Sinistres Origines…(Les origines de Monsieur Sinistre)

The Further Adventures of Cyclops and Phoenix par Peter Milligan

Un article de BRUCE LIT

1ère publication le 28/03/15 – MAJ le 23/05/21

VO : Marvel

VF :  Panini

Le trade US

Un titre trompeur : il s’agit bien des origines de Mr Sinistre©Marvel Comics

The Further Adventures of Cyclops and Phoenix est une mini série en 4 épisodes publié en VO par Marvel et VF en Top BD par Panini  et  n’ a pas été réédité depuis.  

Les scans n’étant pas légion, ceux-ci ont été empruntés au site Fanfix. Merci ! A noter que l’encreur des deux premiers épisodes n’est autre que le célèbre Klaus Janson.

En 1996, Cyclope et Jean Grey se marient. Pour leur lune de Miel , Scott Lobdell et Gene Ha, les envoient pendant 16 ans dans le futur élever Cable. La mini série est un triomphe et donne lieu, fait rare pour l’époque, à une édition reliée ( un TPB ).

Marvel cherche alors à rééditer le jackpot. Lobdell est sur le départ et pas disponible ? On débauche Peter Milligan de Vertigo, une tendance qui deviendra une habitude pour la maison des idées ! Par la suite, ce même auteur écrira un phénoménal X-Statix. Son run pour Blood of Apocalypse sera nettement moins glorieux.

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Le couple mythique de Marvel va encore sauver le monde….©Marvel Comics

Le pitch n’est pas très original. Le clan Askani envoie cette fois ci nos tourtereaux à Londres en 1859. Ils ont 48 heures pour arrêter Apocalypse qui s’apprête à diffuser un virus mortel au coeur de Londres ! En chemin le lecteur fait connaissance avec un certain Nathaniel Essex. Généticien de génie, il délaisse progressivement son humanité depuis la mort de son fils difforme. Passionné par la mutation, contemporain de Charles Darwin, Essex abandonne sa femme, son enfant à naître et ses valeurs morales pour devenir Mr Sinistre, l’un  des pires vilains des Xmen !  Apocalypse décèle cette capacité au mal chez le savant qui a une revanche à prendre sur la vie : personne n’ a jamais pris son travail au sérieux .

De prime abord, on pourrait voir en Sinistre le stéréotype du scientifique à la masse. Il n’en est rien ; Milligan choisit de mettre en scène un homme à une époque charnière de l’humanité : celle où la science, via les thèses de Darwin, s’affranchit de l’obscurantisme religieux. Sinistre est un homme moderne, il pétille d’intelligence, mais son intelligence choisit de ne voir dans la théorie de l’évolution que la voie simplifiée et dangereuse. Nietzsche et Wagner subiront également la même simplification de leurs intentions.

Des couvertures loin des canons Marvel

Des couvertures loin des canons Marvel©Marvel Comics

Loin des origines bâclées du Silver age, la série s’attarde donc sur Mr Sinistre en 4 épisodes. Nos deux Xmen semblent uniquement là pour la décoration. Mais ce n’est pas tout à fait vrai. Peter Milligan joue avec les paradoxes temporels : Jean Grey réveille l’humanité du monstre qui sommeille en Sinistre et Scott sa curiosité .

Tous les deux ont perdu un fils. Lorsque ces deux pères s’affrontent, Sinistre lui demande comment résister au chagrin ; Summers lui répond que le secret consiste à ne pas laisser le chagrin se transformer en amertume. Qu’être un mutant n’empêche pas d’être un homme.  Sinistre, le Dr Mengele de l’univers mutant,  n’en aura  cure  mais ne cessera pas, par la suite de tenter déchiffrer la noblesse  de Scott Summers via des hélices ADN !

Enter : Sinister !©Marvel Comics

Indirectement, nos mutants vont par là déclencher la curiosité de Sinistre : 200 ans plus tard , celui ci sera obsédé par l’ADN de Scott et Jean. Il sera responsable de la naissance de Cable et de Madelyne Pryor ( sa priorité ? ) et fera figure de père de substitution au même Scott Summers ! Inversement, les deux jeunes servant de sideckiks à Jean et Scott  émigrent aux Etats Unis et se font appeler Summers à la douane Américaine. Par ce paradoxe temporel, Cyclops devient le responsable de sa propre lignée ! Tout comme Cable, qui sera baptisé …Nathan… le prénom de Sinistre ! Oh ! ma tête !

Milligan reprend à son compte des questions philosophiques et littéraires : le voyage dans le temps , la déformation par les nazis de la pensée de Darwin ; le mythe de Faust et de Frankenstein et la fameuse question du meurtre d’Hitler avant sa naissance : faut il tuer Sinistre pour des crimes qu’il n ‘a pas encore commis ?  Milligan parvient à créer un vrai suspense autour de la vie tragique de Nathaniel Essex .Il crée une certaine empathie pour ce monstre qui, dans un dernier sursaut, se dresse contre Apocalypse. La relation avec sa femme, Rebecca et leur dernière scène poignante y est pour beaucoup. Celle-ci à défaut de personnalité incarne une pulsion de vie par deux fois anéantie par un mari capable de déterrer le cadavre leur fils pour y mener des expériences.  Et par moment les interactions avec Apocalypse n’est pas sans rappeler celle de Vador envers Palpatine dans Star Wars, une relation de maître à esclave qui ne demande qu’à s’inverser.

Nathaniel Essex joue à la poupée....

Nathaniel Essex joue à la poupée….©Marvel Comics

Tout n’est pas parfait. Le scénario joue sur certaines grosses ficelles, les intrigues secondaires sont ennuyeuses et nos héros commentent parfois à voix haute ce qu’ils accomplissent à l’image mais c’est définitivement une histoire adulte comme on a rarement l’occasion d’en lire chez les Xmen . Un peu comme pour Weapon X , les héros n’ont pas de costume  pas d’équipe, pas de manoir ou de professeur X. Perdus dans le passé , ils ne peuvent compter que sur eux mêmes. Le lecteur y rencontre les premiers Morlocks, l’origine des Maraudeurs et du Hellfire Club.

JP Leon délivre un art courageux qui pouvait décontenancer les amateurs de Jim Lee : il livre une Angleterre profondément angoissante et des planches très chargées. Les déchiffrer demande un réel investissement du lecteur qui peut trouver le trait oblique et confus. Il n’en est rien et les amateurs de Mike Mignola devraient y trouver leur compte.  L’atmosphère y est lourde, irrespirable et le lecteur ne dispose d’aucun code super héroïque auquel se raccrocher. Comme nos voyageurs temporels, il ne peut que subir les événements. Son Apocalypse habillé en Dandy est un vraie réussite. Tout comme le regard inhabité de Nathaniel Essex.

Toute la bande au complet !

Toute la bande au complet !©Marvel Comics

Une bien belle histoire qui mériterait une réedition. Et définitivement le genre d’histoire qui serait adaptable au cinéma si une version adulte des Xmen intéresserait les producteurs. Milligan part d’une oeuvre de commande pour écrire sur la difformité, les prémices du nazisme et à l’instar d’Alan Moore pour From Hell, choisit l’Angleterre Victorienne pour ancrer dans la révolution industrielle les crimes contre l’humanité à venir avec la Shoah. Milligan ouvrait ici la voie à Fabrice Sapolsky et son magnifique Spider-Man Noir, voire à Garth Ennis et son Punisher. Sinistre et Frank Castle sont deux adultes qui contribuent à la mort de leur famille via un pacte Faustien pour pouvoir assouvir leurs pulsions sadiques. A l’inverse du cliché, ce pacte ne se fait pas pour s’attirer l’amour d’une femme mais pour s’en éloigner.

Milligan fait plus que raconter un énième affrontement des forces du bien contre le mal. Il met en scène deux vilains charismatiques, les origines tragiques d’un personnage majeur et la description de la vie misérable des Londoniens au 19ème siècle. A l’inverse de ce que son collègue Grant Morrison tentera dans son run, Milligan montre que le couple entre Phoenix et Cyclops était bien plus qu’une amourette adolescente et comme tout mythe romantique, il s’étale sur plusieurs siècles. La vraie bourde matrimoniale Marvel après One More Day !

La lente dégradation de Rebecca Essex

La lente dégradation de Rebecca Essex©Marvel Comics

18 comments

  • JP Nguyen  

    Je me souviens de cette mini, parue juste après le transfert des droits Marvel de Semic vers Panini. A cette époque, je constatais un enrichissement éditorial (des articles en début et fin de mag) et étais plutôt séduit par cette reprise en main…
    Pour la BD elle-même, je ne suis pas ultra-fan des dessins même si JPL s’en tire mieux que sur Earth X (car l’époque du récit colle mieux à son trait mignolien, comme l’évoque Bruce).
    Et la relation amoureuse Scott-Jean est bien écrite, pas mièvre et pas gadget, ce qui fait regretter les choix ultérieurs faits par Morrison et autres (même Claremont, dans ses X-Men Forever, s’ingéniera à briser ce beau couple…)

  • Présence  

    Un article qui donne envie de lire ces « Further Adventures », qui effectivement n’ont pas été incluses par Marvel dans le gros TPB avec les Adventures initiales, qui contient Askani’s son, X-Men: Phoenix, X-Men: Books of Askani, que des trucs que je n’ai pas lus.

  • Tornado  

    Merci Bruce.
    J’ai beaucoup apprécié le volet sur le parallèle avec le nazisme et le passage à l’ère moderne. Le tout étant lié de manière fusionnelle (j’avais appris ça en cours de philo !).

    C’est vrai que cette mini-série m’a toujours attirée. Il y a Milligan. Et surtout une ambiance steampunk comme je les aime.
    En revanche c’est à la fois un récit auto-contenu et complètement immergé dans la continuité. Ce qui de toute manière semble inévitable avec cet univers.
    J’ai la revue Panini. Il me reste juste à la lire ! (dort sur mes étagères…)

  • Bruce  

    @Tornado : il n’ y a aucune importance concernant la continuité. Cette histoire est plus accueillante que la mini avec Cable. Il suffit de savoir que Sinistre a torturé Scott Summers et c’est tout. Je pense vraiment que l’ambiance te plaira, c’est franchement sombre. PLus je la lis, plus je trouve ça bien . Et à l’époque je ne connaissais pas Peter Milligan !

    Personne ne m’a a répondu l’autrefois, alors que j’en ai parlé plusieurs fois cette semaine : la fin du couple Jean Grey-Scott Summers : qu’en pensez vous ?

    • Kaori  

      Petite question : Sinistre qui torture Scott, ça se passe où et quand ?
      PS : je crois qu’il y a une petite coquille sur la date de mise à jour de l’article… 😉

      • Présence  

        D’après wikipedia, les manigances de Sinistre ont été révélées dans les histoires complémentaires parues dans Classic X-Men 41 et 42.

      • Bruce lit  

        Hello Kao
        L’épisode a été passé en revue juste ici

  • JP Nguyen  

    Ben moi, comme indiqué, j’aimais bien Scott et Jean. Je m’inscrirais bien au MRRH : Mouvement pour la Réunification des Rouquines avec les Héros.
    Jean avec Scott
    MJ avec Peter
    voire… Natasha avec Matt !

  • Waldorf Tornado  

    Ben moi je m’en fout hein ! 😀
    Batman est mon super-héros préféré : Il emballe les nanas et il les balance comme des vieilles chaussettes. La classe à la James Bond !

  • Patrick 6  

    Un des premiers travaux de Milligan pour Marvel, je me souviens très bien avoir pensé « Ah non vraiment les Super héros ce n’est pas pour lui !! » pour le reste la mini série ne m’a laissé absolument aucun souvenir… J’ai fini par balancer les comics. A tort peut être il faudrait que je relise ça quasi 20 ans plus tard et voir si ma déception de l’époque pourrait se muer en intérêt

  • Bruce  

    Tu devrais fonder un club avec Tornado, Patrick : Fuck the Xmen, Fuck the 90’s !
    Honnêtement, je ne vois rien de super héroïque dans cette histoire. Les héros utilisent leurs pouvoirs avec grande parcimonie, pas de costumes, pas le griffu et son haleine puante. Si tu es sage, je te le prêterais mais j’ai comme l’impression que définitivement Môssieur Faivre n’aime pas les séries américaines et préfère les english. Un peu comme un esthète pop n’apprécierait pas le rock US de stade.

    • Patrick 6  

      C’est un peu l’idée 😉 mais bon je suis quand même fan de la période de Byrne et Claremont… Ceci dit merci de ta proposition et oui je veux bien que tu me le prêtes 😉

  • Marti  

    Ce n’est pas Sinister – ou alors Madelyne devenue la Goblin Queen peut-être – qui renomme le petit Christopher Summers en Nathan ?

    Je trouve que le look période victorienne de Sinistre avec le bouc lui va bien, il a d’ailleurs été ramené par Kieron Gillen lors de son désastreux passage sur Uncanny X-Men.

    Je ne te remercie pas pour m’avoir fait découvrir le site Fanfix, Bruce, car voilà encore un truc qui va me faire perdre beaucoup de temps ! 😉

    • Bruce lit  

      Il me semble qu’il est insinué que c’est sinistre qui a suggéré le prénom de l’enfant comme un bon petit pervers. Le sinistre de Gillen vaguement homo et euphorique est effectivement une calamité.

  • Jyrille  

    Les dessins sont chouettes. Ca ça pourrait m’intéresser !

  • http://www.comics-et-merveilles.fr/  

    En ce moment, grâce aux vacances, je tente une lecture synchronisée et complète du Run d’Ed Brubaker, Mike Carey, Kyle/Yost, Joss Whedon et Peter David (fascicules X-men, Astonishing X-men avec un complément X-men Extra) d’une période plutôt méconnue de mon côté et où j’avais relu seulement par brides.
    Du coup, je me suis aussi remis à chercher ces petites mini-séries que je connaissais/possédais pas (RCM et Marvel TOP). C’est « encore » à cause de vos articles que j’ai sauté le pas bien entendu 😉

    Quant à Scott et Jean, la vraie magie s’était arrêtée chez moi à la première mort orchestrée par Claremont/Byrne. La suite, entre Madelyne et La « 2eme » Jean, mon attachement au couple n’était plus le même et donc leur « séparation » ne m’avait pas bouleversé plus que cela.

  • Bruce lit  

    Salut Wildstorm,
    Oh la la, c’est vraiment pas la meilleure période des Xmen…..Brubaker et son interminable saga dans l’espaces, Whedon et sa balle géante. Carey a fait deux histoires intéressantes pour Xmen Legacy. Un article sur la mort de Jean Grey arrive bientôt…

    • http://www.comics-et-merveilles.fr/  

      oui, je sais, malgré des maladresses et quelques longueurs (je n’en perçois certainement pas toutes heureusement), je me devais de me refaire cette période que je n’ai pas connu en « live » (et survolé lors de ma reprise des comics). Et quelques bonnes sensations tout de même : J’avais zappé les new x-men de Kyle/Yost par exemple. C’est simple, peu profond mais rafraichissant. J’ai mieux apprécié les dessins de Ramos et Bachalo (que je n’aimais pas du tout lors de ma première lecture). L’espace et moi, ça fait deux, mais j’ai pris mon mal en patience (Je risque d’en choquer plus d’un mais en termes d’histoires, ce n’est pas pire que la saga des Broods avec Claremont même si la caractérisation était bien meilleure – Je pense par exemple à Diablo qui a traversé la saga Brubaker comme s’il n’était pas là du tout…). J’attends de lire la mini série de Vulcain avant de me prononcer sur l’introduction/l’utilité de ce personnage mais cela restait une bonne idée au départ…Bref, je me tâte à écrire un truc « simple » sur mes lectures de cet été, on va voir si ma reprise du travail me le permettra…

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