UN VERRE A MOITIE PLEIN? (RANMA ½)

Encyclopegeek : RANMA ½ par Rumiko Takahashi

Une remontée à la source du manga par Eddy Vanleffe.

Ranma ½ est un manga de Rumiko Takahashi publié dans le magazine shonen Sunday édité par Shogakukan de 1987 à 1996 publié depuis en France par Glénat qui réédite le tout en version remastérisée depuis 2020.

VO : Shogakukan

VF : Glénat

A malin, malin et demi…
©2020-Rumiko Takahashi-Shogakukan-Glénat

Lors de la seconde moitié des années 1980, Rumiko Takahashi vient de mettre un terme coup sur coup à URUSEÏ YATSURA et MAISON IKKOKU. L’avenir lui paraît soudain incertain. Bien entendu, ses deux premières séries lui ont apporté un succès aussi fulgurant que colossal, mais voilà, le paysage manga se métamorphose à cette même période et un seul faux pas la précipitera dans la fosse commune de la ringardise. Pourra-elle encore faire repartir les braises ou tout cela deviendra-t-il de la cendre?

Dans les années 80, c’est l’éditeur Shueisha qui a le vent en poupe et cela grâce à une recette miracle. Ils vont réussir à faire fructifier la dramaturgie particulière aux mangas de sport en reprenant la structure narrative consistant à raconter les aventures d’un jeune naïf, souvent défavorisé ou exclus qui, à force de travail et de dépassement de soi, progressera tout au long du récit dans le but de devenir le meilleur et cela quelle que soit la discipline. Si on pimente le tout avec une bonne dose de fantastique, de Science-fiction, d’action et d’arts martiaux. On obtient donc la nouvelle recette de ce qui deviendra le «nekketsu» (sang bouillonnant), quintessence de vertus viriles exaltées sous forme séquentielles. A ce jeu-là, le magazine JUMP est un véritable rouleau compresseur. HOKUTO NO KEN , SAINT SEIYA , DRAGON BALL , DRAGON QUEST, BASTARD!, YÛ YÛ HAKUSHO font carton plein. Évidemment, pour un occidental distrait, habitué aux trognes burinées d’un Charles Bronson, ces manga ne sont pas forcément l’image même de la masculinité, mais nous sommes au Japon, pays où les proverbes locaux louent les hommes, «beaux comme des femmes» et les valeurs sont articulées sous trois axes: amitié, effort et victoire. Le succès ne s’est jamais démenti depuis. Preuve en sont les NARUTO, ONE PIECE, MY HERO ACADEMIA toujours publiés chez JUMP.

Non le message de ce manga n’est pas: «Pour sauver une forêt de Bambou, tapez un panda!»
©2020-Rumiko Takahashi-Shogakukan-Glénat

Rumiko trouve pourtant une parade..Que dis-je? LA parade. Elle va simplement se foutre de leur gueule, d’un grand rire gras et franc!

Elle va entamer une grande saga d’arts martiaux, mais elle va se l’approprier en y ajoutant une composante unique: son humour décalé bien particulier. Son héros si macho, va se transformer en fille à tout bout de champ, faisant de sa vie une pièce de vaudeville sans fin. Elle ne le réalise pas encore, mais RANMA NIBUN NO ICHI va devenir son best-seller international (sans doute l’un des mangas les plus connus aux states). En plus elle va plus ou moins inventer ce qui va devenir un genre à part entière: le «gender-bender» (manga dont le protagoniste change régulièrement de sexe comme FAMILY COMPO, CINDERELLA BOY ou KASHIMASHI)

Ranma est un jeune apprenti en arts martiaux qui vit sur la route avec son père. Afin de parfaire leur entraînement, les deux athlètes partent en Chine, patrie du kung-fu réputée pour ses lieux particulièrement propices aux exigences des meilleurs champions. Ils vont finalement profiter du pays des sources magiques. Malgré la présence du guide (qui ne se séparera jamais de son uniforme de garde rouge) qui les avertit des dangers d’un tel lieu, les deux ignorants vont oublier toute prudence pour s’exercer en équilibre sur des bambous. Ranma envoie facilement son père à la flotte mais il se pétrifie lorsqu’un gigantesque panda en ressort. Lui-même déséquilibré, il chute dans une autre source. Une fois ressorti, il réalise qu’il a gagné quelque chose mais en a aussi perdu d’autres… il est devenu une fille. Quel déshonneur! Les malheureux sont désormais maudits. L’eau froide provoquera la métamorphose et l’eau chaude en annulera les effets.

sens de droite à gauche: première rencontre entre les deux amoureux!
©2020-Rumiko Takahashi-Shogakukan-Glénat

Suite à cette aventure, les deux infortunés reviennent au Japon. Le père de Ranma, Genma Saotomé écrit à son meilleur ami Soun Tendo qui se réjouit de voir revenir son ancien camarade d’entraînement. Les deux amis se sont en effet promis d’unir leur progéniture une fois en âge de se marier. Ça tombe bien, Soun possède un dojo et trois filles charmantes et Genma n’a rien autre que son ..hum, hum…fils! Parmi les trois filles, les réactions divergent. Kasumi, l’aînée espère que le prétendant soit plus âgé, Nabiki attend un beau gosse riche à qui elle pourra extirper quelque menue monnaie et Akane, la cadette s’insurge de devoir s’unir à un homme sans avoir été consultée.

La rencontre ne se fera pas sans remous. Quand elles constatent le problème sexuel de Ranma, les deux grandes sœurs désignent Akane sans hésitation et voilà la jeune fille fiancée malgré elle à un garçon dont elle ne supporte pas la présence. Ce dernier étant totalement arrogant lui assénant qu’habitué à son corps féminin, il se trouve nettement plus joli qu’elle.

Les deux fiancés malgré eux devront quand même faire contre mauvaise fortune bon cœur, surtout que la jeune Akane semble avoir un certain succès au lycée… Ranma sera continuellement défié par ses soupirants éconduits…problème qui pourrait être résolu rapidement si lui-même ne devenait pas à la moindre pluie, une ravissante jeune femme. Voici donc le début d’une comédie bourrée jusqu’à la gueule de quiproquos hallucinants, propices eux même au développement des sentiments entre les deux protagonistes.

Mieux que James Bond, Conan ou Casanova
©2020-Rumiko Takahashi-Shogakukan-Glénat

La comédie sentimentale loufoque, on sait c’est un domaine que Rumiko Takahashi maîtrise, mais elle va y ajouter l’élément clé sous couvert de suivre la mode des mangas de combats. Et pour sa documentation, elle va simplement s’inspirer du meilleur: Jackie Chan!

L’autrice va rester sciemment vague et caricaturale sur la Chine, elle va pourtant mettre un point d’honneur à restituer la grammaire gestuelle de l’acteur hong kongais. Pour celui qui aurait la curiosité de revoir ses anciens films comme LE CRI DE LA HYENE ou DRUNKEN MASTER, vous pourrez constater à quel point le protagoniste emprunte au physique de l’acteur. Positions des pieds, posture des mains, ouvertes vers l’extérieur ou doigts refermés. Regard aiguisé, silhouette fluette mais puissante. Tout y est. Cela aura d’ailleurs pour effet immédiat de donner une vraisemblance immersive que la dessinatrice chorégraphiera de manière totalement fluide. C’est même dans le manga adulte qu’elle va puiser ses inspirations. Fan depuis toujours de Ryôichi Ikegami et élève du vétéran des mangas: Kazuo Koike (LONE WOLF AND CUB), il n’est pas surprenant de voir Ranma avoir le même entraînement que Yo le «Freeman» de CRYING FREEMAN en équilibre sur des bambous. Les esprits avertis comprendront rapidement que cette chère Rumiko va détourner les codes et ainsi se moquer allégrement des «shonen Jump» à sa manière.

Chorégraphie de combat.
©1994-Rumiko Takahashi-Shogakukan-Viz Média

A commencer par la virilité bien entendu. Ranma a beau se la jouer macho, il se retrouve régulièrement dans la peau d’une bombe sexuelle et devient la proie même des désirs de ses propres camarades, ses rivaux, et tous les pervers de la planète. Si son premier adversaire Tatewaki Kuno se prend pour un séducteur, il est plus con qu’une table basse, incapable de reconnaître le héros quand il change de forme. Il est tantôt jaloux, tantôt amoureux. Ryôga qui apparaîtra plus tard est quant à lui, d’une timidité maladive qui l’inciterait presque au suicide et à l’automutilation. Pourtant amoureux transi d’Akane, il deviendra le principal ennemi de Ranma.

Les figures d’autorité et les vieux maîtres s’en prennent aussi plein la figure. Les parents des deux fiancés ne cessent de pleurer ensemble tout en esquivant la moindre responsabilité en jouant au jeu de go. Ils ne pratiquent presque jamais le moindre art martial et ne brillent jamais par leurs cerveaux. Genma le père de Ranma qui lui est tombé dans la source du panda, préfère finalement sa vie d’animal familier vivant aux crochets des autres plutôt que d’enseigner son kung-fu. Il faut dire que ses techniques se basent surtout sur la fuite ou l’imploration. Soûn sanglote à la moindre occasion et se fait totalement dominer par ses trois filles.

Quel cirque, ce manga!
© 1996-Rumiko Takahashi-Memorial Book-Shogakukan

Mais ces deux compères ont aussi un maître, une sorte de vieux gnome aussi libidineux que surpuissant dont le détail des dépravations le ferait bloquer sur Pornhub. Et même sans son obsession pour les culottes (un trip récurrent chez les japonais, ne cherchez pas… moi c’est le caramel au beurre salé, je ne juge pas.), il est veule, mesquin, menteur et ne possède absolument aucune qualité. Une sorte de Tortue Géniale puissance 1000. Par contre dès que vous pensez aux vieux maîtres du type du Chevalier de la balance dans SAINT SEIYA, vous pouvez deviner pourquoi rien n’est jamais assez sordide pour démolir ce genre de figure. On tiendrait presque un détournement digne de ceux de Garth Ennis dans THE BOYS. Colon (ou Cologne selon les traductions) est son pendant féminin. Cette doyenne d’un village chinois de guerrières amazones veut à tout prix marier sa petite fille SHAMPOO à Ranma, seul jeune prétendant qu’elle juge digne. Pour parvenir à ses fins elle se montre prête à toutes les traîtrises imaginables.

Plus généralement RANMA ½ se pose comme une parodie protéiforme qui fait instantanément de cette œuvre, une pierre angulaire du manga à plus d’un titre.

On a déjà abordé le nekketsu à la mode JUMP mais, l’autrice sans vraiment viser l’une ou l’autre des œuvres de ses confrères, passe le genre sous le rouleau compresseur de son humour nonsensique. Les chevaliers de SAINT SEIYA, si beaux, si gracieux munis d’armures animalières magnifiques deviennent ici une sorte de basse-cour ridicule. Ranma est le seul à bien s’en sortir avec ses transformations en canon de beauté. Son père devient un panda et les deux malheureux sont rapidement suivis par tout un tas d’autres personnages. Ryoga, grand rival qui voulait défier Ranma l’a poursuivi jusqu’en Chine mais n’a pas eu la chance de tomber dans la source de la Licorne ou de la Grande Ourse. Non, il est plongé par mégarde dans celle du petit cochon. Shampoo, l’amoureuse chinoise du jeune homme fut précipitée dans celle du chat, ce qui est quand même moins imposant que le Dragon et la grâce du Cygne se fait remplacer pour Mousse, par la graisse du canard qui attend qu’on le serve à Noël. Cette ménagerie ne fait que renforcer le ridicule de la moindre pose héroïque et brise toute solennité emphatique. Akane se voit incarner une sorte de Saori, passive et enjeu régulier pour toute une série de duels absurdes. A HOKUTO NO KEN, Rumiko glisse quelques savoureux clins d’œil, avec ces techniques issues des médecines traditionnelles chinoises. Que ce soit par des points shiatsu, les pierres de massages ou même la moxibustion, la pharmacopée ancestrale se voit transformée en secrets guerriers décalés. Pourtant tout au long du manga Ranma parvient à vaincre ses adversaires après de longs combats très bien décrits.

Avec Shampoo, La Chine est doublement mise à l’honneur.
©2020-Rumiko Takahashi-Shogakukan-Glénat

RANMA ½ s’amuse également avec les codes d’un genre particulier: le «harem». Ce sobriquet pas très officiel, concerne ces mangas où le héros, se retrouve affublé d’un nombre de conquêtes ahurissant. Bien sûr l’honneur est sauf et la plupart du temps une histoire d’amour se démarque du lot, mais on peut se questionner sur le fantasme du lycéen poursuivi assidûment par une horde de jeunes filles, souvent bien de leur personne et représentant la panoplie des archétypes les plus courant au Japon (yandere, tsundere, waifu…). Rama ne déroge pas à la règle. Il aura pas moins de deux fiancées (Akane et Ukyio), une épouse (Shampoo) et une harceleuse(Kodachi la rose noire). Et ça c’est son quotidien, sans compter les rencontres éphémères.

Pourtant Rumiko va pouvoir détourner le tout, car sa contrepartie féminine aura tout autant de succès. Ce sera même un homme qui lui donnera son premier baiser…Quand on sait à quel point ce moment est sacré dans un manga…ça donne le ton. Heureusement Rumiko ne s’embourbe pas dans la facilité et parvient même paradoxalement à solidifier son couple principal. Et si le tout reste crédible tout au long de ce manga fleuve, c’est grâce à un élément clé: un coup de génie graphique: le design de Ranma lui-même. En tant que jeune adulte, et même s’il n’est pas bien grand, il est élégant, élancé et gracieux. Sa silhouette dynamique arbore une tresse avec une certaine effronterie bravache. Le tout en fait un personnage à la fois athlétique et séduisant. Une fois arrosé, subtilement il perd quelques centimètres. Un reflet apparaît dans les cheveux. Ses sourcils de rallongent un tantinet et bien évidemment ses proportions changent sans pour autant que sa silhouette se déforme. Il devient ainsi un véritable canon de beauté sans presque rien changer. Sa garde-robe invariablement chinoise souligne souvent la métamorphose de manière remarquable. Le personnage est totalement crédible dans chacune de ses formes sans qu’à un aucun moment le lecteur ne trouve ça «grossier» et «mal fichu». Non après avoir créé Lamu à la silhouette si facilement reconnaissable et fait plus tard de Kyoko un modèle de grâce et de féminité, elle récidive avec une facilité désarmante, à produire un personnage iconique en trois coups de crayons.

Comme toujours la garde robe de ses personnage est «maginfaïque».
© 1996-Rumiko Takahashi-Memorial Book-Shogakukan

Enfin l’autrice avec un esprit canaille, détourne également les codes des shojos manga en parodiant les décors floraux propices souvent aux envolées sentimentales de ses héroïnes. Dans Ranma 1/2, nous avons droit à toutes sortes d’estampes, de natures mortes et autres délires incroyables en guise de décors. Lorsque Ryoga est persuadé d’être débarrassé de sa forme de cochon, on le voit danser dans une charcuterie, de même, quand il compte faire sa déclaration dans des toilettes public, il est accompagné d’un décor grandiose avec des anges drapés de papier toilette, dans une sorte de fulgurance qui n’est pas sans évoquer les excès graphiques d’un Gotlib.

Pour toutes ces raisons, Ranma est un manga qui impulse dès ses premières pages et à travers une cascade ininterrompue de gags, un rythme effréné que l’autrice maintiendra assez longtemps. Pourtant RANMA ½ est aussi le manga charnière où vont entrer en collision les envies divergentes de de l’artiste. Peu à peu lassée de faire le clown, elle se prend à rêver d’une grande fresque héroïque. Ainsi une lente métamorphose s’opère et on sent peu à peu que l’autrice peine à trouver le ton juste et équilibré et la magie des premiers tomes finalement trop énergiques, s’étiole inexorablement jusqu’à l’auto caricature manifeste et une lassitude grandissante. Pendant que le lecteur attend une fin digne de ce nom, Rumiko elle, pense déjà à autre chose….

Lorsque Rumiko Takahashi brosse ses illustrations, elle les enlumine d’une gamme pastelle d’une douceur qui contraste avec la folie de ses histoires.
© 1996-Rumiko Takahashi-Memorial Book-Shogakukan

Ainsi le manga va se découper en trois grandes périodes distinctes:

PHASE 1 LA COMEDIE HILARANTE

Comme le souligne le slogan américain des premières saisons de la version animé, «Everything goes matrial arts»: Tout peut devenir un art martial. Ainsi prenant les repères d’une comédie scolaire, Ranma fera la rencontre de tout un tas d’antagonistes exerçant les disciplines les plus diverses comme le patinage artistique, la gymnastique rythmique, la cérémonie du thé, le casino ou encore la gastronomie française, tout en essayent de trouver un remède à son mal. Sur un postulat pareil, Rumiko construit son casting notamment celui de ses combattants animaliers.liés les aux autre par tout on tas d’intrigues amoureuses rocambolesques. Les garçons souvent voudraient lui soustraire l’une de ses fiancées et les femmes voudraient bien l’épouser à la place d’Akane tout simplement. Cette sarabande s’auto-nourrit avec une évolution assez progressive et sans trop d’à coups. Malgré l’intervention de tous ces trublions frappadingues, Le couple principal apprend à se connaître, se soutient soudé par une situation et des intérêts communs et voit l’amour éclore timidement dans des scénettes toutes mignonnes d’émotion.

L’écriture magique de Rumiko Takahashi fonctionne diablement sans trop se fatiguer jusqu’au tome 17, intrigue qui verra un nouvel échange de fiancés. Après tout peu importe aux parents quelle fille lui est assignée, Ainsi suite à une provocation, ce sera la propre sœur d’Akane, Nabiki qui se verra offrir la perspective de convoler avec Ranma. Sa particularité physique ne la dérange pas puisque elle peut vendre les photos de sa version jeune fille et se faire un max de thunes. A l’issue de cette péripétie temporaire. Il est impossible aux tourtereaux de nier quoi que ce soit et l’intrigue amoureuse se retrouve dans une impasse à force de jouer la carte du «oui mais non!». Plus de possibilité d’évolution et le dénouement attendu de la guérison de Ranma (et des autres) mettrait tout simplement fin au manga.

La présentations sont faites…
©1994-Rumiko Takahashi-Shogakukan-Viz Média

PHASE 2 LE NEKKETSU PUR ET DUR

Mais le succès est au rendez-vous. Dès lors, il s’agira de faire durer et le manga entrera finalement dans une phase de pur «nekktsu». Les intrigues vont se développer et les ennemis être de plus en plus puissants et sérieux. La mutation opère progressivement dès le tome 18 avec l’apparition de «Taro au collant», un étrange guerrier qui veut se venger du vieux Happosaï qui l’a baigné bébé dans une source où s’étaient noyés plusieurs animaux. Le voilà devenu chimère. Plus sérieux, plus menaçant et plus dangereux, ce nouveau personnage se place clairement comme un antagoniste. Ranma et ses amis éprouvent même le besoin d’unir leurs forces afin d’en venir à bout.

De plus en plus, L’autrice mettra en scène de plus amples histoires aux répercussions plus épiques. Comme l’énorme saga contre Herb, Mint et Lime, créatures hybrides également entre l’homme et l’animal qui parviennent à bloquer Ranma dans sa forme féminine. Là encore l’enjeu sera de pouvoir revenir à la normal sous peine de mettre fin à ses fiançailles avec Akane. Il devra donc repartir en Chine épaulé de Ryôga et Mousse afin de trouver un remède. Il se portera également plus tard au secours d’Akane dans un pays brumeux afin de combattre Yamata no Orochi, l’hydre alcoolique de la légende, l’occasion de pouvoir renouer avec ce qui inspire Rumiko par-dessus tout: le folklore japonais. Cette deuxième partie voit aussi un développement surprenant pour Akane. En effet, l’un des rebondissements le plus importants de cette période, c’est l’arrivée de la mère de Ranma qui n’a jamais vu son propre fils.Or cette femme aux allures doucereuses, est intransigeante. Elle a exigé à Genma son époux de lui rendre son fils quand il sera un homme accompli, sous peine de devoir commettre le «Seppuku» (Hara-kiri). Le transformisme de ce dernier pose donc un problème. Akane elle-même orpheline de mère se rapproche alors énormément de la maman, tissant une relation tendre où elle peut enfin laisser apercevoir la teneur de ses sentiments ainsi que son extraordinaire tendresse. Tout ce qu’elle n’ose avouer à l’élu de son cœur, elle peut l’exprimer avec quiétude à sa «belle-mère». Le tout est évidemment entrecoupé de petites histoires humoristiques délirantes mais qui font de plus en plus figure de «fill-in». Cette seconde partie est d’un certain point de vue assez réussie même si les blagues et les situations deviennent méchamment répétitives.

Taro, le premier antagoniste «fantastique» de la série.
©2020-Rumiko Takahashi-Shogakukan-Glénat

PHASE 3 LA FRUSTRATION A TOUS LES ETAGES

Rumiko Takahashi se lasse et ne parvient plus vraiment à le cacher. A chaque chapitre une nouvelle facétie d’Happosaï ou un nouveau quiproquo avec Kuno. Il faut être un fan hardcore pour ne pas bailler devant un manga qui à l’instar des SIMPSONS, n’évolue plus. Il est temps de ranger les jouets. Dans ce genre d’exercice, La chère artiste n’est pas à l’aise , et ça se ressent. Sorti du chapeau débarque alors Akari, une jeune fille qui n’a qu’une passion: les cochons! Sa mission? Donner une honorable sortie de route à Ryôga. Tarô revient une dernière fois enquiquiner son monde avant de trouver lui aussi l’âme sœur et de repartir sur la pointe des pieds. Ranma et sa mère loupent encore plusieurs fois le coche avant de pouvoir se rencontrer pour de bon. A cet instant les fameuses fiançailles des deux jeunes héros semblent s’officialiser et il ne reste plus qu’une intrigue à mener à bien: celle de la guérison de Ranma et de ses amis. Ce sera chose faite, puisque les Sources maudites s’assèchent à cause du peuple oiseau. L’ensemble du casting partira pour le mont Phénix afin de trouver une solution et pourquoi pas un peu d’eau de la «source de l’homme» qui pourrait guérir un peu tout le monde. C’est une saga trop longue et trop rocambolesque. Tout est soudain débloqué de manière artificielle et le lecteur moyen peut se demander pourquoi cette histoire ne peut pas se produire dès les tomes 3 ou 4. De plus il faut encore savoir une chose. Là où en occident on aime les fins «résolues», les lecteurs japonais apprécient apparemment les fins en forme de «best-of» où il s’agit dans dernier baroud d’honneur de donner en 16 pages tout ce qui a pu faire le succès d’une série. Ainsi une série de quiproquos débiles réduit à néant le les maigres évolutions présentes depuis les premières pages. Il y a de quoi s’arracher les cheveux. A la limite la résolution de l’intrigue avec la mère pourrait faire une meilleure conclusion.

Par ailleurs, si vous êtes sensible aux sous-textes et qu’enclin à y trouver un quelconque message progressiste ou LGBT, vous pensez y trouver une révélation, passez votre chemin. Les changements intempestifs de sexe de Ranma ne sont là que pour leur ressort humoristique propice aux gags et aux quiproquos. L’état de Ranma est décrit comme une malédiction dont il faut à tout prix guérir et à défaut vivre avec, mais sans aucune autre portée que celle déjà grandiose de faire naître un sourire. Tout au plus, on pourrait à la limite extrapoler sur le fait d’être obligé de vivre avec un corps qu’on ne choisit pas. Peut-être également peut-on y déceler une vague tentative de personnage lesbien avec Ukyio qui semble vivre à la fin avec une autre femme aussi masculine qu’elle. Mais ce sont des conjectures de fans.

Ranma ½ a su être au final, tout à la fois un grand shonen d’aventure en même temps que sa parodie, un fleuron de la comédie sentimentale «harem» mais distanciée, un «ecchi» (érotique soft) mais si innocent, peuplé de personnages hauts en couleurs désopilant. Et si la seconde moitié souffre dans le rythme, la première fait sans doute partie des sommets internationaux de l’humour en BD.

Et maintenant à l’approche de la fin: Musique!
© 1996-Rumiko Takahashi-Memorial Book-Shogakukan

En BO, Aneka Japanese Boy, L’histoire d’un garçon japonais sur une musique évoquant plutôt la Chine . Bizarrement ici ça fonctionne:

18 comments

  • JP Nguyen  

    Je ne connaissais Ranma que via le dessin animé, qui passait au Club Dorothée.
    Je n’avais pas perçu le côté parodique/satirique. À l’époque, les nombreuses transformations puisant leur source à la même origine (des gars tombés dans une mare en s’entraînant) m’avait paru répétitive. Et puis, les réactions de l’entourage, qui ne percutait pas et ne faisait pas toujours le rapprochement, ça m’agacait.
    Ton article effectue une mise en perspective très intéressante de cette œuvre, avec une évolution des ambitions de l’autrice au fil du temps.
    Je reconnais aussi le talent du character-design pour les deux versions garçon /fille de Ranma.
    Malgré tout, je doute de me plonger un jour dans cette lecture, même sur la première partie que tu décris comme étant la plus drôle.

    • Eddy Vanleffe  

      merci JP
      je ne veux pas faire mon snob, je vous le jure mais RANMA est le premier manga que j’ai lu en ignorant tout de sa version Club DO, j’étais déjà un peu trop âgé pour regarder l’émission de Dorothée au moment de sa diffusion (qui faisant la part belle dans les années 90 aux prods AB productions…) et un copain me les a prêté pendant ma révision du bac…..
      coup de foudre absolu!

  • Surfer  

    En lisant ces lignes instructives j’ai pris un peu plus conscience de ma méconnaissance de l’univers des Mangas. J’ai encore beaucoup à apprendre.

    Ce que je n’ignore plus, grâce à ton article, c’est l’importance fondamentale qu’à eu RAMNA dans cette industrie.😉

    Merci .👍

    La BO: Je me souviens de ce tube qui a beaucoup été diffusé sur les radios dans les années 80. Un tempo Disco sur des sonorités asiatiques…. Imparable ! C’était la un peu la mode à l’époque, il y avait aussi le CHINA GIRL de Bowie ou le BIG IN JAPAN de Alphaville….

    • Eddy Vanleffe  

      Merci Surfer,
      oui Ranma 1/2 est un carton au Japon au même titre que d’autres classiques humoristiques qui n’ont pas le même impact chez nous. Toriyama a eu du mal à imposer DRAGON BALL à son public qui lui réclamait DR SLUMP…On peut aussi parler du succès inaltérable de DORAEMON totalement inconnu chez nous ( enfin c’est édité mais…c’est pas le raz de marée quoi! )
      mais Ranma 1/2 est le deuxième ou troisième manga traduit pas Glénat à l’époque de construire son catalogue on a dans les rayon AKIRA, Dragon Ball et Ranma…
      au states par contre c’est LE fer de lance de l’éditeur VIZ qui capitalise à mort sur son autrice (j’achetais mes manga en import à l’époque) et c’est bien plus célèbre du coup que DBZ ou SAINT SEYA de la même époque…
      Pour la BO, je me suis amusé de ce titre qi parle d’un « garçon japonais » tout en mettant un thème très « chinois » dans le son…l’ignorance de l’époque sur l’Asie, on mélangeait un peu tout. du coup je trouvais que ça se prêtait assez bien à Ranma toujours habillé en chinois.

  • Kaori  

    Ah ! Je l’attendais depuis longtemps aussi celui-là !

    On est en train de se prendre la nouvelle édition. Ma fille est fan. Je dois lui mettre la série animée régulièrement, et elle a déjà lu tous les tomes qu’on a, même si on a des trous.
    Pour ma part, j’avais du mal avec ce dessin animé ado. Je le connaissais parce que pour suivre DBZ on avait ce genre de dessins animés avant. Mais je n’éprouvais que peu de sympathie pour les personnages, à part pour Ryôga… Cela n’a pas beaucoup changé, sauf que le manga permet de faire abstraction de la VF, qui a ses qualités sur le début (Kuno doublé par Vincent Ropion, au hasard, ou même le rire diabolique de la soeur de Kuno par Dorothée Jemma). Malheureusement ça n’a pas duré : le casting, qui abordait au début 4 voix féminines (Ranma fille, et les 3 soeurs), s’est vite réduit à 3, voire 2 (il n’est pas rare qu’Akane et Ranma fille se retrouve avec la même « doubleuse »…)

    J’en suis au début du tome 2 de la nouvelle édition. C’est drôle, c’est sûr, je ris plus que dans l’anime. Ca semble moins lassant que l’anime qui part dans des trucs complètement absurdes et sans grand intérêt. Je crois que c’est ce qui me déplait le plus dans cette histoire, et tu le soulignes très bien dans ton article : ça n’avance pas, et si ça avançait, ça signerait la fin de la série… Alors il faut savourer les blagues en attendant.

    Merci pour cette rétrospective en tout cas 🙂 .

    • Eddy Vanleffe  

      POur le doublage, Ranma bénéficie pourtant d’un casting 3 étoiles et cela malgré les « francisations forcées » du clbu DO, on a Luq Hamet en Ranma (Michael J Fox ou encore Amadeus) Dorothée Jemma (Jennifer Anniston) Barbara Tissier (Jessie de Toy story 2, Kay dans le premier doublage d’Akira, Eowyn du seigneur des Anneaux) Vincent Ropion (Ryo Saeba ou Neil Patrick Harris) Magali Barney (Jasmine Alyssa Milano) , les conditions de travail ont été notoirement catastrophiques, il faisaient tous trois au quatre rôles, se répondant à eux même…ça devait être le bordel.

      oui le manque de fil directeur peut nuire, par contre on a quand même une bonne dizaine de tomes atomiques, je le redis, je ne pense pas a avoir autant ri que dans Ranma 1/2… c’est aussi d’ailleurs une leçon de storytelling du gag

      • Kaori  

        Oui on sent que les comédiens font de leur mieux, ils y vont à fond et avec humour, mais parfois ça ne suffit pas, surtout quand comme tu le dis ils doivent se répondre à eux-mêmes…
        A noter aussi les censures qui éludaient toute allusion à l’homosexualité ou au côté particulièrement pervers d’Happosaï… Il était d’ailleurs étonnant de voir pourtant la poitrine de Ranma fille assez régulièrement.

        • Eddy Vanleffe  

          Dans les version remastérisées la censure est gommée mais à l’époque c’était charcuté, j’avais pris en braderie les K7 vidéos et les ciseaux magiques tranchaient dans le vif!
          par contre la série qui repasse en replay ou en DVD tout est remis avec des répliques en japonais là où c’était pas doublé du coup!
          oui il y un perso trans et c’est totalement censuré en VF mais c’est rien à coté de Sailor Moon ou il y a beaucoup de « cousines » et de « soeurs »…
          AAAAH Sailor Moon!

          • Kaori  

            Argh, c’est le prochain sur la liste de ma fille ^^;; . Oui, je ne me suis jamais remise du personnage qui arrive avec une voix d’homme (Mark Lesser/Joey de Friends/Sangohan/Alex de Buffy…) et qui se révèle en fait être une femme ^^. AAAAAH -_- .

          • Eddy Vanleffe  

            il va y avoir un long métrage récent sur Netflix… l’occasion re faire une séance de rattrapage… je ne sais plus si tu as Netflix ou pas^

          • Kaori  

            J’ai pas Netflix, mais je connais des moyens détournés pour voir ce que je veux ^^;;;

  • Jyrille  

    Houla, Eddy, tu as été atteint de tornadite sur le coup-là ! (no offence Tornado, c’est juste pour la longueur) Je n’ai lu que l’introduction pour le moment, déjà riches en informations (une bd pour se moquer de la virilité), je pense que je reviendrai lire tout ça bien plus tard. Je ne connais ni le DA ni le manga, mais on a commencé la collection réédité, 4 tomes pour le moment que je dois lire.

    Je vais donc les lire avant de lire ton analyse 😉 En tout cas merci d’avoir été si généreux et de faire honneur à Rumiko Takahashi !

    La BO : houla, pas du tout mon truc

    • Jyrille  

      Il faut absolument que j’arrête de faire des fautes de grammaire…

  • Présence  

    Formidable article : j’ai retrouvé tout ce qui m’a plu dans cette série, avec une mise en perspective à laquelle je n’aurais jamais pensé tout seul, à savoir l’appropriation et le détournement des conventions des mangas d’art martiaux, Jackie Chan comme source d’inspiration (merci pour cette révélation).

    Pour ma part, j’ai été bon public jusqu’au bout de la série, et je crois que je me souviendrai de la technique du gavage et du foie gras jusqu’à la fin de mes jours.

  • Manu  

    SUPERBE article! Je pèse mes mots! J’ai connu la série via le dessin animé, et cela m’a donné envie de me procurer une version américaine au format comic. C’était en grand format, donc plus agréable à lire pour moi. Puis j’ai franchi le pas en me procurant les tomes 17 et 18 en manga. Bien que n’y comprenant rien à la langue, j’ai imaginé les dialogues tout en dévorant les images! J’ai passé des heures à reproduire en dessin les visages du manga, apprenant au passage les proportions des yeux, des lèvres, des cheveux, etc. Plus tard, mon prof d’art plastique tombe par hasard sur un de mes croquis et commence à critiquer ouvertement cette culture « infantile et inepte » des mangas. Snif…
    Aujourd’hui, je garde encore un super souvenir de cette série, et un gout un peu amer de la fin qui n’en est pas une. Je résiste encore à la tentation de me racheter l’intégrale mais il ne m’en faudrait pas beaucoup pour que je cède! Argh!!!

  • Eddy Vanleffe  

    @Jyrille, Merci pour moi Tornado est synonyme justement qualité dans le développement que je cherche à atteindre sur certains dossiers qui me sont chers.

    @Mais tu as donc tout lu? ^^ Oui je n’avais pas pensé à Jackie Chan non plus avant de lire l’interview de Rumiko parue dans ATOM, et ça m’a paru évident, prend un DVD de l’acteur et je suis sur qu’on pêut trouver une illus où Ranma se retrouve à peu près dans la même posture. sinon depuis 20 ans que je lis et aime Takahashi, j’ai eu le temps d’y penser. je le couche enfin sur papier.

    @Manu, oui nous aussi avec mon frangin, on faisait des bds amateur et on a clairement un avant et un après Takahashi. les dix premiers tomes de Ranma sont pour moi des cours de storytelling de l’humour! observez et apprenez! tout est dedans!

  • Bruce lit  

    Génial article. J’envisage même de le faire lire à ma fille à qui j’ai fait découvrir cette série sous tes augustes conseils. On a acheté le tome 11 pas plus tard qu’hier.
    C’est très rigolo et sain qu’une femme ait pu railler Les Chevaliers et Ken le survivant durant leur heure de gloire.
    Je retiens que Takahashi s’est lassée elle aussi de sa série. Moi j’ai bcp aimé jusqu’à la fin du tome 3.
    Loin de la délicatesse de IKKOKU, RANMA m’a très vite semblé faire du surplace avec baston du jour et transformations à gogo. Je crois en fait que dans les BD et les COmics, je n’aime pas bcp quand le castin s’élargit de plus en plus et c’est ce que m’a inspiré cette série. Nouveaux ennemis, nouvelles techniques, nouvelles transformations : en fait je n’ai plus l’âge pour ça. Ma fille elle adore.
    Au bout d’un moment je souhaitais un doliprane : Ranma est épuisant à suivre, non par ennui mais pour le surplein d’évènements qui s’y produisent.
    D’un point de vue storytelling, c’est magistral et très bien dessiné. Il me reste à tester LAMU même si je ne me fais pas non plus d’illusions.
    La BO : il y a du Kim Wilde là dedans. Pourquoi pas. Mais Kim était plus jolie.

    • Eddy Vanleffe  

      Si t’as pas aimé trop le foisonnement de Ranma, ça m’étonnerais que tu prennes ton pied avec Lamu.
      et si Luna lit l’article, ça sera un un vrai honneur ^^
      au programme des articles à venir: INU YASHA et ONE POUND GOSPEL.

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