Winter is coming (WINTER SOLDIER par Ed Brubaker)

WINTER SOLDIER, L’HIVER SANS FIN par Ed Brubaker, Jackson Butch Guice et Michael Lark.

Une mission de KAORI


VO : Marvel

VF : Panini Comics

Duo d’espions
@Marvel

En octobre 2020, Panini a réédité les 14 premiers numéros de la série WINTER SOLDIER dans un format Deluxe, ceux-là même écrits par Ed Brubaker en 2012-2013 et parus en 2013 dans le périodique Marvel Knights. Le recueil s’ouvre avec l’épisode FEAR ITSELF 7.1 : CAPTAIN AMERICA, qui fait le lien entre la carrière de Bucky Barnes en tant que Captain America (narrée dans la série du même nom par le même auteur) et cette nouvelle intrigue. Les épisodes sont signés Jackson Guice, sous le nom de Butch Guice (épisodes Fear Itself + n°1 à 5 et n°10 à 14) et Michael Lark (épisodes n°6 à 9). Les couvertures sont signées Lee Bermejo (n°1 à 5), Steve Epting (n°6 à 13) et Daniel Acuña (n°14).

L’ouvrage VF contient des variant cover de Lee Bermejo, Gabrielle Dell’Otto, Joe Kubert et John Tyler Christopher, ainsi que quatre planches crayonnées de Michael Lark, et enfin le mot d’adieu d’Ed Brubaker à son Soldat de l’hiver et à son lectorat. Seul bémol : quelques petites erreurs de traduction (de conjugaison notamment) se sont glissées, modifiant ainsi le sens de certains dialogues… . À noter qu’Outre-Atlantique, la série s’est poursuivie sans Brubaker, pour un arc supplémentaire de 5 numéros, écrit par Jason Latour et dessiné par Nic Klein, largement dispensables.

Il n’y a encore pas si longtemps, moins d’une vingtaine années, ce qui a l’échelle « comics » équivaut à la petite enfance, Bucky Barnes était uniquement le sidekick mort au combat auprès de Captain America. Servant régulièrement à illustrer certainement le plus gros échec de Steve Rogers, il rappelait que Stan Lee avait toujours eu en horreur l’utilisation d’ados dans le monde des super-héros. Mais ça, c’était avant que Ed Brubaker ne débarque chez Marvel. Tornado nous a très bien illustré cette arrivée ici et Matt nous a même fait un petit condensé des meilleurs numéros de Brubaker sur la série CAPTAIN AMERICA . Je vous propose d’en découvrir la suite…

Resituons l’intrigue : James Buchanan Barnes a donc endossé l’identité de Captain America après l’assassinat de Steve Rogers. Cependant, il est finalement rattrapé par son passé d’assassin à la solde de l’URSS durant la Guerre Froide en tant que Winter Soldier. Il se sort de son procès avec succès mais est victime d’un coup monté par un certain Colonel Rostov pour l’emprisonner dans un goulag en Sibérie. Tout ceci a un but : obtenir du Soldat de l’Hiver les codes d’activation de 3 agents soviétiques conditionnés et entraînés par Bucky lui-même et mis en sommeil après la fin de la Guerre Froide. Rostov obtient ces informations pour vendre les trois agents au marché noir. Sans aucune solution légale et face à une mort certaine, Bucky s’échappe du goulag grâce à l’aide de Natasha Romanoff, la Veuve Noire. Bucky devient donc un fugitif. Pour une raison obscure, il sera tout de même sollicité pour tenir son rôle de protecteur de l’Amérique dans l’événement FEAR ITSELF, où il semble trouver la mort, ce qui conduira Steve Rogers à reprendre son rôle de Captain America. L’épisode Fear Itself 7.1 nous montre ce qui s’est passé en coulisses et comment Bucky va profiter de cette occasion pour régler ce problème dont il se sent responsable. Peut-être enfin le moyen pour lui d’obtenir cette rédemption qu’il recherche depuis que Steve lui a redonné ses souvenirs…

Revenu d’entre les morts
@Marvel

La série se découpe en 3 arcs : GARE AUX DORMEURS (5 numéros), FLÈCHE BRISÉE (4 numéros) ET LA TRAQUE (5 numéros). Elle nous plonge dans un univers parsemé d’intrigues, d’espionnage, de manipulation et de vengeance mais aussi de questionnements et de culpabilité. James « Bucky » Barnes porte la responsabilité de l’entraînement de ces hommes avec qui, pour certain du moins, il avait pu créer un lien. La responsabilité des actes de meurtriers, véritables armes vivantes, utilisées à leur insu, comme lui avant qu’il ne recouvre la mémoire. Et c’est ce que je trouve intéressant et même attachant avec ce personnage : cette quête de rédemption. Ce personnage héroïque de la Seconde Guerre, adolescent doué et surentraîné pour aider le plus grand héros de l’Amérique, confronté au nazisme et aux horreurs de la guerre, condamné à devenir un assassin à la solde des ennemis de son pays, commettant crimes et atrocités, mais en étant un simple passager, obligé de regarder. Quelqu’un pour qui la mort aurait été une meilleure option et qui doit vivre avec les souvenirs de ses assassinats. C’est une des raisons pour laquelle Natasha joue un rôle central dans son équilibre et sa réhabilitation et, bien sûr, dans son adaptation à ce monde qu’il ne connait pas, elle-même ayant été victime des Soviétiques et de leurs méthodes de manipulation mentale. Elle comprend son sentiment de culpabilité et les souffrances que cela engendre. Les deux héros forment ainsi un couple particulièrement bien écrit et développé, qui restera pour beaucoup de fans (dont je fais partie) un des plus touchants de l’univers Marvel.

Les dessins de Butch Guice et la colorisation de Bettie Breitweiser nous plongent dans un milieu sombre, froid et pluvieux, tout à fait adapté à un titre porté par le Soldat de l’Hiver. La mise en page est bourrée d’action et de mouvement, avec des pieds et des mains qui sortent des cases, des trames obliques dans lesquelles les personnages se meuvent. Une vraie réussite pour un style inoubliable. Butch Guice avait pris la suite de Steve Epting, à l’origine du personnage de Winter Soldier, en gardant la lumière du personnage de Captain America. L’encrage était fin, les couleurs plus lumineuses. Ici nous sommes au cœur de l’espionnage et d’une histoire bien plus sombre et même particulièrement dépressive dans sa conclusion…

Jackson Guice ou l’art de la mise en page
@Marvel

GARE AUX DORMEURS

Cet arc nous plonge directement dans le bain, avec Nat et Bucky infiltrés pour déterminer qui a récupéré ces fameux agents dormants. Et la surprise est de taille ! C’est sans doute la raison pour laquelle cet arc est celui que j’aime le moins. Alors que nous sommes dans une atmosphère des plus sérieuses et réalistes, on se retrouve face à un gorille armé d’une mitraillette. Il faut avouer que le choc est rude. Il en est de même quand on découvre dans quel but ont été volé ces agents dormants… C’est dire à quel point j’avais oublié que nous étions dans une série Marvel. Cependant, l’arc est bien écrit, l’action est prenante et le dénouement loin d’un classique « les gentils ont gagné contre les méchants ».

L’intrigue est même particulièrement complexe, dans un jeu de poupées russes où un méchant en cache toujours un autre. Le but de la personne derrière tout cela n’est pas des plus logiques, mais ça ne détonne pas des intrigues que l’on peut trouver dans les films de James Bond par exemple. Cela dit, je me suis quand même souvent perdue à comprendre qui était où et pourquoi. C’est un arc qu’il m’a fallu relire plusieurs fois avant de tout bien cerner. Mais peut-être est-ce aussi parce que je ne suis pas habituée à ce genre d’univers. Pour le reste, la conclusion est tout à fait correcte : elle amène la suite tout en préparant la lente descente de Bucky (déjà bien amorcée durant ses aventures dans la série CAPTAIN AMERICA). Comme je le disais, Bucky porte cette responsabilité que sont ces assassins soviétiques parfaitement entraînés et le prix à payer pour obtenir une partie de sa rédemption est bien élevé. L’arc se termine d’une manière particulièrement déprimante, avec une victoire au goût amer. Mais elle annonce une suite des plus intenses. À noter que le titre VO est plus sombre encore : A LONGEST WINTER : un hiver des plus longs.

Le dormeur va se réveiller
@Marvel

FLÈCHE BRISÉE

Michael Lark prend la relève de Jackson Guice. Et alors que le défi était risqué, c’est une réussite. La transition se fait remarquablement, grâce une colorisation toujours sombre, davantage dans les rouges, mais toujours parfaitement adaptée au ton de la série. Grâce à cela, l’ensemble de la série garde une hétérogénéité très agréable, même si Michael Lark opte pour mise en page beaucoup plus classique.

L’intrigue est cette fois-ci pleinement dans la violence et l’espionnage. Le troisième agent, le plus dangereux, est manquant. Son histoire nous est relatée, celle-ci s’intégrant parfaitement avec les événements passés et relatés dans CAPTAIN AMERICA. Assez rapidement, on se rend compte que quelque chose cloche. Le piège est tendu et se referme inexorablement sur le Soldat de l’Hiver. Leo, l’agent dormant, a trouvé sa faille et va l’exploiter pour obtenir ce qu’il veut : une vengeance.

Dans cet arc, c’est aussi le passé de Natasha qui est évoqué ainsi que l’importance qu’elle a dans la vie de Bucky… Tout semble plus ou moins arrangé, jusqu’à la dernière page, glaçante, qui révèle que le pire est à venir…

Une plongée au cœur de l’action époustouflante
@Marvel

LA TRAQUE

Cette fois-ci, on y est… Le S.H.I.E.L.D. a été attaqué sur son terrain, certains personnages ne s’en relèveront pas et la traque commence. Pour cela, à situation désespérée, méthodes désespérées. C’est ainsi que nous avons la surprise de voir débarquer les amis de Bucky et de Natasha, ceux qui savaient Bucky vivant (Cap et Logan) et un autre : Clint Barton alias Hawkeye. Contrairement au premier arc où je ne m’attendais pas à faire face si vite à des super-vilains, l’arrivée de super-héros ne choque pas, au contraire : Bucky a servi de longs mois au sein des Avengers, et comme le lui rappelle Steve, il n’est pas seul. J’ajouterai même que cela apporte un plus à l’histoire. Wolverine a une relation particulièrement tendue avec Bucky puisqu’en tant que Soldat de l’Hiver, il a assassiné sa femme et leur bébé à naître… De même que Clint et lui ne s’entendent pas particulièrement bien, les deux ayant des méthodes drastiquement opposées. Mais cela apporte un peu de fraîcheur dans une atmosphère particulièrement crispée et pesante.

Un couple pas comme les autres…
@Marvel

Cet arc se démarque des autres dans le sens où la narration n’est plus réservée à Bucky, contrairement au reste de la série. Logan puis Steve prennent le relais pour quelques pages. Nous avons aussi la surprise de retrouver un autre ancien amant de Natasha, plutôt à l’aise dans l’obscurité. Bucky est désespéré et ses décisions sont plus que déroutantes. Mais cela illustre bien l’état d’esprit du personnage à ce moment-là, et ne fait qu’accentuer le côté dramatique de l’historie.

Le run se termine d’une façon particulièrement déprimante, à l’image du reste de la série, qui se déroule quasiment sans discontinuité sous une pluie battante. Je crois qu’on ne pouvait pas faire pire comme châtiment. Une fin qui pour ma part m’a particulièrement bouleversée.

Un seul être vous manque…
@Marvel

Les copains du blog le savent : je n’aime pas les histoires tristes. Pourtant, celle-ci, dans sa forme, aussi belle que tragique, et dans son fond, qui montre les mêmes qualités, touche en plein cœur et fait partie de ses œuvres que l’on prend plaisir à lire et à relire, ne serait-ce que pour s’attarder sur la beauté rétro et gracieuse de Natasha, le look à la fois Eastwoodien et « James Dean » de Bucky, et toutes ces mises en pages ingénieuses, romantiques, dramatiques ou simplement inoubliables.

Jamais aucune autre équipe d’auteur et d’artistes après cela n’aura réussi à comprendre la complexité du personnage et à l’utiliser de manière honorable. C’est pourquoi je l’affirme sans aucune hésitation : si vous ne deviez lire qu’un seul récit du Soldat de l’Hiver, il faut que ce soit celui-ci.

En route vers la rédemption ?
@Marvel

BO du jour : un hiver tout aussi enjoué  

116 comments

  • Jyrille  

    Comme d’habitude, j’ai pris douze bouquins en vacances et au final j’en ai lu deux et demi (le demi, ce sont quelques articles du Scarce 92). J’ai donc enfin lu ce Winter Soldier. Les dessins sont classes et l’histoire (trois en fait) est plutôt sympa. Ce n’est pas du grand Brubaker mais c’est plus du polar que du super-héros même si tout est très cinématographique.

    J’ai trouvé les dialogues parfois trop faciles ou déjà vus, les scènes d’action sont très bonnes mais le découpage est parfois trop compliqué. Tout est assez linéaire mais très efficace. Comparé à mes souvenirs de son run sur Daredevil, j’ai trouvé ça plutôt léger, tout en étant du très bon polar / espionnage / action. Il y a aussi un décalage avec les personnages de Cap et Hawkeye et même Fury dessinés comme à l’époque du silver age, ce qui détonne je trouve avec le ton plus réaliste.

    A te relire je suis d’accord : le premier arc est le plus faible. C’est marrant tu me donnes déjà envie de relire tout ça tellement les dessins sont beaux et les personnages attachants. Autre chose qui m’a gêné : le lavage de cerveau est un peu utilisé trop facilement. Mais ça reste un détail dans cet univers.

    Les couvertures de Bermejo sont très chouettes, et même les autres, mais pas celles de Epting… Malgré ça je viens de me prendre le MUST HAVE de Panini avec les épisodes de Captain America sur le Winter Soldier par Brubaker. On verra bien.

    • Fred le Mallrat  

      La suite par Latour (de mémoire) est moins interessante. La série Marvel Now en version « remplacant de Nick Fury » par Kot et Rudy est un véritable OVNI dont je en sais que penser… je n ai lu qu une fois, ca a été parfois fastidieux et en même temps tellement… autre chose…
      Un peu dans la lignée du Legion de Spurrier ou du Elektra de Blackmann et Del Mundo.

  • Fred le Mallrat  

    J aime beaucoup la nouvelle série BW. Casagrande est déjà au top sur la narration et le decoupage.. l intrigue permet de changer les enjeux du personnage. Ca part vite, on oublie pas son passé..
    Comme je le dis.. si on lit plus les clones… il y a pas mal de mondes qui n est plus lui même (d ailleurs Seul Doc Strange est lui même puisqu avec Englehart il est le seul rescapé de la destruction de la terre qui a été recrée par Eternité qui insiste bien que ce sont pas les originaux).
    Je le citais mais rien que de mémoire Crane Rouge, la maitre de la haine, Arnim Zola, et récemment Tony Stark, Rhodey ou la plupart des mutants sont esprits implantés dans des clones.

    Comme bon Black Widow, j aime beaucoup le Macchio/Gulacy qui a été recemment traduit dans l anthologie Panini.
    Et bizarrement je fais partie de ceux qui preferent les séries de Liu, Edmonson ou Morgan à celle de JG Jones.

    @matt l album sans limite des soeurs Soska est un des pires trucs que j ai lu sur Widow et même généralement
    L albumJpdie Houser et Mooney Reminiscence se lit mais n a que très peu d intérêt.

    • Fred le Mallrat  

      J y repense mais C. Xavier est bien dans un clone lui aussi depuis sa rencontre avec la reine Brood, non? (way back du temps de Claremont et Paul Smith)
      Il y a tous les personnages qui passent de corps en corps tel Proteus, Machinesmith, Le roi d’ombre.

      • Bruce lit  

        Tiens , c’est vrai. Je n’avais jamais envisagé Xavier comme un clone. Et je pense que les scénaristes non plus.

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *