The Postwar Dream (Motor Girl)

Motor Girl par Terry Moore

Samantha fait le singe !

Samantha fait le singe !  
(C) Abstract studios

Une review huilée par BRUCE LIT

VO : Abstract studios

VF : Delcourt

Toutes les images de cet article sont la propriété de Terry Moore.

Motor Girl est une histoire complète en 10 épisodes scénarisée et dessinée par Terry Moore. La plupart des scans de cette review sont faits maison du fait de leur rareté sur le net.

Pour éviter tout stress post-traumatique, fiez vous à cette balise spoilers.

Je ne veux pas écrire cette review.
Je ne crois pas pouvoir le faire car Motor Girl m’a rendu heureux.
Et c’est difficile d’écrire en étant heureux. Gainsbourg en avait bien saisi l’impossibilité : sur une photo, un ciel bleu  sans nuages est beaucoup plus fade à observer que des lumières d’orages….C’est de cet orage dont je veux vous parler aujourd’hui.

D'aucuns rêvent de Moore en couleurs

D’aucuns rêvent de Moore en couleurs.
(C) Abstract studios

Le pitch :Lorsqu’elle était dans les Marines, Sam, notre héroïne a échoué à sauver un enfant durant son troisième passage en Irak.  Capturée et torturée, elle revient marquée dans sa chair et son âme. Alors qu’elle pourrait rentrer chez elle, elle s’installe dans le désert californien où elle répare des voitures.

Alors que l’on pourrait imaginer que Sam soit une épave parmi les épaves,  elle offre le spectacle d’une jeune femme rigolote et spirituelle comme Moore aime les écrire,  d’une résistance surnaturelle au soleil et qui discute à longueur de journée avec Mike. Un gorille qui parle. Son ami imaginaire. On se rappelle que son héroïne culte, Kacthoo de Strangers in Paradise  était elle aussi une jeune écorchée vive à l’humour chevillé au corps.

Une femme chercher des aliens en plein désert avec un gorille en caleçon....Tout va bien !

Une femme cherche des aliens en plein désert avec un gorille en caleçon….Tout va bien !
(C) Abstract studios

Oui, Sam se sait un peu cinglée depuis l’Irak. Mais elle ne va pas trop avoir le temps d’y penser. Car un homme d’affaire nommé Hergé (oui, comme...) va tenter de l’exproprier tandis qu’elle rencontre des aliens qui se posent dans son garage !  Tout ce petit monde va s’affronter entre deux flash-back revenant sur le traumatisme de notre amie.

Première constatation: c’est quoi ce truc délirant ? Des aliens, des Men in Black aussi maladroits que les Dupondt, des doubles de Odin Quincannon et Arseface (Preacher), une mamie aussi teigneuse que Tartine, un Gorille qui parle de Jazz et un enfant Alien qui ne sait pas piloter sa soucoupe volante.

Deuxième constation : Dieu merci, ce n’est pas du Grant Morrison; l’histoire est limpide, facile à suivre avec de vrais êtres humains à l’intérieur, les meilleurs dialogues qu’on ait lus dans un comics depuis The Boys, des moments de franches rigolades s’enchaînant avec des difficultés respiratoires tellement cette putain de boule dans la gorge est difficile à avaler lors de grands moments d’émotions comme l’auteur en a le secret.

Arseface, on t'a reconnu !

Arseface, on t’a reconnu !
(C) Abstract studios

Troisième constatation : Terry Moore est au meilleur de sa forme. Sur Strangers in Paradise, il bâtissait l’oeuvre de sa vie non sans quelques longueurs. Sur Rachel Rising malgré un dessin époustouflant, il livrait une histoire sympathique avec autant de mal à démarrer que de précipitation à se terminer. Pour Motor Girl, il écrit enfin un récit débarrassé de ces problèmes de rythme.  Pas une virgule de trop, des personnages avec des caractères bien trempés (c’est tellement rare dans des récits si courts) qui s’affranchissent enfin de Francine et Katchoo (qui venaient squatter son Rachel Rising).

Et surtout, une homogénéité bienvenue : tous les ingrédients disparates de cette histoire semblent tomber du ciel pour s’imbriquer comme des lignes de Tétris et former une histoire complète.  Sam passe du désert Irakien au désert Américain où elle  est envahie à son tour par des Aliens.  Le singe que lui offre le petit garçon qui va mourir fait écho à Mike, son gorille imaginaire.  Plus subtilement, la fusée lunaire d’Hergé résonne comme la folie de notre amie : Sam est lunatique / elle vit en plein soleil alors que sa raison s’est exilée sur la face cachée de la lune chère à Roger Waters. On se rappellera qu’une autre série de Moore s’appelait…Echo !

Impuissante face à la mort programmée d'un enfant

Impuissante face à la mort programmée d’un enfant.
(C) Abstract studios

Sam est une femme brisée qui répare les épaves des autres, dans le déni d’un stress post traumatique de plus en plus intense au fil de l’histoire. L’écriture de Moore fait le reste en synchronisant parfaitement son lecteur avec ce qui se passe à l’écran : plus on avance,  plus on souhaite que Sam guérisse, qu’elle accepte les soins qu’elle refuse obstinément, qu’elle atterrisse, qu’elle vive sans revivre cette mort dont elle n’est pas responsable.

C’est une véritable Masterclass scénaristique que donne Moore ici : il transforme ses lecteurs en amis, en complices, en aidants. Tout à coup cette femme devient à son tour notre amie imaginaire à qui l’on parle à haute voix, parce que ce monde est en guerre et notre impuissance, si puissante. Si ce n’était pas vrai, pourquoi expliquer notre fascination pour le super-héros ?

Moore est lui aussi en dialogue avec lui-même. En fonction des besoins de son récit, le scénariste laisse les commandes au dessinateur. Lorsque Sam souffre, c’est souvent dans des séquences muettes poignantes où le récit va au delà des maux. Inversement son sens de la comédie lui permet toutes les outrances déjà présentes dans SIP : exagération disproportionné du lettrage, des milliers de balles employées lors d’un assaut où la discrétion est demandée, des porte flingues si peu doués que la kidnappée leur prête main forte.

En cherchant une parenté récente, on pourrait rapprocher ce récit d’une ambiance à la Tony Chu où le comique délirant et fantastique alternait avec les pires souffrances de nos héros. Mais les comparaisons s’arrêtent là tant Terry Moore transcende son travail et écrase la concurrence. Son récit n’est pas anti-guerre, anti-musulman ou américain: c’est une histoire de conséquences, d’une femme qui ne sera plus jamais chez elle et qui traverse son désert intérieur malgré la fin de sa guerre.

L'avantage dans les Bd's, c'est que les cartouches sont gratuites

L’avantage dans les Bd’s, c’est que les cartouches sont gratuites.
(C) Abstract studios

Graphiquement, Moore avec ce trait si fin, élégant, reconnaissable entre mille, alterne des décors fidèles de carcasses d’épaves aux plans où les personnages palabrent sur fond blanc pour accentuer le comique des dialogues. On passe parfois de planches à la Geoff Darrow où le lecteur peut compter le nombre de douilles tirées par les militaires à l’épure de Schultz où il ne manque que Charlie Brown.

Lorsque Terry Moore termine en faisant le lien entre Bik (une ville en Irak) et le prénom du petit Alien, on se dit, que oui, parmi tous ces faiseurs de comics au kilomètres frimeurs et convaincus qu’un pitch fait un scénario, incapables d’humour ou de dérision, inhabiles à donner de la voix à leurs personnages,  Moore fait effectivement figure d’alien.  Et que l’on aurait bien envie de jeter ce clavier, prendre son stylo pour lui écrire une jolie lettre d’amour. Au Bik, bien sûr.

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Un maître de l’art séquentiel.
(C) Abstract studios

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Il sort beaucoup de comics mais peu de chef d’oeuvre, un mot pas usurpé pour désigner Motor Girl de Terry Moore, drôle et émouvant. Foncez découvrir pourquoi chez Bruce Lit.

La BO du jour : Et le soldat rêva d’une vie où il n’aurait plus à tuer des enfants

57 comments

  • JP Nguyen  

    Arf, j’arrive tard et il y a plus de commentaires sur l’article que sur la BD chroniquée…
    Alors dans l’ordre : Terry Moore, bof j’ai jamais accroché à SIP (et pourtant, en tant que buveur de cocktails, a good sip, ça ne devrait pas se refuser…)
    @Ozy et Présence : « l’évolution du lecteur qui devrait l’amener à tout essayer…. » euh, et pourquoi ? Il y a des genres/sujets qui ne m’attirent pas, des auteurs qui me sont hermétiques, des dessinateurs dont le style ne me parle vraiment pas et surtout, surtout, une quantité énorme d’œuvres publiées et de nouveautés et de rééditions… Il existe peut-être des BD sur les rapports sexuels des drosophiles mais si tel est le cas, ça ne m’intéresse pas.
    Sur les spoilers : j’estime que l’avertissement en début d’article n’est pas là que pour décorer. Si quelqu’un est allergique aux spoilers, qu’il ne lise l’article qu’après avoir lu la BD, c’est tout. C’est juste un style, un choix dans la façon de rédiger une chronique.
    Ron Lim : Quand même, Thanos Quest, avec de chouettes couleurs, c’était plus que « pas mal », quand même non ? Et puis bon, le Ron, a une époque, je crois qu’il sortait deux séries mensuelles, facile… Un peu comme Sal Buscema… Seulement un bon artisan ? C’est déjà pas mal, non ? Au passage, et sans vouloir me faire d’ennemis, je ne vois pas ce qu’on trouve de si spécial au style d’Olivier Coipel. Pour moi, c’est joli et fonctionnel, sans plus…

    • Matt  

      « euh, et pourquoi ? Il y a des genres/sujets qui ne m’attirent pas, des auteurs qui me sont hermétiques, des dessinateurs dont le style ne me parle vraiment pas et surtout, surtout, une quantité énorme d’œuvres publiées et de nouveautés et de rééditions »

      Désolé de me taper l’incruste mais moi j’ai compris ça dans le sens ou si ça t’intéresse pas, pourquoi taper dessus en réclamant un autre style de narration, etc ?
      Comme si tout devait être écrit de la manière qu’on aime, et que les autres façons de faire, c’est pas bien.

      Sinon bien sûr qu’il y a des trucs qui ne nous intéressent pas^^

    • Matt  

      ça me rappelle un gars que j’ai connu qui disait « les persos à gros nez c’est nul » ou encore « pourquoi ils font des jeux vidéo avec des graphismes de dessins animés ? ça sert à rien, on sait faire des trucs photo-réaliste maintenant »

      En gros pour lui fallait que ça ressemble au réel, que ce soit les dessins ou l’animation 3D. Sinon c’était naze.
      J’imagine qu’il n’aimait pas les cartoons…
      Mais en gros pour lui c’était évident que ce n’était pas des styles, mais des choix débiles. Je ne sais pas s’il comprenait le concept de style graphique. Il lui fallait du réalisme visuel.

      Ben punaise…quelle tristesse ce serait s’il n’y avait que ça !

    • Présence  

      Mon point de vue qui n’engage que moi et qui est des plus discutables : ma tentation naturelle est de me diriger vers des BD qui m’attirent, avec le risque bien sûr de chambre d’écho, c’est-à-dire n’apprécier une œuvre que parce qu’elle me raconte ce que j’ai envie d’entendre, parce qu’elle me renvoie mon avis, mon opinion.

      M’aventurer dans d’autres contrées, sortir de ma zone de conforts, élargir mes horizons… Bien sûr tout ne me parle pas, ou je n’arrive pas à m’intéresser à tout. Par ailleurs, la diversité, c’est aussi ce qui fait la richesse de la vie. C’est pour ça que je vais aller lire des trucs bizarres (aussi bien Gwenpool que Les petites distances). Au mieux, je découvre tout un territoire à explorer qui m’apporte des choses nouvelles ; au pire j’apprécie de revenir à des lectures plus familières et plus gratifiantes.

  • Ozymandias  

    J’ai appris à assumer toutes mes lectures, donc aucun plaisir coupable pour moi, juste un tombereau de produits qui ne m’inspirent aucune nostalgie. Quand je condamne les comics des années 90, cela se réduit aux comics mainstream et aux débuts d’Image comics, qui comptait malgré tout d’excellents dessinateurs. J’ai été et je reste un grand admirateur du style de Whilce Portacio. Richard Case avait besoin d’être « apprivoisé » ; aujourd’hui, j’aime beaucoup son style car, oui, il participe à l’identité de la DOOM PATROL.

    Je suis d’accord aussi concernant la nécessité pour un dessinateur de se conformer aux tendances du moment, car ne l’oublions jamais, dessiner c’est un métier comme un autre et les artistes sont inféodés aux mêmes impératifs économiques que nous.

    C’est assez amusant, en fin de compte, de constater à quel point nous sommes d’accord sur le fond. C’est là tout l’intérêt de converser. On apprend à mieux se connaître et à baisser les armes. Le débat ne devient plus une performance, mais un plaisir. :-)

  • Ozymandias  

    @JP Nguyen. J’ai beaucoup aimé l’album et la chronique de Bruce fait parfaitement le tour du sujet, jusqu’à l’excès parfois. :-)

    Ayant lu le bouquin chroniqué, je n’ai pas eu à me plaindre des spoilers. Cela dit, j’aurais lu malgré tout la chronique, parce que, c’est aussi le chroniqueur qui m’intéresse, parfois même plus que l’objet de l’article (cf. Sovereign 7).

    Et oui, bien sûr, il n’y aura jamais de règle absolue. Je déteste a priori les HENTAI , mais je ne dis jamais non à une BD de Manara, voire des titres pornographiques. Mon argument préféré, autobiographique, c’est THE PREACHER de Garth Ennis. J’ai mis trois jours avant de les acheter en bouquinerie parce que le dessin de Steve Dillon me « bloquait ». Aujourd’hui, j’ai rétrospectivement envie de me mettre des baffes dans la gueule. Donc, oui, je crois qu’il faut parfois un peu aller à l’encontre de ses propres goûts.

    Concernant Ron Lim, je ne l’aime pas, mais pour moi un bon artisan est une forme de compliment. Sinon, j’aurais utilisé le mot « rapin ». C’est classe, mais diablement méprisant.

  • Vindicator  

    Ne change rien à tes coups de gueule Bruce Lit : c’est vivant, énergique et rigolo

    • Bruce lit  

      @Vindicator : merci pour le vote de confiance, mais je n’ai jamais pris les remarques des copains comme une injonction à changer ma plume.
      MAis pour rebondir aux remarques de Matt et Ozy, je préconise pour ma part une grille de lecture bienveillante envers moi même.
      Je veux dire par là que passé le cap de la quarantaine et certaines épreuves (comme tout le monde) font que je ne veux plus perdre de temps à me forcer à aimer du Millar, du Morrison, du Ellis que tout le monde porte aux nues et qui n’ont jamais éveillé grand chose en moi.

      Je n’ai pas envie d’être bousculé tout simplement parce que mon boulot me met en première ligne des instincts les plus sombres de la nature humaines : viol, inceste, violence conjugales, suicides, pauvreté, enfant battus et/ou à la rue. Les gens que j’ai en face de moi sont paumés, touchants, agaçants, honnêtes, dissimulateurs, vulnérables et roublards. Je considère donc, et à tort, ne pas avoir à recevoir de tel ou tel auteur sur le sens de la vie ou de nos sociétés parce que…et bien….je connais tout ça. Et que le soir après tout ça, j’ai envie de me dire comme les Xmen que tout ceci a un sens. Je n’ai donc aucune patience à jouer au plus malin avec Grant Morrison : mec si tu veux dire des choses, tu peux les dire clairement. Nombre d’auteurs bien plus calé que toi l’ont fait avec des mots simples. Pas la peine de te la péter avec moi, ça prend pas. . Je connais des gens 1000 fois moins instruit que ce mec dont les mots ou les regards ont un impact sur les autres.

      Pardon de sembler violent et désagréable. Je veux juste dire que j’assume de ne pas aimer ces auteurs parce que dans ma vie ou dans mes lectures j’aime la simplicité et connivence entre lecteur et auteur. Un RJ Ellory par exemple écrit avec beaucoup de compassion des thrillers assez noirs pour ses personnages. Bret Easton Ellis m’a bouleversé avec son Lunar Park. J’ai besoin d’être pris aux tripes, je ne suis pas un cérébral.

      • Matt  

        Alors c’est tout à fait compréhensible que ça ne te plaise pas.

        Cela dit là ou je pense que tu fais erreur, c’est en considérant que quelqu’un qui veut raconter la même chose autrement le fait « pour se la péter ».
        A ce moment là Lynch se la pète hein^^
        C’est plutôt simplement une autre façon de faire pour proposer une expérience de lecture différente. Sinon tout se ressemblerait. Et on finirait par se faire chier.
        Hergé c’est bien, mais si tout ressemblait à du Hergé, y’en aurait ras le bol. Pour moi c’est aussi simple que ça.
        ça rejoint l’idée qu’il n’y a pas une infinité d’histoires à raconter, mais beaucoup de façons différentes de le faire.

        Après évidemment que certaines ne te plairont pas. Comme ça nous arrive à tous. Mais de là à dire que telle ou telle façon de faire est meilleure et que les autres sont de la frime…euh…non, pas forcément.

  • Bruce lit  

    Absolument Matt.
    Le Peace and Love devient vite insupportable et il faut la méchanceté de Lou Reed ou des Stooges pour contrebalancer le truc.
    Je l’ai déjà dit : Lynch sait m’émouvoir là où Morrison m’agace à se la ramener. Mais, on va décentrer le débat sur lui (euh…à la base on parlait de Terry Moore, non ?) et on continue demain avec Gaiman qui peut être aussi chiant que passionnant.

  • Ozymandias  

    Disons que de mon côté, le hasard a voulu que les livres qui jouent sur l’émotion, l’empathie, l’humanité, je les ai plutôt trouvés dans le BD EURO, parfois le MANGA et aussi les comics underground ou proches de la sensibilité européenne, comme le BLANKETS de Craig Thompson, par exemple.

    Pour moi, il est aujourd’hui très difficile de relire des comics mainstream, notamment ceux de LUG, sans profondément m’ennuyer, même si certaines périodes m’ont laissé un souvenir durable, comme les FF de John Byrne. Paradoxalement, j’adore le GOLDEN AGE, parce que c’est la Source de ce que nous lisons aujourd’hui et que bien des expérimentations actuelles y sont déjà présentes. De manière plus pointue, je suis un grand amateur des comics de propagande parus pendant la Seconde Guerre Mondiale, et là encore, il arrivait quelque fois qu’un auteur ose prendre la défense des japonais installés sur le sol américain.

    J’ai beaucoup d’estime pour le travail que tu fais et je comprends tes arguments, mais malheureusement si j’ai eu la chance de rencontrer énormément d’individus profondément attachants, émouvants, etc… je continue globalement à ne pas beaucoup aimer l’Humanité dans son ensemble. Du coup, j’apprécie quand un scénariste arrive à me prouver que le cerveau humain sert à autre chose qu’à haïr, envier, déprécier, corrompre, soumettre, voire exterminer son prochain, je me laisse aller et je savourer la tempête électrique dans mon cerveau.

    Suis-je cérébral pour autant ? Je ne pense pas, ou alors citez-moi des intellectuels qui apprécient RÉELLEMENT les mauvais genres, la SHARK WEEK, les films de Jerry Lewis et le Punisher avec Dolph Lundgren. :-)

    En revanche, je me fiche complètement que la majorité s’incline devant Grant Morrison, Alan Moore parce que c’est Hype et que peu importe qu’on ne comprenne rien, l’essentiel c’est d’avoir l’air tendance (le bashing étant le côté obscur de cette position). J’aime lire Bendis, Millar, Ellis, Ennis, et les troupes de l’invasion british parce que c’est dans mon ADN. Cela ne m’empêche pas de continuer à explorer d’autres territoires, mais si je devais me satisfaire de quelques titres sur la fameuse île déserte, je saurais sans aucune hésitation quoi mettre dans ma valise.

    En littérature, c’est un peu pareil, même si en matière de polar, je préfère m’en tenir à James Ellroy et laisser RJ Ellroy aux usagers du TER. Je suis humain, donc parfois profondément élitiste, mais j’accorde le droit à chacun de suivre sa route.

  • Ozymandias  

    @Matt : Tu as parfaitement résumer ma pensée. D’autant que je tiens DAVID LYNCH en haute estime.

    Je ne pense pas que Grant Morrison ou les autres cérébraux se la pètent. Je ne l’ai jamais ressenti. J’ose même affirmer que leur façon d’écrire n’est pas un masque, mais le vrai visage de leur talent.

    • Matt  

      Moi j’aime pas trop Lynch ;-)
      Mais je ne dirais pas qu’il frime ou qu’il est nul. C’est juste pas ma came. ça me frustre de rien piger.
      Ses films comme Elephant Man, y’a pas de souci.
      Mais Mullholland Drive ça me gonfle. Et Twin Peaks c’est pas pour moi.

  • OmacSpyder  

    Écrire en étant heureux. Difficile? C’est pourquoi Gainsbourg n’est jamais passé sur le divan, malgré son voisinage avec Lacan, par crainte d’aller suffisamment mieux pour ne plus pouvoir écrire. La névrose comme source de créativité? No comment!^^
    Cette fille motorisée est bien intéressante à suivre à travers cet article qui montre la manière d’aborder une situation tragique par le biais de la reconstruction, fût-elle fantasmatique.
    Le syndrome de stress post-traumatique correspondrait davantage cependant à des réminiscences, des flashbacks, qu’à une reconstruction fantasmatique du réel. Cette création d’une néo- réalité fait davantage penser à une décompensation psychique engendrant une perte de contact avec la réalité, laquelle a volé en éclats et dont on retrouve les morceaux épars dans une reconstruction niant la réalité.
    Le personnage principal n’en est pas moins attachant. Et qui ne voudrait pas être réconforté par ce gorille qui parle, là où le réel à cessé de parler, de donner un sens à l’existence? Ce qui ne parle plus du dedans vient parler du dehors, voilà comment on pourrait caractériser la psychose. Il semble bien que le moteur à réparer soit de ce côté : comment donner à nouveau un sens global et acceptable à la réalité, et comment la regarder en face quand ce qui la faisait tenir (La fonction de soldat) à lâché d’un coup? Le coup du doudou parlant n’est pas mal trouvé : un objet transitionnel entre soi et la réalité extérieure!
    Ça donne envie d’aller y jeter un oeil…

    • Bruce lit  

      Tout à fait. Il l’a déclaré à Chapier : si je vais mieux, je suis foutu. La part de masochisme était assez présente chez Gainsbourg. Motor GIrl comme mise en abyme ? C’est bien vu : une BD qui met en scène un objet transitionnel pour devenir culte et donc transitionnelle à son tour. Suits me !

  • Eddy Vanleffe....  

    Ca y est ! Je l’ai lu et c’est un chef d’oeuvre. une pure pépite. Merci Bruce. Moore est un maître des story-teller, il dégage avec un naturel insolent, à la fois une bonne histoires, des personnages instantanément charmants, une érudition qui dépasse largement la name dropping de vas étage. on est dans l’aristocratie de la bd actuelle.

    • Bruce lit  

      @Eddy ; content que tu aies aimé.

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