Un Spector Gadget !

Moon Knight : From the Dead par Warren Ellis et Jordie Bellaire

1ère publication le 05/01/15- Maj le 27/07/18

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Les petites histoires d’Ellis & Moo©Marvel Comics

AUTEUR : JP NGUYEN

VO : Marvel

VF : Panini

Cet article porte sur les 6 premiers épisodes de la série Moon Knight relancée en 2014, par Warren Ellis, Declan Shalvey et Jordie Bellaire.

Dans le firmament des super-héros Marvel, Moon Knight occupe une place particulière, loin des grandes stars, c’est un personnage plutôt satellite (sic). Au niveau des pouvoirs et du look, c’est une sorte de Batman habillé en blanc. Là où ce justicier gagne en originalité, c’est qu’il n’utilise pas une seule identité secrète mais trois !

En effet, l’ancien mercenaire Marc Spector a développé deux autres personnalités de substitution : celles du millionnaire Steven Grant et du chauffeur de taxi Jack Lockley.

Les précédents relaunchs de Moon Knight en 2006, 2009 et 2011 : une présence à éclipse sur les stands des comic-shops.

Les précédents relaunchs de Moon Knight en 2006, 2009 et 2011 : une présence à éclipse sur les stands des comic-shops.©Marvel Comics

Apprécié par un noyau dur de fans, Moon Knight n’a jamais été suffisamment vendeur pour assurer le maintien d’une série régulière sur le long terme. En mars 2014, ce héros à la popularité cyclique est donc l’objet d’une énième relaunch, scénarisé par Warren Ellis.

Ce dernier prend le parti de la concision en alignant six one-shots. Des histoires courtes, aux titres brefs (Slasher – Sniper – Box – Sleep – Scarlet – Spectre) et plutôt orientées action.
Dans cette nouvelle itération, Warren Ellis choisit non pas de multiplier les identités secrètes mais plutôt les identités costumées. Marc Spector est donc tour à tour Moon Knight, super-héros à la cape blanche ou Mister Knight, détective en costume trois-pièces immaculé portant une cagoule ornée d’un croissant de lune sur le front.

Mister Knight, ou Elijah Snow avec une cagoule

Mister Knight, ou Elijah Snow avec une cagoule©Marvel Comics

Dans « Slasher », Ellis prend deux pages pour rappeler les grandes lignes du personnage et lui fait faire une entrée pleine de style, dans une ruelle de New York pour venir en aide au Détective Flint, du NYPD, sur une scène de crime où git un cadavre mutilé à l’arme blanche. Prompt à collecter et analyser les indices, Mister Knight remonte très vite la piste du meurtrier et lui règle son compte vite fait bien fait. Le numéro se termine sur un flashback d’une visite de Marc Spector chez le médecin, où il lui est expliqué qu’il ne souffre pas d’un simple désordre dissociatif de l’identité mais que son cerveau a été colonisé par la conscience du dieu Khonshu !

Dans « Sniper », Moon Knight doit arrêter un ex-agent secret qui exécute ses anciens collègues reconvertis dans la banque. « Box » confronte le fils de Konshu à des fantômes punks qu’il va devoir combattre grâce à une armure mystique lui permettant de toucher les créatures spectrales. « Sleep » le voit venir en aide au Docteur Skelton, chercheur sur le sommeil, dont les patients sont atteints de démence inexpliquée.

Séquence hallucination

Séquence hallucination©Marvel Comics

L’histoire suivante est de la pure action, le justicier rentre dans un hôtel délabré de six étages pour libérer une petite fille kidnappée, « Scarlet», aux mains d’une quinzaine de ravisseurs. Enfin, « Spectre » raconte le parcours d’un policier aigri, jaloux de Moon Knight et qui se décide à lui ravir sa place en endossant l’identité du Black Spectre.

A certains moments, on retrouve un peu l’ambiance de Planetary, Mister Knight étant confronté à des phénomènes paranormaux dont l’origine n’est pas toujours clairement explicitée dans le récit, laissant planer un parfum de mystère. On retrouve alors la grande marotte de Warren Ellis, qui est de mêler la science et le surnaturel (dans l’explication de la démence de Marc Spector ou la révélation finale de « Sleep »). A d’autres moments, on est plus dans du pop corn comics, où ça bastonne gaiement, comme si Jason Statham avait élu domicile dans les pages d’un comic-book.

l’image prend très souvent le pas sur le texte, comme ici, à la fin de « Box »

L’image prend très souvent le pas sur le texte, comme ici, à la fin de « Box »©Marvel Comics

Même si elles réservent quelques petits « twists », les intrigues sont assez simples et c’est surtout grâce aux artistes Declan Shalvey et Jordie Bellaire qu’on passe un bon moment.
Quel que soit son costume, Moon Knight est toujours dessiné en noir et blanc, quasiment sans teinte intermédiaire, ce qui lui donne d’emblée une présence particulière sur la page. Une aura renforcée par sa prestance et son assurance, étant donné qu’il arrive toujours à dominer ses adversaires.

Pour parachever la coolitude du personnage, Ellis le dote de gadgets high tech : une limousine et une aile volante commandées vocalement. De son côté, Shalvey soigne le design en multipliant les croissants de lune, que ce soit dans les boutons du costume de Mister Knight ou dans les protections de bras et de jambe de Moon Knight.

L’aile volante : un « Spector-Gadget »

L’aile volante : un « Spector-Gadget »©Marvel Comics

Grâce une mise en page maîtrisée et parfois originale, le découpage des scènes est efficace et sait s’adapter aux divers registres choisis par Warren Ellis. Les décors sont bien posés, seuls les personnages secondaires peuvent décevoir au niveau des visages, peu marquants. Les couleurs de Jordie Bellaire viennent booster le tout en ajoutant de la définition, du relief à certains éléments et en installant les ambiances.

Six petits épisodes et puis s’en vont, Ellis et Shalvey auront fait un bon boulot mais on garde l’impression d’un travail de commande de la part de Warren Ellis, qui ne se sera pas fortement investi dans le personnage de Moon Knight. En effet, alors que j’ai lu pas mal de critiques dithyrambiques sur ce relaunch, je suis pour ma part un peu déçu.

Sans fil conducteur ni mise en place de méta-intrigue, sans enjeu personnel pour le héros, le lecteur n’a pas l’occasion de s’attacher au chevalier de la lune et l’enthousiasme initial va en décroissant. Les bonnes idées et les quelques fulgurances ne dissipent pas un sentiment de verre à moitié vide, à l’image des couvertures du titre, dont seule la partie supérieure est dessinée. Tout cela laisse augurer d’un arrêt probable de la série dans quelques lunes, suivi d’un futur relaunch un peu plus tard. (A moins que l’équipe créative suivante, Brian Wood et Greg Smallwood, ne se mettent à envoyer du bois ?).

On aurait rêvé d’un run plus long et plus ambitieux, on aura seulement eu droit à un bel exercice de style. C’est comme ça chez Marvel NOW, faut sans doute pas demander la lune, non plus.

Les six illustrations de couverture réunies

Les six illustrations de couverture réunies

 

20 comments

  • Jyrille  

    Très bon article, je ne connais pas du tout ce personnage. Bon par contre le titre est un peu faible :-)

  • Présence  

    J’ai bien aimé le titre.

    Warren Ellis ne se cache pas du fait qu’il accepte des contrats de Marvel pour conserver une visibilité dans ce média. Effectivement, il est difficile d’attendre plus qu’un bon exercice de style. Marvel retire le bénéficie d’une approche renouvelée d’un personnage à l’aura limité, et Ellis rappelle qu’il existe, c’est du gagnant-gagnant.

    Dans le cadre de cet exercice de style, Warren Ellis prouve à nouveau qu’il maîtrise la forme courte, à savoir une histoire en 20 pages. Comme toi, je trouve que ces histoires prennent toute leur envergure grâce à Declan Shalvey et Jordie Bellaire. Si « Avengers endless Wartime » était aussi insipide, c’est du fait que le dessinateur n’était pas capable de sortir des stéréotypes visuels des comics de superhéros.

  • JP Nguyen  

    Pour le titre, j’avais aussi pensé aux « Petites histoires d’Ellis et Moon ».
    Sinon, en réfléchissant à une BO pour l’article, je trouve que Goodnight Moon de Shivaree irait pas mal : des petites histoires à lire avant d’aller dormir…

  • Bastien  

    Bonjour,
    Merci pour cet article qui est très intéressant.
    Pour ma part j’ai trouvé que d’avoir que des one shot était plutôt sympa.
    Ca permet de se mettre à la série n’importe quand et de ne pas à avoir a se rappeler de quoi était fait, l’épisode précédent avant de lire le comics.
    Le problème comme tu l’as évoqué est le manque d’ampleur que cela impose.
    Un vrai dilemme même si pour ma part j’ai trouvé que ces épisodes étaient une bonne distraction.

    Bonne journée.

  • Bruce lit  

    J’ai le souvenir de Moon Knight en couverture avec Spider Man sur un vieux Strange sur fond bleu et me rappelle avoir lu un article de Comic Box demandant si ce personnage était le Batman de Marvel. Avec ton article, c’est probablement la + grande source d’informations que j’ai sur ce personnage. J’avoue ne pas être du tout tenté par un héros millionnaire et ses gadgets, ni par le nom de Warren Ellis qui, mis à part ses Thunderbolts n’a jamais su me convaincre. J’ai déteste Spider Jerusalem, son run pour Excalibur, son Ghost Box pour les Xmen, son Fell, moyennement apprécié son BLack Summer et tout le jargon scientifique l’accompagnant. Et trouvé léger, son Extremis Par contre j’avais plutôt bien aimé son roman Artères Souteraines.

  • Jyrille  

    J’aime beaucoup Ellis. J’ai adoré Transmetropolitan, Fell (un seul tome en VF non ?), mais surtout ses Authority et Planetary. Tu devrais peut-être essayer ces derniers, Bruce. Ah et un one shot en VO que Présence m’avait fait découvrir, dans un univers steampunk, Mais le titre m’échappe, là…

  • Tornado  

    Pour ton dernier paragraphe, JP, le nombre de jeux de mots autour de la « lune », des « croissants » et du « bois » est absolument hallucinant ! :D
    Et sinon c’est rigolo tout plein ce titre « Un spector Gadget » !

    Je vais me le prendre quand il va sortir, dans 10 jours. moi j’adore les exercices de style et les courts récits. Je suis fan de ce type de BD. De l’art séquentiel total. Et Warren maitrise le truc (voir « Global frequency » !).

    Quant à moi, Warren est mon scénariste préféré tout de suite après Alan Moore, et juste avant Garth Ennis.
    Je suis un fan total. J’adore son style et son art du découpage et des dialogues. Il y a toujours une classe et une intelligence dingue avec ses scénarios. Et il maitrise les concepts science-fictionnels au moins autant que Moore et Morrison.
    Cela ne m’étonne pas que son travail ne plaise pas à Bruce, car il véhicule tout ce qu’il déteste !
    Mais quand même : Planetary est du niveau des travaux d’Alan Moore pour ABC Comics. The Authority est grandiose. Transmetropolitan est un grand moment de SF. Et j’en passe et des meilleures (il reste encore 4 jours à lire des articles sur Warren !).

  • JP Nguyen  

    J’avoue que les jeux de mots sont mon péché mignon et qu’entre la lune et l’équipe créative en « Wood » succédant à Ellis/Shalvey, je me suis fait plaisir.

    Concernant ces épisodes, ma notation peut sembler basse mais c’est parce que, pour moi, au-delà d’un plaisir de lecture évident lors de la découverte, ces numéros ne me paraissent pas présenter un potentiel de relecture énorme. Mais je reconnais tout à fait la maestria de Ellis et des artistes.

    Le père Ellis est quand même ultra prolifique et on pourrait tenir des mois rien que sur ses oeuvres. Je ne connaissais pas Aetheric mechanics mentionné plus haut par Cyrille. En lecture moyennement récente, j’ai bien aimé ses Gravel même si le dernier cycle ressemblait un peu à une arnaque intellectuelle…

  • Tornado  

    La pire arnaque, c’est « Doktor Sleepless » : Série inachevée avec 2 tomes que j’ai payé 13 euros chacun, et que je ne lirai jamais puisque la série a été abandonnée en cours de route…

  • Bruce Lit  

    Bon je me sens un peu seul là à l’école des fans….

    • Jyrille  

      Welcome to my world quand vous parlez de X-Men…

      Tiens d’ailleurs j’en reparlerai mais sachez qu’on vient de me prêter deux recueils Marvel Deluxe de CIVIL WAR. Y a déjà des articles dessus ?

      • Bruce lit  

        Non étonnamment personne ne s’est lancé pour CW.

        • JP Nguyen  

          Mon avis sur CW est assez bien repris dans le refrain de la chanson des Guns…

  • Tornado  

    Civil War. Je peux faire. J’ai chroniqué déjà tous les tomes de Paninouille.

  • Lone Sloane  

    Ca me donne envie de relire le run assez abscons mais iconique (et pas sa mère) de Charlie Huston et David Finch, sorti en Deluxe il y a 2 ans, avant de découvrir ce qu’a fait Ellis de ce personnage.
    Bruce, si tu as aimé Artères souterraines, je te conseille Gun Machine, sorti l’année dernière. Un polar bien construit, avec whondunnit qui se transforme vite en chasse à l’homme urbaine sans se prendre trop au sérieux.

  • Manu  

    Je n’ai jamais été fan de Moon Knight… J’ai bien lu deux-trois trucs sur lui, mais ça a toujours donné un effet bof sur moi. Ça n’avait pas assez de profondeur à mon sens. Peut être que je me trompe? Mais je n’ai pas eu envie de creuser plus que ça…

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