Un visuel pour les gouverner tous…(Tolkien en images)

Encyclopegeek: Tolkien dans le monde des images

Gandalf, un visuel qui en impose !

Gandalf, un visuel qui en impose !

AUTEUR : TORNADO

1ère publication le 29/01/16-MAJ le 09/03/19

Cet article portera sur l’essentiel des adaptations réalisées à ce jour d’après l’œuvre de J.R.R. Tolkien dans le monde des images, à la télévision et surtout au cinéma, et même dans les comics et les illustrations.

Il ne s’agit absolument pas d’établir un catalogue exhaustif de tout ce qui a été fait, mais plutôt de relever un lien de cause à effet entre l’œuvre de l’écrivain et la culture geek, dans le fond comme dans la forme.

Bien évidemment, la chose est tellement énorme, l’influence de la Terre du Milieu dans notre culture est désormais tellement prégnante, que nous ne ferons qu’effleurer cette vaste étendue de la culture populaire, en essayant de ne pas nous perdre dans les méandres de cet univers multimédia…

Bon… ceci étant dit l’article est tout de même assez long ! Vous pouvez essayer de l’avaler d’une traite au risque de subir une indigestion. Mais vous pouvez aussi le déguster par bribe, par chapitre, voire par sous-chapitre…

Les somptueux recueils illustrés de la Terre du Milieu !

Les somptueux recueils illustrés de la Terre du Milieu ! © Christian Bourgeois éditeur.

LA SOURCE

Commençons par Le Hobbit : Premier roman de son auteur, imaginé très jeune et écrit en 1937 (soit presque 20 ans avant la parution du Seigneur Des Anneaux, son œuvre maîtresse), Bilbon le Hobbit (titre français) est également la pierre angulaire de la mythologie de la Terre du Milieu, que l’écrivain va développer tout au long de sa vie.
Tolkien commence par imaginer (depuis les tranchées de la Grande Guerre) un conte qu’il pourrait écrire pour ses enfants. Philologue de métier (étude d’une langue à partir de l’analyse critique des textes), il est également spécialiste des langues anciennes et des mythologies germaniques et anglo-saxonnes. Et c’est toute une existence vouée à l’étude de ses recherches qu’il va faire fructifier en créant sa propre mythologie et en l’adaptant sous forme de romans, nouvelles et poèmes.

Bilbon Sacquet, ainsi que d’autres personnages phares de la Terre du Milieu, apparaissent déjà dans Le Hobbit, tels le demi-elfe Elrond et le fameux Gollum. Mais c’est surtout la présence de Gandalf, l’un des personnages les plus charismatiques de l’histoire de la littérature fantastique, qui marque les esprits.
Bien plus court et plus léger que ne le seront les autres récits de l’univers étendu et cohérent que Tolkien développera à travers quatre époques et plusieurs milliers d’années, ce premier livre est une délicieuse friandise qui se déguste d’une traite. Il n’en est pas moins d’une richesse thématique impressionnante, certes rendue palpable par les innombrables connaissances mythologiques que Tolkien régurgite généreusement, tant et si bien que toutes les bases de son univers, d’une richesse et d’une densité foisonnante, sont déjà présentes. Ainsi, cette apparente petite histoire d’une bande de nains qui veulent reprendre leur royaume et leur trésor à l’affreux dragon, devra être réévaluée à la hausse à la lecture de sa suite…

Le monde de l’illustration à la gloire de J.R.R. Tolkien !

Le monde de l’illustration à la gloire de J.R.R. Tolkien !
© Comics USA, Glénat, Soleil, L’Atalante.

Le Seigneur des Anneaux est donc la suite de Bilbon le Hobbit, déclinée sous la forme de trois livres : La Communauté de l’Anneau, Les Deux Tours et Le Retour du Roi : Frodon Sacquet hérite de l’anneau de son oncle Bilbon, découvre que l’objet est maléfique et qu’il faut le mener aux confins du monde, afin de le détruire en le plongeant dans les flammes où il fut forgé par Sauron, le Seigneur des ténèbres. Ce dernier cherchant à le retrouver afin de régner sur le monde.
Rien de bien original me direz-vous ? C’est normal, car il s’agit de l’un des textes fondateurs de ce que l’on nommera bientôt l’Heroic Fantasy, lui-même nourri à la sève des mythologies l’ayant précédé.

Il convient à présent d’insister sur la portée universelle de l’œuvre de Tolkien, hélas mésestimée et suscitant la condescendance à cause de son côté populaire. Car bien qu’il soit admis que Le Seigneur des Anneaux est une œuvre fondamentalement catholique dans ses fondements, elle n’en est pas moins universelle. Toutes les actions que mènent ses personnages, au-delà du parti-pris manichéen, trouveront leur consécration à la dernière minute dans l’acte de Renoncement. Et c’est cette notion de « renoncement », sorte de leçon d’humilité que nous donnent ces personnages confrontés à une grande destinée, qui nous rappelle qu’au cœur de notre monde bien réel, l’échec de l’humanité se nourrit à la volonté de possession et de pouvoir, de grandeur, de gloire et de célébrité.
En dépit de quelques intellectuels ayant trouvé ce postulat un brin naïf (faut-il être blasé et cynique pour trouver cela naïf !), il faut reconnaître que la parabole est irréfutable…

Mais l’idée la plus géniale à la base de la création de la Terre du Milieu, fut de symboliser l’espèce humaine sous toutes ses facettes en la déclinant sous plusieurs races, allant de l’être humain fantasmé et « divinisé » tel qu’il aurait pu être (la race des elfes) à la « lie de l’humanité » (les orques), en passant par les travailleurs laborieux (les nains), les gens simples (les petits hobbits) ou le commun des mortels capables du pire comme du meilleur (les hommes, tout simplement…). Brillante parabole de la nature humaine dans toute sa complexité échappant à tout racisme primaire, malgré une ou deux maladresses.

Alan Lee, sacré plus grand illustrateur de la Terre du Milieu !

Alan Lee, sacré plus grand illustrateur de la Terre du Milieu !
© Christian Bourgeois éditeur.

En troisième position dans l’œuvre de J.R.R Tolkien en termes de célébrité, se trouve Le Silmarillon (on ne parlera pas ici des Légendes et Contes Inachevés ni des essais et autres recueils de poèmes), livre qui sera en vérité achevé et publié à titre posthume par son fils Christopher. Il s’agit en fait d’un gigantesque recueil de notes sur les origines de la Terre du Milieu, que l’écrivain tenta de rédiger dans les vingt dernières années de sa vie sous la forme d’une série de nouvelles. Cet ensemble plutôt inégal a le mérite de dresser la toile de fond mythologique de Bilbon le Hobbit et du Seigneur des Anneaux, et de développer le lointain passé de cet univers étendu.

Au programme de cette compilation : La naissance du Créateur, la formation de l’univers et de la Terre, l’avènement des êtres supérieurs, sorte d’anges (encore un pan des fondements catholiques de la Terre du Milieu !), des elfes, des nains, des orques et des hommes. Toute l’histoire du Premier âge, les guerres, l’avènement de Melkior le premier Seigneur des ténèbres, l’histoire de Beren & Luthien, les amants humain et elfes légendaires, et moult choses encore ! Pour justifier et lier l’ensemble, Tolkien intègre les Silmarils (sortes de joyaux, ancêtres de l’Anneau unique) et la convoitise qu’ils vont susciter à travers l’histoire.
Un ensemble parfois un peu indigeste, mais une lecture néanmoins essentielle à tout amateur de Tolkien quoi se respecte !

L’ILLUSTRATION

Parmi tous les beaux livres qui ont été publiés sur l’univers de la Terre du Milieu, qu’il s’agisse de recueils d’illustrations ou tout simplement des romans illustrés, certains nous ont offert le privilège de la contempler dans toute sa splendeur.
Quelques éditions de luxe sont illustrées par John Howe, Ted Nasmith, les frères Hildebrandt ou encore par le grand Alan Lee. Les images de ce dernier (magnifiques aquarelles et crayonnés), éthérées et brumeuses comme des enluminures, marqueront durablement toute rétine. Elles nous rappellent pourquoi cet artiste possède la réputation d’être né pour illustrer la Terre du Milieu ! Peter Jackson s’en souviendra puisqu’il le nommera directeur artistique (en compagnie de John Howe) sur son adaptation cinématographique. Brillante idée.

Les frères Hildebrandt, Michael Kaluta, Inger Edelfeldt, Ted Nasmith et Stephen Hickman

Les frères Hildebrandt, Michael Kaluta, Inger Edelfeldt, Ted Nasmith et Stephen Hickman
© Soleil, Comics USA, Glénat, Christian Bourgeois éditeur.

Les recueils d’illustration intitulés Le Monde de Tolkien (Comics USA) ou Le Royaume de Tolkien (Glénat) offrent un joli panel de tous les artistes ayant œuvré sur notre mythologie puisqu’il s’agit de regrouper les plus belles créations issues des diverses éditions illustrées du Seigneur des Anneaux, de Bilbon le Hobbit , du Silmarillon et des Contes et Légendes Inachevés, en passant par les divers calendriers Tolkien ! On y retrouve Ted Nasmith, Allan Lee et John Howe, en compagnie d’autres artistes moins fédérateurs. On retiendra Inger Edelfeldt au style séduisant, rappelant les peintures richement détaillées de l’école belge du XVIème siècle, dans la grande tradition celte. Roger Garland à l’interprétation naïve, symbolique et poétique, aux couleurs saturées, en osmose avec les évocations abstraites du 1° Âge. On côtoie l’univers des comics avec les très belles illustrations de Michael Kaluta.
Le second recueil se termine avec deux superbes huiles de Stephen Hickman, qui réussit à retranscrire avec une puissance inouïe le côté obscur de la Terre du Milieu. Son travail rappelle d’ailleurs, en plus sombre, celui des frères Greg & Tim Hildebrandt, dont on peut admirer le travail dans un très beau recueil (Le Seigneur des Anneaux : L’art de Tolkien), mais qui manquent à l’appel de ces deux compilations pour des raisons de droits d’auteurs…

Première adaptation méconnue, pour la télévision !

Première adaptation méconnue, pour la télévision !

LES DESSINS-ANIMES

1) The Hobbit :

The Hobbit est un long métrage d’animation réalisé pour la télévision en 1977 par Jules Bass & Arthur Rankin. Il s’agit de la toute première adaptation de l’œuvre de J.R.R. Tolkien sur un écran.
L’idée d’adapter les récits de l’écrivain sous la forme d’un dessin animé à cette époque où le cinéma (c’est-à-dire les films) ne disposait pas encore des moyens à la hauteur de l’entreprise coulait de source. Ainsi, la société Rankin/Bass, spécialiste des téléfilms d’animation et autres contes de noël était-elle toute prédisposée à se lancer dans un tel projet, en commençant par le roman le plus court.

Cette première tentative de donner vie au monde de J.R.R. Tolkien ne manque pas de charme. L’adaptation est plutôt littérale et les personnages récitent de nombreuses phrases directement prélevées à la plume de l’écrivain. Mais sa courte durée (1h17), oblige le script à élaguer le récit et l’on doit renoncer à plusieurs éléments de l’histoire originelle. Point de Béorn, par exemple, ni de « géants de pierre ». Les séquences d’action sont très courtes (la Bataille des cinq armées est bouclée en trois minutes) et les ellipses sont légions. Mais l’essentiel est bien là, sous la forme d’une épure qui retranscrit parfaitement l’esprit du récit initial (si l’on excepte quelques choix tranchés, notamment celui de faire ressembler Gollum à un crapaud !).

La mise en forme du long métrage est très intéressante, où les personnages au design enfantin se découpent sur de très beaux décors peints, aux superbes couleurs restituant là encore fort bien l’atmosphère du livre de Tolkien.
Afin de palier aux très nombreuses ellipses, Rankin & Bass (qui s’adjoignent pour l’occasion le concours des animateurs japonais) parsèment leur narration de tout un tas de chansons, histoire d’ajouter quelques informations en aparté.
Si l’on parvient à se remettre dans le contexte de l’époque, on pourra parfaitement apprécier le résultat. Mais il ne faut surtout pas le comparer à la saga réalisée par Peter Jackson dans les années 2010, qui optera pour un parti-pris totalement opposé en étirant l’histoire et en y ajoutant un nombre considérable d’éléments qui n’étaient pas dans le livre…

Enfantin, mais qui sonne juste !

2) Le Seigneur des Anneaux :

Depuis 1957, le réalisateur Ralph Bakshi rêvait de réaliser une adaptation du Seigneur des Anneaux sous la forme d’un dessin-animé.
D’abord frustré de ne pas réussir à en obtenir les droits, il se mit à la tâche afin d’imaginer sa propre mythologie inspirée de l’univers de Tolkien. Ce projet aboutit en 1977 avec la réalisation des Sorciers de la Guerre, un étonnant film d’animation psychédélique à mi-chemin entre les histoires de la Terre du Milieu et des anthologies de l’époque que l’on pouvait trouver dans des magazines comme le mythique Métal Hurlant.
A peine un an plus tard, Bakshi apprenait que le studio United Artists avait entamé la production d’une adaptation du chef d’œuvre de Tolkien…

D’abord destiné à John Boorman qui dû se « contenter » d’Excalibur, le projet échoua finalement à Ralph Bakshi, qui réussit à convaincre le producteur Saul Zaentz de réaliser un dessin-animé et de lui en laisser la direction. Il proposa d’emblée l’idée d’un film en trois parties, mais United Artists en négocia deux, chacune adaptant un livre et demi (le premier film bénéficiera tout de même d’une durée de 132 minutes)…

La suite est désormais connue : Le film soufra d’un manque de moyens (pourtant considérables) et de choix artistiques parfois étranges.
Comme il l’avait déjà fait pour Les Sorciers de la Guerre, Bakshi abusa du mélange entre les superbes décors peints comme des tableaux, les personnages principaux aux allures de cartoon et les figurants animés grâce au procédé de la rotoscopie (des acteurs filmés en prises de vue réelles, puis recouverts par le dessin). Si ce parti-pris technique n’était pas nouveau (Walt Disney l’utilisait depuis 1937 !), on ne peut pas dire qu’il ait été pratiqué, dans le cinéma de Ralph Bakshi, avec subtilité et harmonie. Ainsi, lors de la grande Bataille du Gouffre de Helm, à la fin du film, peut-on voir les personnages de cartoon se télescoper avec des acteurs en chair et en os, à peine « maquillés » par quelques filtres sombres et autres légères brumes colorées ! Pour un résultat esthétique somme-toute très particulier…
Le résultat ne plut pas à la critique qui descendit le film en flèche. Et malgré le succès commercial de ce premier essai cinématographique, le studio refusa d’en produire la suite…

Des choix artistiques contrastés !

Et pourtant, cette première adaptation de l’œuvre de Tolkien au cinéma regorge de qualités !
Le scénario est parfois confus, mais la mise en scène épouse brillamment les aspérités de la Terre du Milieu. Bakshi trouve immédiatement la « voix » de ses personnages et les anime dans une série de scènes qui s’abreuvent directement à la source des deux premiers livres.
Dès l’introduction, tandis que retentit la magnifique bande-son épique composée par Leonard Rosenman, l’univers de Tolkien s’impose à notre esprit, alors qu’il ne s’agit que de simples ombres chinoises !
Fidèle à sa volonté de réaliser des films d’animation pour adultes, puisqu’il fut le premier, en réalisant le cultissime Fritz the Cat, à utiliser la technique de l’animation à destination des grandes personnes, Bakshi nous offre une interprétation à la fois très fidèle de la Terre du Milieu, et aussi épique que celle d’un film en prises de vues réelles.
Alors qu’à l’époque le cinéma ne s’intéresse pas encore à l’Heroic fantasy, cette première adaptation du Seigneur des Anneaux se révèle comme le mètre-étalon de toutes les productions futures dans ce domaine au départ réservé aux livres ou aux jeux de rôle.

Bien des années plus tard, Peter Jackson s’inspirera clairement des partis-pris narratifs du film de Bakshi, apportant dans sa version peu ou prou les mêmes modifications et les mêmes changements de script par rapport aux livres de Tolkien.
Quatre ans plus tard, Bakshi délaissera l’univers de Tolkien mais tentera une ultime plongée dans l’Heroic fantasy en compagnie de Frank Frazetta en réalisant Tygra, la glace et le feu.

De forts jolis tableaux pour une première adaptation cinématographique…
Source : imagenesmi

3) Le Retour du Roi :

Ainsi, Le Seigneur des Anneaux ne devait jamais connaitre de suite ni de fin. C’est sans doute ce postulat qui a dû motiver les compères Jules Bass & Arthur Rankin de rempiler dans les adaptations de Tolkien en choisissant le dernier livre de la saga inachevée par Ralph Bakshi.
Ce téléfilm réalisé en 1980 est-il pour autant la suite du film de 1978 ? Officiellement, non….

Destiné à être découpé en deux films, Le Seigneur des Anneaux inachevé reprenait ainsi les éléments d’un livre et demi sur trois, soit la totalité de La Communauté de l’Anneau et la première moitié des Deux Tours. Ceux qui désirent regarder Le Retour du Roi comme une suite du film de Bakshi devront donc faire l’impasse sur de nombreux éléments de la « deuxième moitié manquante », dont la mort de Saroumane, la charge des Ents ou encore le combat contre l’araignée…
Notre téléfilm est avant tout dans la continuité du Hobbit de 1977. Il n’y a que les personnages de Frodon Sacquet & Samsagace Gamegie qui, il faut bien le reconnaitre, ressemblent furieusement à ceux du film de Ralph Bakshi !

Entant que tel, Le Retour du Roi est un ton au dessus du Hobbit et l’on profite de reconstitutions plus ambitieuses avec la Bataille des champs de Pélennor (magnifique interprétation de la cité de Minas Tirith) et la traversée du Mordor. Certaines scènes sont très réussies et surpassent même la future version de Peter Jackson sur le terrain de l’adaptation. Par exemple, la scène de Cirith Ungol dans laquelle Sam récupère l’Anneau et va sauver Frodon emprisonné dans les geôles des orques, est clairement plus inspirée et plus cohérente que celle de Jackson.

Afin d’en mettre un maximum (le film dure 97 minutes) et de communiquer le plus d’éléments possible au spectateur, Bass & Rankin utilisent le même procédé que pour Le Hobbit en l’enrichissant. Ce sont ainsi trois sources d’information qui se superposent : La narration des images, la voix-off de Gandalf, et les chansons du Ménestrel, personnage inventé pour l’occasion qui ponctue le récit de tout un tas de chansons. La réalisation opère ainsi une compression assez impressionnante d’informations et parvient à restituer l’essentiel du livre originel tout en y ajoutant des liens avec le récit précédent (Le Hobbit). C’est ainsi que le film commence par la fin, avec une réunion entre Gandalf, Bilbon (vieux et somnolent), Elrond, Merry, Pippin et le Ménestrel, les personnages se remémorant leurs aventures à travers les chansons de ce dernier.
Cette adaptation méconnue mérite d’être redécouverte, ne serait-ce que pour son charme un brin suranné et ses quelques scènes de transposition aux éléments brillamment restitués.

Pas mal pour un petit dessin animé !

LES FILMS

1) Le Seigneur des Anneaux :

En comparant les précédentes adaptations de l’œuvre de Tolkien avec les films de Peter Jackson, j’avais l’air de suggérer que la version éléphantesque du réalisateur néozélandais était imparfaite. Et bien oui, je ne suis pas le seul admirateur de l’œuvre de Tolkien (ayant lu ses livres plusieurs fois) à penser que Le Seigneur des Anneaux version Peter Jackson est vraiment imparfait !
Et pourtant, il mérite largement ses étoiles et ses oscars, et par extension son aura de film culte, tant l’ambition et la générosité dévoilées sont immenses et difficilement comparables.

Nous parlerons uniquement de la version longue dans son entier, soit les trois films (La Communauté de l’Anneau, Les Deux Tours et Le Retour du Roi), pour quelques 11 heures de métrage !
Pour ceux qui ont lu les livres, la version courte est à oublier : Trop de coupes, d’ellipses, ou tout simplement trop courte pour rendre justice au matériau d’origine. La version longue approfondit le sujet par davantage de dialogues et de scènes-clés (contrairement au futur King Kong du même réalisateur).
On comprend par exemple, à la fin des Deux Tours, pourquoi les hommes laissent partir les orques après la bataille, puisqu’on les voit se faire dévorer par les « arbres ». Un détail absent de la version courte qui laissait tout bonnement le spectateur perplexe, qui ne pouvait réellement saisir l’importance du rôle des « Ents » (les Hommes-Arbres).
On explore désormais la mythologie de la Terre du milieu dans cette scène ou Aragorn avoue à Eowyn qu’il est âgé de près de 90 ans, dévoilant ainsi son affiliation avec les elfes. Car Aragorn est affilié aux elfes par le sang. Il est le descendant d’Eärendil (le père d’Elros et Elrond, avant que les deux frères ne choisissent d’appartenir aux hommes pour le premier, aux elfes pour le second), lui-même descendant de Luthien & Beren, les amants elfe et homme dont découle la race de Numénor. C’est pour cette raison qu’Aragorn est élevé chez Elrond, qui est son « aïeul côté elfes »… Et c’est pour cette raison aussi que les hommes de la race de Numénor (la dynastie des rois) vivent très longtemps. Aragorn meurt à l’âge de 210 ans.
Tout ça pour dire à quel point la version longue s’adresse généreusement aux lecteurs de l’univers de Tolkien !

Une si petite chose…

Une si petite chose…

Avec le recul, la grande réussite du film, en plus de sa mise en forme et de ses effets spéciaux innovants (tout comme ce fut le cas pour Star Wars, de nouvelles techniques furent créées spécialement pour le film), de ses images iconiques embrassant toute l’illustration de l’Heroic Fantasy de Rackham à Frazetta, de sa photographie somptueuse, de son superbe casting, de sa bande-son exceptionnelle et de son côté « jamais vu sur grand écran », c’est sans doute son parti-pris du crescendo dans le spectaculaire. Ce qui était déjà le cas dans le roman, mais qui n’était pas gagné en termes d’adaptation ! Ainsi, quelqu’un n’ayant pas lu le livre pouvait-il se douter, à l’issue de la monstrueuse Bataille du Gouffre de Helm qui termine Les Deux Tours, qu’il ne s’agissait que d’une mise en bouche par rapport à celle de Minas-Tirith sur Le Retour du Roi (plus de dix milles orques pour la première, et plus de cent milles pour la seconde) ?!!!

Certaines séquences, quinze ans plus tard, demeurent toujours indépassables et continuent de donner le frisson (dont la fabuleuse charge des Rohirims). Ce qui veut dire que malgré tout, la saga de Peter Jackson s’impose sans peine comme un véritable monument de l’histoire du cinéma, dont les gigantesques batailles n’ont encore jamais été égalées en grandeur, en magnificence et en densité émotionnelle !

Les plus grandes batailles de l’histoire du cinéma !

Mais alors, qu’en-est-il de ses défauts ?
En fait il y en a beaucoup, surtout pour ceux qui connaissent bien les livres, et l’on tombe dans la faute de goût dès qu’il s’agit de caractériser les races magiques. Les elfes sont parfois too much, notamment lorsque Legolas se prend pour Spiderman en tuant tout seul un « oliphant », ou quand il fait du surf en pleine bataille. Et les nains ! Incarnés à l’écran par le personnage de Gimli, ils sont réduits à l’état de sidekick honteux et crasseux (la blague qui tue : « Personne ne lancera un Nain ! »…), alors que Tolkien les décrivait comme des guerriers sérieux et farouches, bâtisseurs infatigables, dotés d’une certaine noblesse.

Quelques scènes inventées viennent jouer en défaveur de l’ensemble : L’attaque des Ouargues en plein Rohan tourne au ridicule avec ses créatures complètement ratées, ressemblant davantage à des hyènes de jeu-vidéo mal dégrossies qu’à des loups sauvages. Ou bien cette scène dans Minas-Tirith, dans laquelle Gandalf est battu à plate couture par le Seigneur des Nazguls qui lui brise son bâton ! Comment les scénaristes ont-il pu commettre une telle faute de script ??? Car dans le roman, l’affrontement entre les deux personnages est uniquement psychologique. Et Gandalf le remporte haut la main ! Tout simplement parce qu’il est au dessus de son adversaire en termes de puissance (les Magiciens sont des esprits incarnés, sorte d’anges ayant pris forme humaine, comme Sauron. Les Nazguls sont des hommes transformés en spectres et en sorciers par le pouvoir de l’Anneau, donc inférieurs !).
Il y a également ces facilités scénaristiques dérangeantes, comme le moment où les fantômes verts viennent parachever la bataille finale. Dans le livre c’était plus complexe, plus abstrait, mais c’était mieux…

Il y a aussi ces monologues creux et interminables, dont le Roi Theoden est le spécialiste, qui sont censés élever le débat dans une envolée lyrique, mais qui sont juste lourds. Il y a toutes ces scènes de combats infantiles dans lesquelles nos héros se bastonnent avec des ennemis monstrueux, avec une telle facilité que l’enjeu dramatique et l’implication du spectateur en sont anéantis. Notamment celle où Sam attaque la grande Aragog. Dans le roman, la lutte est décrite comme « l’attaque la plus acharnée d’une petite créature contre une grande que l’univers ait jamais connu », consacrant le personnage de Samsagace Gamegie comme le véritable héros inattendu de la saga ! Alors que dans le film, elle ne paraît pas vraiment crédible, par manque de fureur et d’inspiration…

Il y a surtout cette représentation de Sauron complètement grotesque, en forme d’œil numérique en 3d qui fait des hurlements de gorille ! Un simple reflet diaphane et une musique ténébreuse auraient amplement suffit…
Et il y a enfin ce parti-pris des créatures numériques à tout pris, qui fonctionne à plein régime lorsqu’il s’agit d’un animal (Aragog est parfaite !), mais qui sonne vraiment faux pour les êtres humains et humanoïdes (ce troll ridicule qui gâche tout dans la bataille des mines de la Moria ! Un acteur grimé aurait été cent fois mieux, comme le sublime Mr Hyde dans le pourtant médiocre La Ligue des Gentlemen Extraordinaires !).
En bref, tout un tas de choix scénaristiques, esthétiques et intellectuels qui nuisent à l’intégrité artistique, à la crédibilité et à la densité du résultat final.

Heureusement, le script opère en contrepoint de ces idées hasardeuses une brillante série de choix narratifs, quand bien même ils transforment le contenu des livres de Tolkien.
Un certain nombre d’éléments qui n’étaient que suggérés, voire laissés à la simple impression du lecteur (qui se demandait s’il avait bien saisi l’image), sont désormais montrés de manière ostentatoire, comme lorsque Gandalf affronte Saroumane dans un duel de magie, ou que Bilbon se défigure monstrueusement en voulant récupérer son anneau au cou de Frodon. Mais la scène qui illustre le mieux ces transformations de fond est sans nul doute celle où Galadriel, voulant montrer à Frodon à quel point l’anneau est corrupteur, incarne l’espace d’un instant la reine maléfique qu’elle deviendrait à coup sûr au contact du talisman. En choisissant de montrer les événements les plus abstraits laissés à l’état d’ellipse par l’écrivain, Peter Jackson a pris un pari osé, parfois raté (lorsque les fantômes parachèvent la Bataille des champs de Pélennor), mais souvent relevé avec brio.

Le royaume du Gondor, comme si l’on y était !

Ainsi, malgré tous ses défauts indiscutables, Le Seigneur des Anneaux peut se valoir d’être le seul projet cinématographique à s’être élevé sur le terrain de la trilogie originelle Star Wars en termes de réussite commerciale, artistique, populaire et spectaculaire ! D’autant que la thématique principale de l’œuvre de Tolkien, à savoir celle du « renoncement » dont nous parlions plus haut, est au cœur du scénario du film de Peter Jackson. Cette dernière est même doublée d’un autre thème particulièrement développé à travers les personnages de Frodon, Aragorn, Denetor, Boromir et Faramir. C’est celle de « l’héritage ». Un héritage souvent douloureux, soumettant le destinataire à une rude lutte intérieure avec, en corolaire, le choix entre l’égoïsme, le pouvoir, la reconnaissance ou… le renoncement.
Cherchez bien, décortiquez le script et le traitement de chaque personnage, et vous verrez que Peter Jackson, Fran Walsh et Philippa Boyens (les trois scénaristes), ont complètement restitué les thèmes principaux de l’œuvre de Tolkien…

2) Le Hobbit :

Ici aussi, nous survolerons les versions longues des trois films, à savoir Un Voyage Inattendu, La Désolation de Smaug et La Bataille des Cinq Armées. Cette nouvelle adaptation se situe dans la continuité de la précédente, dont elle constitue une préquelle.

Nous retrouvons, outre le charismatique Gandalf, les peuplades qui nous sont désormais familières (elfes, hobbits et autres orques), tout en en découvrant de nouvelles. Mais ce sont surtout les nains qui tiennent ici le haut de l’affiche. Treize nains, en ce qui concerne l’essentiel du récit, emportés par la fureur de leur quête et leur soif de vengeance. C’est ainsi très complémentaire, dans la mesure où ce fut la race de la Terre du milieu la moins exposée dans les événements du Seigneur des Anneaux.

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Je viens pour une aventureSource Amazon 
(C) Warner Bros

D’un point de vue formel, je serais intransigeant malgré l’opinion générale : Le Hobbit est encore plus fluide et plus équilibré que Le Seigneur des Anneaux. Les effets spéciaux ont gagné en précision et en ampleur. L’humour y est plus diffus et naturel, davantage inféodé à la mythologie concernée (pas d’elfe qui fait du surf sur un bouclier. Pas de lancer de nain…). A noter que la musique, y compris les chansons du générique de fin, avec leurs accents celtes et écossais, sont également au diapason de cette mythologie, mettant l’accent sur les objectifs d’une adaptation d’une honnêteté artistique optimale.

Certaines critiques négatives ont reproché à cette seconde adaptation son trop plein d’action. Non que je veuille contester à tout un chacun sa liberté de penser, mais le livre de Tolkien regorge d’action ! L’écrivain éprouvait le besoin manifeste de lancer ses personnages dans un récit plein de bruit et de fureur, et Peter Jackson n’a fait que le transposer à l’écran.

Les nombreux rajouts, les différences au niveau des descriptions et personnages (Thorin Ecudechêne est nettement rajeuni, la jolie elfe Tauriel n’existe pas dans les romans..) et la durée ostentatoire de l’ensemble (à peu-près neuf heures en tout) ont également été largement critiqués.
Effectivement, que pouvaient nous raconter trois longs films sachant que le livre originel ne comporte pas plus de 370 pages ? Car par comparaison, Le Seigneur des Anneaux en impose tout de même plus de 1600 !

Peter Jackson a en effet choisi d’aller à l’envers de la précédente adaptation en nous offrant un scénario qui, non seulement n’oublie pas une ligne du roman originel, mais qui en plus l’étire, le développe, le complète ! Là où la trilogie précédente faisait table rase d’un nombre conséquent de chapitres entiers issus des trois tomes du Seigneur Des Anneaux, Le Hobbit est à la fois une adaptation exhaustive et un large prolongement des écrits du maître. Ainsi, de nombreuses séquences s’emploient à combler les trous et à creuser les fondations qui mènent du Hobbit au Seigneur Des Anneaux !
A commencer par les quelques évocations distillées dans le livre originel, qui sont ici directement montrées (notamment lorsque Gandalf retrouve Thrain, le père de Thorin Ecudechêne prisonnier du Necromancien, alias Sauron en personne !).

C’est l’histoire d’une bande de nains…
Source Amazon
(c) Warner Bros

Peter Jackson et ses gentes dames co-scénaristes ont également développé tout ce qui a été évoqué plus tard de manière rétro-continue dans Le Seigneur des Anneaux, au cours du très long chapitre intitulé Le Conseil d’Elrond (lorsque Gandalf parle des événements contemporains du livre de Bilbon le Hobbit afin de remonter aux origines du retour de Sauron en Terre du milieu). Mais ils ne se sont pas contentés de nous montrer ce que racontait alors le magicien. Ils ont aussi imaginé tout ce qu’il avait omis, mais qui, entre les lignes, était probable, comme la participation au combat de personnages aussi puissants que Saroumane (avant sa future trahison), Galadriel, Elrond ou encore Radagast. Autant de figures majeures de la mythologie consacrée qui, à l’origine, n’existaient pas encore lorsque Tolkien rédigea les lignes de son premier roman !

En ajoutant toutes ces séquences, formidables pour les fans, les scénaristes ont véritablement creusé dans le terreau mythologique du Troisième âge et ont étoffé sans jamais le trahir le récit jadis rédigé par l’écrivain. Et comme dans Le Seigneur des Anneaux, ils ont privilégié le spectacle en montrant directement ce qui n’était que suggéré. Un véritable trip de geek, dont les nombreux fantasmes (Saroumane combattant les nazguls ou Galadriel affrontant Sauron avec son anneau Nenya !) sont désormais matérialisés en écran large !

Saroumane, Elrond et Galadriel viennent en personne affronter Sauron !

Sur le terrain des nombreux changements, notons que l’histoire d’amour entre le nain Kili et l’elfe Tauriel n’a jamais existé dans le roman originel, et telle idylle n’a d’ailleurs jamais été évoquée par Tolkien dans aucun de ses écrits. Mais il s’agit d’un parti-pris tout à fait acceptable qui fait écho à l’histoire de Beren & Luthien et à celle d’Aragorn & Arwen, et qui redonne une certaine noblesse au peuple des nains après leur traitement dans Le Seigneur des Anneaux. Et comme le manque de présence féminine a toujours été montré du doigt dans ce type d’aventure, il est évident que le trio de scénaristes a voulu contrebalancer un peu le taux de testostérones…

Certes, la dramaturgie de cette préquelle est beaucoup plus légère que celle de la quête de l’Anneau, mais elle véhicule toutefois les mêmes thèmes (tels le « Renoncement » ou le « poids de l’Héritage »), tout en construisant une solide architecture mythologique, baignée de noblesse chevaleresque et de références séculaires.

En revanche, on peut regretter un certain compromis commercial qui culmine avec un trop plein de séquences pyrotechniques et, là encore, des combats beaucoup trop aseptisés où de petites créatures viennent à bout de plus grosses et plus fortes avec trois cabrioles infantiles.
A ce titre, chaque film possède quatre ou cinq de ces scènes d’action pyrotechniques (la poursuite dans les mines des Monts brumeux avec les gobelins, la cavalcade sur les tonneaux le long de la Forest river, le combat contre le dragon Smaug, et l’attaque du charriot blindé dans la version longue de La Bataille des Cinq Armées). Ce sont pour ma part des scènes exaspérantes, désincarnées, infantiles, vulgaires et idiotes. Du video-game donné en pâture aux spectateurs avides de scènes d’action bourrines.
Pour autant, ces extraits ne semblent pas déplaire à tout le monde et certaines critiques, chez Mad Movies par exemple, louent la chose comme « les morceaux de cinéma les plus virtuoses jamais chorégraphiés par Jackson ». Mouais… J’aurais largement préféré des scènes de combat plus réalistes et crédibles, naturalistes et viscérales, dans le genre de celles de Braveheart. Maintenant, je me souviens d’un entretien avec Peter Jackson dans les bonus des DVD, où il expliquait qu’afin de trouver le financement nécessaire à la genèse de son projet, il s’était engagé à réaliser un spectacle grand-public, et donc le résultat devait contenir son lot de scènes d’action grand-public…

L’éternel combat du bien contre le mal !

Pour les amoureux de la précédente adaptation de Peter Jackson, disons que tout y est, de la musique d’Howard Shore (qui reprend le thème de l’Anneau et en développe des nouveaux) aux sublimes paysages de la Nouvelle-Zélande ; du casting (identique aux films précédents lorsqu’il s’agit des mêmes personnages, avec de nouveaux acteurs formidables) ; de la construction narrative aux récits de batailles homériques, le tout est gargantuesque, homérique et roboratif.
Maintenant, contrairement au Seigneur des Anneaux, on peut-être déçu au final car au lieu de progresser dans la dramaturgie avant tout, Le Hobbit étouffe cette dernière composante en privilégiant l’action pyrotechnique AVANT TOUT, pour un résultat, en définitive, beaucoup plus désincarné.

Peter Jackson poursuit néanmoins sa destinée en s’imposant comme le cinéaste miraculeux qui aura offert au monde l’illustration de la Terre du milieu sous le medium total du cinématographe. Il ne nous reste plus qu’à attendre, comme il l’a suggéré, qu’il s’attaque au Silmarillon ou à d’autres récits du Premier ou du Deuxième âge…

Smaug face à Bilbon Sacquet : David & Goliath version heroic fantasy ! A noter, en haut, une similitude entre l’œil de Smaug et celui de Sauron ! Smaug face à Bilbon Sacquet : David & Goliath version heroic fantasy !

Smaug face à Bilbon Sacquet : David & Goliath version heroic fantasy !

Les comics

Étrangement, alors que le medium de la bande-dessinée se prêtait plus que les autres à ce type d’adaptation (le dessin en images fixes permettant des effets spéciaux illimités pour un budget quasiment nul), il y a eu très peu d’auteurs de bande-dessinées qui se sont risqués à l’adaptation des récits de la Terre du milieu.
Nul doute que l’idée d’adapter le Seigneur des Anneaux a du titiller plus d’un dessinateur ou scénariste (tiens, quand j’étais gamin et que voulais faire de la BD, je rêvais de faire ça plus tard !). Mais tous, apparemment, se sont découragés avant même de se lancer dans une telle entreprise !
En réalité, une seule bande-dessinée, en l’occurrence un comic book, s’est pleinement chargé de la mission : Le Hobbit de Chuck Dixon (scénario) et David Wenzel (Illustrations), réalisé en 1989.

L’exception qui confirme la règle…

L’exception qui confirme la règle…© Eclipse Books, Comics USA

Il suffit de lire quelques pages de ce comic book pour comprendre ce qui a obligé tous les éventuels prétendant à rebrousser chemin su le terrain de l’art séquentiel : Tolkien était bavard ! Ce n’était pas Balzac, mais presque !
Nous avons vu plus haut que le médium du dessin animé permettait de multiplier les informations narratives en mélangeant les images, les dialogues, la voix-off et les chansons. Dixon & Wenzel ne disposent pas d’autant de sources et optent pour une solution intermédiaire entre l’image et le texte. Chuck Dixon reprend ainsi les mots de Tolkien, dans les phylactères lorsqu’il s’agit de dialogues, et dans les encarts de texte pour le reste. Il cesse de reprendre le texte originel dès que les images de Wenzel viennent compléter les mots en évitant de décrire ce qui est montré par le dessin. Cette solution offre un résultat fluctuant selon que certaines planches nécessitent plus ou moins de texte (deux exemples opposés dans les images ci-dessous), mais elle a le mérite de réaliser une adaptation extrêmement fidèle, presque exhaustive du roman.
Evidemment, la gigantesque Bataille des Cinq armées qui, chez Peter Jackson, occupera un film entier de près de trois heures, nécessite ici des coupes drastiques et une surabondance d’explications écrites, compressant le dernier quart du comic book en noyant le lecteur sous une avalanche de didascalies.

Certaines séquences sont en revanche fort bien restituées, comme celle dévolue aux aigles après la fuite des Monts brumeux. Dans les livres de Tolkien, on comprend bien pourquoi les aigles n’interviennent que très peu souvent : Ce sont des animaux qui n’éprouvent aucune amitié pour les autres créatures, et surtout pas pour les humanoïdes. Mais ils apprécient beaucoup Gandalf, qui a un jour guéri leur seigneur Gwaihir. Donc, notre magicien sait qu’il ne peut leur demander leur aide que très peu de fois, raison pour laquelle il ne le fait qu’en cas d’extrême nécessité !
Un détail appréciable qui fait défaut dès qu’il n’est pas exposé, faisant apparaître ces animaux (notamment dans les films de Peter Jackson), comme un bien pratique Deus Ex-machina…

D’une planche à l’autre : Les aléas de l’adaptation !

D’une planche à l’autre : Les aléas de l’adaptation !
© Eclipse Books

Il s’agit en définitive d’une adaptation à la fois rigoureuse et académique, presqu’un modèle standard. Un exercice visant à sélectionner le texte qu’il s’agit de garder, et de le compléter par les images à chaque fois que l’on peut éviter d’écrire ce que l’on voit.
Le résultat est plutôt réussi. Ce n’est pas toujours très fluide et pas toujours très fun, certainement pas très original. Mais c’est très efficace et, pour peu que l’on aime l’univers de Tolkien, il s’agit d’une adaptation d’excellente qualité, dont le rapport entre le contenant (l’histoire de Bilbon le Hobbit) et le contenu (les dessins de David Wenzel), opère un plaisir manifeste, qui passe largement au dessus de toutes les contraintes scénaristiques inféodées à un tel exercice.

Evidemment, les planches de David Wenzel, grand spécialiste de l’univers graphique médiéval, sont au diapason de cette transposition presque littérale réalisée depuis le premier livre de la Terre du milieu : Plume délicate, aquarelles diffuses, imagerie universelle, tout concoure à faire de cette illustration séquentielle une parfaite adaptation de Bilbon le Hobbit, dans son imagerie la plus classique…

Je viens pour une aventure…

Je viens pour une aventure…
© Eclipse Books

Ainsi s’achève ce tour d’horizon de la « planète Tolkien » au pays des images.
Evidemment, malgré les apparences, il est trop court pour votre serviteur qui aurait souhaité ajouter tant et tant de choses, notamment en ce qui concerne le paragraphe des illustrations, ces dernières ayant été pendant longtemps la seule source visuelle pour avoir une idée de l’apparence de la Terre du milieu et de ses merveilles. Je pense notamment aux magnifiques encres de Rodney Matthews, artiste trop peu connu ayant réalisé de bien belles images pour les calendriers dédiés à l’œuvre de l’écrivain philologue.

Le but était ainsi de relever un lien de cause à effet entre l’œuvre de Tolkien et la culture geek. Une manière de signifier à quel point l’influence de la Terre du Milieu dans notre culture est aujourd’hui extrêmement importante, et qu’elle s’est diffusée dans chaque recoin de nos univers multimédias (je n’ai pas parlé des jeux de rôle ni des jeux-vidéo par omission…).
Pétrie de toutes les influences mythologiques réunies en un tout cohérent et fédérateur, l’imagerie de la Terre du milieu est désormais une des composantes de notre culture, un visuel universel et un terreau d’expression pour les geeks, qui trouvent dans cette source puissamment iconique de quoi combler leurs aspirations en matière de fantastique et de grande aventure.
Partant de ce postulat, je conseillerais vivement la lecture d’un ouvrage passionnant et très facile à lire, intitulé L’Anneau de Tolkien. Le livre, écrit par David Day (spécialiste de l’œuvre de Tolkien) et illustré par Alan Lee (encore lui !), propose une enquête sur l’inspiration et les sources de Tolkien. L’essai remonte jusqu’à l’aube des temps et démontre comment les récits de la Terre du milieu sont le résultat d’une antique tradition orale et de quelle manière, en s’appuyant sur les mythes et légendes primitifs de notre monde, Tolkien a créé tout un pan de la mythologie du monde moderne, communément appelée Heroïc Fantasy (ou High fantasy pour les puristes)…

 Une dernière pour la route avec les magnifiques illustrations de l’artiste Rodney Matthews…

Une dernière pour la route avec les magnifiques illustrations de l’artiste Rodney Matthews…
© Vents D’Ouest

38 comments

  • Tornado  

    Pour ma part seules les versions longues existent, y compris pour le Hobbit. Dans cette dernière saga, les versions longues apportent également une sérieuse plus-value parce que la quasi-totalité des scènes ajoutées sont des scènes qui creusent la mythologie consacrée (avec les personnages clés comme Galadriel & Cie). A Part dans le dernier film où il y a également une extension de la bataille (notamment avec le chariot blindé). Mais bon, comme le film est conçu comme une immense bataille, c’est logique…
    Par exemple, dans les les films 2 et 3 du Hobbit, tu as tout le passage chez le Nécromancien (à Dol Guldur) qui est vachement développé dans les versions longues. Impossible de m’en passer désormais !

    J’ai revu la trilogie du Hobbit récemment et c’est vrai qu’à chaque fois je suis exaspéré par la durée des scènes d’action. Les pires sont dans le 2° film. La poursuite en tonneau sur la rivière et le combat contre le dragon sont complètement insupportables. Dans le 3, c’est le combat final dans les glaces aussi qui est chiant et trop long. Mais toutes les scènes ajoutées sont chouettes. Donc désolé de te mettre le doute ! :D

    • Matt  

      Mouaif…je les regarderai peut être un jour. Mais tu ne me donnes pas plus envie que ça^^
      Disons que dans le seigneur des anneaux, les versions longues corrigent des incohérences.
      Dans le Hobbit, si c’est juste pour avoir une bataille encore plus longue dans le 3eme film, et plus de fan service à Dol Guldur…mouais…
      La poursuite en tonneau n’est pas hyper longue, mais elle fait très « jeu vidéo ». Et les jeux vidéo, c’est rigolo…mais quand on y joue. Le côté over the top et hyper chorégraphié, ça passe moins bien dans un film.

  • Kaori  

    Bon, eh bien, il va peut-être falloir que je me décide à regarder la trilogie du Hobbit…
    Parce qu’autant j’ai adoré la trilogie du Seigneur des anneaux (que je préférais déjà à Bilbon le Hobbit en tant que roman), autant le premier volet du Hobbit m’a laissée… perplexe et complètement larguée ! Peut-être le trop plein d’action, peut-être parce que je me rappelais d’un roman « simple » et léger et que je ne m’attendais pas à « ça ».
    Résultat, je me suis endormie pendant le film et n’ai jamais souhaité voir les deux autres volets…
    Si je m’y plonge avec en tête l’idée d’approfondir mes connaissances sur la Terre du Milieu, ça passera mieux je pense… mais bon, ça manque quand même un peu de Hobbits tout ça !
    Car comme tu le soulignes dans ton article (impressionnant mais qui se lit facilement, rassure-toi !), le personnage de Samsagace est pour moi le plus intéressant et le plus attachant, mais ça, je conçois que ce n’est pas très objectif !

    Chapeau pour ton travail, l’adaptation en comics me tente bien, je ne connais pas David Wenzel, l’occasion de découvrir donc, et Chuck Dixon est un auteur dont j’ai beaucoup apprécié le travail chez DC.

  • Matt  

    C’est déjà bien assez long en version courte^^ J’aimerais même une version plus courte du Hobbit pour éviter le combat de 50min contre le dragon. pfiou…
    Moi ça me lasse^^
    Il y a toujours de bbons moments, Jackson sait filmer, mais c’est l’overdose.

    • midnighter  

      le voyage innattendu très bien
      la désolation de smaug tu as envie de lui hurler :  » ça va c’ est bon, on sait que tu es virtuose de la mise en scène mais tu sais plus filmer une scène normalement  »
      la bataille des 5 armées j’ y suis meme pas allé

  • midnighter  

    vous avez oublié le calamiteux téléfilm russe des années 70 ?

    • Tornado  

      Comme dit dans l’intro, l’article n’a pas vocation à être exhaustif.
      Quant à la trilogie Bilbo, chacun ses goûts bien sûr. Mais je sais que je me regarderais cette saga jusqu’à la fin de ma vie, malgré ses défauts qui sont effectivement pesants. Alors que les films de super-héros contemporains…

      • Matt  

        Oh mais je l’aime bien aussi cette trilogie, la musique, les décors, les acteurs, tout ça…
        Mais contrairement au seigneur des anneaux, j’ai aucune envie de me taper des versions longues parce que je trouve déjà les films pesants et trop remplis de trucs inutiles en version courte.

  • Chip  

    Vaste tâche!

    Je profite juste de l’occasion pour évoquer le travail d’illustration d’Angus McBride pour JRTM/MERP, l’adaptation en jeu de rôle des 80s (j’adore notamment ses couv pour la Lórien et Minas Tirith).

    Et sinon, je suis ravi de te voir évoquer l’Anneau de Tolkien, que je recommande aussi, qui vient un peu nuancer le propos sur le caractère catholique du récit de Tolkien.

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