De Jane Austen aux Zombies

Jane Austen : Orgueil et préjugés

Spéciale guest : Fréderique Nancey

1ère publication le 19/02/18- MAJ le 19/0819

Bon cet article va être un peu spécial....

Bon cet article va être un peu spécial….

Il y a de cela deux ans, Fréderique me proposait avec sa collègue Cathy d’animer un apéro Comics à la médiathèque de Conflans/Honorine. Non seulement j’avais le trac mais en plus les deux Wonder-Bibs me présentèrent à Nikolavitch avec qui j’allais débattre. Rencontrer Nikolavitch, c’était déjà quelque chose. Faisant partie des lecteurs qui aime bien lire les crédits et les notes de pochettes en tout petit, je connaissais la réputation  du zigue au fil des années Coulomb. 

Rencontrer Nikolavitch c’est quelque chose hein….Tu meurs de timidité et tu vois arriver une sorte de savant fou d’1m90 qui en te saluant t’échafaude les dernières théories en cours sur Green Lantern  (un héros pour lequel je me suis toujours senti très concerné…) en te donnant l’impression de l’avoir quitté la veille. 

Euh…bref, à la soirée after (comment kis’la pète), on se découvrit avec Frédérique plein de passion commune autour du Sandman de Gaiman et de The Wall. L’alcool et la drogue circulant à flot au milieu de nos enfants négligés, je lançais à Frede le défi d’écrire sur sa plus grande passion : Jane Austen.  Un défi relevé en deux ans du fait d’obligations personnelles et professionnelles, but hey, never say never ! 

Ladies and Gentelmen : Frederique Nancey !

-Bruce

« Pourquoi vivons-nous, sinon pour être l’objet des moqueries de nos voisins et de nous moquer d’eux à notre tour » Mr Bennet, Orgueil et préjugés.
Jane Austen, l’écrivaine d’une génération de femmes ! (1775-1817)

Jane Austen, l’écrivaine d’une génération de femmes ! (1775-1817)

Miss Austen est l’écrivaine incontournable de l’époque victorienne sans cesse une source d’inspiration pour les contemporains que nous sommes. Le but n’est pas de refaire ici une biographie, il en existe déjà mais plutôt de montrer la facette facétieuse de Jane et de parler plus particulièrement de son œuvre principal : Orgueil et préjugés !
Cette demoiselle grandit dans une famille de châtelains et de pasteurs. Il y a pire surtout à cette époque. Son milieu social favorisé lui permet bien vite d’acquérir, très jeune, une ouverture d’esprit et une assurance. D’ailleurs à la maison les six frères et les deux sœurs sont très liés. Les garçons respectent le jugement des filles et leur esprit. Il est tout naturel que Jane soit très proche de sa seule grande sœur, Cassandra. On comprend pourquoi les héroïnes des romans de Jane sont si soudées.

La littérature tient une grande place dans l’éducation de Jane. Le papa lit beaucoup à ses enfants et la bibliothèque de près de 500 volumes fait la joie de Jane. Celle-ci y trouve des romans qui influenceront sans doute son écriture. Jane se met à écrire dans le but de divertir sa famille, elle raconte aussi des histoires qu’elle invente à ses neveux et nièces !
La vie de Jane est relativement tranquille. Noël 1795, elle aurait eu une amourette avec un certain Tom Lefroy, un jeune étudiant en droit irlandais. D’ailleurs un film, assez romantique, est sorti en 2007 intitulé Becoming Jane avec Anne Hathaway.

Ouais, j'la reconnais : c'est Catwoman !

Ouais, j’la reconnais : c’est Catwoman !

Cette année 1796 marque le début de Jane Austen écrivain. En effet, elle travaille sur ce que donnera plus tard le fabuleux Orgueil et préjugés. Mais entre-temps le premier roman qu’elle publiera anonymement sera Raison et sentiment. De son vivant, son nom n’apparaîtra jamais sur la page de titre d’aucun de ses romans et que sa vocation littéraire était un secret que peu de gens partageaient en dehors du cercle familial.

Jane, Orgueil et préjugés et moi :

Comme j’envie les personnes qui n’ont pas encore lu un roman de Jane Austen, comme j’envie leurs émotions, le rire, les larmes et l’agacement. Ce que j’aime chez elle c’est l’exactitude des faits, elle est le témoin d’une époque, d’une vie. Certes, voyons le bon côté des choses, la vie à cette époque n’était pas toute « rose » cependant la lecture d’une œuvre de Jane Austen procure une sensation de douceur et d’apaisement. J’aime les personnages tels que Mr Collins ou Mrs Bennet qui ne voient pas plus loin de que le bout de leur nez. Ils sont si stupides que leurs paroles provoquent des quiproquos en séries ! Et puis au détour d’une phrase Jane Austen, habilement, va nous amener sur une autre intrigue en nous dévoilant peu à peu des éléments qui vont s’imbriquer les uns dans les autres pour donner un final sous le signe de l’apothéose. Jane Austen est pour moi la seule écrivaine de son temps qui peu mêler dans un seul paragraphe amour, ironie et moquerie !

Le comble de l’horreur, se voir demander en mariage par un homme que l’on déteste, l’exagération est de mise dans ces illustrations © Soleil

Pourquoi nous aimons Jane Austen et pourquoi ses livres fascinent encore ?

De toute (sa courte) vie, Jane Austen n’a étudié qu’une seule espèce – les humains-, même si son champ d’action se réduisait à son propre milieu social et aux événements du quotidien. Tous ses romans sont des récits de la vie privée et portent sur les relations personnelles : entre parents et enfants, frères et sœurs, ou entre un homme et une femme qui s’aiment.
En préambule de l’une de ses œuvres elle explique qu’un bon roman exige non seulement « une profonde connaissance de la nature humaine » mais aussi « les plus éclatantes démonstrations d’humour livrées au public dans un langage hautement choisi ». D’ailleurs un de ses biographes, David Cécil, auteur de Un portrait de Jane Austen  dit d’elle : « Elle possédait fondamentalement un génie comique. Son premier instinct la poussait à faire rire son lecteur. »
Voici un lien vers une émission pour découvrir cette grande écrivaine.

L’héritage d’Orgueil et préjugés

Jane Austen n’a écrit que six romans mais tous ont connu et connaissent des dizaines d’adaptations. Aujourd’hui nous allons nous consacrer à ce fabuleux livre : Orgueil et préjugés dont la première mouture s’intitulera Premières Impressions/First Impressions écrit en 1797, remanié en 1809 pour devenir Orgueil et préjugés publié en 1813.
« Il est une vérité universellement admise : c’est qu’un célibataire doté d’une solide fortune a certainement besoin d’une épouse. Si peu connus que soient les sentiments et les opinions d’un tel homme, lorsqu’il vient s’établir quelque part, cette vérité est si bien ancrée dans les esprits des familles voisines qu’elles voient en lui le bien légitime de l’une ou l’autre de leurs filles. » ainsi débute Orgueil et préjugés.

Nous sommes en Angleterre, à la fin du XVIII° siècle ou au tout début du XIX°, dans le village de Longbourn, dans le Hertfordshire, comté de l’Est, où vivent les Bennet. Issue de la bourgeoisie aisée mais ayant connu des revers de fortune, la famille se compose de Mr et Mrs Bennet entourés de leurs cinq filles : Jane, Elizabeth (Lizzie), Mary, Catherine (Kitty) et Lydia.
La principale préoccupation dans la vie de Mrs Bennet, hormis de dominer ses nerfs, est de marier ces demoiselles car, outre que pour des jeunes filles de cette classe sociale à cette époque, c’est à peu près le seul moyen d’assurer leur avenir, le domaine familial est grevé et doit revenir à la mort de Mr Bennet à un lointain cousin. Ce qui laisserait Madame et Mesdemoiselles Bennet sans toit ni revenu.

Lorsque débute l’histoire, l’installation d’un riche gentleman dans un voisinage proche met donc toute la gente féminine de Longbourn en émoi. Si Mrs Bennet a des vues très pragmatiques sur le nouvel arrivant dont les rentes s’élèvent à 5000 livres (une véritable fortune), ses filles ont quant à elles des rêves plus romantiques. Et à la perspective d’élargir leur cercle de connaissances très restreint en l’agrémentant d’un jeune homme susceptible d’allier beauté et fortune vient encore s’ajouter le bénéfice de découvrir un nouveau partenaire pour les festivités qui ne manqueront pas d’accompagner son installation dans le domaine de Netherfield Park. Car à n’en pas douter, ce jeune Mr Bingley ne manquera pas d’offrir à ses voisins quelques réjouissances en se joignant à la compagnie de danseurs et, pourquoi pas, en donnant des bals.

C’est d’ailleurs à l’occasion de l’un de ces bals, dans le bourg proche de Meryton, que les demoiselles Bennet vont faire la connaissance de Charles Bingley, accompagné de ses deux sœurs et de son beau-frère ainsi que de son meilleur ami Mr Fitzwilliam Darcy, un gentleman dont on dit qu’il vient du Derbyshire, comté fort riche qui passe pour être l’un des berceaux de la révolution industrielle, et qu’il possède dix mille livres de rente. Cette richesse ajoutée à la prestance confère au jeune homme des qualités qui vont immédiatement subjuguer toutes les jeunes filles présentes.

D’emblée, les hôtes apparaissent dans toute leur splendeur. Aussi beaux que riches, ils semblent également arborer l’attitude propre à leur classe, un mélange de dignité et d’orgueil, peut-être assorti d’un peu de dédain pour des réjouissances aussi provinciales. Qualités fort heureusement absentes de la physionomie de M Bingley qui s’avère tout de suite un joyeux compagnon et un infatigable danseur.
Et un fervent admirateur de Miss Jane Bennet qu’il accapare à chaque danse.

Malheureusement, le séduisant Mr. Darcy affiche sur son visage et dans ses manières le peu de cas qu’il fait de cette société : il passe la soirée sans prendre part à la moindre danse, si ce n’est pour ne pas condamner Miss Caroline Bingley et Mrs Hurst à faire tapisserie. Et lorsque Charles Bingley l’exhorte à prendre part à la bonne humeur ambiante en invitant Elizabeth Bennet, la sœur cadette de sa cavalière, l’orgueilleux gentleman, après avoir croisé le regard de cette dernière, déclare avec morgue qu’elle est « passable, mais pas assez jolie pour le tenter ».

Le sort en est jeté : Elizabeth a entendu cette remarque fort offensante et s’est promptement fait une opinion de ce hautain personnage qui la dédaigne de façon aussi cavalière. Désormais, tout ce que dira ou fera Mr. Darcy sera frappé du sceau infamant de l’orgueil et il faudra à Lizzie tout le roman pour comprendre à quel point elle s’est fourvoyée dans son opinion hâtive et que sa principale erreur aura été de se conformer à ses préjugés.
Il est très difficile de faire un résumé de cette œuvre tant la psychologie des personnages est fine. Gardons à l’esprit le trait d’humour et l’esprit satirique que Jane Austen donne à son œuvre. Elle qui n’est qu’un simple témoin de la vie des provinciaux anglais qu’elle côtoie.

Dans ce roman, Jane Austen réunit une multitude de personnages, les passe à la loupe et nous montre qui (et ce qui) est admirable, qui a des défauts, mais est pardonnable, qui est risible et qui est abject.
Dans ce roman hautement rythmé le lecteur alterne entre des personnages complétement à côté de leurs pompes et bruyants comme :
Mrs Bennet qui ne comprend rien à rien, idiote à souhait et n’a qu’une envie : marier ses filles coûte que coûte. Son mari Mr Bennet qui se réfugie dans sa bibliothèque pour échapper à ses filles mais surtout à sa femme.

Lydia et Kitty Bennet, les plus jeunes sœurs d’Elisabeth, crétines et écervelées ne pouvant paraitre en société sans attirer des ennuis à leur famille.
Mr Collins vaniteux et pédant cherchant sans cesse l’affection de Lady Catherine de Bourgh, riche et arrogante.
Puis d’autres personnages apaisent ce défilé de personnages grotesques.
Elisabeth Bennet, mon personnage préféré de toute l’œuvre de Jane Austen. Elisabeth est fine, intelligente et têtue. Elle veut le bonheur de sa sœur Jane au point de mettre le sien entre parenthèses. Elle a en elle cette rage féminine, car même si elle est libre de ces ses propres faits et gestes, les codes de l’époque montrent bien qu’une femme doit justement rester à sa place (se marier principalement). Le mariage, oui mais pas n’importe lequel, elle veut être amoureuse.
Mr Darcy c’est le personnage orgueilleux mais qui cache son véritable tempérament. Il est réservé et seule Elisabeth par sa joie de vivre et son intelligence arrive à déceler son véritable tempérament et à changer son comportement au fur et à mesure du temps.

Les adaptations :

En littérature comme au cinéma, les adaptations de ce livre sont très nombreuses mais nous allons nous concentrer que sur quelques-unes.
La plus fidèle est sans aucun doute la version de 1995 de la BBC, il est évident qu’en six heures, toute la finesse et le croustillant y est préservé. Elisabeth garde sa fraîcheur du début à la fin et Mr Darcy est vraiment antipathique au possible.

La version plus édulcorée réalisée en 2005 par Joe Wright avec Keira Knightley, Matthew MacFadyen. En deux heures il est compliqué de faire une adaptation hautement fidèle du roman. Wright a parfaitement cerné les personnages mais le côté romantique est trop important, le côté « comique » existe peu. J’avoue que j’aime cette version car les images sont magnifiques et Keira est une Elizabeth malicieuse !

Voici quelques adaptations beaucoup plus libres :

Une adaptation très libre

Le journal de Bridget Jones d’Hélène Fielding,
Bridget a presque trente ans et n’est toujours pas mariée. Entre une mère égoïste et des amis plus ou moins en couple, elle cherche le prince charmant qui changera sa vie, son regard sur elle-même et sur le monde. Comment s’y prendre avec les hommes ?

Ok lorsqu’on lit le résumé on se demande où est Orgueil et préjugés dans tout ça et bien il est partout. Madame Fielding a commencé par donner le même nom à son personnage principal masculin : Mr Darcy. Ce Darcy que Bridget alias Lizzie Bennet déteste, ce mec arrogant. Cleaver, le patron de Bridget (au tout début du film) n’est que la copie de Wickham ce fourbe menteur et manipulateur.
Le film est drôle et bien interprété, j’adore le clin d’œil à l’adaptation de la série BBC de 1995. En effet Bridget fantasme complètement sur la scène ou Mr Darcy revient d’une baignade dans son lac, sa chemise mouillée et ses cheveux en bataille. Quel homme !

Il y a encore pleins d’autres adaptations d’Orgueil et préjugés au cinéma que je n’ai pas encore mentionnées que ce soit la toute première de 1940 à Bride & Prejudice / Coup de foudre à Bollywood, 2004 en passant par des séries telles que Lost in Austen/ Orgueil et quiproquos, 2011.
Notons que les dernières adaptations livresques ou cinéphiles sont des « prolongations » d’Orgueil et préjugés comme le roman de P.D. James La mort s’invite à Pemberley, Fayard, 2012 adapté au cinéma très récemment.

L’adaptation la plus originale est : Orgueil et préjugés et zombies

L’adaptation la plus originale est : Orgueil et préjugés et zombies

Même histoire mais l’Angleterre n’est pas aussi si paisible que dans la version originale, des zombies (les innommables) ont envahi les campagnes : « Il est une vérité universellement reconnue qu’un zombie qui possède des cerveaux éprouve inévitablement le besoin d’en posséder davantage… »
Les filles Bennet s’entrainent dur pour le combat et n’hésitent pas à salir leurs jolies robes lors de combats sanglants. Tandis que leur mère cherche à les marier, le père lui ne jure que par l’entraînement aux arts martiaux. Un homme n’est jugé que sur ses qualités à manier le mousquet, pour les demoiselles Bennet c’est LE critère de sélection, pas folles les guêpes !

Autant l’adaptation parodique de Seth Grahame-Smith n’a aucun intérêt autant le film reste un bon petit moment de divertissement. Ma scène préférée étant la déclaration d’amour que Mr Darcy fait à Elizabeth tout cela dans une joute au katana !
Le plus amusant reste l’adaptation en comic de Tony Lee au scénario et Cliff Richards aux illustrations. On y retrouve l’aspect parodique du roman et les répliques cinglantes du roman original mais en version plus actuelle. Elisabeth tombe véritablement amoureuse de Darcy lorsqu’elle voit, pour la première fois, sa riche propriété de Pemberley dans la version zombie c’est : « je crois que ça remonte à la première fois que mon regard s’est arrêté sur la manière dont son pantalon serrait ses parties les plus fières ! »
En somme, une vraie femme moderne cette Elisabeth !

Bref, vous l’aurez compris, la version zombie c’est : l’amour on s’en fout, les mecs peuvent aller se rhabiller et les filles sont des vraies ninjas chasseuses de zombies toc ! du féminisme bien sûr que oui après tout on dit qu’Orgueil et préjugés est LE roman au féminisme prémonitoire et ce n’est pas Virginia Woolf qui nous dira le contraire mais là je m’égare…

Une autre adaptation toute fraîche de 2016 est apparue sous forme de manga et s’intitule très simplement Orgueil & préjugés. Un défaut pénible : la bienséance a disparu et Lizzie m’agace lorsqu’elle s’adresse à Mr Darcy en l’appelant Darcy c’est vraiment insupportable. Les codes de l’époque qui font la richesse de ce récit ont complètement disparu.

Comic book : Tony Lee au scénario et Cliff Richards aux illustrations

Comic book : Tony Lee au scénario et Cliff Richards aux illustrations© Casterman

 

 

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 Du manga aux films en passant par les comics zombies, découvrez les différentes incarnations du fameux roman de Jane Austen : Orgueil et Préjugés. 

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