To be remade or not to be remade ? (Pour ou contre les remakes ? )

Encyclopegeek : Pour ou contre les remakes ?

AUTEUR : MATTIE-BOY

Aujourd’hui on va parler des remakes de films. Large sujet. Dans cet article je vais essayer de parler de la définition d’un remake, des divers types de remakes, pourquoi il y en a des bons et des moins bons, pourquoi un remake peut être un bon film mais un horrible remake, etc. Bien entendu je ne pourrais pas sortir de l’équation mon ressenti personnel vis-à-vis de cette pratique, mais je tâcherai de vous la présenter comme ma vision, et pas une vérité universelle à laquelle vous devez adhérer.remakes_00

1. Qu’est-ce qu’un remake ?

Commençons par parler de la définition d’un remake. Cela consiste à refaire un film. Voilà. Jusque là, c’est plutôt simple.
On voit beaucoup de remakes de vieux films de nos jours et on a le sentiment que les producteurs de films sont à court d’idées. Ils déterrent également beaucoup de licences pour proposer des suites ou reboot. Sans doute est-ce normal qu’après plus d’un siècle d’existence, il devienne plus difficile de proposer du contenu original au cinéma. Et c’est une industrie qui est devenue si lucrative que ça peut être tentant de vouloir renouer avec des succès passés en refaisant des films qui ont fonctionné.

C’est justement une caractéristique d’un remake. Il s’agit en général d’une réécriture d’un film qui a eu du succès. Et c’est le premier problème que j’ai avec eux. Très peu servent à réhabiliter une bonne idée mal exploitée à l’origine. L’intention derrière un remake est souvent pécuniaire donc il s’agit de proposer une nouvelle version d’un grand succès et pas de réhabiliter un film mauvais que personne ne connaît. Cela n’attirerait pas le public.

Après, ça ne veut pas dire que le remake sera dépourvu de qualités. Mais malgré le fait qu’en général les remakes fonctionnent bien au cinéma, ils sont aussi vus d’un œil méfiant par une partie des cinéphiles dont, je l’avoue, je fais partie.
Mais ne nous leurrons pas ! Les remakes existent depuis très longtemps et sont divers et variés, donc on ne peut pas tous les rejeter. Même certains films des années 1930  peuvent être considérés comme des remakes de films muets (Le Frankenstein de 1933 par James Whale ne serait-il pas un remake du court métrage muet Frankenstein de 1910 par J. Searle Dawley ? Et le Dr Jekyll & Mr Hyde de 1941 par Victor Fleming un remake de celui de Rouben Mamoulian de 1931, lui-même remake de celui de John S. Robertson de 1920 ?). Concernant House of Wax , il n’existe pas uniquement le remake tout pourri de 2005 par Jaume Collet-Serra avec Paris Hilton (sigh). La version de 1953 avec Vincent Price était aussi un remake du Mystery of the wax Museum de 1933 par Michael Curtiz. Les 10 commandements de Cecil B. DeMille est aussi un remake d’une version muette de 1923. Et le dessin animé Le prince d’Egypte n’est-il pas aussi un remake de ce film ? Mais pour certains, c’était aussi une époque où on voulait perfectionner les films en y ajoutant du son, de la couleur. Et parfois on pourrait considérer que ce ne sont pas des remakes mais des réadaptations du livre d’origine.

Les remakes à travers l’histoire du cinéma

Les remakes à travers l’histoire du cinéma

Cela dit ces diverses appellations « reboot, réécriture, ré-imagination » ont tendance à m’agacer et ressemblent davantage à des excuses pour éviter le mot « remake » et se faire pointer du doigt. Non ! La plupart du temps, c’est de la mauvaise foi. Si les diverses interprétations de monstres légendaires comme Frankenstein  ne peuvent en effet pas toutes tomber dans la catégorie du remake (version gothique, version moderne, version fidèle au livre, etc.), personne ne me fera croire que David Fincher n’a pas regardé les films Millenium suédois avant de proposer sa version du premier livre. Il ne s’agit pas d’une ré-imagination d’une icône culturelle dans un autre univers, mais bien de la même histoire, à la même époque, dans le même pays, avec les mêmes personnages. Donc même inconsciemment, il s’est inspiré de l’original. Sinon pourquoi n’y a-t-il pas pensé avant ? Pourquoi ces adaptations américaines de bouquins prétendument sans rapport avec les premiers films arrivent toujours en deuxième ? Il faut arrêter de jouer avec les mots et assumer. Sinon c’est comme avouer que c’est mal de faire un remake. Ce n’est pas la meilleure façon de réhabiliter le principe.

Mais non, c’est une nouvelle adaptation du bouquin ! Vous pigez rien, on est gentil, on ne fait pas de remakes !

Mais non, c’est une nouvelle adaptation du bouquin ! Vous pigez rien, on est gentil, on ne fait pas de remakes !

Est-ce mal de faire un remake ? Eh bien…ça dépend justement de sa nature. C’est pourquoi il est important d’identifier les différents types de remakes.

Certains ne méritent même pas ce nom réducteur à mon sens. Alors que d’autres, c’est leur faire trop d’honneur de les considérer comme liés aux originaux. Mais je ne vais pas spécialement parler de ces derniers car ce sont avant tout de mauvais films avant d’être de mauvais remakes (car ouais, ce n’est pas pareil !).

On peut en mentionner quelques-uns qui pour moi sont dans la catégorie des films mal foutus : House of Wax de 2005 par Jaume Collet-Serra, The wicker man de 2006 par Neil LaBute (un film au script absurde, mal joué et involontairement hilarant), The haunting de 1999 par Jan de Bont (remake de The haunting  de Robert Wise, avec plein de fantômes en CGI tout pourris et de la psychologie de classe maternelle), The fog de 2005 par Rupert Wainwright, Le choc des titans de 2010 par Louis Leterrier, La momie (version 2017, un film qui, en plus de copier Marvel et DC en cherchant à établir un univers partagé entre les personnages mythiques de Universal, se plante de la même façon qu’un Batman vs Superman  en se préoccupant davantage de préparer les futurs films que de raconter un truc cohérent), etc. Tous ces films n’ont même pas besoin d’être critiqués en tant que remakes, ils sont déjà mauvais en eux-mêmes.

Alors eux ce sont des films tout pourris qu’on ne va pas se fatiguer à aborder

Alors eux ce sont des films tout pourris qu’on ne va pas se fatiguer à aborder

2. Le bon remake

Il existe des remakes qui sont filmés et traités de manière bien différente, de sorte qu’ils proposent une nouvelle expérience cinématographique. C’est par exemple le cas du film The Thing  de John Carpenter, remake du The Thing from another world de Howard Hawks. Que ce soit au niveau de l’apparence du monstre, des personnages, de la façon de filmer, de l’époque, rien n’est similaire. Forcément les films se font écho quand on les regarde, ça reste l’histoire d’une créature découverte dans les glaces, mais il s’agit de similarités principalement sur le fond de l’histoire.

On pourrait penser également à The fly de David Cronenberg, remake du The fly de Kurt Neumann (1958). L’histoire est similaire mais la façon de filmer n’a rien à voir et le traitement de la transformation du scientifique complètement différent. Alors que dans le premier film, seule la tête du scientifique change de corps, avec la mouche qui se retrouve avec une tête humaine à la fin (ce qui reste, malgré le respect que j’ai pour le film, assez involontairement comique), la lente dégénérescence cellulaire du corps de Jeff Goldblum dans le remake propose quelque chose de nouveau dans le domaine du cinéma horrifique. Les avancées de la science ont aussi permis de traiter l’aspect scientifique de la transformation d’une façon plus viscérale et inquiétante.

Quelques différences dans l’approche de l’horreur

Quelques différences dans l’approche de l’horreur

Enfin, il y a aussi Scarface de Brian de Palma, remake du film de Howard Hawks qui se situait durant la prohibition. De Palma change d’époque, traite de l’immigration et du rêve américain. Ce sont des films complètement différents même si le thème central reste l’ascension et la chute d’un gangster.

Pour ces films on constatera qu’on est quand même davantage dans une démarche artistique. Ce ne sont pas de gros blockbusters mais des productions pas très couteuses (sauf pour Scarface ) et qui ne capitalisent pas spécialement sur un immense succès passé, ou du moins un succès qui s’est affaibli puisque ce sont des remakes tardifs. Leur but est davantage de s’inspirer d’un ancien film pour en proposer une autre vision qui s’inscrit davantage dans leur époque (le côté gore du The thing  de Carpenter est typique des années 80, le traitement de The fly s’inspire des avancées scientifiques de l’époque, et Scarface surfe sur l’actualité de l’exode de Mariel lorsque Fidel Castro expulse des cubains aux USA.)

Les deux Scarface ont peu de choses en commun compte tenu du changement d’époque radical

Les deux Scarface ont peu de choses en commun compte tenu du changement d’époque radical

Là où le remake de Poltergeist se plante par exemple, c’est qu’il ne réactualise pas les concepts horrifiques. Il conserve les mêmes éléments devenus clichés depuis l’original (le petit enfant qui n’a pas peur des démons et autres fantômes) et propose…la même chose que l’original…en moins bien car c’est aussi plein de CGI moches et sans aucune inventivité. Le bon remake propose du neuf, une narration modernisée et actualise son propos en fonction de l’époque.

3. Le remake acceptable

Il y a aussi les remakes qui ont le cul entre deux chaises. Ceux qui capitalisent sur un succès plus ou moins récent mais encore très vif dans l’esprit des gens, davantage motivés par la rentabilité. Ce ne sont en général pas des films d’auteurs mais des opérations marketing. Cela dit certains sont acceptables.

Ce sont des films dont l’histoire est très similaire mais la mise en scène différente (mais pas trop différente non plus.) Ils proposent des personnages au caractère pouvant varier (ou non) mais ne proposent aucune réelle surprise par rapport à leur modèle (principalement parce que trop peu de temps les sépare l’un de l’autre pour avoir quoi que ce soit à actualiser.)
Ceux là peuvent être pas mal, mais me laissent assez froids en général, sans m’agacer non plus. Disons que ce sont des remakes qui ne sont pas encore des copies conformes mais qui ne proposent pas forcément assez de nouveautés pour passionner si on a aimé l’original. On peut citer dans cette catégorie The ring de Gore Verbinski, remake de Ring de Hideo Nakata. Le film est plus américanisé avec une autre façon de filmer les scènes d’horreur, l’ambiance est moins atmosphérique mais plus tendue, ça peut plaire davantage, mais l’histoire est la même et racontée dans le même ordre avec pas mal de plans et de scènes similaires. J’ai aimé l’original et donc le remake m’a laissé un peu froid, même si je lui reconnais des qualités.

 Ring VS The ring : Différents, mais pas trop

Ring VS The ring : Différents, mais pas trop

Un remake comme Evil Dead de Fede Alvarez propose aussi quelques nouveautés dans les scènes d’horreur, mais sans vraiment chercher à renouveler le concept. On peut préférer l’aspect crado fauché artisanal de l’original ou plus soigné et gore du remake, mais les deux films restent proches (même histoire, même type de personnages secondaires, même contexte géographique) tout en étant distincts (visuels horrifiques différents, personnage principal différent qui fait d’ailleurs un retour surprenant après qu’on l’ait crue morte.).

On pourrait aussi penser au remake de Robocop . Sympa, avec des thématiques un peu variées, mais qui troque son côté satirique pour une approche plus « actionner mainstream » qui n’a pas grand-chose à dire. Il reste des thèmes potentiellement intéressants comme l’homme conscient d’être dans une machine et la confrontation entre son humanité et son côté machine, mais c’est trop peu développé. Il y a une légère réflexion politique mais survolée également au profit de longes scènes d’action d’entrainement et de combats. Quand on y réfléchit, c’est un film qui, s’il n’était pas un remake d’une franchise célèbre, n’aurait pas eu un tel succès. Alors que les originaux, eux, avaient des thèmes assez forts pour exister sans reposer sur la nostalgie des consommateurs.
C’est une catégorie plus floue car selon le ressenti des gens, ils peuvent être classés parmi les bons remakes.

Evil Dead VS Evil Dead : Similaires, mais pas trop

Evil Dead VS Evil Dead : Similaires, mais pas trop

4. Le mauvais remake

A l’opposé de cela, nous avons les remakes « copies conformes » tels que Psycho de Gus Van Sant, copie plan par plan du Psychose d’Alfred Hitchcock. Même la scène de la douche est filmée de la même manière, ce qui d’ailleurs lui donne un côté un peu cheap et mal fichue dans un film plus moderne. La musique aussi est la même. Mince, même les dialogues sont identiques ! Sans parler de la longue scène d’explication finale du psychiatre qui est sans doute la partie qui a le plus mal vieilli dans le film original puisque de nos jours, contrairement aux années 60, nous n’avons plus vraiment besoin qu’on nous explique le twist final. Qu’est-ce que c’est que ce film ? Est-ce un hommage à l’original ? Une façon de dire qu’il était tellement bon qu’il n’y avait pas besoin de changer quoi que ce soit ? Mais alors quel intérêt de refaire le film ? N’est-ce pas se foutre de la gueule du monde ce genre de remake ?

On peut aussi citer Vanilla Sky de Cameron Crowe, un remake de Ouvre les yeux de Alejandro Amenabar (un bien meilleur réalisateur). Beaucoup de plans sont complètement identiques, la narration également, tout est filmé de la même façon, dans le même ordre. Le réalisateur est même allé chercher la même actrice qui joue Sofia (Pénélope Cruz.) Bon…au moins la musique est différente. Mais c’est peu.

Ouvre les yeux VS Vanilla Sky : Miss Cruz, ça fait quoi d’être payée deux fois pour jouer le même rôle ? Et monsieur Cruise, j’espère qu’on ne vous a pas trop défiguré, il ne faudrait pas que vous ayez l’air trop moche…même si c’est le propos du film la difficulté de faire face à un tel accident.

Ouvre les yeux VS Vanilla Sky : Miss Cruz, ça fait quoi d’être payée deux fois pour jouer le même rôle ? Et monsieur Cruise, j’espère qu’on ne vous a pas trop défiguré, il ne faudrait pas que vous ayez l’air trop moche…même si c’est le propos du film la difficulté de faire face à un tel accident.

Dans cette catégorie, on pourrait aussi citer le remake qui référencie l’original comme Total Recall avec la scène de la femme à trois nichons, ou le remake américain de Old Boy qui nous montre un poulpe dans un aquarium sans raison, juste histoire de dire « éh, vous voyez le poulpe ? C’est une référence au premier film, mais là personne ne va le bouffer, c’est juste pour vous montrer que j’suis cool, je fais des clins d’œil aux connaisseurs du film coréen. »

Ces films ne semblent pas comprendre l’intérêt du remake censé exister en lui-même, ni même comprendre le matériau de base.
Dans le cas de Old Boy dont l’original est un film très ancré dans la société coréenne, des scènes entières sont copiées sans être adaptées à la situation géographique. Comme la scène de baston durant laquelle le protagoniste tabasse un gang avec une arme de mêlée (marteau ou batte). En Corée, les armes à feu ne sont pas en vente libre, donc ça a du sens. Dans le remake américain, tout le monde se bat avec des outils quand même, et c’est filmé sur plusieurs étages comme un jeu-vidéo à la con afin de rendre l’action cool. Mais le but de la scène originale filmée en plan séquence fixe n’était pas la glorification du combat chorégraphié, mais d’exposer la fureur effrayante d’un homme qui ne recule pas dans un plan sans ellipse. Bref, c’est un parfait exemple de remake à côté de la plaque.

Old Boy VS Old Boy : Bon…vous n’avez rien compris.

Old Boy VS Old Boy : Bon…vous n’avez rien compris.

Alors est-ce que ces films sont forcément mauvais ? Ben…pas toujours (même si j’ai très envie de dire le contraire.) C’est ça le plus agaçant. Si on copie un bon film plan par plan, à moins que les nouveaux acteurs soient très mauvais où que ça ne soit pas adapté à un changement de culture (comme pour Old Boy ), on ne peut pas produire un film complètement pourri (par contre, ce sont de très mauvais remakes, ça oui !) Mais bonjour l’originalité !

Après, chacun a le droit de préférer le remake à l’original s’il est par exemple en couleur au lieu d’être en noir et blanc. Mais demeure le problème de mérite qu’il est pour moi impossible de négliger. Tout comme les potentielles dérives que cela implique. Il serait donc possible de copier/coller tous les films qui ont été faits pour en proposer une version plus récente, appeler ça de l’art et récolter des lauriers ?

Vous pigez pas, c’est un hommage ! On fait tout pareil pour indiquer que c’était très bien comme ça.

Vous pigez pas, c’est un hommage ! On fait tout pareil pour indiquer que c’était très bien comme ça.

Ce serait la mort de l’originalité et de la créativité puisque ces remakes du pauvre ne cherchent même pas à se distinguer du film original pour raconter l’histoire autrement. Le cinéma n’aurait plus qu’à produire des copies de copies de copies pour se ranger à l’ère du consumérisme et fournir la même marchandise à toutes les générations dans des versions mises à jour sans même chercher à modifier la façon de raconter, les personnages, le script, etc.

Or, certains films tirent leur beauté et leur poésie du fait qu’ils sont en noir et blanc ! Certains films bénéficient de leur aspect un peu fauché qui donne un ton plus poisseux et moins lisse. Et les remakes sont rarement de petits films, ce sont souvent de grosses productions de studio qui veulent tirer profit du succès d’un éventuel film à petit budget qui a fonctionné. Et donc c’est toujours pareil, les remakes s’uniformisent et sont tous bien calibrés pour être des blockbusters propres et soignés, à l’enveloppe modernisée mais vide. Car le spectateur lambda, pas spécialement passionné de cinéma, veut souvent qu’on lui serve la même soupe propre et jolie et veut éviter le vieux film ou le film fauché. Or, pour moi, ce n’est rendre service à personne que de servir la même merde à tous les repas. Ceux qui n’aiment pas les vieux films ou les films fauchés, tant pis pour eux, ils louperont des classiques. Ce n’est pas comme s’il était impossible de parler des mêmes thèmes dans de nouveaux films sans en faire des remakes identiques sans saveur créative.

 Ça, c’est The Killing Joke http://www.brucetringale.com/comme-au-cinema/ d’Alan Moore dans ses deux versions colorisées. Imaginez juste que DC ait vendu les droits du comics et que la deuxième version ait été décalquée et attribuée à un autre auteur en toute légalité. Vous auriez envie d’en attribuer le mérite au nouvel auteur ou de lui dire qu’il se fout du monde ?

Ça, c’est The Killing Joke  d’Alan Moore dans ses deux versions colorisées. Imaginez juste que DC ait vendu les droits du comics et que la deuxième version ait été décalquée et attribuée à un autre auteur en toute légalité. Vous auriez envie d’en attribuer le mérite au nouvel auteur ou de lui dire qu’il se fout du monde ?

Bref, on en arrive aux remakes qui peuvent être bons mais génèrent un certain conflit moral en moi. Alors attention, sur cette partie vous ne serez pas forcément d’accord avec moi, mais ce n’est pas grave. Mon but n’est pas de vous convaincre, mais de souligner un point que je trouve important dans le cinéma.

5. Les remakes qui me gênent

Les remakes qui peuvent être bons mais me dérangent, ce sont les remakes de films issus d’autres pays. En gros les remakes qui ne sortent pas 40 ans après pour donner un coup de balais à un vieux film et potentiellement en faire autre chose d’un peu différent en fonction de l’actualité, mais ceux qui sortent très peu de temps après le succès d’un film asiatique, suédois, espagnol, etc. Comme The ring . Oui je sais je l’ai mis dans les remakes corrects, mais je n’ai pas dit qu’on allait parler de trucs nuls ici. Cela dit, ce remake ne m’agace pas trop car même s’il a bénéficié d’un bien meilleur budget (48 millions de $ contre 1,2 millions pour la version japonaise), l’horreur est encore un genre cinématographique qui s’accommode assez bien des petits budgets.

Parlons de remakes à gros budget dont les originaux étaient déjà très bons, et qui ont fait un carton qualitativement.
Il y a Les infiltrés (90 millions de $) de Martin Scorsese, remake de l’injustement méconnu Infernal Affairs (6,4 millions de $) de Alan Mak et Wai Keung Lau (pour lequel Scorsese a même gagné un Oscar. Pas pour Taxi Driver , ni pour Les affranchis , mais pour un remake.) Et il y a aussi Millenium (100 millions de $) de David Fincher, remake de Millenium (13 millions de $) de Niels Arden Oplev. Ces deux derniers films sont de bons films, oui. Opportunistes aussi. Les américains ont la manie de faire des remakes de tous les films à succès qui ne viennent pas de chez eux, histoire qu’à coup de marketing et de gros budget, ils puissent ensuite dire « ça vient de chez nous, ces bons films. » J’ignore même s’ils commercialisent les originaux chez eux. Mais ça, c’est le raisonnement des studios de production. Alors je ne peux pas spécialement blâmer les réalisateurs pour ça (encore que…quand ce sont des réalisateurs qui sont capables d’innover, on peut trouver ça dommage qu’ils reprennent les idées des autres.)

Infernal Affairs VS Les infiltrés : la scène du cinéma, la scène du toit, etc. Je sais que c’est un remake mais pourquoi ne pas essayer de changer les situations et les lieux un peu, hein ?

Infernal Affairs VS Les infiltrés : la scène du cinéma, la scène du toit, etc. Je sais que c’est un remake mais pourquoi ne pas essayer de changer les situations et les lieux un peu, hein ?

Le problème que j’ai avec ces films, c’est que j’ai du mal à reconnaître leurs qualités sans avoir les boules. Parce que la comparaison entre l’original et le remake est inévitable. Et comme ce sont des superproductions américaines pétées de thune avec de bons artisans engagés pour les réaliser, c’est presque normal que leur version soit de qualité. Mais également injuste car les moyens ne sont pas les mêmes.

Si on revient vite fait à Vanilla Sky (qui n’est pas un bon remake !), l’original contient une scène de rêve dans laquelle le héros erre dans les rues de Barcelone. Et elles sont désertes, dépourvues de passants. Dans le remake, histoire de faire plus grand, plus gros, plus riche, le réalisateur a dépensé une bonne partie du budget pour vider Times Square lors d’un plan de 5 secondes. Oui, visuellement, ça a un impact fort car c’est un lieu qu’on sait normalement bondé. Mais tout le monde ne peut pas avoir les moyens de faire ça. Pour vider une ville, il faut du pognon. Et donc la compétition est inégale.
Et ces réalisateurs, auraient-ils osé faire ces remakes si des petits studios n’avaient pas initialement tenté l’expérience en proposant les originaux ? Ils s’approprient donc une œuvre populaire sans avoir pris de risques et y mettent les moyens car le succès est assuré par la hype autour de l’original.

Ouvre les yeux VS Vanilla Sky : ah ben voilà on se la pète parce qu’on peut vider Times Square au lieu d’une « simple » avenue de Barcelone.

Ouvre les yeux VS Vanilla Sky : ah ben voilà on se la pète parce qu’on peut vider Times Square au lieu d’une « simple » avenue de Barcelone.

Je sais, vous allez me dire que tout ça c’est normal. S’ils ont les moyens, ils n’ont pas de raison de se priver. Seulement ce n’est pas une démarche artistique. Et j’ai le sentiment que c’est dommageable pour le cinéma indépendant de s’emparer de leurs films pour les refaire. Pour Millenium , évidemment Fincher est un des plus talentueux réalisateurs du monde. Alors oui forcément sa version va envoyer du lourd !

Mais prendre un des meilleurs pour faire un remake d’un film réalisé par un type qui manque surement d’expérience, c’est une façon de pulvériser le cinéma indépendant étranger en imposant la suprématie du riche Oncle Sam. Je n’en veux à personne de préférer les remakes américains, mais je partage ce constat avec vous car pour ma part j’ai plutôt envie de soutenir le cinéma indépendant, les nouveaux talents, les gens qui veulent proposer des films sans avoir forcément le talent d’un Fincher ni le budget d’une superproduction. Et le remake hélas, c’est un peu devenu un instrument pour écraser les petits films étrangers qui manquent de moyens. Et je trouve ça triste. Je n’adhère pas à l’idée qu’on puisse demander aux « grands » de refaire tous les films. Le cinéma deviendrait élitiste, réservé à ceux qui ont le pognon et le plus grand talent.

Tout plein de remakes US de films étrangers (dont certains pourris car il y a une justice ! Allez voir 2 sœurs de Jee-Woon Kim plutôt que cette daube de The uninvited )

Tout plein de remakes US de films étrangers (dont certains pourris car il y a une justice ! Allez voir 2 sœurs de Jee-Woon Kim plutôt que cette daube de The uninvited )

Repasser derrière certaines œuvres pour les refaire, c’est risquer de perdre la voix d’auteurs variés issus de cultures différentes. Comme si une poignée de scénaristes de comics tels Warren Ellis ou Alan Moore refaisaient des BD françaises ou des mangas, livrant peut être des versions bien fichues, mais américanisées et effaçant la voix des autres auteurs. Sans doute que ce ressenti me vient aussi du fait que je déteste entendre « tiens ce film est bien, mais si Fincher ou Spielberg l’avait fait, ç’aurait surement été mieux. » Je déteste ce culte de la personnalité talentueuse et ce refus d’accepter des œuvres intéressantes avec leurs défauts. C’est comme dire à quelqu’un « ce que tu penses c’est de la merde, car tu n’es pas un aussi bon orateur que…tel politicien ou philosophe connu. »

Je dois tout de même reconnaître à Fincher l’initiative d’avoir tourné sa version en Suède avec pas mal d’acteurs locaux. Ça a le mérite de ne pas encore être une transposition de l’histoire sur le territoire américain. Mais souvent, je préfère les originaux étrangers pour leur aspect culturel différent, à la fois par la situation géographique, l’approche artistique différente ou même de nouvelles têtes d’affiche. La façon de filmer sera parfois moins soignée si le réalisateur ne s’appelle pas Scorsese, mais ce que le film peut perdre en maestria filmographique, il peut le gagner en dépaysement (dans le cas de Ring de Hideo Nakata, je comprends qu’on puisse ne pas aimer, mais on ne peut que reconnaître que ça diffère d’une vision américaine du cinéma d’horreur, et c’est rafraichissant d’avoir quelque chose de distinct. Pour ma part l’original est meilleur que le remake, mais c’est un avis personnel.)

Si je vous dis que je préfère l’original parce que je n’ai pas envie de voir James Bond en Suède, j’ai le droit ou c’est de la mauvaise foi ?

Si je vous dis que je préfère l’original parce que je n’ai pas envie de voir James Bond en Suède, j’ai le droit ou c’est de la mauvaise foi ?

6. En bref

Après tout ça, vous devez vous dire que finalement je n’approuve pas les remakes. Mais c’est faux. Sur le principe, comme je l’ai dit, lorsque les remakes proposent des The thing  de Carpenter ou Scarface de Brian de Palma, la démarche du remake qui actualise un sujet et s’inspire davantage de l’original qu’il ne le copie plan par plan, ça peut donner de bons résultats. Pour moi l’intérêt du remake réside dans la création d’une nouvelle expérience en changeant d’époque, de pays (mais en l’adaptant à une autre culture, pas juste en déplaçant géographiquement les mêmes scènes) ou même de point de vue ou d’approche visuelle (en dessin animé par exemple.)

The thing VS The thing http://www.brucetringale.com/carpenter-se-sent-tout-chose/ : quand on change de monstre, ça change presque tout le film, non ? Est-ce qu’on compare Godzilla http://www.brucetringale.com/monsters-co-the-godzilla-story-12/ avec King Kong http://www.brucetringale.com/la-huitieme-merveille-du-monde/ ?

The thing VS The thing  : quand on change de monstre, ça change presque tout le film, non ? Est-ce qu’on compare Godzilla  avec King Kong ?

Parfois le remake est même meilleur que l’original. J’ai juste plus de facilité à accepter un remake qui sera meilleur sur le fond (comme Scarface qui change complètement l’histoire et le contexte politique) que sur la forme (comme Millenium ou Les infiltrés dont l’histoire, l’époque ou les situations sont identiques) car le fond dépend d’idées conceptuelles sur un script, et la forme des moyens financiers.

Vous me direz que la mise en forme dépend aussi du talent. Oui, sauf que le talent, ça se monnaye aussi. Il y a deux modes de fonctionnement pour la réalisation d’un film : soit c’est un projet de studio qui va aller chercher un réalisateur talentueux, et là il faut avoir les moyens de se payer Fincher ou Scorsese. Soit le film est l’initiative du réalisateur, et dans ce cas il faut qu’il ait déjà une bonne réputation pour obtenir les fonds nécessaires à son film. Donc ce ne sera possible que pour les plus réputés. La compétition est donc déséquilibrée et j’ai le sentiment que les grands devraient laisser faire les plus petits sans aller constamment faire une mise à jour de leur travail au risque de verser dans l’élitisme.

Des remakes meilleurs que les originaux.

Des remakes meilleurs que les originaux

En tous cas, ce qu’on peut retenir, c’est que le mot « remake » est galvaudé. Il est absurde de tous les rejeter car ils sont souvent bien différents par leur nature. Certains reprennent le nom de l’original mais font quelque chose de bien différent et d’intéressant et n’ont l’appellation de remake que pour une question de titre, d’autres choisissent un nouveau titre mais sont des copies conformes qui, sans être forcément nuls, sont une insulte à la créativité et du foutage de gueule. Et enfin, mais ça c’est personnel, il y a ceux qui sont bons mais qui me font chier parce qu’ils attestent d’une certaine suprématie des studios pétés de thune qui peuvent embaucher les meilleurs pour tout refaire en mieux. Je suis presque content que ceux-là soient rares, car sinon ce serait la mort de la diversité et du cinéma indépendant.

Pour conclure, je ne peux que vous encourager à regarder les films originaux qui ont inspiré les remakes. Pas parce qu’ils sont forcément meilleurs, mais juste pour que vous vous fassiez votre idée et que ces derniers ne tombent pas dans l’oubli. Après libre à vous de choisir la version que vous préférez.

Des films pour lesquels des remakes sont en préparation. Pensez-en ce que vous voulez…

Des films pour lesquels des remakes sont en préparation. Pensez-en ce que vous voulez…

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Et vous, vous en pensez quoi des remakes au cinéma ? Dans l’article du jour Mattie Boy dresse l’inventaire de ceux qui font honte et ceux qui dépassent le matériel original !

La BO du jour : un exemple de remake assez mauvais par son propre créateur….

63 comments

  • Jyrille  

    Je viens de voir le remake de RoboCop, il est très réussi. Ils ont su prendre toutes les bonnes idées de l’original et les moderniser sans que cela semble technologiquement daté, ce qui n’est pas le cas du film Ghost in the shell par exemple. La trame est quasi identique mais très maligne, et surtout ne trahit en rien les intentions du film de Verhoeven. Seule la manipulation médiatique représentée par l’émission TV de Samuel L. Jackson est traitée à gros sabots. Et puis il y a Michael Keaton qui joue bien les salauds de bon goût : il a des tableaux de Francis Bacon dans son bureau (ce qui me rappelle une bonne scène du premier Batman de Burton, qui n’est pas un très bon film).

    • Bruce lit  

      Ben oui, il est très bien ce Robocop. Je sais pas pourquoi il a si mauvaise réputation.

      • Jyrille  

        Et puis j’aime bien le fait qu’ils reprennent les passages marquants (sauf le premier) et les refont : la bataille contre ED 209, l’attaque du labo clandestin, le code rouge qui bloque ses fonctions… Une vraie modernisation. En plus, il fait moins de deux heures (1h53), ce qui le rapproche de l’original qui ne durait que 1h38. Un putain de film sans gras, le Verhoeven.

        • Matt  

          « Et puis j’aime bien le fait qu’ils reprennent les passages marquants (sauf le premier) et les refont : la bataille contre ED 209, l’attaque du labo clandestin, le code rouge qui bloque ses fonctions… Une vraie modernisation. »

          Ou pas…
          Ceci ne fait que renforcer le sentiment que j’ai eu en regardant ce film : s’il n’était pas un remake d’un film culte, il n’aurait pas marché du tout, même sur vous. L’intérêt semble résider dans le fait de revoir ce que vous avez déjà vu. Une copie avec suffisamment de différences pour susciter l’intérêt mais qu’on ne cesse de comparer à l’original pour en trouver des trucs sympas. C’est mon sentiment.

    • Matt  

      C’est surtout qu’il n’apporte rien ce remake. Comme tu le dis « la manipulation médiatique représentée par l’émission TV de Samuel L. Jackson est traitée à gros sabots. »

      Et pour moi le vilain est bien caricatural quand même. On est davantage dans le film de super héros plus mainstream. C’est pas mauvais (d’ailleurs j’ai pas dit que ça l’était dans mon article) mais il ne sert à rien non plus, je n’en vois pas l’intérêt. Trop similaire sans apporter rien de plus. Ce qu’il aurait pu apporter de différent, c’est le conflit humain VS machine alors que dans l’original il n’a pas autant de conscience que dans le remake, mais c’est complètement survolé. Très peu de conflit au final. Très peu de critique sociale car traitée avec de gros sabots.

      Mais la scène où il découvre ce qu’il reste de son corps est forte, et bien trash comme du Verhoeven.

      S’il a mauvaise réputation, c’est peut être tout simplement qu’il n’apporte rien. Je l’ai dit dans l’article, même un remake copier/coller n’est pas forcément mauvais car si tu fais du copier/coller d’Hitchcock, ben ça peut pas être à chier. Mais c’est la mort de la créativité et complètement inutile.

    • Matt  

      Après j’ignore un peu la réputation dont vous parlez, j’suis pas au courant. Il ne mérite pas non plus d’être traité de gros navet ni de copie identique comme Vanilla Sky par exemple. C’est juste que mise à part cette scène forte et choquante lorsque qu’il découvre ce qu’il reste de son corps, le film m’a laissé froid.

      • Bruce lit  

        Je vénère Le Robocop de Verhoeven. Je l’ai vu au moins 6 fois voire plus.
        Mais je trouve que parfois on surestime le film. Une critique politique : oui….à la Carpenter. Mais on ne peut pas dire que ça brille dans la finesse entre le yuppie cocaïné et l’homme d’affaire corrompu. Rien de bien plus raffiné que les vilains du Reboot.

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