Tu ne le sais pas encore, mais tu es déjà mort… (ALL OF US ARE DEAD)

ALL OF US ARE DEAD

Un article de KAORI

VO/VF : Netflix

Tout est dans le titre… ou pas !
©Netflix
Source : Allociné

ALL OF US ARE DEAD est l’adaptation “live” d’un webtoon paru en 2009 sous le nom de NOW AT OUR SCHOOL. Produite par Netflix, la série compte à ce jour une saison de 12 épisodes d’une durée variant de 50 à 70 minutes chacun. Une saison 2 a été annoncée le 6 juin 2022.

Je n’aime pas les films d’horreur. À vrai dire, j’ai horreur de ça. Je n’en regarde plus depuis des années. Trop de nuits d’insomnies et de cauchemars. Alors qu’est-ce qui a bien pu me pousser à regarder et poursuivre ALL OF US ARE DEAD, série horrifique coréenne m’ayant causé des nuits troublées dès les premiers épisodes ? A peu près la même raison pour laquelle j’ai tenu bon durant huit saisons de THE WALKING DEAD, l’intégralité de THE STRAIN ou de SQUID GAME. Le cinéma d’horreur a un objectif clair : faire peur. Parfois questionner, perturber, faire réfléchir, mais avant tout faire peur. Les séries, elles, ont pour but d’attirer du public sur la longueur. Et clairement, ça marche !

Maintenant, voyons voir pourquoi ALL OF US ARE DEAD sort du lot.

Âmes sensibles, s’abstenir…
©Netflix
Source : YouTube

Cette série est maline. Sous ses couverts horrifiques, ses personnages manichéens au possible, elle dénonce des thèmes qui touchent toutes les sociétés, même si c’est fait de manière exagérée. (Hé ho, on est dans une série remplie de zombies, évidemment que cela sert de métaphore et de catharsis.) De plus, c’est un kdrama, on y retrouve donc les clichés du genre : un triangle amoureux, des antagonistes détestables et des héros plutôt attachants. La recette en vogue en ce moment.

Tout commence par une scène extrêmement violente et qui présente un des propos prédominant durant une bonne partie de la série : le harcèlement scolaire.

En pleine nuit, sous une pluie battante, sur le toit d’une église, des jeunes gens en tenue de lycéens s’attaquent à un pauvre garçon, le ruant de coups devant deux autres jeunes mortifiés. Cependant, l’attaque tourne court lorsque l’agressé se rebelle et se défend. La bagarre se termine dans la mort et le sang tandis nous basculons tout d’un coup dans le film d’horreur pure et que la jeune victime se met à avoir un comportement plus que suspect. Les adeptes des films d’horreur reconnaitront très vite le comportement d’un zombie, ce qui sera confirmé assez vite dans la suite de la série.

Nous nous retrouvons ensuite au sein d’une classe de 2de (l’équivalent d’une classe de Première en France), celle-là même où se trouve les harceleurs et les harcelés du début de l’épisode.

Nous y faisons tout d’abord la connaissance de Cheong-San et On-Jo, garçon et fille qui sont voisins, se connaissent depuis qu’ils ont 6 ans, et qui passent leur temps à se faire et dire des vacheries. On s’aperçoit cependant assez rapidement que Cheong-San aime secrètement On-Jo, mais qu’il préfèrera se prendre des coups de lattes plutôt que de lui avouer ses sentiments. On-Jo, elle, craque pour le voyou de la classe. Gentil voyou, cela va sans dire. Populaire et beau gosse, Sue-Hyok n’a d’yeux que pour la déléguée, Nam-Ra, que tout le monde méprise. Elle-même vivant dans sa bulle, les écouteurs collés aux oreilles toute la journée.

D’autres personnages plus secondaires complètent le tableau : Y-sak, la meilleure amie de On-Jo, Han Kyeong-soo, le meilleur ami de Cheong-San, le chanteur un peu balèse, l’intello à lunettes, la peste au pull rose, la timide et quelques autres… Chacun aura l’occasion de briller par ses actions, bonnes ou mauvaises…
Assez rapidement, la série plonge dans l’horreur et met les jeunes gens dans des positions désespérées.

Ambiance « salle de musique »
©Netflix
Source : Allociné

Difficile, voire impossible de ne pas faire le lien avec le naufrage de Sewol, ce drame qui a vu 304 des 415 passagers d’un Ferry périr lors d’un naufrage le 16 avril 2014. Le bateau comportait à son bord 375 lycéens, âgés eux aussi de 17 ans… 250 d’entre eux ont perdu la vie, en raison des défaillances des secours.

En effet, plus d’une fois il est dénoncé combien le système abandonne ses jeunes. Avec cette jeune fille qui est contrainte d’abandonner son bébé, elle-même ayant été abandonnée par les adultes, forcée d’accoucher seule dans des toilettes, en plein milieu d’une épidémie de zombies…

Abandon encore avec ce proviseur qui étouffe les affaires. De harcèlements d’abord, puis de l’épidémie. Abandon par les autorités qui ne viendront jamais au lycée… Abandon des habitants de la ville qui sera coupée des communications via la Loi Martiale. 

Impossible aussi de ne pas faire le parallèle entre le directeur de l’école des victimes du naufrage et le général qui gère la situation à Hyosan…

Les jeunes se questionnement même devant l’inaction des autorités pour venir leur porter secours : « Pour certaines sociétés, le pire drame que l’on puisse vivre, c’est de perdre un enfant. Pour d’autres, c’est de perdre un aîné. Qu’est-ce que cela veut dire de ces sociétés ? Que certaines privilégient l’Espoir, quand d’autres privilégient la Sagesse. Et la nôtre, que privilégie-t-elle ? »
Beaucoup de réflexions parsèment ainsi la série à travers ces jeunes isolés, affamés, déshydratés, fatigués, désespérés.

On explore aussi les tensions qui ressortent, les animosités qui réapparaissent. Après le soutien pour sa survie, les masques tombent, les nerfs lâchent, les vrais visages se révèlent.

Jamais on n’aura autant été dans l’horreur, la haine, la violence… Je ne vais pas vous mentir, la série est extrêmement gore, sanglante, voire abracadabrante.

Pourtant, nous avons droit à de très belles scènes, très fortes en émotions. Beaucoup de justesse dans l’interprétation, de retenue dans les gestes, d’intensité dans les regards. Des scènes qui filent la banane aux personnes un peu fleur bleue comme moi ! Des scènes qui mouillent les yeux des personnes sensibles aussi… Des petits moments un peu drôles, complètement décalés (mention spéciale à « Orange-Man », le YouTubeur suicidaire mais aussi au policier trouillard sur le scooteur…). Bref, tout ce qu’il faut pour rendre cette série attachante.

Ne vous fiez pas à leur air benêt…
©Netflix
Source : Allociné

La série n’est cependant pas exempte de défauts. Le premier étant le rythme.

En effet, la saison 1 compte 12 épisodes de 65 minutes en moyenne, pour raconter pendant 11 épisodes l’attaque de zombies dans un lycée. Et le mécanisme est toujours le même : les lycéens doivent trouver un lieu de repli et un moyen de sortir. En général, on a une perte par changement de salle, et ils changent beaucoup de salles… On visite ainsi d’abord le réfectoire, puis la salle de cours, la salle de multimédia, la salle de musique, le gymnase, le toit, etc. Chaque fois la tension s’apaise pendant quelques heures, puis la situation dégénère ou alors l’un d’eux décide qu’il est temps de partir…

L’autre mécanisme qui revient à partir de la moitié de la série et jusqu’à la fin, c’est le personnage que j’ai très affectueusement surnommé « l’enc*** ». Ce personnage sorti tout droit de TERMINATOR II, aussi increvable et déterminé que T1000, qui poursuit nos amis sans relâche. Celui qui, quand on le voit, nous fait nous exclamer « Oh non, revoilà l’enc*** »… Celui qui vous donne des envies de meurtres et qui vous ferait presque chercher des stratagèmes pour se débarrasser de lui une bonne fois pour toutes. Némésis de RESIDENT EVIL… Le boss final. Durant une scène, il se vante de dire que si la vie était un jeu vidéo, il irait jusqu’au boss final. Mais en fait, c’est lui le boss final…

Enfin les deux derniers épisodes sont très déstabilisants. D’abord parce qu’on voit disparaître des personnages qu’on n’avait pas du tout imaginé perdre, ensuite parce que beaucoup de mystères semblent non résolus. Enfin parce que ça finit sur un pu*** de cliffhanger !

Chacun y va de sa théorie et j’essaye de rester optimiste…
Nous verrons bien à quelle sauce nous serons mangés à la prochaine saison…

Sans être la série de l’année, ALL OF US ARE DEAD nous permet de nous attacher à ces lycéens qui nous ressemblent, pour peu qu’on n’ait pas oublié cet âge compliqué qu’est la fin de l’adolescence.

L’armée des 9 lycéens
©Netflix
Source : Allociné

BO du jour : abandonnés…

11 comments

  • Présence  

    Incroyable : je connais la BO ! (et j’ai même l’album 🙂 )

    Bon je devrai réussir à dormir bien qu’ayant visionné la bande annonce, mais ça va être tangent (moi aussi, je suis une chochotte 🙂 ).

    Pour certaines sociétés, le pire drame que l’on puisse vivre, c’est de perdre un enfant. Pour d’autres, c’est de perdre un aîné. Qu’est-ce que cela veut dire de ces sociétés ? Que certaines privilégient l’Espoir, quand d’autres privilégient la Sagesse. Et la nôtre, que privilégie-t-elle ? – Superbe paragraphe, et questionnements qui sont les miens quand je vois ce que la société propose aux enfants, comme accueil dans la vie adulte.

  • Eddy Vanleffe  

    Donc bravo!
    je n’ai pas encore vu cette série, ce n’est pas le moment en ce moment de nous jeter dans de l’horreur là où les filles chez moi ne veulent que romances, rires et choses légères…

    les séries coréennes ont une portée politique et sociales exacerbées, une sorte de rage qui vient du ventre qui veut en découdre avec la pression sociétale exercées par un poignée de nantis violents en cravates. La réussite est une horreur absolue et l’échec pire encore…
    harcèlement, corruption des élites, veulerie des plus pauvres, personne n’est épargné.
    c’est bien plus qualitatif que les odes au nombrilisme si nombreuses actuellement chez nous.
    en zombis métaphore de la révolte qui couve en Corée, on a aussi KINGDOM absolument génial quand on comprend que les plus pauvres affamés et spoliés de tout par une aristocratie sans scrupule, se réincarnent pour se rembourser en fait… KINGDOM ce sont les gilets jaunes…

    • zen arcade  

      @Eddy : « les séries coréennes ont une portée politique et sociales exacerbées, une sorte de rage qui vient du ventre qui veut en découdre avec la pression sociétale exercées par un poignée de nantis violents en cravates.  »

      C’est sans doute vrai pour certaines des séries qui arrivent jusque chez nous et qui, on ne va pas se leurrer, sont de plus en plus produites et calibrées pour toucher un public mondial plutôt que strictement coréen (merci Netflix), mais je ne pense pas que cela reflète une grande partie de la production coréenne.
      Ma plus grande fille bouffe de la série coréenne au kilomètre (elle regarde même des séries coréennes sous-titrées en japonais) et la plupart du temps la portée politique et sociale est soit ridicule soit inexistante.

      Bon sinon, je ne suis pas très intéressé par ce All of us are dead mais merci à Kaori pour l’article.

      • Eddy Vanleffe  

        Alors c’est vrai que ma fille mes regarde uniquement aussi par le truchement de Netflix, qui est un filtre, cela va de soi. En revanche, si les portées politiques sont souvent dans les romances mises de coté, on a quand même ce sempiternel rapport de force entre réussite/pauvreté sont presque toujours mis en scène d’une manière ou d’une autre.

  • Fletcher Arrowsmith  

    Bonjour Kaori,

    cette nouvelle entrée m’a intriguée. J’ai regardé les 10 premières minutes, vu que la série est disponible sur Netflix (ce que je savais pas avant de te lire). Cela envoie de la buche immédiatement. Cela sent le binge watching à plein nez. Après HEARTSTOPPER (que je viens de terminer) une autre série sur le harcèlement, mais plus trash et moins bonbon.

    Du coup j’ai parcouru, j’avoue un peu en diagonale, ton article pour ne pas me faire divulgacher des éléments de l’intrigue. Bonne synthèse, court, concis. Cela va à l’essentiel en donnant envie. Bon choix de photos également. Bref tu as achevé de me convaincre.

    Cela a tout pour me plaire, du moins j’espère, car pas fan de SQUID GAME, mais à fond derrière le DERNIER TRAIN POUR BUSSAN par contre.

  • Jyrille  

    Très bon article Kaori, rien que parce que tu as réussi à me vendre cette série ! Je la note et je la regarderais je ne sais pas quand encore. Je remarque que tu parles de faits réels qui font écho mais je crois bien n’en avoir jamais entendu parler, merci donc pour m’éclairer. Surtout que comme le dit Eddy, il y a toujours un point de vue social chez les Coréens, mais c’est également le premier apanage des fictions de zombies pour moi…

    La BO : décidément, je n’aimerais jamais Dream Theater.

  • Eddy Vanleffe  

    Juste un truc Kaori, les films ont à mon sens le même type de message, mais j’ai l’impression que l’horreur s’imprime plus vite et plus fort dans ton esprit…

  • Kaori  

    Merci à tous 🙂

    @Fletcher : je suis agacée parce qu’après avoir rendu ma copie à Bruce, je me suis rendue compte que j’avais oublié de créditer l’auteur, qui est le même que DERNIER TRAIN POUR BUSAN, grrrrr….

    @Jyrille : j’ignorais ce fait divers avant de faire des recherches. En fait, en visionnant la série, j’y ai décelé une forte impression de dénonciation/culpabilité par rapport à des faits graves. Je pensais à un incendie dans un lycée par exemple. Et j’ai découvert ce terrible naufrage.

    @Présence : merci, toujours le premier, toujours plein de bienveillance ! Oui, cette tirade m’a beaucoup marquée…

    @Eddy : je crois que je mise plus d’espoirs dans les séries pour la survie des personnages XD . Je m’attache et donc je veux savoir leur devenir. Un film, ça passe et on oublie.
    Mon homme me propose régulièrement des films d’horreur. C’est toujours niet. Car je ne retiens que les scènes d’horreur et pas l’espoir pour les personnages.

    J’avais peur de ne pas convaincre, surtout en ayant omis de créditer le réalisateur de DERNIER TRAIN POUR BUSAN !!! Donc ouf 😀

  • JB  

    Merci pour cette présentation ! La série attend dans ma liste « À voir » depuis des mois, je vais probablement sauter le pas durant l’été ^^ Je connais assez mal les « tropes » de l’horreur coréenne (à part le visionnage de quelques films des débuts 2000 et malgré la lecture des articles du présent site sur le genre, comme celui-ci : http://www.brucetringale.com/la-nouvelle-vague-sud-coreenne/)
    Bravo pour la mise en contexte avec le naufrage du Sewol, je n’avais pas connaissance de cette catastrophe

  • Bruce lit  

    Toujours un plaisir de te lire Kao.
    Tu te mets à l’épreuve cette année : THE BOYS puis ça…
    Comme tu le mentionnes, après un premier épisode époustouflant, j’ai abandonné au bout de 3 épisodes. Effectivement beaucoup de gimmicks et de déroulements identiques, peu d’évolution pour les perso. J’avais trouvé la scène où les élèves sont enfermés dans une salle avec un prof zombie formidablement chorégraphiée. Et la relation entre les deux voisins assez sympathique.
    Malheureusement le trop plein de séries fait que ma confiance envers ce format s’est amenuisé entre celles géniales qui sont interrompues, gâchées ou qui font du surplace.
    La bO : Je me rappelle que Dream Theater est fan de Pink Floyd. Pour le reste, leur son préfigure assez celui du métal d’aujourd’hui.
    Très bon titre, Hokuto Style.

  • Surfer  

    Hello Kaori,

    J’ai fait mieux que Bruce…je me suis arrêté au 4ème épisode mais le n’ai pas pu aller plus loin . Pour les raisons que tu évoques et principalement:

    « En effet, la saison 1 compte 12 épisodes de 65 minutes en moyenne, pour raconter pendant 11 épisodes l’attaque de zombies dans un lycée »

    Plus décompressé que ça …Tu meurs ☹️

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