Les Fantastic Four de Mark Millar
Un article des Fantastic Two FLETCHER ARROWSMITH et JB VU VANVO : Marvel Comics
VF : Panini Comics

Chapô
Mark Millar ne laisse jamais indifférent, surtout au sein de notre rédaction. Fletcher Arrowsmith et Jean-Baptiste Vu Van s’attaquent à son travail sur Fantastic Four. Réussite, échec, bling-bling ou véritables sentiments ? Une discussion à suivre sur Bruce Lit : le Blog
Cet article portera sur le run de Mark Millar sur FANTASTIC FOUR, à savoir les numéros 554 à 569, illustrés par Bryan Hitch (aidé par Neil Edwards et Stuart Immonen), son compère des ULTIMATES, avec le soutien de divers coloristes dont Andrew Currie, Karl Kesel ou Cam Smith. Ce run datant de 2008-2009 a été publié en France dans la revue Marvel Icons de Panini Comics, des numéros 44 à 63, et réédité en album de la collection Marvel Icons (aucun rapport avec le revue susdite) et depuis l’été 2025 en Omnibus.
Commencer un run au numéro 554 peut faire peur à un nouveau lecteur. À ton avis, les Fantastic Four de Mark Millar sont-ils accessibles pour un public souhaitant découvrir les personnages ?
Fletcher : Oui car le run est finalement autocontenu avec peu de référence à la continuité ou du moins pas la peine d’avoir un doctorat en physique quantique ou en histoire Marvel pour apprécier les histoires. D’ailleurs, l’écriture de Mark Millar semble fuir les références pointues. Pas d’évocation d’Alicia Master, ni d’anciennes petites-amies de Johnny, Tante Pétunia n’est là que pour une scène une scène choc (et gratuite). D’ailleurs on aurait pu la remplacer par n’importe quel autre obscure personnage. Le cousin de Reed arrive sans mention au reste de sa famille. On ne parle pas des cross-over et events qui polluent les runs des auteurs. Des arcs en quatre parties pour aller vite avec un graphisme orienté grand spectacle. Tous les ingrédients pour une lecture sympathique, avec pour seule ambition de passer un bon moment.
JB : Je trouve que les premières pages du premier numéro sont une réussite pour présenter l’équipe à un nouveau lectorat : on y voit les ¾ des Fantastiques dans un train/machine à voyager dans le temps fuyant une attaque à l’époque du Far West pour revenir dans le présent, tout en se comportant comme si tout était normal. Millar est également “soft” en termes de continuité. Il fait référence à d’autres histoires, comme avec Alyssa Moy, personnage de l’époque Heroes Return imaginé par Claremont et Scott Lobdell. Mais dans cet exemple, Mark Millar présente le personnage via les points de vue des autres Fantastiques, permettant de mettre le lecteur à jour sans qu’il ait besoin d’avoir lu les précédents récits.

Retour dans l’Ouest sauvage ? Un jour comme un autre.
© Marvel Comics
Mark Millar est un auteur qui divise le lectorat, y compris au sein de la rédaction de Bruce Lit ! Des années plus tard, que retient-on de ce run ?
Fletcher : Étrangement, ce run a peu fonctionné et semble avoir été oublié. Pourtant, avec l’équipe star et bankable des ULTIMATES, tout semblait réuni pour faire un best seller. Mais si on se replace dans le contexte de l’époque, Marvel commence à cartonner et à vampiriser les super héros avec leur MCU et, à l’époque, les vedettes sont les AVENGERS issus de la vision de Brian Bendis et leurs futurs avatars sur grand écran. Les FF au cinéma, malgré 2 films très family de Tim Story et qui ont “correctement” fonctionné, n’ont pas la côte et cela se ressent sur leur avatar papier. Ce sont les prémices des conséquences catastrophiques de la politique Marvel, qui mise désormais tout sur le cinéma. Et même si Millar et Hitch, plutôt en forme et apportant ce qu’il faut de fraîcheur et de modernité comme le demande un nouveau public et potentiel lectorat, n’arrivent pas à redresser la barre. On peut se dire que cela sent le sapin pour les héros marvel et la First Family. On peut aussi se demander si avec l’expansion du MCU à venir, si Marvel n’avait pas demandé à ce qui semblait être les meilleurs ambassadeurs d’une proposition cinématographique, de venir faire un comics blockbuster comme au cinéma (IRON MAN 1 sort en 2008). La représentation des costumes, à l’instar des X-Men, film-comics, pose un argument solide sur cette hypothèse.
JB : Pour les comics, en termes de continuité, Mark Millar apporte un élément crucial et durable : le génie précoce de Valéria, dévoilé durant ce run et qui va influencer les auteurs suivants, notamment Jonathan Hickman dans la série FF. Cependant, on ne peut pas dire que ses autres apports aient été retenus très longtemps dans les comics. Nu-Earth ? Oblitérée chez Hickman. La métamorphose de Fatalis ? Contredite par les Thunderbolts/Dark Avengers de Jeff Parker et oubliée par la suite. Et le destin funeste de Tante Petunia est joyeusement ignoré, avec la présence de celle-ci au mariage de Ben Grimm et Alicia Masters 10 ans plus tard… J’ai l’impression que même les efforts de l’auteur pour créer une sorte de Millarworld au sein de Marvel sont passés à la trappe : qui se souvient que “Old Man Logan” apparaît dans ce run et dévoile le futur de son monde ? De même, les fans de son 1985 préféreront probablement ne pas tenir compte des liens entre cette histoire et ce run. Mais le film FIRST STEPS va peut-être raviver la flamme…

Un nouveau méchant au charisme incroyable. Ah, je vous assure, personne n’y croit.
© Marvel Comics
Les 4 Fantastiques sont, avant tout, la Première Famille de Marvel. Comment Mark Millar s’en sort-il dans l’exploration des liens familiaux ?
Fletcher : Quand on se penche sur l’œuvre de Mark Millar, on ne peut pas nier que l’écriture des personnages, notamment leur caractérisation et surtout les relations qui les unissent font partie des points forts du scénariste. Il se coule facilement dans l’univers des 4FF en comprenant que la famille reste le thème privilégié. Mais avant cela il avait pu se faire la main sur la version ULTIMATE des FF avec là aussi un travail réussi sur les liens familiaux.
JB : N’étant pas fan de Millar (et c’est peu de le dire), je n’ai jamais vraiment trouvé que ces points soient un élément caractéristique de son écriture (et vu ce que deviennent les Ultimates FF après leur série, ces liens étaient-ils si forts ?). Pour autant, j’avoue que j’ai rarement lu une aussi belle relation de couple entre Reed et Sue Richards, avec un amour et une confiance aussi réciproques que complets. Le rendez-vous anniversaire du couple reste un temps fort de ce run, un moment d’intimité et de partage sans clinquant ni cynisme. Mark Millar évite également l’écueil de faire de Reed un scientifique aveugle aux sentiments d’autrui : sa capacité à cerner autrui devient un facteur clé dans le premier story arc. L’arrivée d’une nouvelle venue au sein de la famille est également traitée avec doigté, les FF (notamment Sue) s’inquiétant tout autant du bien être de Ben Grimm que de celui de sa compagne.

Hommage à Stan Lee (et John Buscema)
© Marvel Comics
Le tandem Mark Millar/Bryan Hitch rappelle forcément leur travail sur ULTIMATES, le blockbuster des comics. Ce run est-il dans la même lignée ?
Fletcher : Je dirais oui dans la provocation, l’extravagance et le bigger than life de Mark Millar, mais tout en s’adaptant à la ligne classique (celle de la Terre 616). D’ailleurs, jusqu’au dernier arc (raté) avec le Marquis, on est clairement dans une proposition très moderne des 4 Fantastiques, en phase avec son époque, sans avoir l’impression de trahir les fans de la première heure. Pour les plus frileux, la continuité est peu encombrante. Millar ne peut quand même pas s’empêcher de lancer une nouvelle pique sur les Français (dans le dernier arc).
JB : Je dirais également oui dans la thématique. ULTIMATES et ULTIMATE X-MEN présentaient les personnages comme des célébrités, des phénomènes médiatiques. C’est également une idée utilisée dans ces FANTASTIC FOUR, qui constituent un terrain parfait : l’identité des FF est publique depuis les origines, et ils vivent (généralement) dans le luxe apporté par les brevets de Reed. Dès le premier numéro, Sue Richards évoque sa participation à des œuvres de charité et se lamente de la vie dissolue de son frangin, qu’elle compare explicitement à Paris Hilton. Les couvertures reprennent l’idée, en prenant la forme de couvertures de magazine people avec des titres chocs et racoleurs (on a l’impression que sur la première couverture, Reed tente de masquer l’objectif de l’appareil d’un paparazzi !). Lorsque le secret de l’intelligence de Valéria est dévoilé, c’est le résumé des épisodes précédents qui devient un blog public tenu par l’enfant, dans l’idée d’une gestion des réseaux sociaux du groupe !

Reportage exclusif pour nos lecteurs : la fin du monde
© Marvel Comics
Fletcher : Les couvertures sont une très belle idée, très moderne à l’image de la direction graphique de Bryan Hitch. Elles interpellent directement le lecteur et Millar essaye de recruter un jeune public nourri de reality shows et autres tabloïds. Je trouve que c’est bien vu. Intéressant également d’analyser les titres des arcs, souvent de 4 numéros. Franchement, cela intrigue quand tu nommes le second arc “The Death of Invisible Woman”.
JB : En revanche, j’ai eu l’impression au début du run que Hitch jouait un peu sur les attentes des lecteurs. En effet, la première histoire lâche CAP, un mécha extrêmement destructeur sur le monde, contre lequel tous les héros de la Terre unissent leur force ! Un combat dantesque… dont on ne voit rien. Même la confrontation finale entre CAP et un autre robot géant piloté par Reed se fait sans affrontement épique, à des années-lumières des combats des ULTIMATES, mais extrêmement cohérent avec le concept phare des FANTASTIC FOUR, celui des “science heroes.”
Fletcher : Et puis cela permet de se différencier de la version Ultimate. Malgré des concepts too much et barrés, surtout pour de la ligne classique de Marvel, on reste dans le ton. Pas de violence gratuite, pas de sexe ou à peine, pas d’insulte ni de gros mots. C’est politiquement correct également plutôt neutre même s’ il y a une vision ethno-environnementale que j’ai trouvé intéressante.
En parlant de “science heroes”, cet élément fondateur des QUATRES FANTASTIQUES en général et de Reed Richards en particulier te paraît-il bien représenté ?
JB : Pour moi, oui et non. Alyssa Moy et son mari font appel au génie de Reed Richards pour résoudre un problème bien réel (enfin, sauf pour les climatosceptiques) : l’extinction à venir de la planète provoquée par l’humanité. Une bonne utilisation du personnage… si elle ne venait pas du postulat absurde qu’il est devenu impossible de sauver la Terre mais qu’il est possible d’en reconstruire une réplique exacte et à l’échelle ! Mais l’amateur de héros à jetpack aura le plaisir de voir Reed juché sur une moto cosmique ou à l’origine d’un mécha anti-Galactus, sans compter les voyages dans le temps , les paradoxes ou les versions parallèles des Fantastiques que doivent affronter nos protagonistes. Je reprocherai surtout à l’auteur un manque de cohérence dans la résolution de plusieurs de ses intrigues.
Fletcher : On est donc bien dans les codes de la série FF tels que Stan Lee et Jack Kirby les ont définis. Pour autant, on n’est pas dans l’hommage mielleux mais dans une adaptation moderne. Millar et Hitch écrivent donc bien une véritable série FF.

Qui est-il d’où vient-il, formidable robot des temps nouveaux !
© Marvel Comics
Au beau milieu du run, Millar écrit un récit atypique, qui s’intéresse à la famille éloignée des Richards et touche à un genre plus inhabituel pour la série, l’horreur. Un essai transformé ?
Fletcher : Un de mes moments préférés. J’aime particulièrement ce type d’histoire, où c’est la famille qui est mise en avant, avec un changement de décor et de paysage, où les personnages principaux sortent de leur zone de confort.. C’est réussi, comme quoi quand Mark Millar veut, il peut.
JB : Je vais faire le grognon. Déjà, les auteurs partent mal avec la couverture du n°564, un “hommage” à un fameux tableau de Norman Rockwell (Freedom from want, une représentation d’un repas de Thanksgiving), certes magnifique et rassemblant notre Première Famille préférée dans un moment convivial, MAIS en ajoutant “Chers lecteurs, vous avez notre parole que rien d’aussi naze n’arrive dans ces pages.” Niveau mise en avant de la famille, je pense qu’on peut mieux faire. Sinon, je trouve qu’on reste sur du traditionnel qu’on a pu voir dans Spider-Man : Esprits de la Terre ou Batman : The Scottish Connection. Enfin, je ne vois pas comment le plan des antagonistes aurait pu finir autrement qu’en désastre pour eux… Reste un beau monstre qui, au final, fera moins frissonner qu’un Grand Ancien (j’ai un peu l’impression que c’était l’ambition) et rappellera plutôt les créatures géantes de l’Homme Taupe – ce qui est un retour aux origines, après tout !
Fletcher : On est en plein mythe de Cthulhu, antagoniste et atmosphère plutôt rares chez les FF. Millar met la pédale douce dans ces 2 épisodes. Il a le bon goût de ne pas insister sur d’éventuelles conséquences de la branche familiale de Reed. Surtout, je retiens qu’il se focalise sur l’esprit de Noël et la famille et explique, de manière assez logique, les orientations religieuses ou plutôt leurs absences de la famille Richards.

Ph’nglui mglw’nafh Korgo Iarmailt wgah’nagl fhtagn
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Qui dit Fantastic Four dit généralement Fatalis. Comment Mark Millar s’en sort-il avec sa version du personnage ?
JB : Le personnage tel que présenté fait peu de sens pour moi. Fatalis change souvent de caractère en fonction de ses auteurs, du noble démon à la brute masquant ses exactions sous un apparat d’honneur. Cependant, un élément qui reste cohérent à travers ses incarnations est son égo. Que Fatalis, l’homme qui a fait face au Beyonder, s’agenouille devant un autre en le reconnaissant comme son supérieur ? Non, ça ne passe pas pour moi.
Fletcher : Doom, c’est clairement le raté de Millar, voire même de Hitch avec une représentation assez pauvre. Peut être car c’est un personnage de comics précédemment tellement bien écrit, déjà emprunt de beaucoup de noblesse, un antagoniste parfait à Reed Richard et aux FF, que Millar n’arrive pas à l’écrire. On le voit tout d’abord arriver en suppliant de l’aide comme un lâche. Puis il tue la Femme invisible sans crupule pour terminer laquais d’un Marquis. Bref Millar s’est planté. Pour écrire Doom, il faut être subtil.

Pas la meilleure journée de Fatalis
© Marvel Comics
Au-delà de l’incontournable Docteur Fatalis, Mark Millar a également créé de nouveaux antagonistes, comme l’invincible mécha C.A.P., un groupe nommé les Nouveaux Défenseurs ou encore le Marquis de la Mort qui, en bien ou en mal, est symbolique de ce run. Échec ou réussite ?
Fletcher : Échec sur leur réutilisation qui devient du coup une réussite pour ceux qui ne souhaitent pas aller plus loin. Je n’ai pas lu la série FANTASTIC FORCE où réapparaissent les NEW DEFENDERS. donc joker pour ma part. Par contre Hickman va quand même ré-utiliser les concepts amenés par la Nu-Terre et les Nouveaux Défenseurs.Il en reste donc quand même assez pour voir que cela avait une utilité. Et puis plus près de nous, en 2025, le film FANTASTIC FOUR : FIRST STEPS va aussi piocher chez les FF de Millar : le concept de déplacement d’une population entière et la petite amie de Ben Grimm enseignante.
JB : Pour C.A.P., j’apprécie le fait que le robot soit principalement un outil pour faire briller Reed Richards, que ce soit par sa capacité à sortir un mécha géant équivalent de ses réserves ou de montrer son intuition envers les sentiments d’Alyssa Moy le concernant. Pour les Nouveaux Défenseurs et le Marquis de la Mort (et son acolyte), je suis plus réservé. Tout d’abord parce que techniquement, Millar recycle des persos qu’il a créés précédemment, mais aussi parce qu’ils sont incohérents. Les actions de Psionics font ainsi peu de sens au regard des objectifs réels des Nouveaux Défenseurs. Concernant le Marquis de la Mort, j’ai l’impression qu’il s’agit d’en faire un double exagéré de Fatalis, jusqu’au nom qui alterne titre ronflant et nom inquiétant (Doctor Doom / Marquis of Death), une exagération touchant à mon avis volontairement au ridicule. Mais que l’objectif soit de montrer l’immaturité du personnage n’en fait pas un antagoniste plus engageant pour autant !

Comme au premier jour
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Comment expliquer un dernier arc si mauvais et un fin de run qui se termine dans l’indifférence totale, Stuart Immonen remplaçant même Bryan Hitch ?
JB : Peut-être une contrainte éditoriale pour faire place nette avant le run de Jonathan Hickman qui démarre au numéro suivant ? Il est notable que non seulement Stuart Immonen remplace Hitch, mais qu’un coauteur participe à l’écriture avec Mark Millar (Joe Ahearne). Peut-être les négociations avec Hickman ont-elles mené à un début de son run plus tôt que prévu, conduisant à une conclusion précipitée de celui de Millar ? Le doute plane : Bryan Hitch a mentionné que lui et Millar avaient eu dans l’idée d’écrire 26 numéros, mais également qu’ils avaient envie de passer à autre chose. Cependant, même si l’antagoniste et la résolution du dernier arc sont à mon avis peu convaincants, j’aime bien la résolution de la relation entre Ben Grimm et Deborah Green. Pour rappel, toi et moi étions prêts à pardonner au run de DeFalco des méchants très oubliables pour un bon traitement de la Première Famille de Marvel !
Fletcher : Ah, mais les dernières planches de leur prestation rattrapent largement la déception devant ce qui aurait dû être un apothéose en termes d’antagoniste. Une conclusion réussie, ce qui est rare à ce niveau. Mais clairement Millar et Hitch, partis dessiner Captain America Reborn, ont lâché avant la fin de leur run. Stuart Immonen dessinant même tout seul le dernier numéro en imitant, avec brio, le style de l’illustrateur des ULTIMATES. Millar, de son côté, se fait aider sur les dialogues par Joe Ahearne. D’ailleurs je recommande la lecture de FANTASTIC FOUR ANNUAL 32 (ndr : présent dans l’Omnibus Panini) datant de 2010, qui prolonge dans un sens ce run car écrit par ce même Joe Aherne et dessiné par …. Bryan Hitch mettant en scène de manière plutôt brillante et subtile, le cas de Johnny qui se retrouve confronté à une de ses nombreux coups d’un soir enceinte…
Et les Nouveaux Defenders, que sont-ils devenus ?
JB : Mark Millar les laisse avec une réplique de la Terre, des millions de colons venus d’un futur apocalyptique, Alyssa Moy qui les a aidé et le mari de cette dernière, furieux qu’ils squattent “sa” planète. La série FANTASTIC FORCE suit ce qui leur arrive ensuite. Tout d’abord, du banal : le mari tente de les virer en utilisant Mandroïds, Sentinelles et tutti quanti, sans réussir. Puis arrive le nawak : le groupe, renommé entre-temps Fantastic Force, affronte un groupe hétéroclite d’héroïnes Marvel ayant pété un câble nommé “les Hystéries”. Un récit joyeusement misogyne qui repose sur le dicton “Hell has no fury like a woman scorned”, qui donnerait “Il n’est pire furie que femme trahie” (pas exact mais j’aime la rime). Et c’est sans parler de la fin… Vous vous rappelez de la Terre future, dévastée malgré les efforts de Reed Richards ? Old Man Logan parvient à la rendre fertile d’une manière pour le moins… inattendue. Panini a l’excellente idée de publier cette série jusque-là inédite dans sa réédition du run de Millar sur les FF : l’écriture de Mark Millar n’en paraîtra que meilleure par comparaison !
Fletcher : Oh my god, j’ai raté tout cela. Heureusement que le Fantastic JB est là.
Si tu devais retenir une image, un numéro ?
JB : Je l’évoquais plus haut : le rendez-vous anniversaire entre Reed et Sue Richards dans FANTASTIC FOUR 557 : Mr Fantastic utilise ses connaissances scientifiques pour ramener Sue dans le passé afin qu’ensemble, ils puissent assister de loin à leur propre première rencontre et en profiter pour renouveler leur engagement mutuel. Un moment à la qualité d’écriture si surprenante que Millar place dans la page suivante une femme nue couverte de billets de banque, afin de rappeler aux lecteurs imprudents qui est aux commandes…
Fletcher : Les dernières planches du dernier numéro, le 569, avec l’échange entre Reed et Ben et comment ce dernier mouche Johnny. Beaucoup d’émotions avec peu de mots et un regard, ce même regard que pose Debbie quelques heures auparavant.

De l’art de beaucoup en dire sans parler.
© Marvel Comics
Chronologie/repères
1961 Stan Lee/Jack Kirby
1982 John Byrne
1987 FANTASTIC FOUR VS THE X-MEN
1989 Walter Simonson
1991 DeFalco/Paul Ryan
1996 Heroes Reborn
1998 Chris Claremont/Lobdell et Alan Davis
2001 Jeph Loeb/Carlos Pacheco
2002 Mark Waid/Mike Wieringo
2007 Dwayne McDuffie/Paul Pelletier
2009 Jonathan Hickman
2012 Matt Fraction/Mark Bagley
2014 James Robinson
2018 Dan Slott
2022 Ryan North

Hello JB et Fletcher. Belle conversation entre vous deux. Je n’irai pas par 4 chemins je n’ai pas aimé ce run. Je l’ai trouvé d’une distance et d’une froideur qui ne correspondait pas à tout ce que j’avais lu des FF depuis les albums Lug et les épisodes de Nova. Le style de Hitch aussi qui n’a plus aucun effet sur moi (je l’ai trouvé lénifiant peu après sur son passage sur JLA sa s compter que lui aussi se prend pour un scénariste qu’il n’est pas). Et Millar j’ai du mal depuis quelques années aussi. La provoc gratuite ne m’amuse plus. J’avais suivi le run suivant (Hickman) de loin, que je trouve plus cartoon (le dessin d’Eaglesham sûrement). Il m’arrive de relire du Marvel de cette époque (Civil War, Dark Reign, le run de Brubaker sur Cap, etc … mais pas les FF). D’ailleurs je trouve que depuis, ça patauge. Sur un one shot comme Full Circle ça passe mais sinon je trouve que le temps des FF est passé. Et j’avoue que Reed, entre Civil War, les Illuminati et les Incursions ne m’est plus très sympathique. Chouette échange en tout cas et très plaisant à lire.
Moi, c’est justement son passage sur JLA qui m’a fait fuir Hitch… Millar, le seul comic book de lui que j’apprécie vraiment, c’est Superman Adventures où il ne peut pas exercer son cynisme habituel.
J’aime bien Red Son. Old Man Logan il y a beaucoup de passages graveleux gratuits. Ultimates j’avais bien aimé à la première lecture. Avec le recul, son Cap est insupportable et le sous-texte me dérange.
J’ai détesté RED SON. Vite revendu
Salut Sébastien.
Je te confirme, en effet, que l’on est loin des périodes Jack Kirby, Roy Thomas ou John Byrne publiées dans NOVA and coe.
Hitch est plutôt pas mal sur les FF. Il a des belles planches et des idées graphiques.
Chouette échange entre vous deux comme vous avez pu déja le faire dans de précédents articles et qui m’a permis d’en savoir plus sur ce run de Millar et Hitch que, malgré ses quelques rééditions chez Panini, je n’ai jamais lu, même si un peu comme tout le monde, je trouve le travail de Millar plus qu’inégal mais je peux parfois lui trouver des qualités.
Merci pour ta lecture
Pour Millar, j’ai pas mieux ! (J’ai pire, en vérité)
Hello Ludovic.
Millar est un roublard. Il a percé au bon moment et a su ensuite vivre de sa notoriété avec une fan base solide.
Un joli tour du propriétaire mené en duo. Merci, les Fantastic Two !
Il y a quelques années, j’avais eu une période FF mais je n’ai jamais été tenté par ce run.
Fatalis qui a comme mentor le Marquis de la Mort, ça me parait un choix bien merdique…
Sur le dernier scan, le dessin de Immonen montre un peu ses limites dans l’imitation de Hitch… Johnny a des yeux… bizarres.
Plus haut, la pleine page avec le Mecha est chouette. Et les parodies de Une de journaux comme covers, c’est le genre de concept qui me botte.
Merci JP
De mon côté c’est un run que j’ai réellement apprécié lors d’une seconde lecture.
Clairement moins ambitieux que d’autres auteurs ou équipes il y a un côté blockbuster bien sympathique qui fait passer de bons moments.
Les covers sont en effet très imaginatives
Les récapitulatifs sous la forme de blogs écrits par Valéria sont aussi bien trouvés (en VO)
Pas lu. Mais le Millar de cette époque, ça a donné quand même de belles choses. Le gars avait un talent indéniable, lequel s’est depuis tari dans un trop-plein d’égo et un état d’esprit franchement détestable.
J’ai gardé ses ULTIMATES, qui restent pour moi la seule version des Avengers que j’arrive à lire (que je ne trouve pas débile) et un chef d’oeuvre (sa version destroy et cynique des superslips me plait énormément !). Et « 1985 », aussi.
J’avais tenté les FF d’Hickman à l’époque et très rapidement arrêté, l’écriture de ce type étant pour moi une horreur absolue.
Aujourd’hui, tout ça est très loin et de toute manière je ne lirai plus jamais ce genre de truc. Mais je me suis surpris à plonger dans l’article, qui est tout de même rondement mené ! Les années 2000 resteront pour moi la meilleure décennie Marvel pour un lecteur adulte (même si ç commençait à partir en vrille vers 2008, justement).
Bonjour Tornado.
En effet pas certain que cela te plaise. Mais si un jour cela sort à prix réduit, et que tu as un peu de temps à perdre sur la plage, pourquoi pas. Un summer comics book.
Chez Millar il y a à boire et à manger. J’ai tendance à préférer ses histoires quand il commençait à percer, à bousculer le ron ron infantile mainstream.
Au risque de t’inquiéter, j’apprécie en partie ce run parce que Millar oublie parfois son cynisme ^^ Et ce récit est en quelque sorte la suite de 1985…
Vous êtes gentils mais il n’y a aucune chance que je lise ça à présent. ^^
Je suis désormais un étrange commentateur, celui qui a été « spécialiste » des comics durant un temps pour voir, et qui est totalement passé à autre chose ensuite…
Mais je garde un précieux souvenir de mon expérience, avec de précieuses trouvailles qui restent présentes dans ma bibliothèque (ah, j’avais oublié que j’ai aussi gardé le premier KICKASS…).
Le premier arc m’avait convaincu de ne pas persister. Millar incapable de tenir son récit (« il est programmé pour être invincible ? on n’a qu’à programmer le suivant pour être encore plus invincible » sérieux???) et Hitch a tellement stérilisé son trait qu’il en devient illisible. bref, on m’a dit que la suite était mieux, mais j’ai jamais eu trop la foi de m’y frotter
Bonjour
Le problème des FF de Millar c’est que c’est clairement des FF à la sauce Millar. Je pense sérieusement que notre génération a un rapport particulier avec les FF (Kirby – Byrne) et qu’il est difficile d’apprécier toute proposition qui s’en éloigne.
Pourtant Millar, sans renier complètement la continuité, essaye de donner un ton plus mature aux récits et aux personnages, preuve en est des moments intimes très touchants, surprenant même pour du Millar.
Sur Hitch je dirais joker. Il rend une bonne copie, il reste un des dessinateurs les plus doués de sa génération mais il ne surprend plus. Je serais curieux de savoir si il serait encore capable de dessiner un récit indé intimiste style tranche de vie ?
Merci JB et Fletcher pour la présentation ! Je ne lirai sans doute jamais ça, ça fait longtemps que je ne lis plus Millar (exception faite de Jupiter’s Legacy dont la publication française s’est terminée récemment). Et pourtant, comme vous le dites, on a deux stars ici, dont un que j’aime toujours. Et c’est confirmé en voyant les scans.
J’aime beaucoup votre chronologie en fin d’article, ça ne m’éclaire pas tant que ça mais ça reste intéressant. Vous auriez dû y ajouter ce Millar / Hitch je trouve.
J’adore le fond et la forme de cet article : les questions de départ, le dialogue qui fonctionne du tonnerre et la chronologie finale : voici clairement un article de référence de BRUCE LIT, toutes périodes confondues.
Maintenant, peu fan des FF et encore moins de Millar que je reconnais ici dans ses excès, il est très peu probable que je me lance dedans sauf si je trouvais le truc en médiathèque.