V’nez mes p’tits dans leurs comics strips !

Rock Strips par Vincent Brunner et collectif

VF : Flamarion

Les enfants du rock et de CRumb

Les enfants du rock et de Crumb©Flamarion

Rock Strips est un recueil de bande dessinées mettant en avant un groupe de rock célèbre avec un dessinateur différent pour chaque chapitre.  Pour ce volume 1 ont participé Serge Clerc, Luz, Charles Berberian, Fred Bernard, Philippe Paringaux (« Rock’n’Folk ») etc.  Le tout est supervisé par Vincent Brunner journaliste spécialisé dans la musique et la bande dessinée. Il a été chef de rubrique musique de Rolling Stones pendant trois ans.

Cet article portera sur le premier volume du premier Rock Strips. Les groupes en vedette de ce volume sont Pink Floyd, Pixies, The Beatles, Iggy, The Stranglers, Radiohead et bien d’autres. Un volume 2 existe, mais je l’ai moins apprécié. Les deux ouvrages ont été édités par Flammarion. La préface est signé Mathias Malzieu (Dionysos).

Alice Cooper a eu son Comics Marvel pas terrible dailleurs)

Alice Cooper a eu son Comics Marvel (pas terrible d’ailleurs)©Marvel Comics

Rock et Bande dessinée. L’idée est si simple qu’elle en est  évidente. Et de se rappeler qu’en son temps, le Floyd publia des BD conçues à sa gloire pour des fanzines. Ou les Stranglers.  Itou pour Alice Cooper et Kiss chez Marvel Comics. Avec leurs vies dissolues, leurs problèmes existentiels, d’ego, de drogues, de fric, leurs morts tragiques ou inévitables (le rock est un vaste cimetière !), les rockers ont toutes les qualités pour devenir des héros de bandes dessinées. Des super Héros à la Marvel qui doivent affronter les affres de la vie, une fois débarrassés de leurs costumes et de leurs paillettes.

Comme pour un disque hommage, le lecteur selon sa sensibilité passe pendant ce Rock Strips de la jubilation à la déception. C’est souvent le cas avec les monuments du rock où Obion avec les Beatles, Morvandiau avec les Stones, Killofer pour Led Zep livrent des scénarii plutôt ennuyeux sur le fond, intéressants sur la forme. Les séquences de Li-An pour Pink Floyd ou de Morgan Navarro pour Radiohead font montre d’une grande élaboration graphique avec des dessins correspondant à la musique les ayant inspirés : un trait fin, élégant, des ambiances poétiques et surréalistes. Mais aussi totalement hermétiques même pour les plus familiers de cet univers…
Notons également l’effort particulier de Jochen Gerner qui, pour l’univers des Pixies, se livre à un inventaire tout en symboles des chansons et du vocabulaire du groupe de Black Francis. C’est un travail conséquent, épuisant même sur 4 pages qu’il convenait de saluer.

Les Pixies : un vocabulaire séquentiel

Les Pixies : un vocabulaire séquentiel©Flammarion

Maintenant, certains auteurs font preuve d’originalité rafraîchissante en quittant l’élaboration purement intellectuelle pour se concentrer sur l’émotion. Fred Bernard imagine ainsi déclarer son amour à une PJ Harvey glaciale dans son jardin. C’est plein d’humour et d’auto-dérision.Et sa PJ est aussi jolie que dans la vie.

Changement d’ambiance avec François Ayroles qui imagine Jimi Hendrix ayant simulé sa mort pour mieux continuer à créer. Nine Antico met en scène les funérailles de Ziggy Stardust avec les commentaires de Warhol, Iggy, Lou Reed et… Bowie en manipulateur en arrière fond. Totalement étrange et surréaliste comme dans les meilleurs films de Lynch.

Bowie suicide Ziggy

Bowie suicide Ziggy©Flammarion

Tanquerelle met en scène avec succès un Iggy Pop animal vénéneux dans une parodie judicieuse d’ Alice au pays des merveilles. Globalement, j’ai beaucoup aimé les séquences où l’humour voire une certaine distance avec les idoles prévalaient : Angus Young en débile mental se disputant une groupie avec Bon Scott pour AC/DC, l’anecdote hilarante (et vraie !) où Elton John, déguisé en singe, fait fuir Iggy Pop qui le prend pour un vrai gorille ! Stanislas Gros dépeint une séance de photo cauchemardesque et absurde chez Blondie. Riad Sattouf (L’arabe du futur) livre  des portraits acerbes des membres de Metallica qui jouent les faux durs.

Mais finalement ce sont les histoires autobiographiques qui m’ont le plus touché, celles qui mettent en scène l’intimité des auteurs avec leurs sujets. Philippe Paringaux raconte ainsi avec beaucoup de maturité et d’auto-dérision son baiser backstage avec une Janis Joplin crevant de solitude à Paris. Poignant !

Les Stranglers, aussi inquiétant en dessin que dans la réalité

Les Stranglers, aussi inquiétants en dessin que dans la réalité©Flammarion

Quant à Serge Clerc, il dépeint une séquence formidable où son amour des Stranglers l’a toujours empêché de réaliser une histoire qu’il voulait leur consacrer. En d’autres mots, Clerc raconte une histoire qu’il n’ a jamais pu raconter. Subtil et vicelard ! Comme la bande de JJ Burnel !
JC Menu se rappelle de ses souvenirs d’ado terrifié par l’univers apocalyptique des Pistols et mention spéciale à Mathieu Sapin qui livre l’histoire la plus drôle du bouquin dans son acharnement stupide et inconscient à louper les White Stripes sur scène!

Au final , ce tribute en image à une poignée de rockers légendaires vaut largement lecture et relecture. Il compile le classic et le rock plus moderne.
Saluons les textes de présentation des groupes par Vincent Brunner à la fois érudits et concis qui permettent de s’immerger dans l’histoire de chaque artiste et son héritage. On aurait apprécié la même démarche pour une brève présentation des dessinateurs pas forcément tous connus du grand public.

En fonction des sensibilités, de l’humeur et de l’horoscope, certains chapitres de ce Rock Strips emporteront d’avantage l’adhésion que d’autres. Mais comme  les morceaux du Double Blanc des Beatles ou de Use Your Illusions des Gunners, le tout vaut largement la somme des parties !   Pour ma part, j’ai fermé cet ouvrage vaguement pessimiste. Si un volume 3 devait sortir sur les stars des années 2000, y’aurait il de quoi remplir un bouquin ?

Un étrange hommage à Pink Floyd....

Un étrange hommage à Pink Floyd….©Flammarion

9 comments

  • Bruce lit  

    « Tout pour la musique » 2/6
    Sous la direction de Vincent Brunner, une pléiade de dessinateurs illustrent les légendes du Rock. De Pink Floyd à PJ Harvey, d’Iggy Pop à Bowie en passant par les Stranglers, Rock Strips permet la rencontre de deux sous-culture, la BD et le Rock, accusées en leur temps de la débauche de nos enfants. For Those about to rock…..Fire !
    La BO du jour : une évidence ! https://www.youtube.com/watch?v=cSVBH__bgMo

  • Présence  

    Cette présentation explicite de manière claire le contenu et la forme e cet ouvrage, ce qui m’amène à penser qu’il n’a rien pour m’attirer. Comme pour celui d’hier, il s’agit pour beaucoup de groupes qui ne me parlent pas, avec des anecdotes (celles que tu cites) qui me sont étrangères, et même sans beaucoup de lien avec ma propre expérience de la musique.

  • Lone Sloane  

    Une chronique qui a l’air de synthétiser habilement cet ouvrage. A propos de Serge Clerc et l’histoire qui t’a botté sur les Stranglers, il est paru l’année dernière un gros pavé sur tous ses dessins issus de Rock & Folk, NME et Metal Hurlant entre autres, et ça a l’air passionnant.
    Il a en outre réalisé la cover d’un album d’un de mes musiciens favoris des années 80:
    http://4.bp.blogspot.com/_EHdmGvhVXR4/SqU6yCtI_1I/AAAAAAAADPQ/dgW50YnrF2Y/s1600/Joe+Jackson.jpg

    • Bruce lit  

      Ah ! Joe Jackson ! J’ai dû écouter son premier album vite fait, mal fait. Je le mets sur ma liste médiathèque. Merci Lone.

  • Punky Jyrille  

    Bruce, super article qui aborde parfaitement cet ouvrage. Tu synthétises et présentes tous les aspects, toutes les faiblesses et tous les points forts, très justement. Je suis certain que tout le monde pense que le second tome est moins bon et que certaines tentatives sont effectivement loupées (celle des Rolling Stones notamment, comme quoi une idée un peu originale n’est pas gage de réussite même si elle est courageuse). Celle de Gerner pour les Pixies est réussie parce que le groupe a également cette image déstructurée et arty.

    J’ai le même ressenti : lorsque l’humour et une déférence lointaine ou une interprétation très personnelle est réalisée, c’est toujours plus intéressant ou réussi. D’ailleurs, il sera possible de lire celle de Stanislas Gros intégralement ici-même dans pas longtemps 🙂

  • Patrick 6  

    Une démarche étrangement similaire à l’article d’hier non ?

    • Punky Jyrille  

      Tu parles de l’article ou de la bd ? Car celle-ci présente de courtes histoires en bd, alors que 45 tours rock non.

    • Bruce lit  

      Non, c’est complètement différent ! Et de Rock, on n’en parlera jamais assez. Tiens d’ailleurs, on va créer Rock Lit !

      • Patrick 6  

        Oups au temps pour moi 😉 Ceci dit Rock Lit ça ne veut rien dire mais pourquoi pas 😉

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