Un Chant de Noël à Gotham (Batman : Noël, par Lee Bermejo)

Batman : Noël, par Lee Bermejo

AUTEUR :   TORNADO

VO : DC Comics

VF : Urban

Il a pas une tête de père-noël, çui-là… © DC Comics

Il a pas une tête de père-noël, çui-là…
© DC Comics

BATMAN : NOËL est un graphic novel entièrement réalisé en 2011 par Lee Bermejo (à l’exception de la mise en couleur, effectuée par Barbara Ciardo). C’est une première car le brillant illustrateur des mini-séries BATMAN : JOKER et SUPERMAN : LEX LUTHOR n’était alors pas un habitué du travail de scénariste (ces deux dernières créations ayant été écrites par Brian Azzarello). Il a néanmoins, depuis, transformé l’essai d’une fort belle manière avec une puissante mini-série science-fictionnelle : SUICIDERS.

Connoté Dickens, à mort ! © DC Comics

Connoté Dickens, à mort !
© DC Comics

En premier lieu, BATMAN : NOËL semble être l’adaptation du plus célèbre des contes de Charles Dickens : UN CHANT DE NOËL, avec Batman en lieu et place d’Ebenezer Scrooge !

En réalité, Lee Bermejo met en parallèle le conte de Dickens avec une nuit de Noël à Gotham City, durant laquelle Batman traque son ennemi le Joker. Il semble recopier des extraits du conte originel sur ses illustrations et, ainsi, nourrit son histoire de résonnances métaphoriques inscrites dans l’inconscient collectif des lecteurs, car UN CHANT DE NOËL demeure le plus emblématique des contes de Noël à travers le monde.

Même la nuit de Noël, Batman peut compter sur son meilleur ennemi… © DC Comics

Même la nuit de Noël, Batman peut compter sur son meilleur ennemi…
© DC Comics

En définitive, c’est essentiellement le texte inspiré de Charles Dickens qui vient donner du sens à la mythologie de l’Homme chauve-souris, et non l’inverse. L’idée de comparer Scrooge et Batman finit par faire sens, bien que les trois fantômes, celui du passé, du présent et de l’avenir, prennent dans le récit présent une connotation davantage tirée par les cheveux.

Au bout du compte, on se dit que notre jeune auteur nous a offert un point de vue sur l’univers du Chevalier noir de Gotham à la fois original et fortement ancré dans ses racines mythologiques. Après tout, maintenant qu’on y pense, Gotham City a toujours ressemblé au Londres gothique de Charles Dickens, et ses vilains nous ont toujours semblé sortir des contes britanniques du 19ème siècle…

On se croirait chez Oliver Twist ! © DC Comics

On se croirait chez Oliver Twist !
© DC Comics

Un des principaux intérêts de cette lecture réside évidemment dans sa plastique magistrale. Chaque planche est à la fois iconique et d’une virtuosité à toute épreuve. Bermejo opte pour un style photo-réaliste, allant jusqu’à reprendre le look et les costumes de ses protagonistes tels qu’on a pu les voir dans les adaptations cinématographiques, de Tim Burton  à Christopher Nolan, où le cuir, le kevlar et le latex remplacent les collants traditionnels des comics mainstream… Par ailleurs, la cité de Gotham dévoile ses atours majestueux dans un ensemble de planches à la précision architecturale impressionnante.

Gotham By Night © DC Comics

Gotham By Night
© DC Comics

Mais c’est surtout dans la mise en forme du récit que notre auteur tire son épingle du jeu : En utilisant au maximum le potentiel de l’art séquentiel dans ce qu’il possède de possibilités narratives, en pratiquant l’art du découpage avec un soin extrême, en mettant en parallèle le texte, les onomatopées, les dialogues et les images au diapason de l’ambiance souhaitée par le concept de départ, Lee Bermejo parvient à nous raconter son histoire tel qu’il ne serait pas possible de le faire sous un autre medium. Et c’est personnellement tout ce que je recherche lorsque je viens lire une bande dessinée ou un comicbook…

 Regardez-bien, c’est quand même de la BD, et de la bonne ! © DC Comics

Regardez-bien, c’est quand même de la BD, et de la bonne !
© DC Comics

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En avance pour le noël de l’année qui commence,Tornado vous commente chez Bruce Lit le BATMAN : CHRISTMAS de Lee Bermejo qui fait honneur aussi bien au justicier noir qu’aux contes de Dickens.

C’est qui qui est capable de chanter Noël avec le blues, hein ? C’est qui ?

17 comments

  • JP Nguyen  

    Hey Tornado, toi qui connais forcément le Halloween Special de Loeb/Sale également inspiré de Dickens, comment comparerais-tu les deux ?
    Le Noël de Bermejo est certes un festival visuel mais le scénario de Loeb me semble mieux troussé.

    • Tornado  

      Il aura fallu que je lise ton commentaire pour que je me demande pourquoi, diantre, je n’ai pas une seule fois cité le Halloween Special de Jeph Loeb & Tim Sale dans ce fichu article (adapté du même conte de Dickens pourtant) !
      Sinon je suis bien d’accord : Le scénario de Loeb est encore un bon cran au dessus.

  • Présence  

    Excellent choix d’histoire de Batman. Merci pour ces souvenirs.

    Gotham City a toujours ressemblé au Londres gothique de Charles Dickens. – Oui, surtout quand Mike Mignola a augmenté la dose et effectué le rapprochement dans Gotham by gaslight. Je me souviens que Kelley Jones aime également bien jouer sur ce rapprochement, pour jouer la confusion.

    Sa plastique magistrale – Une plaisir de lecture extraordinaire que ces planches hyper-réalistes, avec malgré tout une sensation de mouvement et narration séquentielle, du grand art. Pendant un moment, l’éditeur DC Comics avait donné l’impression de tenter une gamme de récit complet indépendant centrés sur Batman, confiés à des artistes sortant de l’ordinaire, Death bu design, de Chip Kiidd. Malheureusement cette volonté éditoriale n’a pas duré longtemps.

  • Manu  

    J’ai découvert Lee Bermejo grâce a l’album « Noël », et j’avoue que je me suis pris une véritable claque visuelle. Moooon Dieu quelle beauté dans ses dessins! Je n’avais pas tout de suite saisi la comparaison entre le conte de Charles Dickens et la trame de l’histoire BDE Batou, mais au bout d’un moment tout s’imbrique parfaitement. J’ai passé beaucoup de temps sur chaque page pour regarder les détails du dessin tellement c’était beau.
    du coup je me suis senti obligé d’acheter « Joker » une semaine après. Et là, je me suis repris une tarte! Il est vraiment fortiche le bougre!!

  • Matt  

    Un ami m’a montré ce comics. Je m’étais dit qu’il faudrait que je le tente, mais je ne l’ai jamais fait.
    En fait je crois qu’aussi joli que ce soit, ça reste trop chargé pour moi le style de Bermejo. Je n’y suis pas allergique mais je reste assez insensible à la beauté dont tout le monde parle.

  • Jyrille  

    Merci Tornado pour le tour d’horizon ! De Bermejo, je n’ai lu que JOKER, scénarisé par Azzarello, et même si j’ai trouvé le dessin très impressionnant, je me suis un peu ennuyé. Ici cela a l’air bien plus marrant et tout aussi beau, mais j’ai d’autres priorités. Et ton article me semble vraiment trop court, c’est un comble ! :)

    La BO : j’adore. C’est un des trop nombreux albums de Tom Waits que je ne connais pas bien, j’ai dû l’écouter une fois ou deux chez des copains.

    • Tornado  

      Ah ! « Blue Valentine » est à la fois le 1° album de Tom Waits que j’ai écouté, et mon préféré depuis ! (purée, ça date de la fac, quand même ^^)

      • Jyrille  

        Pareil, la fac… mais moi mon premier Tom Waits, c’est Swordfishtrombone, rien à voir non ? Forcément, je préfère donc le Waits d’après, avec Marc Ribot à la guitare, l’expérimental, plutôt que le classique crooner. Rain Dogs reste mon favori.

        • Tornado  

          Non moi c’est l’inverse. Rain Dogs me casse les oreilles ^^

  • Bruce lit  

    Ah ? Pourquoi pas ?
    Je suis toujours sceptique lorsque des dessinateurs vedettes passent au scénario mais puisque tu dis que c’est bien. Il est rare non Bermejo ?
    J’avais lu son Joker avec Azzarello et n’en garde aucun souvenir.

    • Tornado  

      On est ici plus dans le conceptuel (le forme, surtout), nettement moins dans le fouillage des personnages comme tu aimes. Ça ne te branchera pas trop, je pense.

      • Bruce lit  

        Well….
        Sans moi alors….
        J’ai eu une soudaine nostalgie en lisant cet article si court pour du Tornado en réalisant que cela fait bien une dizaine d’années que nous nous sommes connus avec Présence sur Amazon, sur des « commentaires » aussi succins que celui-ci. Une autre époque. Le même plaisir à échanger. Si loin, si proche…..
        Sans Tom Waits, la BO du jour aurait pu être Do you remember the first time ? de Pulp.

        • Tornado  

          Certes, les premiers commentaires (les miens en tout cas), faisaient, quoi, trois lignes ! :D
          Mais même si je suis moi aussi un nostalgique, ce que l’on a aujourd’hui à la place de ce qu’on avait hier (je parle donc bien du blog en lieu et place des commentaires Amazon), c’est pas mal, non ? ^^

          • Bruce lit  

            Oui rien à voir.
            Mais rien n’empêche de repenser aux premiers baisers une fois casé et en famille.

  • OmacSpyder  

    Un Batman : Noël pour accélérer le dégel, et l’auteur dessinateur s’y frotte avec un talent certain. Des étoiles dans les yeux face aux planches à la fois fouillées et dynamiques.
    Ton article situe bien le parallèle avec le récit ancré dans la culture américaine de ce Noël de Scrooge. Ça plante un décor connu et familier pour tous les résidents des États-Unis et au-delà.
    Pour autant, je ne parlerais pas d’inconscient collectif : les américains sont très conscients de ce récit et des racines qu’il prend dans leur culture. Je parlerais donc de culture, tout simplement. ( par définition l’inconscient serait… pas conscient, or ça n’est pas le cas^^)
    Cette idée de faire se croiser deux figures culturelles que sont Scrooge et Batman est intéressant en soi, puisque ce récit de Dickens vise à faire apercevoir en quoi la vie de Scrooge s’est rétractée pour des raisons compréhensibles mais que l’on peut bousculer. C’est le but de ces trois Noël, présent futur et passé.
    Mais la question serait : Qu’en retire Batman dans cette histoire enchevêtrée..?

    ( Bon j’arrête là sinon mon commentaire sera aussi long que ton article! :D )

  • Bruce lit  

    Tom Waits : j’ai toujours repoussé à plus tard l’écoute de cet artiste.
    Grâce à ta BO c’est la première fois que j’écoute un morceau de lui en entier et….j’aime pas du tout. Du piano bar en état d’ébriété. Trop blues pour moi….
    Dans le même registre je préfère et de loin son émule Arno dont je crois que c’est Tornado qui ne le supporte pas.

  • Lionel  

    Quelle semaine. Je me suis régalé. Chapeau à toute l’équipe.

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