Une mort sans fin (Happy Birthdead)

Happy Birthdead par Christopher Landon

On fournit le couteau pour couper le gâteau

On fournit le couteau pour couper le gâteau

Un article bouclé par BRUCE LIT

Happy Birthdead est un film américain qui a connu un joli succès surprise au box-office fin 2017. Il s’agit d’une production Blumhouse , réputée pour produire des films d’horreurs à petits budgets dont certains ont donné lieu à des franchises pour la suite.

Ce qui nous intéressera, c’est aussi que le scénariste de ce slasher n’est autre que Scott Lobdell l’homme qui donna aux X-Men post Claremont un second âge d’or dans les 90′s.

Quelques spoilers mineurs viendront aiguiser nos propos.

Rien ne prédestinait votre serviteur à voir un énième slasher movie avec ado gueularde, tueur masqué dont l’identité est twistée à la fin du film entre deux blagues potaches et une distribution 100% White Trash.
Mais.
X-Fan un jour, X-Fan toujours, et la curiosité de voir comment s’en tirait mon scénaX préféré fut déterminante à regarder ce petit film inclassable et atypique malgré tous ses clichés. Nous y reviendrons. Voici la bande annonce :

Le pitch : Prisonnière d’une boucle temporelle, Tree, étudiante, revit sans cesse le jour de son meurtre. Une journée apparemment banale qui s’achève systématiquement par sa mort atroce. Finira-t-elle par découvrir l’identité de son tueur ?

Happy Birthdead, j’ai compté, tue son héroïne 18 fois tout au long du film. Comme Alice Cooper ou Jason, notre héroïne meurt poignardée, pendue, brûlée. Rien n’y fait : après chaque fatalité, elle se réveille dans la chambre d’un geek avant de progressivement enquêter sur sa mort dans la journée et se faire flinguer le soir. Car Tree, garde le souvenir de sa vie antérieure, ce qui lui permet d’expérimenter des hypothèses sur l’identité de son assassin.

Le film joue à fond la distanciation ironique entre la victime et son tueur

Le film joue à fond la distanciation ironique entre la victime et son tueur

Tree est une jeune femme blonde assez antipathique, égocentrique qui vit sans trop de scrupules : elle gruge aux exams, couche avec son prof’ marié, boit, rote et pète (dans une scène plus finaude que l’on eut pu croire). Au secours, Bruce Lit, aurais-tu succombé à l’Harley Quinnerie qui confond émancipation et trash ?

Un peu, j’avoue. Mais pas tant que ça, tellement le personnage de Tree rappelle par moment la petite Jubilee  que Lobdell magnifia durant son run : capable de sensibilité et de profondeur entre deux bulles de chewing-gums éventrées. Bon, Lobdell, ce n’est pas Alan Moore non plus, et les connaisseurs de son univers ne seront pas surpris d’y redécouvrir l’éloge des valeurs familiales traditionnelles.

Déjà vu ? Cache-cache entre une ado et un psychopathe

Déjà vu ? Cache-cache entre une ado et un psychopathe

Lobdell, c’est celui qui dans les X-Men redonna à Charles Xavier un statut paternel rassurant. Répara la paternité de Scott Summers. Écrivit des pages très sensibles entre Bobby Drake et son père raciste ordinaire qui finit par trouver sa rédemption ou Sam Guthrie qui cherche sa place dans une équipe plus mature que la sienne. Avec la mort d’Illyana du SIDA mutant, la famille et les épreuves que la famille mutante doit traverser avec ses tensions, ses doutes mais aussi ses joies, sont au centre du travail de Lobdell. Sans doute en écho à la longue lutte de son père face au cancer dont il posta des photos d’une dignité absolue après sa mort.

On se rappellera aussi que de Legion Quest à l’Ère d’Apocalypse en passant par Les Aventures de Cyclope et Phénix, notre homme aime écrire sur les boucles et les paradoxes temporels qu’il maîtrise plutôt bien. On se rappellera enfin que dans un épisode marquant Jubilee se retrouvait seule face au tueur Sabretooth après une coupure de courant. Une scène qui fait écho au combat de Tree face à son persécuteur.

Aussi increvable qu'Alice Cooper. Un clin d'oeil adorable. + 1 !

Aussi increvable qu’Alice Cooper. Un clin d’oeil adorable. + 1 !

Attention ! Happy Birthdead n’est pas non plus une adaptation officieuse des X-Men comme le fut Donnie Darko. Il n’en a ni le drama, ni l’intensité. Encore moins l’intelligence. En fait, Happy Birthdead est assez inclassable : sur le fond, ne pas s’attendre à l’horreur existentielle de Craven ou Hopper. Ou la terreur intello de Mother. Et pour cause : quoiqu’interdit au moins de 12 ans, le film ne fait pas peur. Ni frémir. Jamais.

Porté à bout de bras par son interprète Jessica Rothe, Happy Birthdead pourrait être un Feelgood Scary. Lorsque se pointe un tueur revêtu d’un masque et d’une capuche, on croit craindre le pire. Avant que le Slasher façon Scream parte sur autre chose : un thriller chaleureux  (!) qui doit autant aux dialogues souvent percutants qu’au bagout de son actrice capable d’être sexy (ce regard !),  de faire des grimaces, de passer pour une ado à l’écran à 30 ans passés de se comporter comme une parfaite connasse avant d’être touchante et authentique. Ce film est le sien, et si sa personnalité vous insupporte, il n’est pas sûr que le film vous plaise.

Mourir va faire grandir notre héroïne

Mourir va faire grandir notre héroïne

Inversement, si on passe outre les conventions du teenage movie sur lesquelles le film ne s’attarde pas, le spectateur passera un excellent moment via un scénario pétillant et truculent dont il sera impossible de contester l’inventivité. C’est drôle sans être lourd. Il y a des meurtres sans hectolitres d’hémoglobines. Un vrai suspense et des personnages attachants. Et un jeu jouissif de cache-cache d’un personnage avec sa propre mort qu’elle finit par banaliser.

20 ans après ses X-Men et Generation X, Scott Lobdell réaffirme son talent d’être celui que l’on attend pas/plus dans un domaine où l’on pensait avoir tout vu/lu. Moins torturé que Mémento , moins teenage que Destination Finale mais aussi drôle qu’un Jour sans fin auquel la réplique finale rend hommage, il fournit avec cet Happy Birthdead une série B qui rappelle la culture VHS de la fin des années 80. Dommage que l’ost ne soit pas à la hauteur.

Scott Toujours !

Scott Toujours !

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Scott Lobdell, l’artisan des Xmen des 90′s a écrit l’an dernier une comédie horrifique qui a bien marché au Box-Office américain : Happy Birthdead. Impossible pour le X-Fan que je suis, de passer à côté et de vous en faire la revue.

LA BO du jour : Tree revient à la vie encore et encore et encore et encore…..

18 comments

  • Patrick 6  

    Nous avions déjà eu une relecture d’Un jour sans fin version SF (Edge of tomorow) alors pourquoi pas version Slasher ? En tous cas si je comprends bien ce film est fun à défaut d’être génial, mais ce n’est déjà pas si mal ! Un film à voir un samedi soir avec ou sans popcorn ?

  • Eddy Vanleffe  

    j’ai vu le film en entendant parler dans les commentaires d’ici. j’ai cru comprendre, allez savoir comment que Scott Lobdell était impliqué alors…je suis au moins aussi curieux que n’importe qui, j’ai loué…
    J’ai vraiment trouvé ça rafraîchissant, mimi comme tout. c’est bizarre à dire pour un slasher mais c’est surtout une comédie en fait qui joue avec les codes en abordant l’angle d’attaque du jour de la marmotte…
    c’est le côté ludique du film qui est très agréable.
    un bonbon.

    • Bruce lit  

      @Eddy : voilà ! Le film ne réinvente rien mais l’écriture est assez fraîche. Et j’aurais dit la même chose même si Lobdell ne l’avait pas commis.
      @Pat : SANS popcorn ! Je hais le popcorn au cinéma ! Une des raisons pour lesquelles j’y vais rarement. Quoique ces derniers temps j’y suis allé 3 fois en trois semaines (au lieu d’une fois par an, on frise la surchauffe…que se passe t’il ? euh…vive mon comité d’entreprise…et mon besoin de sortir). Je vous conseille vraiment 3 Bilboards qui est formidable. Fuyez par contre le nouveau Liam Neelson : The PAssenger.

  • Matt  

    Edge of tomorow était une adaptation du manga en 2 tomes « All You Need is Kill » (lui-même adaptation d’un light novel, donc si vous voulez c’est une adaptation du roman)

    Quand j’ai vu de quoi parlait le film j’ai en effet pensé à Un jour sans fin, Edge of tomorrow, etc. Et aussi Destination finale (dont le seul intérêt est de voir de quelle manière créative les gens vont crever)
    Je trouve le concept surexploité en fait. ça ne me fait pas vraiment envie.

  • Tornado  

    Ça a l’air sympa. mais ça me donne surtout envie de revoir Un Jour Sans Fin, en fait, grand classique (avec le temps) que je n’ai vu qu’une fois il y a au moins 20 ans de cela…

    • Matt  

      C’est un peu le souci. ça semble être un peu plus qu’un hommage à ce film vu que le principe du personnage qui devient meilleur à force de revivre la même journée et mourir, c’est complètement Un jour sans fin.

      • Jyrille  

        Il y a aussi un film avec Gyllenhaal je crois, The Code ou un truc comme ça. Et puis un film français récent, La colle.

  • Présence  

    Un film de slasher qui ne fait pas peur ? C’est exactement le concept adapté à ma sensibilité. :)

    J’avais également beaucoup apprécié Un jour sans fin, et sa chanson de Sonny & Cher : I got you babe.

  • Jyrille  

    Il faut que je le voie avec mes ados (ou sans, mais de préférence avec Zoé), mais tout comme Patrick cela ressemble beaucoup à Un jour sans fin et Edge of Tomorrow (celui-là je l’ai vu avec Maël je l’ai beaucoup aimé). Il faut que je revoie Un jour sans fin avec eux…

    A part ça je suis content de te lire sur un film, Bruce, ça change ! J’ai été très touché par tes remarques sur les séries B des années 80. Ca a l’air vraiment bien.

    La BO : le titre est cool mais je n’ai jamais accroché à Alice In Chains. Et oui, j’ai écouté le MTV Unplugged.

    • Matt  

      Il était sympa Edge of Tomorrow. Et pour le coup le principe ne sert pas à rendre un personnage plus sympa, mais à découvrir un secret, indice par indice. Je voulais lire le manga à la base du film mais du coup maintenant que je connais l’histoire, je ne suis plus bien motivé.^^
      Mais je trouve que ce principe de revivre la même journée est vite fatigant en fait. Ce n’est pas facile de faire en sorte que les films se différencient et il faut toujours se taper des scènes similaires (normal, c’est l’idée, mais ça peut être gonflant.)
      Tout ceci fait que le principe en lui-même de la boucle temporelle ne m’attire pas du tout.

    • Bruce lit  

      @Cyrille : M’enfin ! mon dernier article sur un film remonte effectivement à Avril 2017 (Polanski). Tu fais bien de me le dire. Un autre article arrive en fin de semaine sur un film de zombies.
      J’adore AIC notamment l’album Dirt qui est un monument de grunge dépressif et désespéré. Les spécialistes s’écharpent depuis des années pour savoir duquel entre AIC et Nirvana , qui a pondu l’unplugged le plus sombre et tourmenté. Verdict…..

      • Matt  

        Un film de zombie vendredi ? C’est quoi le thème de la semaine ? (s’il y en a un)

        • Eddy Vanleffe  

          films de nanas bad ass je crois…

          • Matt  

            Ah ok (mais comment tu sais ça toi ? C’est sur face de bouc, c’est ça ?)
            Je vois de quel film il s’agit alors. Celui que Bruce m’a poussé à regarder malgré une certaine aversion que j’ai pour les zombies^^

          • Bruce lit  

            @Matt : la thématique : des femmes et des couteaux (no ken). Bingo pour le film de fin de cette semaine.
            @Cyrille : Oh..provocation……Je te laisse engager !

          • Jyrille  

            Quoi le Nirvana ? Il a de très beaux titres, de très belles reprises (je dis ça sans connaître les originales à part celle de Bowie), mais je me souviens qu’à l’époque déjà on trouvait ça déplacé. Ce n’est pas le Nirvana que j’affectionne. Il possède une lassitude qui me gêne. Le groupe semble à la fois fatigué et nerveux, sous pression. Krist Novoselic fait ce qu’il peut pour faire vivre les titres, Dave Grohl s’emmerde fatalement et Kurt n’a pas envie d’être là. C’est usant et très déprimant au fond.

            Après c’est sûr que ça marche quasiment à chaque morceau. Je suis capable de pleurer en écoutant Jesus doesn’t want me for a sunbeam. Mais sur la longueur, ce manque flagrant de motivation, cet album sans doute imposé me met mal à l’aise.

      • Jyrille  

        Oh ben c’est sûrement pas Nirvana.

  • JP Nguyen  

    « Feelgood scary » : quelle belle formule… Je n’aurais jamais eu la curiosité de regarder ce film même en sachant que Lobdell l’a écrit…
    Je n’ai regardé un Jour sans fin qu’assez récemment (un an max) j’ai trouvé ça très sympathique mais j’ai sans doute passé l’âge où cela aurait pu vraiment me scotcher.
    Quand j’étais jeunot, je craquais pour Andie MacDowell (ses rôles dans Greystoke et 4 Mariages…)

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