69, ANNÉE NÉVROTIQUE (Altamont)

ALTAMONT, par Herik Hanna & Charlie Adlard

Par TORNADO

VF : Glénat

La fête en noir…

 ALTAMONT est un graphic novel de 136 pages réalisé par le scénariste français Herik Hanna et le dessinateur américain Charlie Adlard. L’album a été publié initialement en 2023 aux éditions Glénat sous la houlette de Thierry Mornet, apparemment à l’origine de ce projet aux frontières de la bande-dessinée franco-belge et du comic book américain.

Une bande de hippies sur le chemin du festival d’Altamont…

1969 a été une grande année. En tout cas une année charnière. Neil Armstrong pose les pieds sur la lune le 21 juillet, un mois avant le festival de Woodtstock, qui reste quant à lui la plus grande manifestation de rock de tous les temps (un demi-million de festivaliers) et le concert du siècle. La guerre du Vietnam entre enfin dans sa phase terminale. En France, Charles De Gaulle démissionne, aux USA, Richard Nixon accède à la présidence tandis que les émeutes de Stonewall sonnent pour la première fois le cri de la communauté LGBT. Le Concorde effectue son premier vol et la Méhari est la voiture à la mode !

Du côté du rock, les Beatles existent encore et Led Zeppelin sort son premier album (une révolution à lui-seul), tout comme Crosby, Stills &Nash qui lance une décennie de mode country-rock californien, tandis qu’Elvis revient sur le devant de la scène avec FROM ELVIS IN MEMPHIS. Serge Gainsbourg et Jane Birkin créent le scandale avec JE T’AIME MOI NON PLUS, N°1 en Angleterre ! Au cinéma, on célèbre EASY RIDER, IL ÉTAIT UNE FOIS DANS L’OUEST, 2001 L’ODYSSÉE DE L’ESPACE, LES DAMNÉS, L’ARMÉE DES OMBRES, MACADAM COWBOY (qui remporte l’Oscar), BULLITT et LA PISCINE.

En cette même année, le monde dit adieu à l’acteur Boris Karloff mais aussi à deux jeunes symboles de leur époque : l’actrice Sharon Tate et le guitariste Brian Jones, qui inaugure le « Club des 27 » (toutes les stars du rock décédées à l’âge de 27 ans). Deux morts tragiques, qui vont marquer leur temps et résonner comme un écho à la chute de tout un système de valeurs.

Sharon Tate, l’épouse de Roman Polanski, enceinte de huit mois, est assassinée à l’âge de 26 ans par les sbires de Charles Manson, tandis que Brian Jones est retrouvé mort dans sa piscine dans des conditions étranges. Les Rolling Stones, qui effectuent leur retour sur la scène après un an et demi d’absence, sont évidemment marqués par la mort de leur ancien guitariste, mis à pied quelques mois plus tôt. Ils décident d’organiser une grande tournée aux États-Unis mais ne peuvent pas participer au festival de Woodstock, où leur absence est très remarquée (tout comme celle des Beatles, des Doors et de Bob Dylan) ! Ils sont également vertement critiqués, alors, pour le prix de leurs places de concerts, jugé exorbitant tandis que la mode est aux grands festivals gratuits. Cette suite de critiques et d’événements va pousser le groupe à prendre une décision qui va marquer la fin d’une époque : L’organisation d’un gigantesque festival gratuit sur la côte ouest, dont ils seraient la tête d’affiche et qui représenterait la réponse au « festival de Woodstock sans les Rolling Stones ». Ce sera le festival d’Altamont.

L’affiche prévoit la participation de Crosby, Stills & Nash, Santana, Flying Burrito Brothers, Jefferson Airplane et Grateful Dead, soit les plus grands représentants de la côte ouest (avec les Doors, une fois encore non programmés, après Woodstock, pour cause de problèmes judiciaires).

En route pour le chaos…

Au départ, le festival est organisé aux côtés des membres du Grateful Dead qui envisagent son déroulement au Golden Gate Park de San Francisco. S’ensuit toute une série de refus de la part des autorités et de déconvenues financières qui vont amener les Stones à délocaliser leur concert sur le circuit d’Altamont, au nord de la Californie et, finalement, à boucler le tout à l’arrache dans la plus grande précipitation. En dernier lieu, le manque de moyens et de professionnalisme va amener les membres du groupe et leur staff à la pire décision de toute leur carrière : L’engagement, pour le service d’ordre, de la communauté des Hells Angels ! Et en corolaire une idée catastrophique : Ces derniers seront rémunérés en bière !

Le jour du Festival, on s’aperçoit alors que l’emplacement de la scène est le pire qui soit : en bas d’une pente, sur une hauteur d’à peine un mètre, il offre une proximité avec le public qui défie toutes les règles de sécurité, tandis que les festivaliers sont obligés de garer leurs voitures à plusieurs dizaines de kilomètres et d’emprunter des chemins chaotiques (notamment le long de la voie ferrée) pour accéder au concert.

Très vite, l’ambiance se détériore et le chaos prend le pas sur la candeur de Woosctock. On a, d’un côté, deux cents Hells Angels raides bourrés et défoncés par un mélange d’amphétamines et de diverses mixtures et, en face, deux-cent milles hippies sous acide. Si le comportement des festivaliers quasiment tous drogués se révèle vite problématique (ils ne cessent de monter sur la scène, s’accrochent aux échafaudages et accumulent toutes les situations irresponsables), celui des Hells Angels est de loin le pire : Mauvais comme des teignes, hautains et crâneurs au point d’exhiber leurs motos au pied de la scène, ils prennent tellement leur rôle au sérieux qu’ils se munissent tous de queues de billards et de chaines afin de tabasser le public ! Les esprits s’échauffent immédiatement dès que les premiers hippies se ramassent sur les motos et les Angels s’unissent comme un seul homme dans la ratonnade ! S’ils commencent par déraper de manière surréaliste au point d’assommer le guitariste du Jefferson Airplane venu porter secours à un spectateur en plein milieu de son concert (!), le pire sera commis avec l’assassinat de Meredith Hunter, un jeune afro-américain (les Hells Angels en avaient particulièrement après eux !) poignardé au paroxysme de la prestation tumultueuse des Stones !

Le résultat, tout le monde le connait : Le concert est une catastrophe industrielle, tout le monde souffre d’un froid glacial en plein mois de décembre, le son est atroce, les groupes précipitent leurs sets avant de s’enfuir et le Grateful Dead refuse de monter sur scène. À la fin des festivités, le bilan affiche quatre morts et des dizaines de blessés…

Comme si vous y étiez !

Avec l’assassinat de Sharon Tate par la famille Manson (une communauté de babas-cool illuminés vivant dans un ancien ranch désaffecté, obéissant aveuglément aux ordres de leur gourou psychopathe), le festival d’Altamont précipite la chute du mouvement hippie et enterre les idéaux de toute une époque. C’est la fin du « Peace & Love » et du « Flower Power« . C’est également ce que l’on a nommé, dans les journaux, « la perte de l’innocence ». À partir de ces événements, plus rien ne sera jamais comme avant…

Je pourrais m’arrêter-là et vous aiguiller sur mon article traitant de la chute du mouvement hippie. Tout serait dit et ce serait plié, car ALTAMONT, l’album, ne parle que de ça. Sauf que…

Une bande de jeunes

Le scénariste Herik Hanna a réussi à raconter tout ce dont je viens de parler avec beaucoup de finesse et d’humanité, et avec un vrai point de vue. Car ALTAMONT est d’abord l’histoire d’une bande de cinq jeunes hippies. C’est le « Doc« , de retour du Vietnam en partie défiguré, qui a déjà perdu ses idéaux et qui songe de plus en plus à les troquer contre son retour aux études de médecine. Il est le plus lucide de la bande et il ne s’en laisse pas compter. C’est Jenny, sa copine, qui veut avant tout croquer sa jeunesse et profiter de la liberté que lui offre son époque. C’est Léonard, jeune afro-américain qui rêve de marcher sur les traces de Jimi Hendrix, son idole, et qui souffre d’avoir été renié par sa mère pour ses choix de vie. C’est Samantha, afro-américaine également, lesbienne candide qui profite elle aussi de ses libertés. Et c’est « Schyzo« , le dingue du groupe, tout le temps défoncé, sans filtre et sans limites…

Le récit est découpé en trois parties : Un long road movie sur le chemin du Festival (histoire de rappeler que l’Amérique se vit alors SUR LA ROUTE, comme l’écrivait Kerouac), où nous faisons connaissance en profondeur avec le petit groupe de copains, avec leurs rêves et leur passé (mais pourquoi Mike est-il absent ?), et la mise en parallèle de leurs goûts musicaux, source de conflits mais avant tout construction d’une mythologie de chair et de sons, dont cette jeunesse veut absolument faire partie. Toute cette première séquence, la plus longue (la moitié de l’album), nous plonge dans cette époque de manière particulièrement immersive.

C’est ensuite le festival, les concerts et leur déroulement catastrophique. Les bastons avec les Hells Angels mais aussi le comportement à risque des festivaliers tous plus camés les uns que les autres.

C’est enfin un épilogue dans les années 80, où nous retrouvons les personnages et ce qu’ils sont devenus, avec en guise de bonus un twist inattendu qui nous invite aussi à revoir les événements au-delà des clichés. Un découpage aussi astucieux que réussi.

Ça devait être super, pourtant !

Alors que le tout est extrêmement bien documenté, que le moindre élément et la moindre scène sont d’une précision chirurgicale, le scénariste Herik Hanna refuse systématiquement la moindre approche documentaire pour privilégier l’humain et le vécu, le sens du détail et le point de vue de ses personnages de fiction. C’est un excellent choix qui, paradoxalement, ne laisse jamais le lecteur à distance en lui offrant au contraire l’opportunité de vivre les événements comme s’il y était, avec une sensation d’immersion optimale.

Si notre génération n’a évidemment pas vécu cette année 1969, nous avons vécu une jeunesse dans les années 90 et 2000 dans des situations de liberté et d’excès très proches de celles des hippies, et nous avons également pu vivre les festivals de rock de manière tout à fait similaire. En Europe, via les Eurokéennes, le Hellfest, les Francopholies, le Glastonbury et tant d’autres, et même si je ne suis pas allé à tous ces festivals emblématiques (mais j’en ai fait beaucoup d’autres), j’ai le souvenir d’avoir vécu à peu-près la même chose que les cinq copains d’ALTAMONT, les bastons en moins bien sûr. Tout cela pour dire que cet album nous permet d’intégrer cette époque de l’intérieur et de constater que la jeunesse reste la même à travers le temps, et que lire ALTAMONT, c’est aussi replonger dans la notre, en retrouver les sensations, en ayant l’opportunité de dresser le bilan à notre tour. C’est brillant.

Le chemin de l’espoir et… de la galère !

Si Charlie Adlard nous avait habitué au noir et blanc avec WALKING DEAD, il nous surprend ici avec une colorimétrie Pop’art vintage dont les trames quasi systématiques (parfois même indigestes et pas forcément nécessaires) citent autant les comics des 60’s que les œuvres de Roy Lichtenstein. Cette mise en couleur est à elle-seule tout un concept, qui commence sous les teintes chaudes du soleil californien pour ensuite plonger dans le quasi noir et blanc du froid glacial d’Altamont et de ses vapeurs délétères. Je ne sais pas si Adlard est l’illustrateur idéal pour la réalisation de cet album. Très convaincant dans les scènes naturalistes, ses personnages manquent parfois de relief et même les scènes d’action souffrent tantôt d’un manque de fluidité. Reste un sens du détail qui fait corps avec le scénario grâce à des décors précis (certaines vignettes sont déclinées d’après des captures d’écran du film GIMME SHELTER (*)), des véhicules, des tenues vestimentaires et une reconstitution encore une fois très immersives, qui emporte au final l’adhésion du lecteur.

Un album qui fait honneur à son médium. Et un excellent moment de lecture pour toute personne intéressée par le sujet.


La (double) BO : Les Rolling Stones – UNDER MY THUMB + GIMME SHELTER

(*) : Lorsque Meredith Hunter est poignardé par un Hells Angel, les Rolling Stones, qui ne remarquent rien, interprètent UNDER MY THUMB. Le drame sera filmé et visible dans le film tiré du Festival, réalisé en 1970 par Albert Maysles, et intitulé GIMME SHELTER.

39 comments

  • zen arcade  

    Merci pour cette chronique complète et détaillée, même si elle ne m’incitera cependant pas à me procurer l’album.
    Juste une petite remarque : contrairement à ce que tu écris en introduction, Charlie Adlard n’est pas américain mais britannique.

  • Jyrille  

    Merci pour ce tour d’horizon Tornado. Il était évident qu’avec ce thème et les différents articles que tu avais déjà consacré à ce sujet, tu te mettes à lire cette bd et en fasse la revue. Personnellement je l’ai feuilletée puis reposée. Ce doit être sympa mais je n’ai pas forcément envie d’investir, surtout que je ne suis pas un énorme fan du trait de Adlard. Je le trouve très bon, mais souvent trop effacé pour moi, trop efficace sans aller plus loin.

    J’ai vu le documentaire GIMME SHELTER, je l’ai en VHS. J’en ai quelques souvenirs, quelques-uns un peu marrant (Keith Richards qui demande en arrivant à l’hôtel, sur le ton de la plaisanterie, où est sa groupie locale (en espérant que je ne me trompe pas de documentaire), Jagger qui demande à Richards d’arrêter de jouer parce qu’il se passe un truc grave et que Richards fait un bruit énervé avec sa guitare) mais surtout je me souviens avoir été effaré par la bêtise hallucinante de tous ces décideurs. Le pire, c’est qu’ils sont conscients de leur connerie, dans leurs bureaux en acajou à fumer des cigares. Ce concert n’aurait jamais dû voir le jour et toutes les mauvaises décisions ont été prises. Tu m’apprends qu’il y a eu quatre morts, je croyais qu’il n’y en avait eu qu’un. Une honte, et je crois bien que les Stones auront eu beaucoup de mal à s’en remettre.

    Je ne suis donc pas trop client, à l’occasion cela peut être pas mal.

    La BO : il faut que je relise les paroles de Under My Thumb, qui sont dans le genre de Jagger que je préfère, narquois et lucide sur la condition humaine (comme le sera Damon Albarn avec Blur), mais Gimme Shelter est une de mes chansons préférées de tous les temps, un chef d’oeuvre intemporel. C’est l’album des Stones que je préfère et écoute le plus.

    • Eddy Vanleffe  

      Ce concert fut la douche froide et la gueule de bois du mouvement hippie…
      j’ai le film GIMME SHELTER je crois, c’était vendu comme un DVD des Stones tout simplement alors qu’en fait il y a tout le debrief assez malaisant de l’agression.
      Alors autant musicalement je ne suis jamais sorti des 60/70’s et je continue d’écouter plein de trucs de cette époque pour moi clairement au dessus du reste…autant je n’ai jamais fantasmé vivre à cette époque de doux/dingues naïfs…
      Quand j’ai vu l’apathie enfumée de tous les protagonistes du film, j’avais du mal à les prendre au sérieux et un beau jour ce genre d’organisations « à la va comme je te pousse » devait se ramasser de la sorte…C’est malheureux mais bon.
      La BD a l’air sympa et je fais parti des gens qui aime les artistes qui utilisent les trames. Après je ne me penchez jamais sur ce genre d’ouvrage quand je fais mes emplettes… Je ne fais jamais rien de réél-documentaire-témoignages etc…Je ne risque pas de la remarquer tout seul.
      Ce genre d’article est donc le bienvenu pour des lecteurs comme moi.

    • zen arcade  

      « Gimme Shelter est une de mes chansons préférées de tous les temps, un chef d’oeuvre intemporel. C’est l’album des Stones que je préfère et écoute le plus. »

      Pareil.
      L’intro de Gimme shelter, c’est une des plus belles intro de l’histoire du rock.

      • Jyrille  

        Dans mes bras !!

        • Tornado  

          Bon, ben pareil pour une fois 😀

      • Eddy Vanleffe  

        Mais quel album des Stones est-ce que je préfère?
        Aucune idée…
        Sticky Fingers, Aftermath ou Let it bleed
        J’ai un affect pour Black and Blue ( le premier que j’ai entendu) et pour Goat’s head soup (mésestimé selon moi)
        En fait le disque que je préfère c’est la triple compil THE DECCA YEARS…
        Je ne suis pas un fan absolu du groupe en même temps

        • Tornado  

          On a déjà eu cette discussion : Aftermath, Their Satanic, Beggar’s Banquet, Sticky Let it bleed, Fingers, Goat’s Head Soup sont mes préférés (j’aime bien It’s Only Rock’n Roll aussi).
          Mon opposition aux litanies de la presse rock : Je déteste Exiles et j’adore Their Satanic. Déjà expliqué pourquoi et je n’en démords pas ! 🙂

          • Eddy Vanleffe  

            J’ai voulu écouté Exile…il y a pas longtemps…J’ai lâché l’affaire..je m’ennuyais.
            Satanic est Ok pour moi même si je ne l’écoute quasiment jamais et
            IT’s only rock n’ roll je l’ai pas…(j’ai gardé cette étrange manie d’écouter des disques uniquement si je les ai en physique…)
            Je me souviens aussi de Tattoo You…là encore album bizarre avec une face qui bouge et une face avec des morceaux lents et chiants…
            Beggar’s Banquet…je n’ai pas de coup de coeur.
            Between the buttons est pas mal non plus…

          • Jyrille  

            J’aime beaucoup Exile on Main Street mais il demande un plus long temps d’apprentissage. Tout n’y est pas nécessaire mais ce serait dommage de se passer, entre autres, de Rocks Off, Let It Loose (une de mes favorites) et Soul Survivor.

          • Jyrille  

            Ah et Their Satanic Majesties Request a souvent été réhabilité depuis les années 90, même si je suis moins client, il a d’excellents titres.

          • Eddy Vanleffe  

            Question stupide Jyrille:
            Est-ce qu’un album qui nécessite un « temps d’apprentissage » est réellement réussi?

          • Jyrille  

            Réponse stupide alors : oui. Sans ça, je n’aurais jamais réellement apprécié Joy Division, Miles Davis, Tom Waits etc…

          • Jyrille  

            Réponse encore plus stupide : n’importe quel album demande des efforts. Et plus l’oreille et le cerveau a l’habitude ou comprend un peu mieux, plus c’est facile. Je l’ai déjà dit par exemple : découvrir Spirit of Eden de Talk Talk n’est pas chose aisée.

          • Eddy Vanleffe  

            Il y a un part de vrai là dedans,
            J’ai parfois « découvert » des albums qui me faisaient royalement chier avant, mais je ne pense pas avoir eu la patience de « m’entrainer ou forcer » à aimer des trucs. A chaque fois j’en ai conçu une vraie résistance de ma part.

          • zen arcade  

            « Question stupide Jyrille:
            Est-ce qu’un album qui nécessite un « temps d’apprentissage » est réellement réussi? »

            Ce n’est pas une question stupide.
            Je pense que l’immédiateté n’est qu’un critère parmi beaucoup d’autres et qu’il n’est certainement pas une condition nécessaire.
            Il y a des albums dont on tombe instantanément amoureux. Instant classic. J’aime bien l’expression. On se trouve devant ce qui nous apparait comme une évidence.
            Mais c’est intéressant aussi quand on sent qu’il y a quelque chose qui résiste. J’aime bien cette sensation. On sent qu’il y a quelque chose qui nous échappe, on y revient, on essaie de comprendre. Il y a un travail de digestion qui se matérialise au travers d’un dialogue avec l’oeuvre.
            Et régulièrement, on se rend compte que ce dialogue face à certaines oeuvres se révèle plus fécond et durable que l’évidence qui nous avait saisi à l’écoute de certaines autres.
            Sur un plan plus général, je trouve que dans nos sociétés qui célèbrent le culte de l’immédiateté, il est plus que jamais nécessaire de mettre en avant le privilège et le luxe de la lenteur.
            Je trouve ton expression « temps d’apprentissage » un peu malheureuse et mal connotée, je n’y aime pas le terme d’apprentissage. Je préfère le terme de dialogue avec une oeuvre. Appréhension plutôt qu’apprentissage. Il faut parfois le temps de se trouver une langue commune avec une oeuvre. Alors, parfois ça prend, parfois ça prend pas mais ça me parait important de ne pas se contenter uniquement de ce qui nous satisfait dès le premier abord, important d’aller aussi vers ce qui nous résiste.

          • Jyrille  

            Voilà, merci Zen, c’est exactement ça, merci de modifier mon expression car c’est ce que tu dis que je voulais exprimer.

          • Eddy Vanleffe  

            Si je devais poser des mots sur mon aventure auditive avec la musique je parlerais plus de « rencontres », de « révélations » voire même d’accident »
            L’immédiateté n’est vraiment un critère mais plutôt la fortuité…
            Je suis toujours passé à coté de Nick Cave par exemple et je ne compte pas m’y mettre pour rentrer dans une famille ou un club.
            Tout au mieux je réserve ça à une autre rencontre qui elle pourra donner d’autre fruits

          • Tornado  

            J’ai énormément d’exemples en tête d’albums où il m’a fallu du temps, de la résiliance et des actes manqués avant de les aimer. Mais ça n’est jamais arrivé pour EXILE à qui j’ai de nombreuses fois essayé de redonner sa chance et qui représente vraiment ce que je n’aime pas en termes de pop-rock quand j’essaie de l’analyser. Idem : J’ai lu énormément de choses sur la genèse de cet album.
            Et au fait : Qui a écouté le dernier album des Stones ?

          • Jyrille  

            Je l’ai écouté, le dernier Stones. Il n’est pas mauvais mais n’a aucune sorte d’intérêt, à part celui de se dire que des types de 80 ans peuvent faire ça. Le titre avec Macca, le plus punk, peut-être le seul de leur carrière, est sympa. L’album est super bien produit et de bon goût, en général. Mais ça glisse sans aspérité ni même des paroles un peu accrocheuses (bon après j’ai pas poussé très loin). Par contre le titre que Jagger avait fait pendant le covid avec Dave Grohl et qui parle du confinement est plutôt cool.

            youtube.com/watch?v=MN9YLLQl7gE&t=2s

            J’insiste un peu : tu n’aimes pas les titres de Exile que je cite ?

          • Bernard Bacos  

            Perso j’aime tous les albums des Stones jusqu’à Exile. Moins Between the buttons et Satanic Majesties. Depuis, des morceaux par ci par là, Blue and lonesome est très bon, Hackney Diamonds n’est pas mal.

  • JB  

    Merci pour cette présentation ! Je ne connais que le meurtre de Meredith Hunter que via la chanson American Pie comme l’un des jours où la musique est morte.
    Intéressant, le choix graphique que tu décris parfaitement. Je pense que je vais tâcher de mettre la main dessus

  • Eddy Vanleffe  

    Il y a eu aussi dans les années 90, un accident et des morts dans un concert d’Iron Maiden (qui comme les Stones n’ont absolument rien vu pendant leur prestation) à Donnington.
    POur dire qu’effectivement il y a eu une brève connexion entre cette ère de musique et les années 90..

  • Présence  

    Le sujet m’intéresse a priori, mais j’ai passé mon chemin, ne tentant pas à avoir l’impression de revenir à The walking dead du fait du trait si personnel de Charlie Adlard : c’est donc avec grand plaisir que je lis cet album par tes yeux.

    Toute la première partie (jusqu’à Je pourrais m’arrêter là et vous aiguiller sur mon article traitant de la chute du mouvement hippie.) est passionnante à lire même en connaissant les grandes lignes de cette époque, grâce à tes articles.

    Le scénariste Herik Hanna a réussi à raconter tout ce dont je viens de parler avec beaucoup de finesse et d’humanité, et avec un vrai point de vue. – Aaargh ! Juste ce qu’il faut pour me convaincre de revenir sur ma décision et me lancer dans cette lecture. Merci Tornado. 😀

    C’est enfin un épilogue dans les années 80 : je suis très preneur de ce dispositif, 2ème argument massue.

    J’attendais avec une impatience grandissante le § sur Charlie Adlard. Merci d’avoir développé ton avis sur ses planches. Trames quasi systématiques (parfois même indigestes et pas forcément nécessaires), mise en couleur concept, très convaincant dans les scènes naturalistes, ses personnages manquent parfois de relief et même les scènes d’action souffrent tantôt d’un manque de fluidité, sens du détail qui fait corps avec le scénario grâce à des décors précis, des véhicules, des tenues vestimentaires et une reconstitution encore une fois très immersives, qui emporte au final l’adhésion du lecteur. – Bon ben, c’est clair : j’ajoute cet album à une de mes piles vertigineuses. 🙂

  • Bruce lit  

    Je serais moins élogieux que toi.
    J’avais déjà posté mon avis sur PLAYBOY : https://www.playboy.fr/vu-de-lexterieur-altamont/
    Le dessin et la colorisation d’Adlard ne m’ont posé aucun problème, bien au contraire.

    Mais il faut attendre la moitié de l’histoire avant que la troupe n’arrive dans la vallée maudite. Les rendez-vous musicaux ne sont que vaguement évoqués (bien moins que le passé du héros fraichement revenu du Vietnam), les Stones n’apparaissant que le temps d’une séquence. Altamont est vécu de la fosse, de l’intérieur avec une démonstration implacable : la catastrophe n’est que la résultante d’une culture de la défonce, qui passé le charme de croire franchir les portes de la perception, donne lieu à des meurtres, des overdoses et à la culture junkie.

    C’est ce que tu mentionnes : le scénariste refuse toute approche documentaire quand c’est sans doute ce que j’aurais préféré lire n’ayant pas senti d’affinités personnelles avec les personnages.
    Mais bon ton point de vue est très défendable et je suis content que l’album t’ait ravi.

    Concernant les Stones, je suis quand même étonné qu’il n’y a pas eu de condamnations judicaires : même indirectement, leur concert a causé la mort de quatre personnes. Sans doute les responsabilités étaient trop difficiles à définir.

    C’est cool sinon de revoir Tornado sur du comics ! Et très bon titre !

    • Tornado  

      Alors j’ai quand même pensé à toi parce que les joutes verbales des copains d’Altamont sur leurs goûts musicaux ressemblent quand même vachement à celles de DEADLY CLASS !

      • Jyrille  

        J’ai lu ton article Playboy (et pas de playboy), chef, j’aime beaucoup « arracher les pétales du Flower Power. »

  • Bernard Bacos  

    Cette soi-disant « fin du mouvement hippie en 1969 » n’est qu’un cliché journalistique, ceux qui comme moi ont vécu cette période savent qu’il a duré environ jusqu’à 1974-75 et a décliné surtout à cause de l’échec des utopies, pas de ces événements sensationnels isolés qu’ont été les affaires Manson et Altamont

  • zen arcade  

    Je vois plutôt Manson et Altamont comme des marqueurs symboliques annonçant l’échec des utopies et le déclin du mouvement hipiie plutôt évidemment que des évènements déclencheurs.
    Je pense que le cliché journalistique, c’est surtout cela qu’il pointe.

    • Tornado  

      @Zen : Je suis d’accord avec toi. Mais si Bernard a vécu les choses en direct, c’est probablement qu’elles n’étaient pas aussi faciles à décrire. En tout cas, avec le recul de l’Histoire, par rapport à toutes mes lectures sur le sujet (elles sont franchement nombreuses), ces deux événements restent effectivement des marqueurs symboliques. Mais par exemple, si on suit la trajectoire de CSN&Y, groupe phare du mouvement hippie, il barre en couille autour de 1975, drainant jusque-là le même public. Donc oui, la chute véritable se situerait environ vers le milieu des anneés 70.

      • zen arcade  

        Disons que Altamont et Manson montrent que le ver est dans le fruit mais que la pomme n’est vraiment pourrie qu’au milieu des années 70. 🙂

      • Bernard Bacos  

        Altamont : des Hell’s Angels donc absolument pas des hippies.
        Manson family : des fruits pourris dans le mouvement hippie, évidemment qu’il y en avait dans la masse, il y avait aussi des escrocs, des arnaqueurs,… mais c’était une petite minorité.
        Je le répète, le mouvement a décliné surtout à cause de la désillusion de voir que le monde n’évoluait pas comme il l’espérait, en plus il y a eu le début de la crise économique, le retour du chômage, les mentalités ont changé…

        • zen arcade  

          Je crois qu’on est tous d’accord avec ça.
          Et je comprends que ça puisse irriter de toujours voir cités Manson et Altamont comme si ça suffisait à tout expliquer.

  • Tornado  

    À tous : Meki pour les retours.
    À l’évidence, dès que j’ai vu l’annonce de cette BD, j’ai été intéressé. Mais je ne me suis pas rué dessus. Je voulais d’abord la tester en médiathèque, voir si le sujet était bien traité, tout ça. Un peu comme tout le monde ici, en fait.
    Et puis et puis… un certain Bruce T. me l’a offerte… 🙂
    Bien lui en a pris. J’ai adoré. Erik Hanna est de la bonne école niveau scénario. La meilleure : Il y a du Van-Hamme et du Sente dans sa méthode et son approche. Rien que pour ça, merci à lui pour avoir traité un sujet qui me passionne autant.

  • zen arcade  

    @Jyrille « …Jagger que je préfère, narquois et lucide sur la condition humaine (comme le sera Damon Albarn avec Blur) »

    Complètement HS, mais ça me fait penser qu’un focus sur Damon Albarn, ça manque sur ce blog. 😉

    • Jyrille  

      C’est noté !

  • Fletcher Arrowsmith  

    Bonjour.

    j’ai encore failli prendre cet album la semaine dernière. Ton article m’a convaincu notamment la première partie et l’épilogue.

    Je ne connaissais rien cette histoire. Merci pour cette leçon, très agréable. Typiquement le genre de construction narrative qui m’enchante. Cela ne m’a pas dérangé qu’à l’arrivée l’analyse de la BD passe au second plan. Je crois que j’étais venu chercher autre chose.

    Ayant pris la direction des Beatles je m’y connais peu en Rolling Stone, même si je les écoute fréquemment et les jour également (WILD HORSES en ce moment) possédant uniquement un bon best of (double vynil quand même) et 3 albums :

    – GOATS HEAD SOUP acheté pour 100 YEARS AGO une des plus belles chansons au monde.

    – STICKY FINGERS que j’écoute trop peu

    – la BO du film de Martin Scorsese, SHINE A LIGHT

    • Tornado  

      « 100 YEARS AGO une des plus belles chansons au monde : Une de mes préférées du groupe en tout cas (dans le peloton de tête avec GIMME SHELTER et 2000 LIGHT YEARS FROM HOME). Je ne sais pas si tu connais bien Led Zep, mais ils ont une chanson qui fonctionne sur le même principe d’envolée (que tu ne vois pas arriver) dans la 2nde partie : DOWN BY THE SEASIDE.
      Tu peux aussi essayer la version de WILD HORSES des Flying Burrito Brothers, le groupe de Gram Parsons. C’est ce dernier qui a initié la chanson et coécrite avec Richards. Il s’est fait entuber : Il n’a jamais été crédité. Légende du rock… En tout cas sa version est absolument magnifique. Largement aussi poignante que celle des Stones (lesquels n’ont pas moufté qu’il l’ait reprise à son compte, du coup…).

  • Fletcher Arrowsmith  

    Bon lu cette après midi (en médiathèque). J’ai passé un bon moment mais finalement content de ne pas avoir passé le cap de l’achat. L’article de Tornado me suffit.

    Une première partie en effet un peu trop longue. J’aurais aimé voir plus de Samantha. C’est aussi très verbeux, là encore trop par moment. Le concert en devient secondaire, dommage. Malgré des références impressionnantes, cela manque de musique où du moins je ne suis jamais arrivé à me mettre des morceaux dans la tête tout en lisant.

    Et puis je n’ai pas gouté à l’épilogue. Je l’ai trouvé hors sujet en fait, limite cela m’a gâché le roman graphique.

    Mais dans l’ensemble cela reste quand même une très bonne lecture, que je pourrais recommander si on me demandait mon avis.

    Merci pour cette découverte.

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