Bienvenue dans l’univers des Isekai, un genre où tout devient possible

Focus : Les Isekai

Un article de MAYA


L’isekai, toujours la même chose ? Une discussion de famille qui fait réfléchir.  Tout a commencé par une discussion toute simple avec mon fils. Une remarque lancée presque sans y penser :  Tu ne trouves pas que les isekai c’est toujours la même chose ?  

Sur le moment, j’ai souri. Parce qu’au fond, il n’avait pas totalement tort…mais la question mérite d’être creusée. Avant même d’aller plus loin, on s’est rendu compte qu’il fallait déjà définir ce qu’est un isekai. 

A la base, un isekai est tout simplement une histoire dans laquelle un personnage quitte son monde, souvent le nôtre, pour se retrouver dans un autre. Ce passage peut se faire après une mort, un accident, une invocation ou une réincarnation. Le nouveau est généralement fantastique, parfois inspiré d’un jeu vidéo, avec ses règles, ses pouvoirs et son fonctionnement. 

Mais aujourd’hui, le terme est souvent utilisé de façon un peu plus large. On y regroupe des histoires très différentes, un héros transporté dans un autre monde, une personne qui se réincarne après sa mort, ou encore un personnage qui se retrouve plongé dans l’univers d’un livre, d’un jeu vidéo ou d’une autre fiction. Les situations changent, mais l’idée reste la même, quitter sa vie d’origine pour en vivre une nouvelle dans une réalité différente.  

C’est aussi pour cette raison que des œuvres qui n’ont pas grand-chose en commun au premier abord sont malgré tout classées dans la catégorie des isekai.  Quand on pense à des titres comme  » Moi, quand je me réincarne en Slime  » ou  » Mushoku Tensei « , on trouve forcément quelques ingrédients communs propres à l’isekai. C’est souvent ce qui alimente la critique selon laquelle (ils racontent toujours la même chose).  

Mais plus j’en parlais avec mon fils, plus je réalisais que ce n’était pas si simple. Oui, les bases sont parfois les même, mais chaque œuvre les utilise pour raconter une histoire différente, avec ses propres thèmes, son ambiance et son message. 

Parmi les œuvres que j’ai déjà citées, Mushoku Tensei est un bon exemple pour commencer. On y suit un homme qui, après sa mort, se réincarne dans un monde fantastique avec les souvenir de sa vie passée. Il va essayer de faire de cette nouvelle existence une occasion de changer, même si son ancien caractère ne disparaît pas comme par magie. Rudeus reste un personnage avec des côtés assez dérangeant, parfois pervers. Malgré tout, il évolue petit à petit et apprend à vivre différemment de ce qu’il avait connu dans sa première vie. 

L’isekai peut prendre une autre direction. 

Moi, quand je me réincarne en Slime s’intéresse davantage à la construction d’un monde et à la création d’une société, en suivant le personnage de Limule qui va créer la nation de Jura Tempest, avec l’ambition de faire vivre ensemble monstres et humains et de développer un monde plus ouvert. 

A l’opposé, Drifters, du même auteur que Hellsing, nous emmène dans un isekai beaucoup plus sombre. On y retrouve des personnages historiques connus, qui se retrouvent projetés dans un autre univers et prennent part à une guerre entre deux camps. Venus d’époques et de pays différents, ils vont ainsi devoir s’adapter à cette nouvelle situation. Combats, stratégie et humour font partie de l’histoire, malgré la violence qui règne. C’est justement ce mélange qui fait de Drifters un bon exemple d’isekai. 

A l’inverse, The Eminence in Shadow s’amuse avec les codes du genre. Son héros cherche à devenir une figure mystérieuse qui agit dans l’ombre, persuadé de jouer un rôle important, alors que les événements qui l’entourent dépassent souvent ce qu’il imagine. Cette suite de malentendus donne naissance à une histoire aussi drôle qu’efficace. 

Au fond, ces œuvres partagent une idée de départ similaire, mais elles racontent des histoires qui n’ont finalement pas grand-chose en commun. 

Et si l’isekai parlait surtout de notre réalité ? 

En continuant la discussion, une autre question est venue : pourquoi ce genre marche autant ?  Au Japon, la société est souvent décrite comme très exigeante. Entre la pression scolaire, le travail et les attentes de la vie en société, certaines personnes finissent par se renfermer sur elles-mêmes. Elles sortent peu, passent beaucoup de temps chez elles, jouent aux jeux vidéo, lisent des mangas ou regardent des animes. 

Dans ce contexte, l’isekai peut permettre à quelqu’un de banal de trouver sa place, devenir utile. On retrouve cette idée dans de nombreux isekai, où le personnage peut enfin repartir sur de nouvelles bases. 

Le Japon, le camion…et quand la fiction déborde sur la réalité. 

Impossible de parler d’isekai sans évoquer le fameux cliché du camion qui renverse le protagoniste avant de l’envoyer dans un autre monde. A force d’être utilisé, ce gag est devenu une référence humoristique dans la culture des mangas et animes.  

Mais à force, certains professionnels japonais du transport ont fini par réagir à cette image répétée. En 2024, un responsable du secteur à Shizuoka s’est plaint de voir les camions et les chauffeurs associés aux accidents mortels des animes et des isekai.  C’est presque anecdotique, mais ça montre à quel point ces histoires ont pris de la place dans la culture populaire. 

La Corée : les secondes chances et les nouvelles vies. 

En Corée du Sud, surtout dans les webtoons et manhwa, l’isekai prend souvent une forme un peu différente. On y retrouve beaucoup de récits de réincarnation ou de retour dans le temps, avec des personnages qui gardent leurs souvenirs et essaient de corriger leur vie passée. Des personnages qui, d’une certaine manière, passent d’une vie à une autre en emportant avec eux toute leur expérience.  Un bon exemple de manhwa est Docteur Elise.  

L’héroïne est d’abord une impératrice qui a connu une première vie marquée par ses erreurs. Après sa réincarnation dans notre monde, elle devient une chirurgienne de renommée mondiale. Lorsqu’elle retourne dans son époque d’origine, après un accident, elle possède alors les connaissances de sa vie moderne et essaie de changer son destin. 

Ce qui est intéressant ici, ce n’est pas le changement de monde ou le retour dans le temps. Beaucoup de manhwa jouent surtout sur cette idée des secondes chances. Des personnages qui ont connu des regrets ou des échecs ont la possibilité de repartir autrement, avec ce qu’ils ont appris de leur première vie.  Finalement, ces histoires posent une question assez simple : si l’on pouvait recommencer en gardant l’expérience d’aujourd’hui, est-ce qu’on ferait les mêmes choix ? 

La Chine : des mondes transformés et des récits de transmigration. 

Du côté chinois, les histoires proches de l’isekai prennent souvent une forme un peu différente. On y trouve surtout des récits de transmigration ou de mondes transformés, où le personnage n’est pas forcément transporté dans un autre univers au sens strict, mais évolue dans une réalité très différente de notre quotidien. 

Par exemple, dans Release That Witch, un homme de notre monde se retrouve réincarné dans le corps d’un prince d’un univers médiéval-fantastique. Ingénieur dans son ancienne vie, il utilise ses connaissances modernes pour transformer complètement son royaume. Il va aussi voir les sorcières, généralement persécutées dans ce monde, comme une chance de faire évoluer son royaume plutôt que comme une menace. Ici, le changement de monde est clair, et l’histoire joue beaucoup sur l’idée de reconstruire une société avec des idées venues de notre époque.  Mais ce n’est pas le seul visage que peuvent prendre les isekai chinois. 

Dans Lord Of The Mysteries, le personnage évolue dans un univers qui mélange le steampunk, le fantastique et une ambiance mystérieuse qui rappelle parfois Lovecraft. Un étudiant chinois se retrouve transmigré dans le corps de Klein Moretti et cherche à comprendre pourquoi il s’est retrouvé dans ce monde. Il découvre peu à peu des société secrètes et des pouvoirs mystérieux. L’histoire est assez complexe et peut parfois être difficile à suivre. Il faut prendre le temps de comprendre les règles de cet univers et ce qui se cache dernière les événements, notamment le système des Séquences et des Chemins, qui offrent chacun un certain nombre de capacités surnaturelles. 

Toujours pareil…mais pas pour rien. 

Oui, on peut dire que l’isekai utilise souvent les mêmes codes. Mais s’il plaît autant, ce n’est probablement pas un hasard.  Ces histoires parlent souvent de fatigue, de solitude, de regrets, mais aussi d’espoir. Elles nous rappellent qu’il est parfois possible de repartir de zéro, au moins le temps d’une histoire. 

Et finalement, cette discussion avec mon fils m’a surtout fait comprendre une chose, même quand un genre semble répétitif, il peut dire beaucoup sur ce qu’on ressent, sur ce qu’on traverse et sur ce dont on a parfois besoin. 

Peut-être que l’isekai n’est pas juste une histoire de monde fantastiques. Peut-être que c’est aussi une manière de respirer un peu quand la réalité devient trop lourde. 

3 comments

  • zen arcade  

    Hello.
    Ton article rappelle à mon souvenir de certains visionnages ou lectures datant d’il y a maintenant certainement de plus de 20 ans. On appelait pas ça isekai à l’époque, tous ces mots de geeks n »étaient pas encore apparus dans le langage courant des fans.
    Je songe à des choses comme Fushigi yugi de Yuu Watase, Magic knight rayearth des Clamp et évidemment à la superbe série animée Visions d’Escaflowne.
    Des personnages sont projetés dans des mondes imaginaires où ils vivent des aventures qui leur permettent d’évoluer, de s’affirmer, de grandir. Ca me semble être l’essence de ce type de récits.
    Ca me paraissait assez frais à l’époque.
    Mais je sais que mes filles ont aujourd’hui une vision négative du genre, notamment parce qu’elles trouvent ça très répétitif et aussi que quand ça met au premier plan des personnages masculins, ben, ça vole pas toujours très haut.

  • Ludovic  

    Maya, tu en parles plusieurs fois, mais l’isekai m’évoque dans son principe d’abord le jeu vidéo, j’ai du mal à ne pas voir ce genre comme une émulation de la culture vidéoludique absorbée par la dimension transmédia propre à l’industrie du manga. Des lors, le personnage, le héros est quand même un « gamer » et le récit, sa dramaturgie se fonde sur un principe de régles à suivre, d’univers à explorer, d’épreuves à franchir et de capacités à maitriser. Tu le dis, il s’agit de fuir le réel pour un autre monde, cet autre monde, il peut être pire que le monde réel (ALICE IN BORDERLAND par exemple) mais comme il réléve d’un dispositif ludique, il dispose d’un règlement, d’une logique, d’un sens que le personnage/joueur peut apprendre à maitriser pour agir et se sortir des difficultés dans lesquelles il est… contrairement au réel qui n’en a pas et dans lequel une action précise n’aboutira pas forcément sur une victoire ou une amélioration.
    Ce qui me laisse perplexe avec ce genre (et les fictions reposant sur un dispositif ludique), c’est que l’univers préexiste à la fiction et au récit, il est un tout reposant sur des régles que les personnages devront suivre quoiqu’il arrive, il peut se passer n’importe quoi, ce monde là est fait pour rester immuable, afin que les péripéties de l’intrigue puissent se reproduire indéfiniment pour tant de tomes ou tant de saisons d’un animé ou d’une série télé. C’est bien pour ça que ses histoires sont complétement coupées du réel, c’est parce que ça permet à la fiction de se prolonger indéfiniment (d’ou le reproche de répétition) quelque soit ce qu’y font les personnages (même quand ils risquent leurs vies), dans le réel, ce ne serait pas possible.
    Dans une fiction, habituellement je m’identifie à un personnage et à travers son trajet, son évolution, je découvre le monde, un monde et un point de vue sur celui-ci, le point de vue du personnage ou de l’auteur, là on a projette un personnage dans un univers qui va servir de dispositif pour lui faire vivre des aventures et que des péripéties adviennent, c’est vrai que j’ai du mal à trouver ça intéressant. Mais peut-être que ça tient à mon peu de goût pour une littérature d’évasion et de compensation, quand on s’enferme dans une bulle à ce point coupée du réel, je m’ennuie assez vite.
    Si il y a des Isekai qui échappent à ces écueils, je ne les ai pas lus.

    • zen arcade  

      « Si il y a des Isekai qui échappent à ces écueils, je ne les ai pas lus. »

      Tu connais les références que j’ai citées ?

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