BUFFY ET MOI !

Encyclopegeek : Buffy contre les vampires

Un article de DOOP O’MALLEY


Cet article vous propose de redécouvrir une série bien connue de tous : BUFFY CONTRE LES VAMPIRES et de dresser un parallèle entre certains éléments de la série et ma vie personnelle ainsi que mon évolution au fil de ses visionnages.

Whedon

On va tout de suite évacuer l’éléphant dans la pièce. À la fin des années 90, personne n’avait la moindre idée des conditions imposées par Joss Whedon à son casting et des agissements limite qu’il a perpétrés. Tout comme Neil Gaiman, j’ai eu énormément d’admiration pour le scénariste et le showrunner. J’avais l’impression qu’il écrivait pour moi. Et comme je vais vous raconter mon expérience, je vais le faire en tant que fan de Whedon à ce moment-là de ma vie. Ce qui ne veut absolument pas dire que je cautionne et que je justifie ses actions.  Je ne devrais même pas avoir à le dire, mais internet et les réseaux étant ce qu’ils sont, mieux vaut prévenir que guérir. On vit dans une drôle d’époque. Je n’évacue pas le problème, ni ne dédouane le bonhomme. Ce n’est juste pas le fil directeur de cet article, qui vous propose de découvrir les facettes les plus connues de la série, ses points forts et faibles en fonction de mon expérience de spectateur.

De la même manière, vous n’aurez pas d’analyse détaillée épisode par épisode ou de fun facts concernant la série. Elle a connu assez de succès et a déjà été 1000 fois analysée et disséquée par des personnes beaucoup plus au fait de cet univers que moi. Ou de mentionner le tout premier film BUFFY, que je n’ai jamais vu et qui ne servirait qu’à faire des blagues éculées depuis vingt ans.

Je vous conseille d’ailleurs les vidéos du BINGE DOCTOR qui ont été très utiles pour me rafraîchir ma mémoire.

Première rencontre

J’ai une histoire personnelle avec Buffy. J’étais assez jeune et je passais mes vendredis soir à regarder THE X-FILES sur M6, pour ensuite débriefer l’épisode le weekend ou la semaine suivante avec mon pote Rémi. Une époque où quasiment personne ne connaissait ni ne regardait X-FILES d’ailleurs. Avec Rémi on établissait des listes, des théories sur les séries qu’on regardait.

Une habitude qui datait du jour où j’avais découvert chez lui l’intégrale de TWIN PEAKS en vidéo. TWIN PEAKS c’est la série qui m’a rendu accro aux séries, comme bon nombre de personnes nées entre les années 70 et 80. Problème, à l’époque il n’y avait qu’un créneau de diffusion et point barre. Retrouver cette série en vidéo et pouvoir la regarder à l’envie était tout simplement magique.

Revenons à notre histoire. Dans mes souvenirs, j’ai eu une grosse frustration le jour où M6 nous a laissé avec Fox Mulder et une bombe dans un container sans jamais nous en donner la suite. C’était le début des cliffhangers. Et il fallait donc attendre une saison (donc presque une année) pour avoir la suite. À l’époque, internet n’existait pas et le concept de saisons était encore assez flou pour les personnes comme moi qui ne s’étaient jamais intéressé aux arcanes de la diffusion télé. Rappelons qu’à l’époque, il n’y avait quasiment que des séries que l’on pouvait prendre dans n’importe quel ordre et à n’importe quel moment. Fini donc mes soirées tardives du vendredi devant la télé. Et surtout, qu’est ce qu’il allait arriver à Mulder ?
X-FILES est ensuite devenu le succès que l’on connait avec sa diffusion le samedi.

La première mouture du « Scooby Gang ». Des personnages a priori caricaturaux qui vont vite évoluer

Quelques mois plus tard (possiblement quelques années, je vous avoue que je n’ai plus la notion du temps), me revoilà le vendredi soir devant mon poste sur M6. Pourquoi ? Je ne sais pas. La force de l’habitude. Mais voilà que je me trouve devant une nouvelle série.
Ma première réaction ? « C’est quoi cette connerie ? »

Je voyais sous mes yeux une tueuse de vampires confronter une prof mante religieuse avec des effets spéciaux pourris et un titre totalement débile (une héroïne qui s’appelle Buffy ? ). Sauf que j’aime bien les conneries. Et que quelque chose me donnait envie d’y retourner. Le côté très superhéros certainement, et aussi cette notion de fil rouge, ou peut-être des dialogues pas si stupides, qui parlaient à ma conscience de geek. BUFFY CONTRE LES VAMPIRES est devenu mon plaisir coupable, à tel point que je n’en parlais à personne, même pas à Rémi, à part pour rigoler. Et puis voilà qu’un soir, lors d’un épisode, je vois Buffy partir directement en mission suicide contre un vampire ancestral, sachant qu’elle allait mourir. Et je comprends que Xander, alors la figure comique du loser, celui qui était systématiquement rejeté, était un personnage beaucoup plus profond et complexe que ça. On était passé en quelques semaines de la série parodique fauchée à des thématiques beaucoup plus glauques et surtout, nettement plus sombres.

Décidément, cette série était nettement plus qualitative que ce que j’avais pu entrevoir lors de mon premier visionnage. Dès que je revois Rémi, je commence à lui dire : « Hey, cette série-là faut absolument la regarder, ça ne paye pas de mine mais c’est vraiment beaucoup plus glauque que ce que l’on pense ».
Voilà comment cet épisode, le douzième et dernier de la première saison m’a définitivement fait basculer dans le monde encore vierge des fans de Buffy. J’avais l’impression d’être le seul à connaître cette série (avec Rémi) et j’en étais encore plus fier. Surtout que les différentes étapes de la série coïncident presque parfaitement avec mon évolution personnelle et professionnelle.

Spike et Drusilla, les révélations de la deuxième saison.

Saison 1 à 3 : la transition de l’adolescence à l’âge adulte

Il semble difficile pour moi de ne pas considérer les trois premières saisons de BUFFY comme un tout. Elles racontent tout le passage de l’héroïne et de ses amis au lycée. Et ce sont les trois saisons que j’ai regardé en tant qu’étudiant.
Comme dans toute bonne série qui se respecte, si le personnage principal est forcément mis en avant par le titre, ce n’est pas le cœur du récit. La série vaut en effet par son casting d’ensemble et les personnages secondaires qui vont graviter autour. En toute honnêteté, ce n’est pas le talent d’actrice de Sarah Michelle Gellar qui me bluffe. En revanche, l’actrice et le personnage prennent toute leur importance au contact de Giles, Willow, Xander et, dans une certaine mesure Angel (qu’on ne peut pas considérer comme un grand acteur non plus).

La force de Whedon sur cette première saison, c’est qu’il arrive à développer des relations assez complexes entre tous ses personnages, qui vont petit à petit sortir du cadre qui leur était dévolu à l’origine. Et c’est pour moi la véritable quintessence de ce qu’est BUFFY CONTRE LES VAMPIRES : une série qui va pousser petit à petit les codes de la série télévisée. Sans trop forcer, sans trop en montrer. On est loin de PROFIT par exemple mais il y a une certaine volonté de casser les images, les codes. Mais avant de les casser, il faut les respecter. Et c’est exactement ce qui va se produire dans ces trois saisons. D’abord caricaturaux, les personnages vont évoluer naturellement et proposer des représentations différentes de ce que l’on a l’habitude de voir. Xander passe du sportif un peu débile au véritable cœur de l’équipe : ce sera officiellement déclaré dans la saison 4, mais dès le dernier épisode de la première saison, c’est lui qui ressuscite Buffy. Willow passe rapidement de la geekette timide et coincée à une experte en magie sortant avec un loup-garou. Giles devient de plus en plus important dans son rôle de père de substitution. Cordélia montre autre chose que la cheerleader méchante. Et la force de Whedon, c’est que c’est naturel. Les pistes sont posées très tôt et permettent un développement dans la longueur.

La deuxième saison monte en gamme :  c’est la saison où les personnages se brûlent les ailes en voulant se séparer de leur côté adolescent. Celle où Angel va mal tourner et celle où Buffy va littéralement passer à l’âge adulte. Et ce n’est pas facile. Elle va perdre toutes ces illusions en même temps que sa virginité. Difficile de faire plus explicite. Un élément choquant de cette saison, c’était bien évidemment la mort de Jenny Calendar, la petite amie de Giles. Une mort au détour d’une image, sans qu’on n’y insiste trop, comme la série saura nous en donner (je pense notamment à Tara où bien à Anya). C’est aussi ça la force de Buffy : nous montrer à quel point la mort peut être cruelle mais aussi totalement inattendue.

Dans cette deuxième saison, Whedon donne une structure à sa série qui ne pouvait que plaire au lecteur de comics que j’étais, tant elle correspond à celle des fascicules que je lis depuis des décennies. On a des épisodes courts, des double-épisodes, des résurrections, de nouveaux personnages. Voire même de la retcon avec l’arrivée de Kendra, cette tueuse réactivée lors de la mort de Buffy en saison 1. Whedon a posé ses personnages et les fait interagir sur les intrigues même de la série. On y trouve de plus en plus de références sur la pop-culture mais aussi sur les personnages de la série elle-même. Ce côté méta est ce qui fait, à mon sens, la force de Buffy. On nous fait des blagues sur Yoda, sur Woodstock : toute la culture populaire est citée. C’est comme si Whedon faisait un clin d’œil à ses spectateurs, les rassurant quant au fait qu’ils étaient bien la cible de la série. En tout cas c’est ce qui a fonctionné pour moi. Les intrigues au long cours ne sont pas ce qui rend la série la plus intéressante, encore une fois, le gentil qui devient méchant n’est pas d’une originalité grandiose. En revanche, Whedon réalise un véritable coup de maître (jeu de mot involontaire) en introduisant les personnages de Spike et Drusilla. Spike crève l’écran dès sa première apparition et deviendra l’un des personnages les plus appréciés de la série, même si son destin connaîtra au fil des épisodes bien des circonvolutions.

Jenny Calendar, une des premières morts importantes du Buffyverse. Un personnage que j’aurais aimé voir plus !

En envoyant Angel dans une autre dimension, Buffy comprend que toute le reste de son existence sera corrélé aux sacrifices qu’elle devra faire. Autre évènement d’importance, l’arrivée de Marti Noxon dans le pool des scénaristes de la série. C’est, à mon sens, Marti qui réussit à donner un tournant beaucoup plus profond à la série grâce à des épisodes solo qui dénotent du reste de la production comme « La Soirée de Sadie Hawkins ». On pourra penser aussi à des épisodes un peu plus drôles comme « un charme déroutant » ou bien cette version très comic-book de personnages possédés par leurs déguisements dans « Halloween », une intrigue qui fait clairement penser à ce que pouvait proposer Chris Claremont dans les X-Men ou dans EXCALIBUR. 

De fait, BUFFY CONTRE LES VAMPIRES commence à proposer des épisodes plutôt intéressants en dehors de sa trame principale, ce qui n’était pas toujours le cas jusqu’alors. Tout est amplifié avec la troisième saison, l’une de plus réussies et qui montre que souvent la vie n’est pas aussi facile que ce que l’on pense. Cette troisième saison va les faire progresser en termes d’identité et de caractérisation d’une excellente manière. En leur proposant des versions déformées de ce qu’ils sont. Willow va s’opposer à son double vampirique du multivers tandis que Buffy ne peut qu’avoir une relation de haine envers Faith.

L’introduction du personnage de Faith, nouvelle tueuse beaucoup plus vénéneuse est, tout comme celle de Spike, réussie. Il faut dire que Whedon ne peut pas se tromper en nous proposant une intrigue ressemblant à celle de JUDAS CONTRACT, l’un des arcs les plus connus des TEEN TITANS de Marv Wolfman et de George Perez. On sent que les premiers termes de la série touchent à leur fin et que l’apogée est proche. D’ailleurs, la saison 3 pourrait totalement servir de conclusion finale à la série, après tout. Cette saison 3 est celle qui va opposer les membres de « Scooby Gang » au maire de la ville. Les épisodes deviennent de plus en plus glauques, noirs. Et de fait, peu d’entre eux sont mineurs. Il y a toujours quelque chose qui leur donne un peu d’intérêt, comme lorsque les adultes se comportent comme des enfants (Band Candy) ou bien lorsque l’on a la vision d’un Sunnydale dévasté par les vampires dans un épisode à la ET SI Buffy n’était jamais venue à Sunnydale ? Encore une référence aux comics. Cela peut paraître courant aujourd’hui mais clairement, les concepts de multivers, de mondes parallèles, c’était loin d’être courant dans les séries de l’époque. Contrairement à ce que je pouvais lire tous les mois dans les comics. Et ça renforçait de fait mon adhésion à la série.

Buffy face à Faith, sa version contraire.

Saisons 4 et 5 : la réalité de la vie

Buffy et ses amis ont donc quitté le lycée. Les voici devenus adultes et ils doivent donc faire face à l’injustice et à l’imprévisibilité de la vie. Avec ses échecs, ses espoirs déçus, ses contrariétés et sa cruauté.
En ce qui me concerne, c’est le moment où ma vie a elle aussi totalement changé. Je me suis retrouvé avec mon premier travail, à 1 000 km de l’endroit où j’habitais avant, et avec des évènements personnels qui rendaient tout retour en arrière impossible. Je me retrouve dans un petit appartement de 35 m², avec un carton posé à l’envers en guise de meuble télé- mais un magnétoscope ! Mon tout premier ! Oui, nous sommes à la fin des années 90, début des années 2000. Alors que les lecteurs DVD existaient déjà. J’ai toujours eu beaucoup de retard avec la technologie. Et que peut-on faire avec un magnétoscope ? Eh bien enregistrer les épisodes de Buffy et du reste.

La saison 4 est celle qui est la moins intéressante à mon sens, dans la mesure où elle change constamment de direction, ne sachant pas trop quoi proposer au spectateur. Alors on pourra dire que cela correspond au chaos de la vie post-lycée, mais je pense que ces errements sont plutôt dus à de gros changements en interne : Whedon est accaparé par la création d’Angel, des acteurs importants s’en vont. L’actrice qui devait interpréter la méchante s’en va et il faut la remplacer en urgence par un cyborg sans grand intérêt. Le personnage de Riley, petit ami de Buffy ne fonctionne pas non plus. Et c’est aussi le départ de Oz, le loup garou, la cinquième roue du carrosse dont on a l’impression que les scénaristes de la série n’ont jamais su quoi faire avec lui. Ce départ va précipiter l’éclosion de Tara, un personnage que j’aime énormément en tant qu’intérêt amoureux de Willow. Dès les années 2000, c’est-à-dire il y a 25 ans. Comme quoi les séries étaient déjà inclusives bien avant que certains pourfendeurs du « wokismes » ne soient même nés.

 Riley et l’initiative : une saison fade avec des nouveaux acteurs qui le sont tout autant

Cette saison 4 propose quand-même beaucoup d’épisodes cultes, dont le fameux « Hush », quasiment silencieux ou bien « Who are you », lorsque Faith échange son corps avec celui de Buffy, mais ce sont davantage des réminiscences des saisons précédentes qu’une réelle amélioration. Whedon tentera de se frotter à une version plus Lynchienne de sa série avec un épisode qui met en place la longue mythologie des tueuses « Restless », mais allez savoir pourquoi, je ne l’ai jamais apprécié !

Une saison chaotique qui va amener à une cinquième saison, qui est ma préférée, celle de l’introduction de Dawn, la petite sœur de Buffy. Pourquoi ? Eh bien parce qu’encore une fois, nous avons un côté très comic-book. Avec une retcon d’anthologie à base de manipulation du passé via des forces divines. Et surtout, le coup de génie de Whedon c’est de nous laisser mariner jusqu’à la fin de la saison pour avoir des réponses. Dawn est traitée comme si elle avait toujours été là. Même si cela n’a plus rien d’original en 2025, c’était assez novateur pour l’époque. C’est un peu le même genre de retcon qui nous a donné le Captain America nazi dans le run de Nick Spencer (qui aura lieu 20 ans plus tard). J’ai aussi beaucoup aimé le méchant de la saison, le personnage de Glory, dont je regrette que le traitement télévisuel ne soit pas aussi grandiose que ses pouvoirs. D’ailleurs, Glory change aussi de genre au cours de la série, et ça ne choquait personne.

Et puis il y a ce fameux épisode « The Body », qui change toute la donne et qui fait, à mon sens, partie du panthéon des meilleurs épisodes de série jamais écrits. Buffy doit désormais se prendre toute seule en main. Elle n’a plus personne derrière, pas grand-chose devant et surtout, des responsabilités, notamment envers sa petite sœur. On ne peut pas rester insensible devant ce déferlement d’émotion. Avec encore une fois une mort à la con. Dans son sens le plus cruel et le plus inéluctable. C’est quand-même assez étonnant de voir à quel point Whedon et les autres ne mettent pas l’accent sur la mort des personnages importants de la série (ce qui est généralement un cliché dans les séries télévisées) en les proposant hors champ ou en quelques secondes au détour d’une scène. Ce qui intéresse les scénaristes, ce sont les conséquences. Et c’est, dans ce cas précis, parfait ! Cette saison 5 aurait, elle aussi, pu servir de conclusion à la série, avec le sacrifice de son héroïne.

Buffy et sa « sœur » Dawn, un des personnages qui ressemble le plus à une intrigue de comic-book

Saisons 6 et 7, la fin du voyage

Pour ces deux dernières saisons, Whedon laisse les clefs du camion à Marti Noxon. Et comme la scénariste est plutôt attirée par tout ce qui est sombre et dépressif, elle va tirer cette sixième saison vers une noirceur extrême, en installant des relations sexuelles toxiques ainsi qu’une Buffy dépressive et soumise à plusieurs addictions. Avec l’aval de Whedon, elle change intégralement l’optique de la série et c’est assez déconcertant. Le souci, c’est que si cette narration très noire fonctionne parfaitement avec des acteurs au top niveau (il suffit simplement de visionner la grande série SHARP OBJECTS avec Amy Adams de la même Marti Noxon), elle a un peu plus de mal à faire des étincelles sur BUFFY. Et cela crée un décalage entre un ton résolument malsain et un jeu beaucoup plus léger.

Hormis la prestation de Willow et Tara, qui éclipsent à mon sens tous les autres. C’est ce qui m’a le plus gêné. Après, je commençais tout doucement à sortir de ma « phase » Buffy et peut-être que le ton était devenu trop noir pour moi. Et puis, forcément, quand on a connu la saga du Phénix Noir, on n’est pas franchement surpris de ce qui arrive à Willow.

Une saison qui tombe dans la dépression

La référence aux comics est de fait un peu trop grosse et mal amenée pour ma part. Je commençais peut-être aussi à devenir un peu plus exigeant. Mais cela reste une excellente saison, que j’ai de plus en plus apprécié au fil des visionnages. Après, on est dans une toute autre série et la rupture a peut-être été un peu trop brusque. Mais force est de reconnaître que cette sixième saison nous propose encore une fois l’un des meilleurs épisodes de série télévisée de la génération post 2000 : « Once More With Feeling ». Encore une fois, on commence à avoir l’habitude des épisodes musicaux au sein d’une série, c’est devenu désormais la norme et chaque série télévisée doit en proposer un.

Mais l’on oublie que BUFFY CONTRE LES VAMPIRES a été l’un des tout premiers à proposer cela. Il y avait beaucoup de musique dans ALLY MCBEAL, certes, mais pas à ce niveau narratif. Et surtout pas avec des chansons spécialement créées pour la série et qui en plus apportent une avancée dans l’histoire. Non seulement les chansons originales positionnent les personnages dans leur histoire, mais elles apportent de plus un approfondissement, en dévoilant par exemple que Buffy se trouvait au paradis et que sa résurrection est un véritable cauchemar. Whedon a insisté pour que tout le monde donne de la voix et même si les acteurs ne sont pas toujours vocalement impeccables, cela fonctionne. Whedon réussit à donner de plus un véritable effet de bande, de groupe au sein de son casting (ce qui paraît désormais un peu trop naïf quand on connaît désormais les soucis de production et les ingérences de Whedon dans la vie de ses acteurs). Replacé dans le contexte de l’époque et dans le cadre d’une série télévisée, c’est tout simplement un épisode parfait.

Once More With Feeling : l’épisode musical parfait qui a quasiment imposé l’exercice dans toutes les autres séries.

Un cycle se termine avec la saison 7. Je pense que même si je suivais la série encore régulièrement, j’étais passé à autre chose au fil des années. De fait, c’est à mon sens la saison la plus faible de la série pour moi, que je n’ai jamais dû revoir. On sent que les scénaristes ont voulu donner à la série une fin à grande échelle, avec une armée de tueuses et préparer l’héritage de Buffy, mais cela n’a pas fonctionné du tout sur moi. De plus, les deux épisodes de fin ont été, à mon sens, totalement ratés avec une bataille finale qui semble très fadasse et finalement sans grands enjeux. On sentait beaucoup plus de pression et d’intensité à la fin de la saison 3 par exemple. Je n’ai pas aimé les nouveaux personnages introduits, je n’ai pas aimé ce côté « secte religieuse » des tueuses et encore une fois, le méchant de la saison a du mal à me convaincre. Je considère cette saison comme celle où l’on demande à tout le monde d’en finir avec une série culte. Sauf que personne n’en avait plus envie. J’entends bien la notion d’héritage, de pouvoir féminin, une thématique qui constitue le cœur de la série depuis le début, mais j’ai trouvé cette conclusion vraiment sans âme. Et je ne l’ai jamais revue. Peut-être devrais-je lui redonner une chance.
Comme tout bon fan de comics, j’ai suivi l’aventure de la saison huit en comics, mais j’ai rapidement lâché l’affaire. Je retrouvais dedans tout ce que je n’avais pas aimé dans la septième saison, et je pense qu’à l’époque, j’avais définitivement tourné la page.

Les années passant, je suis revenu vers Buffy une dizaine d’années plus tard, revoyant toute la série avec les commentaires des scénaristes et des réalisateurs (un joli coffret DVD qui trône encore sur mon étagère) mais j’ai encore bloqué sur la septième saison. Et mon enthousiasme, même si totalement différent et beaucoup moins premier degré, s’est réveillé encore une fois.

On peut dire ou penser ce qu’on veut, mais certains épisodes de BUFFY CONTRE LES VAMPIRES sont encore de véritables bijoux d’écriture, d’inventivité et surtout, de pop culture. Point. La série a fait avancer les choses, s’est inscrite dans un cadre très strict (celui d’une série télévisée pour ados) et a réussi, petit à petit, à faire reculer les lignes. Et c’est exactement ça qui m’intéresse. Je n’ai jamais aimé ces séries (que ce soit en comics ou ailleurs) qui arrivaient, jetaient tout en l’air et étaient sans concessions. C’est facile de détruire et de renverser la table sous prétexte d’une attitude destroy et rebelle. C’est en revanche beaucoup plus méritant à mon sens de s’intégrer et puis de faire bouger les choses de manière infinitésimale au sein même d’un cadre préétabli. Et c’est ce qu’a parfaitement réussi BUFFY CONTRE LES VAMPIRES. Elle a fait évoluer les choses. Je n’en ai que des bons souvenirs.

Une dernière saison en pilote automatique et une armée de tueuses peu convaincantes

Et ce reboot ?
Evidemment, si cet article sort, c’est parce qu’un reboot va avoir lieu. Avec Sarah Michelle Gellar mais sans Joss Whedon évidemment. Est-ce que je l’attends ? Oui. Forcément. Mais pour une raison très différente de la nostalgie. Et uniquement sur le nom de Chloé Zaho. Parce que cette réalisatrice m’avait mis une claque magistrale avec NOMADLAND, un grand film de cette dernière décennie. Je la considère comme la digne héritière d’une Jane Campion. Après, son passage chez Marvel avec ETERNALS n’a peut-être pas été couronné de succès, mais en dehors d’une histoire qui est de fait, totalement coincée et dictée par des producteurs, c’est certainement le film Marvel le mieux réalisé. Des scènes en extérieur, un peu de temps d’exposition contemplatif. C’est le film le plus singulier de la firme. Et j’aime ça. Et elle a quand-même réussi à faire jouer correctement Angelina Jolie. Donc la voir œuvrer sur Buffy m’intrigue. Après, j’ai de gros doutes sur cette relance. Notamment au niveau de son écriture. Et je ne suis toujours pas un grand supporter de Sarah Michelle Gellar l’actrice. Mais on regardera forcément, même si on sait très bien que ce sera autre chose.

BUFFY CONTRE LES VAMPIRES, c’est un rêve de geek, c’est la série qui nous a montré qu’un fan de Marvel doué au scénario pouvait accéder aux fonctions les plus hautes dans la compagnie qu’il a adulée durant des années. Que la culture populaire était une véritable culture. Whedon a de fait un peu vengé tous les gens comme moi. Qui étaient moqués parce qu’ils lisaient des comics après l’âge de dix ans et qui trouvaient que certaines œuvres de Stephen King ou de Tim Powers n’avaient rien à envier à certains classiques de la littérature. Bien évidemment, trente ans après, je sais bien que cette relance de BUFFY, qui va s’inscrire dans l’air du temps, ne pourra pas me satisfaire sur ce point-là. J’espère aussi que la série va éviter l’écueil de proposer le thème du pouvoir féminin, car ce serait une redite grossière de la première version. L’industrie Hollywoodienne étant ce qu’elle est, j’ai bien évidemment énormément de craintes, mais je serai toutefois au rendez-vous.


41 comments

  • Jyrille  

    Grâce à cet article, je me refais la série. Au départ je ne voulais que revoir les épisodes que vous citiez et que j’avais oublié, et puis je me suis refait la saison 2, et puis la 1, et là je suis dans la 3. Et j’avais totalement oublié l’épisode 13 (et pas mal d’autres aussi), The Zeppo, qui est centré sur Xander et qui est vraiment très très drôle. Un excellent épisode.

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