Voici l’homme. (Here’s Negan)

Walking Dead – Here’s Negan par Robert Kirkman & Charlie Adlard

1ère publication le 27/02/18- Mise à jour le 30/05/18

Une friandise gourmande pour les lecteurs

Une friandise gourmande pour les lecteurs © Image comics

Article de PRESENCE

Tous les scans de cet article : ©Adlard/Kirkman/Image Comics

VO : Image Comics

VF : Delcourt 

Ce tome peut être vu comme une histoire complète qui ne nécessite pas de connaissance préalable de la série mensuelle The Walking Dead. Il retrace l’histoire de Negan depuis sa vie avant l’épidémie, jusqu’à ce qu’il devienne le chef incontesté des Sauveurs.

Il comprend les chapitres sérialisés dans les numéros 1 à 18 du magazine Image +, initialement parus en 2016/2017, écrits par Robert Kirkman, dessinés et encrés par Charlie Adlard, avec des nuances de gris appliquées par Cliff Rahtburn, et un lettrage réalisé par Russ Wooton. Comme la série mensuelle, ce récit est en noir & blanc, avec des nuances de gris.

Au temps présent, Negan est en train d’entortiller du fil de fer barbelé autour de Lucille. Dans le passé, quelque part dans une ville de banlieue, avant l’épidémie de zombies, Negan est un professeur de sport. Il lui arrive d’entraîner des élèves chez lui, au pingpong, sur sa table dans son garage. Il commente les performances de Josh en train de jouer avec lui, avec des remarques salaces sur sa mère. Le gosse par en courant, suivi par ses 2 camarades. Negan se laisse choir dans son fauteuil en se rendant compte qu’il a commis un faux pas. Sa femme arrive pour l’admonester et le tancer. Negan s’excuse de mauvaise grâce, mais soudain sa femme tombe sans connaissance devant lui. Comme elle ne reprend pas connaissance, elle est emmenée à l’hôpital. Le diagnostic s’avère mauvais : elle a un cancer. Negan accuse le coup, se donne à fond dans le sport, rompt avec sa maîtresse. Il l’annonce la nuit même à sa femme qui ne comprend pas pourquoi il a préféré rester avec elle qui va mourir, plutôt que de continuer sa relation avec l’autre.

Les jours passent, sa femme dépérit, se retrouve en fauteuil roulant, perd ses cheveux du fait de la chimiothérapie, se retrouve appareillée dans un lit médicalisé à l’hôpital. Negan veille sur elle, pleure en public, lui tient la main sur son lit d’hôpital. Il est dérangé par un interne qui ouvre grand la porte et qu’il lui dit que l’hôpital est évacué. Negan refuse de quitter le chevet de sa femme. Il voit une voiture brûler en bas, en regardant par la fenêtre. Il voit passer un traînard dans le couloir lui enjoignant de fuir. Il décide de barricader la porte de la chambre avec un lourd appareillage médical. Il voit les émeutes dans la rue, avec des groupes d’individus s’en prendre à des personnes isolées. Il se retourne vivement en entendant sa femme tousser dans son dos. Il se rend compte progressivement de l’état de sa peau. Il finit par la laisser et par sortir dans le couloir.

Rappelez-vous la scène de ping-pong dans l'épisode 108

Rappelez-vous la scène de ping-pong dans l’épisode 108© Image comics

Dès le départ, le lecteur sait exactement ce que racontera le récit. Il sait qu’il n’a pas à lire cette histoire pour pouvoir apprécier la série mensuelle, et que ce qu’il glanera comme information sur Negan n’a pas d’importance. Dès le départ, le lecteur sait qu’il lui est impossible de résister à la tentation de lire ce volume hors-série, parce que la promesse de voir Negan cabotiner et tenir le premier rôle est une promesse trop belle. Alors même si l’histoire est déjà connue, il succombe à la tentation et savoure ces courtes 64 pages. Le fait que le récit ait été prépublié dans le magazine Image+ ne se ressent pas, le récit étant d’un seul tenant.

Sans surprise donc, le lecteur découvre ce que faisait Negan avant l’épidémie, les proches qu’il a perdus, la manière dont il a survécu, dont il s’est amouraché de sa batte de baseball, l’occasion au cours de laquelle il a récupéré son blouson en cuir, et son ascendant croissant sur les groupes qu’il a rencontrés, la raison pour laquelle il utilise un vocabulaire grossier et il émaille ses interventions d’images liées à la performance sexuelle et à la virilité.

On est fait l'un pour l'autre

On est fait l’un pour l’autre© Image comics

Robert Kirkman connaît son personnage et il n’y a aucun raté. Il va même au-delà en montrant pour quelle raison Negan a choisi Lucille comme nom pour sa batte de baseball. Le lecteur découvre même à quelle occasion lui est venue l’idée d’enrouler du fil de fer barbelé autour. Son parcours montre comment il s’est endurci au point de ne pas ressentir d’empathie, tout en voulant construire une communauté pérenne et relativement sécurisée. Le lecteur voit également les événements qui ont conduit Negan à exécrer les violences faites aux femmes.

En fait si, au préalable de sa lecture, il avait dressé une liste des caractéristiques de Negan, il pourrait cocher au fur et à mesure que le scénariste montre d’où elles proviennent ou comment elles se sont constituées. C’en est presque trop parfait, trop systématique pour être naturel, trop circonscrit pour que le lecteur ait l’impression de découvrir quelque chose sur Negan, trop millimétré pour laisser place à la surprise. Dans le même temps, c’est exactement ce que le lecteur est venu chercher, Robert Kirkman répondant parfaitement à son horizon d’attente.

Pile poil

Pile poil© Image comics

Le lecteur est donc aux anges et il peut apprécier le spectacle, en sachant très bien comment se termine cette phase de la vie de Negan. Robert Kirkman entre dans le vif du sujet dès la première page, avec Negan sortant une énormité sur le manque d’énergie que met un jeune adolescent à frapper la balle avec sa raquette de pingpong, en comparant cette mollesse à la vigueur de son poignet quand il se masturbe. Le ton du récit est posé, et le lecteur n’a pas de doute sur le fait qu’il s’agit du même personnage. Il est un peu surpris de découvrir le mode relationnel que Negan entretient avec sa femme, beaucoup moins quand il voit qu’il la trompe, et qu’elle le sait.

Ce tome est également l’occasion de retrouver Charlie Adlard s’encrant lui-même, ce qu’il a arrêté de faire sur la série mensuelle à partir du numéro 115 en octobre 2013. Le lecteur voit sa forme d’encrage un peu plus pâteuse que celle de Stefano Gaudiano, transcrivant un monde où il n’est pas possible de prendre le temps de regarder dans le menu détail, quand on est trop occupé à survivre. Bien évidemment, les compositions de l’artiste n’ont rien perdu de leur force, de leur évidence, de leur approche pile entre les 2 yeux.

Tout commence dans un hôpital comme pour Rick

Tout commence dans un hôpital comme pour Rick© Image comics

Même un peu moins découplée, la silhouette de Negan reste impressionnante. Le lecteur peut lire son assurance dans ses postures. Il le voit accuser le coup devant la maladie de son proche en se courbant un peu comme s’il portait un fardeau trop lourd pour lui. Il le voit reprendre le dessus dès qu’il doit agir, ou plutôt réagir à l’intrusion des zombies dans l’hôpital. Au fur et à mesure du récit, Adlard affine sa silhouette, le fait se redresser. Lorsqu’il est proche d’atteindre la stature que le lecteur lui connaît, il commence à arborer son sourire enjôleur et ravageur. Lorsqu’il est amené à utiliser Lucille pour fracasser son premier crâne, le lecteur retrouve également son regard bestial de dément. Même s’il lui prenait l’idée farfelue de ne pas lire les dialogues, le lecteur pourrait voir l’évolution de l’état d’esprit de Negan rien qu’en regardant son visage et ses postures. L’artiste n’a rien perdu de sa capacité à faire naître des personnages simples et immédiatement reconnaissables. Ce savoir-faire donne une consistance étonnante au fait que Negan réussit à survivre, alors que ses compagnons de route successifs succombent les uns après les autres aux agressions de zombies.

Charlie Adlard n’a rien perdu de sa capacité à donner l’impression au lecteur de pouvoir se projeter dans l’environnement des personnages, même s’il n’est pas dessiné dans le détail. Cette faculté est apparente dès la première page, avec l’intérieur du garage de Negan, où est installée la table de pingpong, et des formes encrées évoquant les bidons qu’on peut trouver sur une étagère dans un tel endroit, sans qu’aucun ne soit reconnaissable. Il en va de même pour les appareillages médicaux présents dans la chambre de la malade, pour les abords d’une ville pavillonnaire, ou pour les arbres à la forme indistincte, à l’essence inidentifiable.

Presque parfait

Presque parfait© Image comics

Les pages comprennent en moyenne 6 cases, ce chiffre pouvant monter jusqu’à une dizaine, et il y a un dessin en pleine page, et plusieurs pages avec une case occupant les 2 tiers de la surface. Comme toujours les mises en scène sont limpides et d’une facilité exemplaire à suivre, et Charlie Adlard n’hésite pas à choisir des angles de vue en contreplongée, ou de plans rapprochés pour dramatiser un affrontement ou une réaction suite à une découverte choquante.

La première page comprend 4 cases de même taille, de la largeur de la page, où Negan entortille le fil de fer barbelé autour de Lucille. Cette page est reprise à l’identique à 8 pages de la fin. Le contraste du noir et blanc, l’absence de tout mot transportent cette séquence dans le domaine du mythe. Il s’agit de l’acte de naissance de Negan, du moment où il forge son symbole. Le lecteur assiste à la naissance d’une légende.

Comme ça, c'est parfait

Comme ça, c’est parfait© Image comics

Le lecteur ressent cette dimension de mythe également dans les parallèles qu’il peut dresser avec la propre histoire de Rick. Il ne s’agit pas d’une coïncidence si Negan se trouve dans un hôpital quand l’épidémie survient, comme Rick a repris connaissance dans un hôpital, lors du tout premier épisode la série mensuelle. Le fait que les convictions de Negan et sa psychologie sont façonnées par son rapport avec ses êtres chers constitue également une situation miroir de celle de Rick Grimes. En prime, Le lecteur retrouve le charisme hors échelle de Negan, et ce bien avant la séquence de fin où il prend la tête des Sauveurs.

Robert Kirkman, Charlie Adlard et Cliff Rahtburn réussissent leur pari paradoxal : raconter l’histoire connue à l’avance par le lecteur, ne pas entamer la mystique du personnage, faire rayonner son aura. Negan ne ressort pas grandi ou renforcé du récit ; le lecteur en sort juste conforté dans ce qu’il savait déjà. Malgré tout, il a bénéficié d’une excellente lecture. Il n’éprouve aucun regret et même mesure sa chance d’avoir pu ainsi passer du temps supplémentaire avec Negan.

Objet transitionnel

Objet transitionnel© Image comics

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Oh Lucille, embrasse moi ! Non, ce n’est pas un article sur une vieille série moisie de la 5, mais bel et bien un article sur la préquelle du légendaire vilain de Walking Dead : Negan. Vegan, s’abstenir !

La BO du jour : LUCILLE !

38 comments

  • Patrick 6  

    La saga de Negan aura marqué mon désamour avec le comics Walking dead (et du reste la série tv prend le même chemin puisque la 1ére saison avec Negan est déjà également affreusement longue). Sur les conseils lus ici même j’ai quand même acheté les volumes suivants, mais ils restent tous dans ma pile des comics non-lus… Un jour peut être y retournerais-je.
    Bon alors là trop de Negan tue le Negan, je ne sais pas s’il est bien raisonnable pour moi de me pencher sur ce spin-off. Même si je reconnais que consacrer une mini série à un « méchant » est un sacré challenge à relever ! (aucun exemple concluant de cet exercice ne me vient à l’esprit).

    • Présence  

      Si je suis tombé dans Walking Dead, c’est tout de la faute de ce site, avec l’article de Thierry Araud pour son article Philozombie et pour celui du tome 26, et Bruce qui m’a fourni régulièrement en came pendant plus d’un an, jusqu’à ce que je sois à niveau.

      A mes yeux, la saga de Negan, c’est la confrontation entre une démocratie fragile et menacée par l’état d’urgence (= la communauté de Rick) et une dictature menée par un chef charismatique (une tchatche énorme, une posture virile et patriarcale). Avec ce point de vue, Negan est un adversaire inéluctable de la démocratie, du peuple qui obligé de mettre à bas une idole et tous ses excès, un gouvernement participatif qui doit se mesurer à un homme fort prenant les décisions difficiles pour les autres, un meneur sûr de lui, un individu rassurant si l’on se trouve hors de portée de sa batte.

      Comme le fait observer Matt, le présent tome montre Negan confronté à l’épidémie, c’est-à-dire la réalité de la mort, et il choisit une démarche pragmatique, au point de ne plus considérer les uns et les autres (lui compris) comme des outils et des pions. Au travers de ce tome, Robert Kirkman propose un parcours de vie qui tient la route, pour qu’un être humain adopte une telle vision de la vie.

    • Jyrille  

      C’est parce que tu n’as jamais lu Donjon :)

      • Jyrille  

        Je répondais à Patou sur « (aucun exemple concluant de cet exercice ne me vient à l’esprit) »

  • Matt  

    « Dès le départ, le lecteur sait exactement ce que racontera le récit. »

    Exactement ce que je me suis dit avant de lire l’article. La formule c’est toujours :
    -il arrive un truc grave au mec
    -le mec souffre, s’endurcit, devient mauvais
    -il pète un câble mais se montre efficace par son acharnement et son absence de pitié dans une situation de crise
    -certaines personnes reconnaissent sa force
    -il devient un chef admiré et craint mais devient de plus en plus taré
    FIN

    Je ne vois donc aucun intérêt à ce comics, en plus du fait que je ne m’intéresse pas à la série. Le récit a beau être indépendant, je ne vois pas pourquoi j’irai lire le passé stéréotypé d’un personnage que je ne connais pas.
    Mais bon…bon article quand même^^

    • Présence  

      En changeant juste 2 lignes dans ton déroulé de scénario, on retombe sur la trame du parcours du héros, telle que schématisé par Joseph Campbell dans Le Héros aux mille et un visages (1949). C’est effectivement un parcours classique.

      Je parage ton avis sur le fait que cette histoire aura beaucoup moins d’intérêt pour un lecteur qui ne suit pas la série comics. il reste quand même ces 2 thèmes très forts : les qualités attendues d’un meneur politique, l’altruisme et l’empathie face au pragmatisme. A chaque élection, je me demande comment les journalistes peuvent encore nous présenter les têtes de liste comme des meneurs qui vont résoudre tous les problèmes de la société par la force de leur caractère, les présenter comme des sauveurs providentiels (ou au contraire comme le mal), pour mieux les traîner dans la boue sur le thème de leurs défauts, comme si c’était une surprise que personne ne soit parfait. Dans son récit, Robert Kirkman proscrit ce mode de représentation des chefs politiques pour une approche plus humaine, plus faillible, plus honnête et donc plus complexe.

      • Matt  

        Coluche : « Les journalistes ne croient pas les mensonges des hommes politiques, mais ils les répètent ! »

        C’est cette idée que le journalisme doit être objectif. Du coup je me demande s’il n’y en a pas qui s’éclatent à les trainer dans la boue après parce qu’ils ne les aimaient pas de base mais qu’ils se devaient d’être neutres en l’absence d’élément compromettant^^

        • Présence  

          Je ne m’arcboute pas sur le principe de relayer les promesses électorales de candidats, ou leur propagande électorale, mais sur la construction médiatique d’un homme fort providentiel, comme si la nation française souhaitait un homme (ça marche aussi avec une femme) autoritaire sachant mieux que tout le monde ce qui est bien pour le peuple, menant son monde la baguette, un peu à l’image de Vladimir Poutine.

          Pour ce qui est de les traîner dans la boue après, c’est une posture facile qui consiste à se mettre confortablement dans l’opposition et à critiquer à tout va, sans rien proposer de constructif, ce qui est toujours plus polémique et sujet à critique.

          • Matt  

            Ah mais j’suis bien d’accord, je disais juste qu’à mon avis ça marche comme ça. Je n’approuve pas. C’est exagéré dans les 2 cas. C’est du marketing pour attirer les votes, puis c’est de la critique facile.
            Moi en général je ne crois jamais aux conneries électorales donc je ne suis pas surpris des sujets polémiques qui suivent. Ce qui ne m’empêche pas de trouver que la plupart des politiques vivent dans un autre monde et sont à côté de la plaque.

          • Bruce lit  

            La presse française a un aphorisme concernant la mise en place d’hommes/femmes providentiels par ses soins : Lécher/lâcher/Lyncher. Une note de cadrage particulièrement bien suivie à l’époque de la mère Royale sortie femme providentielle d’on ne sait où avec la bravitude qui a suivi…

            @Présence : Ravi de te savoir accro à WD au point de me devancer et de te Neganiser. Concernant l’intervention de Omac, je ne suis pas sûr que celui-ci rentre chez les psychopathes pur et dur, le personnage pouvant se montrer raisonnable et parfois dans l’empathie. Kirkman écrit le personnage dans une certaine rédemption qui m’intéresse. C’est un peu le Magnéto de WD : ami ou loup dans la bergerie ?
            Je serai moins élogieux que toi car depuis, le bouquin est mystérieusement arrivé chez moi. C’est très plaisant et rapide à lire (moins d’une demi heure).
            Je trouve que la fatigue de Adlard se fait sentir, en plus de son boulot régulier sur la série mère, il se tape aussi les spinoffs. Du coup ton scan de Neggan avec la batte est sans doute le dessin le plus laid de la série !
            Pour le scénario, je dirais quand même qu’il ne fait qu’illustrer ce que Negan avait raconter dans la série. Ce sont « juste » des images en valeur ajoutée. C’est comme tu le dit dans ton article un plaisir de retrouver sa trogne de vaurien, mais rien qui mérite de se substituer à l’imagination du lecteur.
            Enfin, en général je n’aime pas les spinoffs et c’était déjà vrai chez les Xmen. Je trouve que ça va contre l’idée de la série de toujours aller de l’avant sans devoir se retourner. Je n’ai aucune envie de voir des flashbacks à la lost d’avant l’épidémie. C’est ce qui fait le charme de la série à mes yeux.
            J’avais lu le bouquin sur le Gouverneur de Kirkman qui n’avait aucun intérêt littéraire ni scénaristique.
            Une histoire sympathique à laquelle je n’aurai mis que 3 étoiles. J’aime bien ta référence biblique ;)

            @Matt : euh attention, ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit. Dans l’article d’hier les esprits chagrins ne sont pas associés à ceux qui n’ont pas aimé le film, mais qui ont critiqué le rapport mère-enfant que Molly entretient avec son fils.

            @Pierre : après avoir lu-et apprécié les 4 premiers tpb de Invincible j’ai fini par les revendre car trop d’aliens à trois yeux et de scène spatiale à mon gout. Dommage, la série était riche en rebondissement.

          • Matt  

            Je sais, je sais.
            C’est juste pour dire qu’on ne sait plus quoi dire sans rentrer dans une catégorie de gens critiquables. A force on se demande encore quelle opinion de quelle personne reste encore recevable…
            Faut pas enfermer les gens dans des archétypes.
            Bon j’imagine que c’était de l’humour et que j’en ai pas assez pour piger…

  • OmacSpyder  

    Un exercice de style intéressant que de décrire le cheminement d’un homme vers la psychopathie. Car à ce que j’en sais Negan est la négation même de l’empathie (comme le rappelle ton article) : il est la Loi.
    C’est aussi un exercice risqué car il pourrait nous amener à penser que dans un contexte donné cette évolution représente une évolution « naturelle » : une explication sociologique de la situation où il irait de soi que dans un tel monde un être viril adopte cette conduite psychopathique.

    Et si Negan était…. homosexuel? Un homosexuel refoulé à un tel point que, se défendant de son homosexualité, il devienne une caricature virile avec une batte phallique. L’image dans laquelle il entoure sa batte de barbelé montre bien le prolongement qu’elle représente.

    Ainsi Negan jouerait-il de sa batte auprès des autres hommes pour montrer qui en a vraiment. Sur un plan inconscient, « Lucille » représenterait la femme qu’il pourrait être, voudrait être : idéalisée. Tandis qu’il se déguise progressivement en une caricature d’homme viril.

    Ça serait intéressant de savoir si l’auteur laisse entrevoir réellement ce qu’il en est du personnage avant sa transformation. Homme cavaleur, professeur de gym : il paraît déjà vouloir de rassurer sur sa masculinité : en avoir ou pas! A-t-il distillé d’autres éléments?
    Retourner auprès de sa femme mourante alors qu’il la trompait montre que la perte de l’objet aimé et rassurant qu’elle représente est la source d’angoisse. Désormais ce sera un autre objet qui prendra sa place…
    Entourer sa batte de barbelé n’est pas anodin non plus. Est-ce une fonction sadique supplémentaire ou une façon inconsciente de protéger son objet phallique de peur d’être « destitué », « dé-viriliser » et que l’image qu’il s’est construite ne s’écroule..?

    Si vous croisez Negan, vous pourrez bien entendu lui faire part de ces quelques remarques^^

    • Présence  

      Exercice risqué – Dans le contexte de la série Walking Dead, le risque ne se situait pas forcément là. Negan a subi la défaite face à Rick Grimes, à la fois physique et idéologique. Du coup, il n’apparaît pas comme une évolution naturelle ou légitimée, plus comme une victime d’un traumatisme qu’il gère différemment. En outre, l’auteur montre que pour être Negan, il faut aussi disposer de sa constitution physique, de sa robustesse, de sa résistance à la douleur, des particularités qui réduisent d’autant le nombre d’individus susceptibles d’en arriver là.

      Un homosexuel refoulé ? – Je ne sais pas. Dans la vie de tous les jours, je ne sais pas regarder les autres sous cet angle-là, au point d’être l’objet de moquerie pour n’avoir pas su voir l’homosexualité d’un(e) collègue qui crève les yeux de tout le monde.

      Par contre, c’est exactement comme ça que j’ai ressenti son retour auprès de sa femme : la perte de l’objet aimé et rassurant est source d’angoisse.

      De mon point de vue, le risque pris Kirkman en réalisant cette histoire était surtout de faire perdre sa mystique à Negan, de le ramener au niveau du commun des mortels. Cette facette de Negan (l’angoisse de la perte de sa femme) et d’autres le rendent bien humain, mais dans le même temps son parcours (avec la perte d’empathie pour se protéger) apporte du crédit à son comportement de chef, à ses valeurs. Du coup, je ne suis pas ressorti surpris de ma lecture, par des révélations sensationnelles, mais troublé d’avoir côtoyé la souffrance d’un individu normal et d’avoir assisté à son évolution en despote efficace, convaincu du pragmatisme de ses méthodes.

  • Tornado  

    Un article aussi fluide et enlevé que semble l’être le sujet de sa rédaction !
    Contrairement à Matt, je pourrais très bien me laisser tenter par cette lecture, car je ne lis pas la série de comics, mais je regarde uniquement la série TV (que je continue de trouver extra, malgré tous les rabats-joie qui s’en plaignent ! :)
    Du coup, j’ai très envie de me laisser tenter par ce focus sur un personnage charismatique hors-norme, qui est un sacré salopard que l’on peut adorer détester !

    @Patrick : //Même si je reconnais que consacrer une mini série à un « méchant » est un sacré challenge à relever ! (aucun exemple concluant de cet exercice ne me vient à l’esprit).
    Regarde du côté de Garth Ennis, il a fait ça très régulièrement dans la plupart de ses longues séries.

    • Matt  

      Tu sais, tu ne seras pas surpris, c’est toujours la même histoire du méchant « complexe » qui a été bon un jour mais a vécu un truc traumatisant. C’était original à une époque pour éviter de définir le méchant comme « le mal absolu » mais maintenant ça a été raconté 300 fois.
      Mais bon…

    • Matt  

      Et si j’suis un rabat joie, tant pis^^
      On est toujours quelque chose de pas bien si on n’est pas du même avis que la personne qui juge de toutes façons…
      C’est pas dirigé contre toi, c’est juste un constat. Hier ceux qui n’aimaient pas le film, c’était les esprits chagrins pour Bruce.
      Il y a les puristes aussi…
      Les moutons qui suivent la mode…
      Les bienpensants…
      Ceux qui ramènent leur science…
      Les nostalgiques au jugement faussé…

      Je cherche pas la merde, hein. Je dis ce que je pense c’est tout. Ces appellations, c’est pas fair play. On tombe tous dans une catégorie. Moi par exemple j’suis le parano qui voit des jugements partout…et qui ne sait plus quoi dire sans passer pour un membre d’un groupe que vous n’aimez pas.

      • Présence  

        Il me semble assez légitime de voir des jugements dans un site où les contributeurs donnent leur avis sur des BD et des films. L’une des richesse du site de Bruce est de pouvoir enrichir le jugement du rédacteur, par celui des personnes qui lisent son article. C’est aussi le constat du monde postmoderne que plusieurs points de vue convergents, ou opposés peuvent coexister et permettent de se faire une idée plus juste de la complexité du monde, des facettes infinies de la réalité, du fait que l’homme en tant qu’individu fini ne peut pas les percevoir toutes. Ton avis vient enrichir notre perception en proposant un avis divergent, même si ça ne nous fait pas forcément plaisir de le lire parce qu’il va à l’encontre de ce que l’on aimerait entendre, indépendamment du plaisir de bénéficier de ta participation qui lui reste intact.

        Pour en revenir à Negan, c’est exactement ce qui m’a plu : il n’est pas le mal absolu. C’est un individu avec un parcours de vie, et une évolution de sa façon de penser pour s’adapter aux circonstances extérieures, aux horreurs dont il est le témoin, et l’un des rares survivants. D’une certaine manière, Robert Kirkman réussit à montrer la banalité du mal, pour reprendre les mots de l’analyse d’Hannah Arendt.

        • Matt  

          Des jugements sur les BD, pas sur les gens. Exemple : je ne viens pas te dire que tu n’es qu’un mouton qui aime n’importe quel machin à base de zombies pour suivre la mode^^
          Alors bon…des fois c’est pénible d’être considéré comme un puriste si on aime voir les films en VO, un nostalgique aveugle si on aime les comics old school, un rabat joie ou esprit contradictoire si on n’apprécie pas une mode, etc.
          J’ai juste mon avis perso, c’est tout. Zut !
          Mais je manque d’humour parfois, je le reconnais. Je me fais surement des films et Tornado rigolait surement (ou provoquait gentiment, comme le montre la réaction de Patrick)

          M’enfin c’est aussi une sale habitude sur le net de décrédibiliser l’interlocuteur en le faisant passer pour une victime d’une mode ou d’un jugement faussé pour remporter un débat…

        • Matt  

          Tiens bah c’est une méthode de politicien d’ailleurs, puisqu’on parle d’eux^^

          • Tornado  

            Heu… Oui, je rigolais (j’ai mis un smiley). Juste pour dire que je continuais d’aimer la série TV, malgré l’opinion générale des fans du comics. Rien de provocant dans mon esprit. Plutôt un coup de coude amical…

        • OmacSpyder  

          Une référence intéressante que celle de la banalité du mal d’Hannah Arendt. La monstruosité et l’inhumain existe en chacun et peut se manifester dans certaines circonstances.
          A ceci près qu’elle établit ceci comme un choix : le choix de continuer à penser ou de cesser de penser par soi-même pour adhérer (au sens adhésif de coller) aux discours tenus et à la langue de l’autre qui empêche la capacité à penser par soi-même. L’exemple pendant la Seconde guerre mondiale des juifs nommés « cafards » pour faire accepter son extermination en est un exemple flagrant.

          Cependant j’ai l’impression que ceci s’applique aux petites mains du mal, à ses opérateurs dans des rouages mécaniques. Negan se présente comme un meneur. N’a-t-il dès lors pas des prédispositions éclatant au grand jour à l’occasion de ce cataclysme? Un récit intéressant pour ma part explorerait cet aspect : de la part de l’événement comme déclencheur et de la part de l’individu comme présentant de façon latente tous les aspects discrets de sadisme, de psychopathie (manque d’empathie) prêts à émerger.
          Mais je pense que le propos de Kirkman est plus « sociologique » : un être humain plongé dans ces épreuves et confronté à la survie devient un être qui ne pense plus. Voilà son immunité face aux zombies : il a déjà renoncé à son cerveau au profit de son phallus barbelé.

          • Présence  

            Après vérification (parce que je n’ai ni lu ni étudié l’œuvres d’Hannah Arendt), il semblerait qu’elle ait été frappé par la banalité d’Adolf Heichmann (haut fonctionnaire du Troisième Reich) lors de son procès à Nuremberg. Mais effectivement celui-ci n’était pas tant un meneur qu’un responsable logistique de haut niveau.

            En changeant de point de vue, j’ai perçu l’évolution de Negan comme une adaptation au système dans lequel il vit. Du coup il n’adhère pas à un discours tenu, mais son comportement relève en grande partie de choix pour minimiser sa souffrance psychique, pour se désensibiliser au fait de voir les autres mourir autour de lui et de continuer à rester en vie.

            Comme toi, je ne pense pas que Kirkman ait une formation de psychologue.

    • Patrick 6  

      @ Tornado : Du coté Ennis je pense à Saint Killer (mais je n’avais justement pas aimé du tout ^^ Les dessins n’aident pas il est vrai). Tu as d’autres noms ?
      Et autrement « Rabat-joie » toi même ^^ (humour)

      • Tornado  

        ;)

        La mini-série Barracuda ?

    • Présence  

      @Tornado – Ouf, un de mes articles qui t’a intéressé… :) :) :)

      Au départ je n’étais pas certain de vouloir lire une histoire courte dont toutes les étapes peuvent être devinées à l’avance. Mais j’ai trouvé que Robert Kirkman a su concilier les attentes du lecteur, avec un portrait plus sensible de Negan, ce qui le transforme en individu tragique, comme e souligne Matt.

  • PierreN  

    Ayant assez vite arrêté les frais avec la série mère (à partir de la rencontre avec le Gouverneur), je me verrais mal m’essayer à un spin-off (consacré à un personnage que je n’ai du coup pas encore croisé), à part peut-être celui de Vaughan et Marcos Martin, qui à l’air vraiment à part (Walking Dead : The Alien).
    Pour les séries de Kirkman, Invincible m’a souvent donné plus envie que son autre oeuvre phare.
    Parfois, il suffit que la fin soit proche pour que certains runs, séries ou gammes de titres y gagnent un attrait supplémentaire. Puisque Invincible est désormais terminé, j’ai bien envie de m’y mettre.

    • Présence  

      Très impressionné par la série Walking Dead, j’avais essayé Outcast de Robert Kirkman et Paul Azaceta. J’ai laissé tomber au bout de 2 tomes. Du coup, je ne suis pas bien sûr de vouloir me lancer dans une autre série écrite par lui. J’attends ton avis. :)

      • Bruce lit  

        J’ai aussi laissé tombé Outcast au bout des 12 premiers numéros. Soporifique.

      • Matt  

        Hum maintenant que j’y repense, Azaceta soignait mieux son dessin sur les quelques épisodes qu’il a dessinés dans le Conan de Brian Wood. Il n’a pas l’air tout le temps en forme on va dire.

        • Présence  

          Je vous trouve dur avec Paul Azaceta. Il s’en était bien tiré en intérimaire de Michael Lark sur les épisodes de Daredevil écrits par Ed Brubaker. Il avait su bien mettre en scène la noirceur de Potter’s Field écrit par Mark Waid. Ses planches constituent plutôt la bonne surprise de la série Outcast.

  • Jyrille  

    Je ne savais pas qu’une préquelle, ou disons qu’un spin-off, en one-shot, sur un personnage secondaire de Walking Dead était prévu. Merci pour l’information, déjà ! Je suis totalement d’accord avec ton approche, Présence, car oui, Negan est bien l’un des personnages les plus charismatiques de la série, et voir une bd pour lui seul ne peut que titiller le lecteur habituel de WD. Tu me donnes très envie de la lire.

    « Même s’il lui prenait l’idée farfelue de ne pas lire les dialogues » : j’imagine que tu l’as fait, que ça t’est venu à l’esprit. C’est tout à ton honneur, et je remarque que cela m’arrive parfois sur une bd que je connais bien (mais jamais sur une nouvelle lecture ou une bd que j’ai plus oubliée).

    Comme d’habitude, tu analyses tellement bien que j’ai envie d’aller vérifier. Il faut que j’en parle à mon fournisseur de WD personnel.

    La BO, ouais, bon.

    • Présence  

      Ne pas lire les dialogues – Cette phrase m’est venue en repensant au fait que j’ai feuilleté ce tome à 2 reprises chez le libraire avant de me décider de l’acheter. Donc oui, j’en avais lu une partie, sans lire les dialogues.

  • Jyrille  

    J’ai oublié de dire que je ne me souviens pas de tout ce que peut raconter Negan sur sa vie d’avant, je pense donc que les divers éléments constituants le personnages seront une surprise pour moi.

  • JP Nguyen  

    Merci pour le topo sur ce Negan Year One… ou Born Negan ?
    Je pense faire l’impasse sur ce one-shot étant donné que je me tiens à l’écart de WD depuis longtemps déjà…
    @Patrick : des mini sympas sur des méchants ?
    Le Sabretooth de Larry Hama / Mark Texeira
    Thanos Quest de Starlin / Lim

    • Matt  

      Chez Marvel on en trouve pas mal en effet
      -Books of Doom de Brubaker
      -Thanos Rising…ah non c’est pourri ça ;) (mais hélas ça existe)
      -La série Mystique de Vaughan chroniquée par moi-même.
      -Magneto ; testament
      -Octopus year one de Zeb Wells
      Et j’en passe et des meilleures.
      C’est surement plus rare dans les séries indépendantes. Mais ce genre de spin off ne fait que confirmer le côté commercial de Walking Dead. Bientôt e sera un nouveau Marvel, il y aura des crossovers avec autre chose^^ Il y a déjà un spin off en série TV avec « fear the Walking Dead »

    • Présence  

      Dans les séries sur les criminels, j’ajouterais également les Superior Foes of Spider-Man de Nick Spencer et Steve Lieber.

  • Tornado  

    Si on va par là, il y en a moult du côté de chez DC (les origines de Bane, une mini-série sur le Pingouin (« La Splendeur du »), une autre sur Double-face (« Les Tourments de »), une sur plusieurs vilains (« Les Patients d’Arkham »), plusieurs sur Lex Luthor, le Joker, Harley couine, etc.).

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