DREAM HOUSE (House of M)

HOUSE OF M, par Brian M. Bendis, Olivier Coipel et divers auteurs

Par TORNADO

VO : Marvel Comics

VF : Panini Comics

© Marvel Comics

Cet article portera sur l’event HOUSE OF M et sur tout ce qui tourne autour de la décimation des mutants, une période justement nommée DECIMATION.

Au programme : la mini-série principale par Brian M. Bendis & Olivier Coipel, ainsi que les mini-séries THE 198, DECIMATION et GENERATION M.

Ces quatre lectures forment l’essentiel de la dite-période en ce qui concerne les X-men, le reste de l’univers Marvel ayant également été impacté et publié dans autant de mini-séries que de personnages, ou quasiment (on aura droit à un HOUSE OF M SPIDERMAN, une HOUSE OF M machin, un HOUSE OF M bidule, etc.).

Il est donc conseillé de lire l’ensemble de ces quatre publications pour bien embrasser l’event et ses répercussions sur les mutants. Mutants qui auront également droit à leurs mini-séries estampillée HOUSE OF M pour chaque personnage, ou quasiment…

HOUSE OF M

© Marvel Comics

Le pitch : Après avoir dramatiquement mis fin aux Vengeurs en assassinant certains d’entre eux dans un grand moment de folie (lire AVENGERS DISASSEMBLED), la Sorcière Rouge est emmenée par son père Magnéto sur l’île de Genosha. Il ne s’agit hélas que d’un répit momentané car bientôt, les limites de sa folie explosent et la face du monde s’en trouve changée : Nous voici dans HOUSE Of M (que nous appellerons plus simplement HOM), un monde dominé par les mutants, où le seigneur Magnus est le plus puissant de tous et où l’homo sapiens est considéré comme un paria…

Un Event est un événement éditorial majeur regroupant l’essentiel des principaux personnages du même univers (ici l’univers Marvel de la Terre 616, l’univers officiel). HOM, publié initialement en 2005 est peut-être le chef d’œuvre du genre (un genre souvent pauvre il faut l’avouer, puisque dicté par des prétextes commerciaux et non par un concept pur).

Après SECRET WAR, il s’agit du second event de l’ère Marvel post 2000 et post MARVEL KNIGHTS. Une ère misant donc sur le retour des events et des crossovers après des années d’abstinence en la matière.
A cette époque, le lecteur Marvel avait droit à son event chaque année. Une poule aux œufs d’or qui a tellement bien fonctionné qu’aujourd’hui il y en a combien ? Au moins trois par ans ?

Alors, pourquoi HOM serait-il au-dessus du lot ?
Ici, les personnages existent. Jamais l’action ne prédomine, jamais les scènes d’exposition ni les dialogues ne sont sacrifiés sur l’autel du spectaculaire racoleur. Le scénariste Brian M. Bendis est au sommet de son art et ne réussira jamais à réitérer pareil coup de maître (alors qu’il alignera, des années durant, des events de plus en plus mauvais), avec un bel équilibre du fond et de la forme, dans lequel la solidité de l’intrigue fait corps avec le sujet, le sens du dialogue, le rythme et l’épaisseur de chaque personnage.

Ici, la tension dramatique l’emporte sur le divertissement. L’histoire est poignante, cohérente et crédible. La folie est palpable, la tristesse est intime. Les personnages se déchirent et s’aiment dans un tourbillon tragique et n’en sortent pas indemnes. Les répercussions sur certains d’entre eux sont terribles : Spiderman, Wolverine et beaucoup d’autres icônes de l’univers Marvel ressortent essorés et traumatisés de cette expérience.

Ici, le scénario est un modèle de construction narrative : Une ambiance sourde donnée dès le départ, une inexorable montée vers la folie, un basculement dans le cauchemar, une lutte désespérée pour en sortir, un climax à fleur de peau qui culmine dans une envolée lyrique en forme de drame shakespearien ! Le tout mené à un rythme d’enfer, mais sans jamais oublier de s’arrêter pour faire le point, avant de repartir dans la spirale infernale.

Ici, on creuse une véritable toile de fond. Le scénariste n’oublie pas de plonger dans la psyché de ses figures et dans l’inconscient de son personnage principal, qui va jusqu’à créer la jeune Layla dans une tentative désespérée et magnifique de rédemption.

Tout l’univers Marvel impacté.
© Marvel Comics- Panini Comics

Ici, le dessin est au diapason. Le style d’Olivier Coipel (cocorico !!!), qui peut rappeler les dessinateurs des années 90, mais avec une plus grande palette d’expressions, est iconique à souhait, parfaitement adapté à ce genre de récit. Un parti-pris que n’auraient pas renié les artistes de la Grèce antique, qui élevaient la figure humaine au rang de représentation divine en forme de statue de marbre. En ce sens, les super-héros de Coipel sont en totale adéquation avec le sujet : Une gigantesque fresque au panthéon des super-héros.

Parce que cette mini-série est brillamment construite, dialoguée et illustrée, parce qu’elle lie le fond et la forme en un tout parfaitement cohérent et iconique, parce qu’elle n’est pas naïve au-delà des limites du genre concerné (les super-héros), parce qu’elle se hisse au rang de tragédie dans le sens le plus noble du terme, parce qu’elle est inoubliable pour le fan de comics et hautement supérieure au tout venant des productions de comics mainstream, parce qu’enfin elle est totalement originale et unique en son genre et qu’elle marque de manière profonde sa mythologie, on peut le dire : C’est un chef d’œuvre.

Elle sera néanmoins critiquée par les gardiens de temple de la continuité les plus extrêmes, qui lui reprocheront un certain manque de cohérence et des fautes quant à la caractérisation des personnages. Comme dirait l’autre, on ne peut pas faire l’unanimité !

THE 198

© Marvel Comics- Panini Comics

X-MEN – THE 198 est une mini-série en cinq épisodes (plus un « sixième » composé de 198 fiches d’identité) réalisée en 2006 par le scénariste David Hine et le dessinateur Jim Muniz. Elle fait partie de la période appelée DECIMATION, qui suit le parcours des quelques mutants ayant gardé leurs pouvoirs après que la Sorcière rouge en ait dépossédé la plupart au terme des événements de HOM.

En VF, THE 198 a été publié dans les revues X-MEN EXTRA N° 58 et 59 par les éditions Panini Comics.

L’idée est intéressante : Dans HOM, la Sorcière rouge a altéré la réalité et ôté leurs pouvoirs à près de deux millions de mutants. Il ne reste plus que 198 mutants à travers le monde… (enfin, surtout aux USA, près de New-York…). Le gouvernement américain demande à ce qu’ils soient tous regroupés dans l’institut Xavier (le fief des X-men), afin de pouvoir les protéger des groupes extrémistes anti-mutants. Mais en réalité, certains membres haut-placés profitent de cette occasion pour mieux les « encadrer » et les surveiller. Seulement, voilà : Tous ces mutants ne partagent pas le même idéal, la même philosophie (en gros, on a mélangé des méchants, des gentils, des normaux et des dingos). Et le vent de la révolte ne va pas tarder à précéder celui des guerres intestines…

THE 198 est certainement l’une des meilleures créations de la période DECIMATION. Le pitch de départ est relativement original et l’on va rapidement se focaliser sur les personnages secondaires de tout ce monde mutant. C’est d’ailleurs l’occasion pour le scénariste David Hine de marcher sur les traces de Grant Morrison et de jeter un regard sur les X-men qui ressemble davantage à celui du film FREAKS, LA MONSTRUEUSE PARADE (réalisé par Todd Browning en 1932), qu’à ceux des habituels super-héros biens de leur personne ! Ainsi, alors que les X-men sont bien présents, le récit se déroule principalement du côté des « vilains » ou autres personnages ambivalents. C’est donc l’occasion de faire une connaissance approfondie de certaines figures comme Magma, Empath, Erg, Jazz, Lorelei, et d’autres plus troublants encore, comme Fever Pitch, Glob Herman, Leech (Sangsue), Mamomax et l’épouvantable Johnny Dee avec son poulpe à la place du thorax ! Et puis il y a le mystérieux Absolom Mercator (Mr. M), un nouveau-venu de classe Oméga aux pouvoirs quasi-divins qui se transforme vite en une sorte de messie pour les mutants perdus…

Retour au VRAI concept des X-men.
© Marvel Comics


Les couvertures conceptuelles en rouge et noir donnent une idée du contenu politique sous-jacent qui a toujours donné de l’épaisseur aux meilleures histoires estampillées X-MEN. Ainsi, l’institut Xavier se transforme-t-elle en ghetto, qui nous rappelle évidemment certains épisodes dramatiques de notre histoire qu’il s’agit de ne pas oublier…
Bref, beaucoup de bonnes idées et pas mal de fraicheur au milieu d’une période trouble pour les X-men, mais dominée par un nombre incalculable de séries pas toujours intéressantes. Celle-ci trône dans le haut du panier et s’élève largement au-dessus de la masse.
Ce récit représente tout ce qu’un public adulte comme votre serviteur vient rechercher dans une lecture mainstream de chez Marvel. C’est intelligent, surprenant et viscéral. On ne mettra pas 5 étoiles car le récit reste un peu noyé dans une continuité souvent indigeste. Mais il fait partie des exceptions hautement recommandables…

DECIMATION

© Marvel Comics / Panini Comics

Cet arc narratif regroupe un épisode double nommé DECIMATION : HOUSE OF M, écrit par Chris Claremont et dessiné par Randy Green & Aaron Lopresti, et les épisodes #177 à 179 de la série X-MEN, écrits par Peter Milligan et dessinés par Salvador Larroca. L’ensemble forme un arc paru à l’origine en 2006 et développe directement les retombées des événements du crossover HOM au cœur du monde mutant et des X-men en particulier.

En VF, DECIMATION a été publié dans les revues X-MEN (1° série) N° 116 et 117 par les éditions Panini Comics.

Le monde a changé. Seuls une poignée de mutants ont préservé leurs pouvoirs après que la Sorcière rouge ait transformé la réalité. Le gouvernement américain envoie ses nouvelles Sentinelles à l’institut Xavier mais il semble que la donne ait changée au niveau de leurs objectifs…
Parallèlement, on prend connaissance des personnages qui ont préservé leurs pouvoirs aussi bien que de ceux qui les ont perdus. Parmi eux, Polaris et Havok vivent une épreuve qui les oblige à quitter le groupe des X-men. Mais le pire semble à venir : Une nouvelle menace, incarnée par une armée qui se fait appeler la Ligue des sapiens, commandée par une mystérieuse et cruelle femme masquée, attaque soudainement l’institut…

Certains sont bien heureux de ne plus être des mutants, mais d’autres non…
© Marvel Comics

Voici une série d’épisodes 100% mainstream noyés dans la continuité. Pour le lecteur assidu du monde des X-men, il s’agit d’un arc narratif important puisqu’il développe la vie du monde mutant après la grande décimation post-HOM. Du point de vue de la continuité, il vaut mieux le lire si l’on veut suivre les événements et recoller les morceaux sur les sagas et les crossovers suivants. Mais attention, il ne s’agit que de la partie immergée de l’iceberg (sans jeu de mot à propos de Bobby Drake, qui retrouve ici ses pouvoirs), car beaucoup d’autres séries apportent leurs pierres à l’édifice (WOLVERINE, UNCANNY X-MEN, NEW X-MEN, ASTONISHING X-MEN, X-FACTOR, EXCALIBUR et même une poignée de mini-séries !!!). Franchement, cette multiplicité des séries connectées entre elles dépasse largement le stade de l’overdose et je n’ai jamais compris comment les fans pouvaient accepter de suivre une telle pléthore de sous-intrigues en grande partie conçues pour inciter le quidam à débourser un maximum de fric.
Qui plus-est, en ce qui concerne la qualité de ces épisodes intitulés DECIMATION, il n’y a pas non plus de quoi sauter au plafond. L’ensemble n’est ni bon, ni mauvais, mais demeure dans le mainstream pur et simple en exhalant un très sérieux parfum de déjà vu…
Le dessin de Randy Green & Aaron Lopresti est plutôt alimentaire, tandis que celui de Salvador Larroca est d’un excellent niveau.

Bref, d’un côté, il faut lire ces épisodes pour suivre le fil de la continuité. Mais d’un autre, il ne faut pas s’attendre à vivre de grands moments, ni de mauvais, d’ailleurs…

GENERATION M

© Marvel Comics / Panini Comics

GENERATION M est une mini-série en cinq épisodes réalisée en 2006 par le scénariste Paul Jenkins et le dessinateur Ramon Bachs.
En VF, GENERATION M a été publié dans les revues X-MEN EXTRA N° 59 et 60 par les éditions Panini Comics.

Lorsque commence notre récit, un tueur en série s’en prend aux anciens mutants. Un jeune journaliste habituée à défendre la cause mutante, Sally Floyd, est d’autant plus liée à l’affaire que le tueur entre en contact avec elle d’une manière sadique…

Le scénariste Paul Jenkins inaugure ici le genre de récit dont il fera ensuite sa spécialité dans le monde Marvel : Il jette un regard sur le monde super-héroïque du point de vue des simples humains en général (de l’homme de la rue aux politiciens), et des journalistes en particulier. Sally Floyd, de même que Ben Urich pour les connaisseurs, est une journaliste d’investigation qui met en lumière les affaires louches concernant les mutants. Complètement alcoolique mais pugnace, elle possède un passé trouble lié à la mort de sa petite fille.
Le point fort de cette mini-série est de traiter les retombées du Jour M (le jour où la Sorcière rouge a éliminé le pouvoir de quasiment tous les mutants) comme si tout cela était réel. Le récit est ainsi mené de manière ultra-réaliste (pour un comicbook Marvel), profonde et poignante. L’ambiance y est dépressive, glauque et effrayante. Nous sommes bel et bien dans une intrigue orientée du côté du polar, dans son aspect le plus noir…
Pour autant, Jenkins ne se contente pas d’une simple histoire de type « thriller ». Il explore les retombées du Jour M de l’intérieur et étudie soigneusement ses répercussions chez n’importe quel citoyen, notamment ceux qui ont perdu leur mutanité : Une jeune femme timide et réservée est anéantie car elle a perdu sa faculté de s’élever dans les airs. Une péripatéticienne sombre dans l’horreur du quotidien le plus glauque parce qu’elle a perdu le don de persuasion par les phéromones et que, vieillissante, elle n’attire plus que les pires spécimens pervers. Un jeune homme anciennement nommé Beek retrouve la joie de vivre car il a enfin une apparence normale… Le phénomène mutant est ainsi abordé dans son ensemble avec une vrai profondeur et des questionnements très cohérents, hissant la présente mini-série au niveau des meilleurs récits du genre en termes de toile de fond, à savoir une métaphore sur le droit à la différence et les aléas du code génétique (par exemple le classique GOD LOVES MAN KILLS ou encore le trop méconnu X-FACTOR : THE MOUNTAIN TOP).

Et si c’était vrai ?
© Marvel Comics

Ces cinq épisodes ne sont pas très riches en action et seront probablement jugés trop larmoyants pour certains, mais dans le genre sérieux et premier degré, Paul Jenkins a écrit quelque chose de très solide. Le dernier épisode laisse la part-belle aux X-men pour un dénouement à la fois sans surprises mais très émouvant.
Le dessin de Ramon Bachs est idéal pour souligner le côté réaliste de l’ensemble.
Sally Floyd fera plus tard équipe avec Ben Urich dans les diverses mini-séries intitulées FRONTLINE, qui développeront l’envers du décor de la plus-part des grands events des années 2000 (à commencer par CIVIL WAR), toutes écrites par Jenkins et régulièrement dessinées par Ramon Bachs.

Notre article est terminé.
Cet avis général est un avis personnel. Mais pour votre serviteur ces lectures figurent parmi les meilleures de l’univers des X-men.


La BO :

48 comments

  • Bruce lit  

    Le mot de la fin ? Ce sont deux grilles de lecture très différentes sur lesquelles Marvel a su capitaliser. Et vous savez quoi ? le plus drôle c’est qu’ils ont réussi à nous larguer sur les deux plans.
    Merci à tous pour la bonne tenue de ce débat.
    On enchaîne avec AOA.

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