de ses planches. J’ai même du Dylan Dog dessiné par ses soins que Présence m’a filé, alors que ce n’est pas un héros qui me branche plus que ça. Tu loupes vraiment quelque chose en zappant le volume 2 ceci dit.

  • Tornado  

    Dans mon souvenir, le tome 2 était meilleur que le 1.

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