THE BAT(GIRL) IN THE BELFRY: BATGIRL

Un article de   Eddy Vanleffe

VO : DC Comics

VF :  Faut chercher…

Cet article portera sur le personnage de Cassandra Cain qui fut l’héroïne de la série mensuelle Batgirl parue entre 2000 et 2008 sur pas moins de 73 numéros publié par DC comics. 

Y aura-t-il du spoil ? Oui, mais chut!

une Batgirl loin des standards habituels. ©2001-Damion Scott-DC Comics.

Une Batgirl loin des standards habituels.
©2001-Damion Scott-DC Comics.

Le principal ennemi des Super-héros, c’est le temps. Bien que DC existe depuis presque un siècle, l’éditeur a su tourner sa longévité tentaculaire à son avantage.
Marvel applique la technique du passé qui avance. Ainsi le célèbre Iron Man fut d’abord un soutien de l’armée au Vietnam avant d’être marchand d’armes en Afghanistan. Peu de changements mais bon, ça se voit quand même. DC recommence son histoire tous les 25 ans au moyen d’un énorme cataclysme cosmique souvent appelé «Crisis». Mais à ce détail près, ils assument jusqu’à un certain point de faire avancer le temps. Enfin ceci fut vrai jusqu’en 2011, date du NEW 52, expérience éditoriale venant balayer tout ce qui fut écrit et tout recommencer à zéro.

Pourquoi dis-je tout cela? Tout simplement parce qu’au gré des années, chaque personnage de la tapisserie DC s’est vu devenir chef à la tête d’une véritable tribu. Cousins, enfants, disciples, héritiers en tous genres se sont multipliés de manière parfois forcée, parfois naturelle. D’aucuns diront que les «acolytes» viennent dénaturer le héros d’origine, et pourtant, n’est-ce pas une lente et sournoise évolution naturelle qui nous pousse à prendre conjoint, faire des enfants et adopter un chien? Et certains personnages tirent malgré tout leur épingle du jeu.

REMISE EN CONTEXTE OBLIGATOIRE

Il faut en passer par là. Les années 90 sont friandes de longs crossovers passant d’un titre à l’autre comme lors d’une course de relais infernale. Les franchises mutantes proposent d’ailleurs dans ce format le meilleur (X-CUTIONNER’S SONG) et le pire (ONSLAUGHT). La concurrence n’est pas en reste et trouve une façon de faire totalement originale. L’idée de départ sur Batman est de lui faire subir les conséquences d’un simple tremblement de terre d’amplitude 7.6 sur l’échelle de Richter secouant la célèbre Gotham City. Quoi de plus normal que de mettre toute la milice privée de Batman sur le coup?

Ce sera donc conté lors de l’arche narrative «CATACLYSM». Ce séisme provoquera à son tour une grave crise sanitaire lors de «CONTAGION» et finira comme territoire exclu par le gouvernement américain dans «NO MAN’S LAND». Ces histoires se relient donc avec une logique imparable dans une sorte de descente aux enfers inexorable d’autant plus crédible qu’elle est factuelle. Gotham en est réduite à une sorte de cité en ruine, sans électricité, sous embargo. L’armée a évacué la cité mais laisse de nombreux restes derrière elle. Les problèmes humanitaires, de ravitaillement, d’énergie se multiplient dans une zone de non droit total où chaque criminel revendique un quartier, des rues ou un immeuble pour installer une zone d’influence.

Mon père, ce tueur... © 2001-Damion Scott-DC COMICS

Mon père, ce tueur...
© 2001-Damion Scott-DC COMICS

Dans ce climat de guerre civile faisant parfois penser aux reportages sur le Moyen Orient avec plus de nuit et moins de désert, Il est un individu qui brille par son absence: Batman himself dans la personne. La ville n’a jamais été plus mal et le chevalier noir est aux abonnés absents? La réponse ne satisfera pas tout le monde en effet mais elle est toute simple. Bruce Wayne tente par des manœuvres politiques de rétablir la ville en tant que territoire américain. Il doit aussi tenter d’empêcher Lex Luthor de racheter la ville. Bref pour le coup, on a plus besoin du milliardaire que du justicier masqué. Il laisse donc la ville sous la surveillance de son clan et particulièrement à celle, qui de son beffroi peut tout centraliser: Barbara Gordon alias Oracle le cerveau de l’entité BIRDS OF PREY.

Pourtant il en est certains pour qui la présence de la chauve-souris est indispensable, ainsi une mystérieuse jeune femme prend la place du patron et arpente les rues de Gotham afin de faire revivre l’espoir dans l’esprit de ses habitants. Barbara mènera l’enquête afin de découvrir qui ose usurper le poste qui lui incombait du temps où elle avait ses jambes. Elle découvrira que c’est en fait Huntress qui lui a dérobé l’identité de Batgirl. Devant l’adversité, avec douleur, Barbara entrevoit donc la possibilité de laisser quelqu’un reprendre son héritage.
Mais certainement pas Huntress dont l’attitude ne correspond pas, à ses yeux à la hauteur de cette tâche.

On ressent particulièrement la quasi féodalité de cet univers qui à l’inverse de Marvel cultive lourdement les notions d’héritage, de dignité, de rang, de serment et d’adoubement. Barbara et Batman rejettent de concert l’incarnation de Huntress en Batgirl au motif de ses méthodes expéditives, de son manque de discipline et de ses résultats décevants. On imagine mal Barbara accepter de donner son «titre» à celle qui eut une idylle avec Nightwing son ancien amant. La vie lui ayant tout volé, même ses jambes, elle ne peut se résoudre de lui céder ce dernier bastion de fierté.

ENTER: CASSANDRA CAIN

Barbara assure une certaine stabilité dans une certaine zone de Gotham. Elle organise les ravitaillements, gère les médicaments, achemine le tout vers les foyers, organisant des distributions publiques. Elle s’appuie sur plusieurs volontaires bénévoles dont cette étrange jeune fille discrète et mutique qui ne cessera de la surprendre. Incapable d’utiliser les mots elle a pourtant la faculté de parfaitement lire le «langage du corps», parvenant à se faire comprendre par un simple regard, un geste ou une attitude. Rapidement elle montre également une certaine aptitude hors norme pour le combat qui ne va pas tarder à éclater au grand jour.
En effet le père de Barbara, Commissaire Gordon devient la cible des criminels de Gotham notamment Double-Face. L’un des meilleurs tueurs de l’univers DC a été engagé pour l’abattre: David Cain. Le flic moustachu n’a aucune chance mais à l’insu de tous, déjouant les indices et dotée d’un instinct hors du commun, la jeune Cassandra s’interpose et l’assassin renonce instantanément. L’explication est claire, si un baroudeur sans scrupule comme Cain baisse son arme, c’est qu’il a reconnu la fille qu’il a élevée et qui a fui son influence depuis une dizaine d’années.
Batman quant à lui reconnaît chez la jeune fille les tactiques et la philosophie de combat de l’un de ses mentors de jeunesse.
Si la situation peut paraître capillo-tractée, c’est surtout sa mise en image scindée en un triple récit imbriqué qui interpelle.

Kelley Puckett est un scénariste qui a débuté dans l’adaptation en comics de «Batman the animated series», il développe un style de narration très visuel qui va à 100 à l’heure, lorsqu’il passe dans la cour des grands, il peaufine avec l’aide de Damion Scott une manière de mettre en image qui, si elle n’est pas novatrice, s’avère être d’une efficacité redoutable.
L’arc en question se raconte au présent entremêlé de deux flashbacks récurrents, ceux de Cassandra dont on peut commencer à percevoir l’enfance aliénée vouée à l’exacerbation de son instinct de défense, et ceux de Bruce Wayne dont l’entraînement de sa jeunesse auprès de plus grands guerriers l’a conduit à côtoyer David Cain, déjà prédisposé à vouloir supprimer tous les comportements sociaux parasitant l’intelligence de la survie, notamment la parole.

Chacun réalisant à son rythme qu’ils sont en train de tisser un écheveau de relations shakespeariennes particulièrement tendues.
A l’issue de l’intrigue, c’est Barbara qui prend la décision d’adouber la jeune Cassandra devant toute l’équipe réunie et surtout devant un Batman incroyablement passif. Le patriarche de cette famille dysfonctionnelle cède devant les arguments d’Oracle plus émancipée que jamais. Ainsi cette Batgirl est la seule acolyte du chevalier noir à ne pas être directement encadrée par lui-même. Oracle entend bien alphabétiser et éduquer la sauvageonne, ne laissant à Batman que le soin de gérer les ordres de missions.

Un adoubement quasi-médiéval. ©2001-Mike DeodatoJr-DC COMICS

Un adoubement quasi-médiéval.
©2001-Mike DeodatoJr-DC COMICS

Intronisée en grande pompes, cette nouvelle itération de Batgirl ne fit pas grand bruit alors qu’aujourd’hui elle serait sans doute l’égérie d’une génération, jugez plutôt:
Une héroïne déchue paralytique entraîne une jeune métisse asiatique aphasique à la limite de l’autisme?
Même si nous savons bien que le handicap est le parent pauvre des combats pour le droit à la différence, il y a de quoi faire de campagne de pub, non?
C’est donc dans une certaine quiétude que le premier titre régulier dédié à la fille chauve-souris, vit le jour en 2000 dans un début de millénaire décidément bien riche. Cette fois Kelley Puckett se met en devoir de creuser l’histoire personnelle de son personnage fétiche. Il se fait aider au scénario par Scott Peterson et se met un point d’honneur à construire un récit frénétique qui parlera aux adeptes du cinéma de Hong Kong furieux à la manière d’un Tsui Hark.

Toujours flanqué de son compère graphique Damion Scott, il va peu à peu se nourrir du dessin pour un résultat que je n’ai quasiment vu que sur cette série et durant leur prestation qui va durer 37 épisodes. L’artiste lui aussi s’affranchit progressivement des règles habituelles des comics. S’il démarre dans les clous d’un style cartoony plus ou moins inspiré de Bruce Timm, il épaissit son trait, stylise les postures pour n’en garder que la silhouette et y additionne les onomatopées, de plus en plus inspiré du street-art voir même du graph’.
L’ensemble va donner une tonalité assez peu répandue et très visuelle à un titre qui ne mise quasiment rien sur le texte.
Le scénariste joue avec la mauvaise maîtrise du langage de son héroïne, les premiers épisodes pourraient presque passer pour du Sergio Leone. Economes à tout point de vue, les auteurs assèchent l’intrigue pour n’en garder qu’une sorte de story-board raconté, le temps de refaire le point sur l’histoire sur la jeune fille.

Batman en invité prestige tout au long de la série. Tout épaté qu’il soit par la compétence hors norme d’une jeune fille qui s’avère être meilleure combattante que lui-même, il lui décèle des failles qui l’amènent à s’interroger sur les motivations profondes de la nouvelle Batgirl. Un film amateur lui secouera ses certitudes jusqu’aux sphincters. Sur la bande vidéo, une enfant de huit ans ingénue joue à tuer comme le lui a appris son père, sauf qu’elle réalise trop tard que le jeu n’en est pas un et qu’elle égorgé un chef mafieux sous les yeux d’un David Cain empli de fierté. Traumatisée par son propre geste, Cassandra fuguera et vivra dans la rue jusqu’au «No man’s land». On pourra remarquer avec un certain étonnement-ou pas- à quel point Mindy Mac Cready alias Hit Girl dans KICK-ASS, possède la même back-story.

La louve dans la bergerie? ©2001-Damion Scott-DC COMICS.

La louve dans la bergerie?
©2001-Damion Scott-DC COMICS.

D’abord sceptique Batman est convaincu d’une machination. Il confronte Cain qui lui avoue que Cassandra est la seule enfant sur laquelle son «entraînement spécial» a fonctionné… Batman affronte alors une situation inédite. Il va devoir encadrer et protéger un assassin, contrôler sa violence, gardant à la fois espoir en cette nouvelle recrue tout en se questionnant si il ne donne pas la garde du poulailler au renard, voir même au loup… Un discours muet et sans réponse sur l’inné et l’acquis submerge alors l’action toujours aussi chorégraphiée. Dans le doute, le justicier demandera à Barbara à qui Batgirl lui fait-elle penser, la jeune paralysée réfléchit et assène son verdict: «A toi!»

Le scénariste décide secouer rapidement le cocotier et de ne pas laisser le moindre atome de routine. Dès sa première mission elle ne parviendra pas à sauver un homme blessé mortellement, qui lui laisse le soin de transmettre une lettre à son épouse. En rentrant elle me et en tête d’apprendre à écrire.
Par la suite, ignorant toute forme de danger, de prudence ou de repos, Batgirl vole au secours d’un homme mystérieux dont la présence provoque une curieuse guerre des gangs. Si cet individu intéresse tant de monde, c’est pour son habilité à lire et guérir les esprits comme une sorte de neuro-télépathe. Pour remercier Cassandra, il lui déverrouillera son esprit ce qui aura pour effet de lui enlever son instinct de combat. Elle devra tout réapprendre, l’occasion pour un Batman presque soulagé, de reprendre en main son entraînement et de retarder ainsi l’explosion de celle qu’il considère comme un bâton de dynamite à mèche courte.

La transcription graphique du «langage» de Cassandra. Son esprit doit apprendre à fonctionner avec les mots. ©2001-Damion Scott-DC COMICS

La transcription graphique du «langage» de Cassandra. Son esprit doit apprendre à fonctionner avec les mots.
©2001-Damion Scott-DC COMICS

Dès lors ,Cassandra va se montrer sous un jour de plus en plus dur. Elle court toujours autant au-devant du danger soucieuse de bien faire mais aussi, comme commence à le discerner son entourage, à cause d’une certaine pulsion de mort.

Kelley Puckett possède une idée très précise de la personnalité de son personnage et s’évertue à le mettre en scène de toutes les manières possibles, s’appuyant comme toujours sur le talent de Damion Scott qui fait merveille sur les expressions faciales, là où les artistes suivants de contenteront d’en faire une jolie petite asiatique trop mignonne et bad-ass.
A la recherche de rédemption à chaque instant sans jamais le moindre repos, elle fait le bien, tout en méprisant sa propre personne. Détail parmi tant d’autres, Cassandra ne possède pas vraiment d’identité secrète tout simplement parce qu’elle n’a pas d’autre vie que celle de Batgirl. Entraînement, étude de dossiers, missions, manger, s’améliorer sont ses seuls centres d’intérêts. Barbara accomplira un vrai travail d’éducatrice pour la sortir de sa coquille et lui faire connaître le vrai monde extérieur, alors que Batman, plus inhumain que jamais est satisfait d’avoir un soldat acquis à sa cause, même s’il s’en méfie. Quand prenant des balles à la place d’innocents, elle avoue avoir agi d’instinct, il soupire avec soulagement: «c’est bien!» Il la fera même intégrer une équipe de dangereux mercenaires sous couverture.

un combat chorégraphié façon cinéma hongkongais. ©2002-Damion Scott-DC COMICS

Un combat chorégraphié façon cinéma hongkongais.
©2002-Damion Scott-DC COMICS

Une fois privée de sa capacité de lire le langage du corps, Batgirl souffre d’une sorte de dépression cherchant coûte que coûte à compenser, ne supportant surtout pas sa mise sur la touche de son mentor suite à ses blessures. Elle se met alors à la quête des meilleurs combattants qui pourraient lui permettre de ses remettre à niveau. Sans aucune subtilité, Cassandra défie bille en tête Lady Shiva, l’une des meilleurs assassins du monde. Son choix ne s’est pas fait par hasard, elle a reconnue en elle une sorte de sentiment familier à plus d’un titre.

Shiva de son côté écrase la jeune héroïne en lui assénant le fait qu’elle restera médiocre tant qu’elle retiendra ses coups. Par pur orgueil et malgré une fracture à l’épaule, Cassandra parvient à lui porter un direct qui surprendra la guerrière. Séduite et intriguée, Shiva accepte de redonner à Cassandra les clés afin de retrouver son instinct, en échange de la promesse d’un duel entre les deux femmes un an plus tard. Mais cette fois ce serait un duel sans merci jusqu’à la mort. Batgirl accepte. Mieux vaut être talentueuse un an que moyenne toute sa vie. De plus Cassandra confesse que si elle n’est pas une meurtrière, elle est encore moins une perdante.

Pourtant elle va petit à petit perdre un peu le contrôle, méprisant le danger qu’elle occasionne, ravivant la méfiance que peut lui porter le chevalier noir qui va l’isoler et l’éloigner de Barbara afin de reprendre le contrôle sur la moins docile de ses disciples (Damian n’existant pas du tout à ce moment-là de l’intrigue).

Même l'amitié s'illustre au combat...un vrai Conan cette gamine! ©2003-Damion Scott-DC COMICS

Même l’amitié s’illustre au combat…un vrai Conan cette gamine!
©2003-Damion Scott-DC COMICS

BATMAN MEURTRIER?

On le sait, les crossovers intervenant au beau milieu d’une intrigue cohérente, ça peut mettre un sacré bordel et peu de scénaristes savent nourrir leurs propres intrigues tout en illustrant le sujet qui vient parasiter leur histoire. Kelley Puckett n’est pas un auteur resté dans les annales mais pourtant, il parvient à s’attirer deux morceaux de choix en profitant pour répondre aux questions mises jusque-là en retrait.

1-L’identité de Batman
Resituons un petit instant, vous allez voir ça va être marrant:
C’est super simple, c’est un whodunnit:
Arrivée comme un cheveu dans la soupe et pas particulièrement liée à la genèse de Bruce, Cassandra est donc la seule de la Bat-family à ne pas connaître le secret de l’identité de son mentor. Avec malice, Puckett souligne d’ailleurs le peu d’intérêt qu’elle porte à la question.
Une nuit dans le manoir Wayne, une jeune femme du nom de Vesper Fairchild appelle la police, elle est en pleurs et visiblement blessée. Au cours de l’appel, on peut entendre un certain nombre de coups de feu. Un meurtre vient d’être enregistré sur le 911. La police de Gotham ne tarde pas à intervenir, malheureusement trop tard. Le principal suspect n’est autre que ce playboy de Bruce wayne qui a bien du mal à étoffer son alibi et donner le détail de son emploi du temps nocturne à la police, soupçonneuse. Son profil psychologique le prédispose à la violence. Batman finira donc en prison et ce sera à son équipe de réussir à prouver son innocence.

Cassandra a bien du mal à comprendre pourquoi tous ses collègues sont en effervescence pour ce milliardaire dont a elle à peine entendu parler. Barbara l’envoie donc récupérer les pièces à convictions au nez et à la barbe de la police puisqu’elle est la plus furtive du groupe. Les auteurs se font donc plaisir avec une narration séquentielle d’anthologie impossible à restituer en film. Batgirl parvient à utiliser les flashs photos de la police scientifique pour passer un peu partout parmi les policiers sans se faire remarquer. Un de mes meilleurs moments de lecture de comics, un peu après le duel de Elektra contre Kirigi par Frank Miller. Là encore lors d’une séquence mutique Cassandra, seule et à l’écart la famille soudée, déduit seule l’identité du célèbre détective. N’oublions pas qu’elle lit le langage corporel.

2-la reconstitution du meurtre.
Exercice de style totalement gratuit permettant une fois de plus au duo créatif de faire la démonstration de leur virtuosité narrative s’accaparant un nouveau chapitre symbolique au sein d’une intrigue policière, tout en approfondissant d’une manière originale les ressorts humains de leur propre série. Ici, dans une sorte de mime Nightwing et Batgirl tentent de découvrir comment a bien pu être piégé Batman en reconstituant la nuit du meurtre. La méthode du vrai coupable étant disséquée avec soin, son profil renvoie La jeune fille à celle apprises dans on enfance. Pour la suite, on ne spoilera pas une histoire qui mériterait sa propre entrée.
Enfin la série se recentre sur sa propre dramaturgie.
L’année se passe et l’échéance du duel avec Shiva se profile à l’horizon. Cassandra a bien évolué depuis.Elle s’est stabilisée, trouvé dans le clan de la chauve-souris un certain équilibre émotionnel qui a sensiblement résorbé son envie de courir à la mort. Contre toute attente, ce n’est pas grâce à l’amour que ce changement s’est opéré mais par la simple humanisation d’un esprit trop longtemps laissé à l’écart. C’est Spoiler qui a sans le vouloir orchestrer cette évolution. Je suis obligé de m’arrêter quelques mots pour expliquer qui est Spoiler:
Stephanie Brown est la fille d’un super-vilain minable régulièrement envoyé en taule par n’importe qui… En froid avec son père, elle se met en tête de réparer les torts du paternels en devenant une héroïne…totalement maladroite et sans aucun autre don que sa formidable probité. Un sens morale à toute épreuve, mais complexée lorsqu’elle s’intègre à la bande de Batman, dont chaque membre est expert en au moins 25 arts martiaux différents. Elle a du mal à communiquer sauf avec cette étrange Batgirl. Ensemble elles vont s’entraîner et si la jeune maladroite progresse physiquement, c’est d’une manière invisible qu’elle va transformer son amie.

Un duel climax-la violence et le combat en héritage. ©2003-Damion Scott-DC COMICS.

Un duel climax-la violence et le combat en héritage.
©2003-Damion Scott-DC COMICS.

C’est donc au vingt-cinquième chapitre, que la série va atteindre son climax. Lors du duel, Batgirl comprendra pourquoi les mouvements de Shiva lui semblent si familiers et va pouvoir comme dans les bons (et les moins bons) films de kung-fu régler son histoire personnelle, ses origines, jusqu’au secret de sa naissance, découvrir qui elle est au fond d’elle-même et battre Shiva à son propre jeu en stoppant son cœur avant de le faire redémarrer grâce à sa propre technique. S’il faut rapprocher personnage de Cassandra d’un autre, ce sera bien de Gally de GUNNM qui doit elle aussi se décider entre embrasser un héritage génétique violent ou construire son propre destin. Et d’ailleurs à bien y réfléchir ce n’est pas le seul point commun qu’on puisse trouver entre ces deux jeunes femmes fluettes qui surprennent par leurs talents de combattantes hors norme. Cette itération de Batgirl est sans doute l’une des influences venues du manga les mieux digérés de cette époque. Invisible et pourtant au milieu de la figure.

La série maintient par la suite son niveau en continuant de jouer sur la complicité que Batgirl possède avec Spoiler. L’épilogue de BATMAN MEURTRIER amènera la jeune guerrière à confronter une dernière fois son géniteur. Il ne restera plus qu’à explorer le cœur de notre héroïne qui comme un sabre resté trop longtemps à la forge voit enfin la lumière du soleil. C’est au cours d’une mission d’espionnage assez banale qu’elle découvre la nature de genre de sentiments auprès d’Alpha, une sorte de tueur romantique à la James Bond qui ne fera que passer.
Kelley Puckett et Damion Scott n’ont malheureusement plus d’histoires à raconter mais ils auront l’élégance de tirer leur révérence à temps. Bizarrement le monde des comics les oubliera totalement, le scénariste disparaissant totalement de la surface de la planète et l’artiste partant au Japon dans le but de faire de la BD internationale.
Les auteurs suivants ne sauront reproduire ce qui a dû être qu’une sorte d’accident alchimique. Cassandra sous la plume de Dylan Horrocks et Andersen Gabrych deviendra une super héroïne normale enlevant la saveur particulière à ce titre et par la suite tout se délitera inévitablement. J’ai même lu un épisode où Cassandra babillait comme une pie. Bizarre.
DC a depuis progressivement resserré son audience vers les personnages de base, abandonnant en friche toutes les jeunes pousses jusqu’à à les effacer carrément lors du FLASPOINT de 2011. Depuis le DC-REBIRTH, James Tynion IV essaie de réparer les dégâts. Cassandra reparaît soudainement et même si je suis obligé de louer les efforts considérables d’écriture de DETECTIVE COMICS, Orphan le nouvel alias de Cassandra totalement expurgée de son histoire, fait pâle figure. Jolie et souriante, la nouvelle Cassandra peine à s’incarner réellement. C’est bien dommage, comme il est dommage qu’au sein d’une industrie qui cherche à se renouveler en donnant de nouveaux visages variés pour une jeune génération en quête d’une identification plus diverse et plus complexe, n’ait pas pu lui trouver une place naturelle. Celle qui revient aux bons personnages et pas aux portes drapeaux vides qui n’existent que pour véhiculer une idée et non pas une histoire.

Aussi fugace que la fumée, cette Batgirl aura su laisser quelques traces. ©2003-Damion Scott-DC COMICS

Aussi fugace que la fumée, cette Batgirl aura su laisser quelques traces.
©2003-Damion Scott-DC COMICS

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La saga de Cassandra Cain, Batgirl des années post-Cataclysm vous est contée chez Bruce Lit Par Eddy Vanleffe

La BO du jour ; Carrie, cette Outsider…

61 comments

  • Matt  

    Et par rapport à No man’s land, c’est mieux Fugitive ?
    Non parce que je suis en train de lire No man’s land…et autant le premier tome est génial, avec la lutte des gangs, les problèmes moraux des flics, l’épouvantail qui « fanatise » des gens perdus, un Batman quasi absent…dès le tome 2 c’est le festival de super slips qui bottent des culs, et ça m’a refroidi pour la suite.
    Bon je vais continuer mais…je sens le trucs en dents de scie.

    • Eddy Vanleffe  

      C’est compliqué ce que tu mes demandes là, parce que du « super-slip » convenu, tu en auras toujours une certaine dose dans les séries mensuelles… c’est normal, sinon on va lire du Francoise Sagan, mais je crois qu’à ce niveau là, tout reste cohérent et lié à une trame très terre à terre…
      bon il y a un arc en épilogue un peu mystique bizarre que j’ai trouvé un peu WTF et sans doute certains guests un peu rajouté au forceps (de mémoire DEADSHOT), mais ça reste un très bon crossover parmi les meilleurs selon moi…

      • Matt  

        Certes il y a une dose de super héros convenue, je m’en doute et je l’accepte, sinon je lirais autre chose.
        Mais par exemple dans No man’s land on passe du tome 1 dépressif qui nous dépeint une ville fantôme abandonnée, avec presque pas de moyens de communication ou s’établissent des tribus qui redeviennent sauvages, un Batman dépassé qui n’a pas sa technologie de fou, l’aspect primitif des territoires et des tags, des persos perdus et sans super slips pour les aider…et d’un coup plein de slips arrivent. Euh…ça fait retomber le soufflé du coup.
        Surtout que Batman n’est pas absent, il est bien là. Du coup que toute sa bat family débarque…bah…je sais pas…j’aurais voulu voir comment il se démerderait seul, comme quand il piège Scarface ou le Pingouin avec à peine l’aide d’une Batgirl/Huntress.

        • Eddy Vanleffe  

          Ah oui, je vois à présent, la Bat family!…oui ils sontlà aussi, en même temps c’est logique puisqu’une partie de l’histoire consiste à sauver le boss et il y a un arc en prison…
          avoue que je te l’ai vendu

          • Kaori  

            « et il y a un arc en prison…
            avoue que je te l’ai vendu »

            Ha ha ha !!
            C’est vrai qu’il y a un court arc en prison, mais bien fait.

            Le NO MAN’S LAND, je ne l’ai pas lu… Je n’ai pas réussi à accrocher… Peut-être qu’il faut que je lui redonne sa chance…
            Après, il faut comprendre que la Batfamily, surtout à l’époque, dès qu’il y avait un événement qui se passait chez Batman, ça avait des répercussions sur tous les titres… Un peu comme Marvel, quand on y regarde de plus près… Sauf qu’ils ne te sortaient pas un titre exprès, c’était juste dans la série, et ensuite, ben ça donne des TPB avec des styles très différents, où parfois tu ne connais pas les personnages. Et à l’inverse, si tu voulais comprendre de quoi il causait dans ton numéro, ben t’étais obligé de suivre les numéros des autres séries même si ça t’intéressait pas. D’où l’utilité des TPB, en fait :)
            Donc ouais, t’avais souvent les membres de la Batfamily appelés à venir en aide au chef. Parfois à la demande du boss, parfois à l’encontre du boss (comme dans FUGITIVE).
            Mais comme je le disais, je ne suis absolument pas subjective sur cet arc, parce que c’est le seul crossover où Nightwing ne sert pas juste de fanfaron ou de faire-valoir.

          • Eddy Vanleffe  

            CATACLYSM Kaori…
            Dick apprend que Bruce est dans la merde et il interrompt tout pour y aller en s’inquiétant pour tout le monde… du pur Grayson…

          • Matt  

            Vous faites la paire en ce qui concerne DC vous 2^^

          • Eddy Vanleffe  

            C’est un vide que j’ai décidé de combler personnellement …
            je ne consacre mes articles comics de super héros qu’à DC cette année… (à part une exception que je prépare de longue date…)

          • Matt  

            Sinon j’ai commencé No man’s land sans Cataclysm moi.
            On verra déjà si je tiens sur la durée de No man’s land…
            Et Cataclysm semble raconter un tremblement de terre en 500 pages…vive la décompression^^

          • Eddy Vanleffe  

            C’est plus comme un film en fait avec les rebondissements
            toi qui es fan de films asiatiques, t’as déjà vu les films de pompiers (ils adorent ça) un mélange entre la tour infernale et un thriller plein de pathos (avec des papas séparés de leurs petites filles-ce genre de choses…)…
            C’est pas décompressé comme du Bendis avec trois images dans la page dont deux identiques…
            j’ai lu No man’s land bien avant cataclysm, je considère évidemment que c’est la phase 1 qui aboutit à Contagion puis à No man’s land mais chacun peut se lire sans les autres…
            l’originalité je trouve c’est de se passer de vilains débiles et de garder l’essence du héros sans pouvoir. un truc grâce arrive et le héros ne peut rester sans rien faire, il sort faire son boulot de héros… bonne période pour le Batman (selon mes goûts)
            War Crimes fait vraiment celui de trop et en plus c’est l’histoire de la tour de Babel de la JLA (bien mieux foutu en plus) et comme si l’éditeur savait que c’était celui de trop, ils en ont profité pour casser la bat familly à ce moment là… ça a laissé la voie ouverte au SILENCE de Jeph Loeb…
            ma lune de miel était terminée..j’ai bien aimé Silence mais la période dorée du Bat va pour moi de Cataclym à Officer Down…

          • Matt  

            Le concept de no man’s land est chouette. Et j’ai beaucoup aimé le tome 1.
            Sauf que bon…moi j’aime bien quand Batman est seul, à la limite avec Oracle (je préfère Barbara en Oracle, c’est plus original une jeune fille handicapée qui aide en donnant des infos, même si c’est un destin cruel. Je suis sadique^^ Enfin disons que je préfère la voir comme ça qu’en collants aussi.)
            Robin, Nightwing, je les aime pas.
            Huntress non plus.
            Catwoman j’aime bien. Mais parce que c’est pas complètement une alliée, c’est aussi une criminelle qui fout la merde, et une relation ambiguë avec Batou.
            Après si tu me rajoutes Azrael en plus…pff c’est quoi ça ?…

          • Eddy Vanleffe  

            Azraël je suis d’accord…
            Nightwing, c’est un de mes persos préféré en comics au même niveau que pater Parker, il me fait rire avec son coté je séduis sans faire exprès, il se fourre toujours dans des situations impayables et puis il est la générosité même, le meilleur ami..
            Robin, ça dépend lequel, on est tous différents^^
            je ne suis pas fan de Damian que j’ai envie de punir jusqu’à sa majorité mais c’est l’air du temps qui veut ça et puis il est aussi trop intelligent pour son âge, c’est casse burnes, il a la côte mais bon moi je préférais largement Tim que l’éditeur a soigneusement mis de côté…

          • Kaori  

            Ne me lancez pas sur la Batfamily…
            Je reste fan de la même période que Eddy, celle-là même où Dick était avec Barbara/Oracle.

            Les sidekicks maltraités par DC, j’ai failli en faire un article, tellement ce qui se passe en ce moment me fout en rogne.

            Damian, je suis pas fan (du tout), sauf quand il est avec Dick.
            Tim, le pauvre, on n’en parle pas…
            Huntress, jamais accroché.
            Catwoman, j’aime sa relation avec Batman (oui je suis romantique…)
            Barbara/Batgirl, elle a la classe, mais là encore elle n’a pas eu le meilleur traitement…
            Azraël, Signal et tous les autres sortis de je ne sais où, je n’ai rien suivi…

            (Nightwing est bien sûr hors catégorie).

          • Eddy Vanleffe  

            Je te suis sur un tel sujet Kaori…
            putains wally West, ils ont encore chié dessus…

          • Kaori  

            Roy, Wally, Dick… avoue que ça ressemble à une conspiration, ce qu’ils en ont fait depuis fin 2018 !!!
            Ils voudraient se débarrasser des anciens sidekicks qu’ils ne pourraient pas s’y prendre autrement…

          • Matt  

            Mon souci avec les sidekicks c’est que…bon…si je prends un comics appelé « Batman » c’est pas pour avoir 30 persos habillés en chauve souris. Les héros seuls, je préfère.
            Evidemment j’ai rien contre l’existence d’autres persos, mais ils n’ont qu’à avoir leurs aventures dans des séries rien qu’à eux au lieu de venir squatter partout^^

          • Kaori  

            Matt : mais ils avaient leur titre…
            Sauf que Didio n’aime pas l’idée du sidekick qui est amené à mûrir, et donc, s’il mûrit, ça implique que son mentor vieillit…
            Y a moyen de faire un article juste pour illustrer comment ils ont tué la fille de Roy Harper (le sidekick de Green Arrow), disparue de la continuité depuis, viré la famille (femme et jumeaux) de Wally West, anciennement Kid Flash et mis un terme à la potentielle relation qui aurait pu se nouer entre Dick et Barbara (sans parler du mariage Dick/Starfire).

            Ils avaient leur série : les Titans.
            En 2018, Roy est mort, tué par Wally.
            Quant à Dick, cela fait plus d’un an qu’il erre sous le pseudonyme de Ric, amnésique et totalement hors de la Batfamily et de tout ce qui le liait à l’univers DC……

  • Tornado  

    On m’a offert BATMAN HUNTRESS. J’ai pensé que ça avait un rapport direct avec cet article mais en fait je m’y perds. Apparemment la mini-série que j’ai est sortie en 2000. Quelqu’un peut m’aiguiller ? J’ai commencé à relire l’article d’Eddy mais je n’ai pas trouvé de relation.

    • Tornado  

      Je précise : Mon album s’intitule « Cry For Blood » et il est réalisé par Greg Rucka & Rick Burchett.

      • Matt  

        C’est la parution VF d’une mini série (cry for blood) qui date de 2000
        Je n’en sais pas plus^^

      • Matt  

        Pourquoi penses-tu que ça devait avoir un rapport avec Batgirl ?

      • Matt  

        D’après la date, ça se déroulerait donc après No man’s land, après que Cassadra soit devenue Batgirl.
        Et donc cette mini série Huntress me semble juste être une aventure annexe de Huntress sans lien avec la courte période où elle a pu être Batgirl durant No man’s land.
        Pure hypothèse basée sur les dates.

      • Présence  

        Concernant Cry for blood :

        Helena Rosa Bertinelli est le troisième personnage à endosser le costume de Huntress, après Paula Brooks créée en 1947 par Mort Meskin, et Helena Wayne créée en 1977 par Paul Levitz, Joe Staton, Joe Orlando et Bob Layton. Elle est apparue la première fois en 1989, dans sa propre minisérie écrite par Joe Cavalieri et dessinée par Joe Staton. La présente histoire contient une version révisée des origines présentées en 1989.

        Comme l’explique Matt, Cry for blood n’a aucun lien avec Non man’s land.

        • Eddy Vanleffe  

          Je confirme pas de lien….^^
          C’est juste un thriller replaçant de manière « rucka » l’itération post crisis de Huntress. à lire donc comme un one-shot situé dans l’univers Gothamite.
          Tu me diras, si c’est sympa Tornado… et si tu le jettes…je te le reprends volontiers

    • Jyrille  

      Celui-ci Tornado ?

      https://bdi.dlpdomain.com/album/9791026819059/couv/M385x862/batman-huntress.jpg

      Parce qu’en le voyant, je me suis moi aussi demandé si ça avait un rapport avec ce super article de Eddy. J’ai feuilleté et j’ai failli le prendre puisqu’il contient la seule histoire que je connaisse sur The Question, qui était publiée dans les Watchmen édités par Aredit (papier de super mauvais qualité). Tu me diras si ça vaut le coup ?

      • Tornado  

        Oui c’est ça. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai cru que c’était la série de l’article d’Eddy, avant de m’apercevoir que non.
        Merci pour les précisions. Il y a quand même les noms de Greg Rucka et de Chuck Dixon dedans. C’est plutôt encourageant en ce qui me concerne. Je ne sais pas quand je vais lire ça par contre…

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