LA MELODIE DE LA RANCUNE (Anthologeek La femme Scorpion)

Anthologeek : La Femme Scorpion


Un article de PATRICK 6

« Aucune fleur ne fleurira sur mon cadavre
Je vais donc vivre ainsi accrochée à ma rancune
Femmes, ô femmes
Ma vie de femme fait partie de ma complainte de rancune »

©Le chat qui fume

Cet article portera sur la série de 6 films japonais consacrés à LA FEMME SCORPION entre 1972 et 1977.

Alors, certes, mon collègue Mathieu vous a déjà clamé son amour pour la vénéneuse et troublante actrice nippone, Meiko Kaji, dans l’article toujours disponible ici même. Cependant, une récente réédition de la franchise en Blu-ray par la maison d’édition française LE CHAT QUI FUME (on ne rigole pas !) m’a donné l’envie de vous parler de l’intégrale de l’un des plus gros succès de l’actrice : LA FEMME SCORPION !

Commençons tout d’abord par vous parler de l’actrice elle-même, tant les films de cette série reposent (quasi) entièrement sur ses épaules !
Meiko Kaji (梶 芽衣子), de son vrai nom Masako Ōta (太田 雅子), est née le 24 mars 1947 à Chiyoda dans la préfecture de Tokyo.

La légende prétend qu’elle fut découverte par un agent artistique alors qu’elle marchait dans Ginza (les Champs Elysées tokyoïtes, pour faire court). Frappé par sa grande beauté, il lui propose de devenir mannequin pour des magazines. On lui proposera ensuite de travailler pour la télévision nipponne.  Elle tient le rôle de speakerine dans des talkshows (traduisez elle fait décoration florale entre deux invités). Bien qu’elle considère ce métier étant le « moins intéressant du monde », il lui permet cependant de faire des rencontres décisives. Ainsi, au milieu des années 60, un producteur lui fait signer un contrat d’exclusivité de 6 ans avec une agence de cinéma : la Nikkatsu. L’actrice est aux anges, mais sa joie sera de courte durée : son contrat ne lui donne, en effet, pas la possibilité de refuser un rôle ! (En clair quoi qu’on lui propose, elle doit dire oui !). De plus les cadences de production sont infernales : un film est en moyenne tourné en deux semaines, parfois moins ! A une telle vitesse, pas le temps de finasser et, logiquement, la plupart d’entre eux sont de piètre qualité. Pas besoin d’épiloguer, l’actrice, prisonnière de sa cage dorée, enchaine les navets cheap.

La donne commence à changer dans les années 70 puisque, d’une part l’actrice change son nom pour Meiko Kaji, et d’autre part, on commence à lui confier des rôles plus violents et plus marquants (notamment STRAY CAT ROCK en 1970). Certains de ces films surfent sur la vague « Ero Guro » combinant l’érotisme et le grotesque. En résumé, du sexe et de la violence. Youpi.

Particularité du studio : on demande aux actrices de pousser la chansonnette sur le générique des films qu’elles interprètent ! Ça tombe bien, Meiko Kaji a une très belle voix ! Dans les années 70 elle sortira quasiment une dizaine d’albums ! Prolifique la miss ! Quoi qu’il en soit sa chanson « Urami Bushi » (« Le chant de la rancune ») servira de bande originale aux 4 films dans lesquels figure l’actrice. Ce morceau sera, par la suite, réutilisé dans la BO de KILL BILL (de qui vous savez) signifiant littéralement l’influence LA FEMME SCORPION sur le film du réalisateur du film américain.

En 1972 le contrat d’exclusivité qui lie l’actrice à la Nikkatsu arrive à son terme. Ça tombe bien, car le studio, en plein déclin, se tournera, à partir de cette date, vers les films érotico-porno ! C’est donc avec soulagement que l’actrice signe avec la Toei. La société étant nettement plus connue, les budgets des films sont donc plus conséquents et les conditions de tournage moins éprouvantes. Elle ne tardera pas à tourner le film qui la fera entrer dans la légende : LA FEMME SCORPION !

LA FEMME SCORPION (女囚701号/さそり, Joshū 701-gōsh Sasori) de Shunya Itō – 1972

Le pitch : la très charmante Nami Matsushima (Meiko Kaji) accepte d’aider son policier de petit ami, Sugimi, à infiltrer un gang de Yakuzas. Malheureusement pour elle, sa mission est un fiasco ! Démasquée par les truands, elle est battue et violée ! Comble de l’horreur, elle comprend que son amoureux est un flic ripoux et qu’il l’a délibérément livrée en pâture aux Yakuzas !

Pour se venger Nami tente de tuer Sugimi avec un couteau, devant le commissariat où il travaille ! Hélas sa tentative échoue et elle est envoyée en prison ! Ce n’est que le début des tourments de la jeune femme, puisqu’elle devra subir aussi bien la violence des autres prisonnières que la perversité de ses geôliers ! Se murant dans le silence, elle fera tout pour s’évader et assouvir sa vengeance…

Le moins que l’on puisse dire est que Meiko Kaji n’est pas emballée par le rôle de la prisonnière surnommée Scorpion ! Il faut dire que le script qu’on lui adresse (inspiré d’un manga pour jeunes adultes) lui rappelle de mauvais souvenirs : trop vulgaire au niveau des dialogues, trop d’Ero Guro, top de nudité… Bref, sur le papier, rien ne distingue vraiment ce scénario de ce qu’elle faisait précédemment.

Après un long débat entre Meiko Kaji et le futur réalisateur, Shunya Itō, ils décident finalement d’organiser une fronde et d’imposer leurs exigences au studio ! En premier lieu, l’actrice veut que le rôle soit quasi muet ! (en complète opposition au personnage du manga, gouailleuse et vulgos à souhait). S’exprimer moins pour signifier plus, c’est la devise de l’actrice.

Le scénariste, quant à lui, demande que le film soit tourné dans l’ordre du scénario (ce qui ne se faisait jamais à l’époque). Il exige également un délai de réalisation de presque 4 mois (un luxe de temps parfaitement incroyable pour l’époque ! Pensez aux 2 semaines de la Nikkatsu…)

Bref, la pugnacité du duo finira par payer et il parviendra à imposer sa vision du film au studio, lui donnant un côté définitivement novateur. Gardons à l’esprit que, lorsque la Toei a l’idée d’adapter le manga LA FEMME SCORPION, le studio souhaite réaliser un N-ième « Rape and revenge movie ». De ce postulat (une variante d’un simple « Women in prison ») le réalisateur va produire une œuvre majeure des années 70. S’il respecte le cahier des charges des films du genre (de la violence, des femmes dénudées, de la vengeance, de la perversion et des petites culottes. Le tout à profusion) le film parvient à échapper à ce carcan étriqué pour créer, aussi incroyable que cela paraisse, un véritable hymne au féminisme !

Nami, prisonnière bafouée, violée et torturée, se transforme en tueuse vengeresse. Vêtue d’un large chapeau et d’un long manteau noir, elle devient une icône dans l’inconscient populaire ! « Des hommes-monstres, créateurs de femmes vengeresses » sera le thème récurrent de la série.

Quoi qu’il en soit, la réalisation de Shunya Ito sert parfaitement le film en sublimant le jeu quasi mystique de Meiko Kaji. Par ailleurs sa mise en scène est tout à fait audacieuse, débordant de trouvailles visuelles. Notons spécialement la scène de flashback (révélant la genèse du Scorpion) d’une théâtralité impressionnante ! Tout comme l’agression de Meiko Kaji par une codétenue, dans les douches, tient autant du Manga que du théâtre Kabuki. Sans parler d’une mutinerie qui se déroule sous un ciel métaphoriquement rouge sang ! Bref, le film est visuellement très marquant !

Ce premier épisode n’est cependant pas sans défaut puisqu’il épouse tous les travers de son époque : un discours parfois confus, un aspect ouvertement manga de certaines scènes, des personnages à la limite de la caricature (le directeur de la prison est totalement cartoonesque)… Mais malgré ses faiblesses le film est en phase avec la contestation des années 70. Certes il manque de finesse et la dichotomie des personnages et des situations tire souvent vers la parodie, mais il présente un regard unique sur la condition des femmes au Japon dans les années 70. Meiko Kaji devient, à cette occasion, une égérie de la vengeance qui marquera le reste de sa carrière.

De fait, contre toute attente, le film parvient à concilier deux publics, à priori antinomiques : les messieurs venant voir une femme sexy subir les pires outrages par des bourreaux sadiques, et les féministes venant voir une femme opprimée se révolter (avec succès) contre le patriarcat ! Les deux audiences dans la même salle c’est tout simplement du jamais vu ! Le succès au Japon sera considérable, amenant le film au niveau d’un phénomène de société !

ELLE S’APPELAIT SCORPION (女囚さそり 第41雑居房, Joshū sasori: Dai-41 zakkyo-bō) de Shunya Itō – 1972

A la fin du précédent film, la Femme Scorpion (Sasori en japonais), Nami Matsushima, est parvenue à assouvir sa vengeance contre son ex-petit ami, mais l’infortunée est renvoyée en prison… Le deuxième opus commence logiquement alors que Meiko Kaji croupit à nouveau au fond d’un cachot humide.

Le directeur (qui s’est fait joyeusement éborgner dans l’épisode précédent) entend bien faire payer à la prisonnière la perte de son œil, avant sa mutation vers un poste au gouvernement. Malheureusement pour lui, c’est précisément alors qu’il va recevoir un ministre en visite d’inspection, que la Femme Scorpion tente de s’évader…

Le début du film laisse craindre une redite à l’identique du 1er film. A nouveau le Scorpion subit les pires outrages de la part de matons pervers, et une fois encore les autres prisonnières complotent pour lui faire subir les plus immondes sévices (idéalement quand elles sont en culotte) etc. Mais bien vite, le film prend un tournant parfaitement inattendu : l’essentiel du film sera un Roadtrip, avec, qui plus est,  la double influence de Sergio Leone et de Mario Bava !
Mince de surprise.

Le premier film de la série ayant été un succès sans précédent, le réalisateur, Shunya Itō, a désormais les mains libres pour mener cette suite comme il l’entend. De fait, si le précédent opus était déjà riche en trouvailles visuelles, le second sera carrément un festival de créativité et d’inventivité !

En effet, outre l’ultra violence coutumière, le réalisateur se permet des incursions dans le domaine du fantastique, louchant sur l’histoire de fantômes. Le point d’orgue de cette incursion dans le merveilleux est la rencontre entre Sasori et une vieille sorcière. Dans le décor automnal d’une forêt (délibérément factice – évoquant furieusement une scène de théâtre) la vieille sorcière meurt après avoir légué au Scorpion un couteau. Ce cadeau fait métaphoriquement de Sasori la dépositaire de la vengeance des violences faites aux femmes.

Contribuant à l’esthétisme du film, les décors, autant que les éclairages, sont particulièrement soignés. Les étendues arides et désertiques, la tenue des prisonnières (de larges ponchos les couvrant presque intégralement), ainsi que les gros plans sur les visages, évoquent forcément les westerns-spaghettis, et tout particulièrement l’univers de Sergio Leone. Les éclairages, les couleurs criardes et violentes évoquent, quant à eux, l’imagerie gothique de Mario Bava.

La théâtralité et l’expressionnisme, déjà présents préalablement, sont désormais portés à leur paroxysme (prenant le risque au passage de déstabiliser les spectateurs les plus cartésiens). Cependant, si le film baigne dans un surréalisme évident, il n’en raconte pas moins une histoire totalement réaliste. Ainsi, les évadées voulaient fuir la violence carcérale, elles trouveront, au final, une violence encore plus dure dans le monde du dehors !

Les tourments que subissent les prisonnières sont décrits crûment. C’est d’ailleurs ici que commence le vrai sujet du film : le féminisme le plus radical qui soit ! Ainsi, tous les hommes du film sont systématiquement présentés comme lâches, fourbes et cruels. Aussi méprisables que malfaisants, les hommes semblent ici uniquement gouvernés par leurs pulsions, utilisant les femmes comme des objets de désir. Par exemple, les premiers mâles rencontrés par les fugitives sont des touristes en voyage organisé. Ils n’ont aussitôt qu’une seule idée en tête : violer l’une d’entre elles, avant de la tuer ! (quoi de plus naturel en somme, hein). Les autorités ne sont pas mieux loties, vu que les gardiens, pour rattraper les fugitives, sont prêts à toutes les bassesses, y compris à prendre en otage enfants et personnes âgées… Bref, dans le premier opus, les personnages masculins étaient déjà bien gratinés, mais ceux du volume 2 sont tout simplement immondes ! #balancetonscorpion.

En un sens, la scène emblématique du film interviendra dès les premières minutes : Sasori, encore prisonnière, est littéralement crucifiée à des branches d’arbre, tandis que des gardiens pervers abusent d’elle. Le Scorpion devient tout bonnement une figure christique, souffrant, non plus pour, mais à cause des péchés des hommes !

Les personnages féminins ne sont, cependant, pas réellement mieux lotis que leurs homologues masculins puisqu’elles sont tout aussi violentes et peu fiables qu’eux (le film évite, dieu merci, l’angélisme féminin) et qu’elles n’hésiteront pas à trahir Nami à la première occasion… Mais elles ont du moins l’excuse d’avoir été, préalablement, les victimes des hommes (viols, meurtres, et autres violences conjugales…)

Au final Sasori représente l’insoumission absolue poussée à son paroxysme. Se révoltant contre l’hypocrisie (aussi bien masculine que féminine). On pourrait reprocher au film son manichéisme excessif et son manque de finesse (« homme = mauvais » semble être l’équation maitresse de cet épisode) mais par l’exagération, l’outrance et la provocation, le film dénonce les travers d’une société patriarcale, celle du Japon des années 70…

Fleur vénéneuse au magnétisme indéniable : Meiko Kaji !

Impossible de parler de ce film sans faire à nouveau les louanges de Meiko Kaji ! L’actrice est si charismatique qu’elle n’a désormais plus besoin de parler ! Dans le premier film elle était déjà peu loquace, mais ici elle est quasiment muette ! Durant tout le film elle ne prononcera que 2 phrases (6 mots au total – je les ai comptés -). Son regard à la dureté magnétique, son visage incroyablement expressif et son charisme pur sont désormais largement suffisants pour imposer son personnage rongé par la vengeance. Sa beauté vénéneuse et sa prestance naturelle portent et illuminent littéralement le film.

Au final ce long métrage est un joyau des années 70. Le réalisateur transforme une nouvelle fois un film d’exploitation, en un chef d’œuvre radical, poétique, dérangeant et nihiliste.

LA TANIERE DE LA BETE (女囚さそり けもの部屋, Joshū sasori: Kemono-beya) de Shunya Itō – 1973

Dans le précédent film Nami, alias Sasori, a pu s’évader de sa sombre geôle. Disparue dans la nature, elle est depuis recherchée activement par la police. Elle parvient à échapper à une première arrestation, dans le métro de Tokyo, en coupant le bras d’un inspecteur. Elle trouve refuge chez une prostituée dans un quartier glauque de la ville. Bien vite le Scorpion devra faire face à trois adversaires implacables : la police, les yakuzas, et la précarité sociale…

Ce film est le dernier film de la trilogie réalisée par Shunya Itō (et l’avant dernier interprété par Meiko Kaji). Avant de tirer sa révérence, le cinéaste va s’affranchir du concept qu’il a lui-même instauré. Fini l’univers carcéral, s’il est toujours question de prison, elle sera, cette fois, avant tout sociale ! Affranchie de ses barreaux, Sasori se retrouve confrontée à une réalité sociale tout aussi effrayante que l’univers carcéral.

L’action se passe en milieu urbain. Si Nami est libre de ses mouvements elle n’en reste pas moins une fugitive et doit vivre dans la plus grande précarité. A la suite d’une rencontre fortuite, elle se retrouve à vivre chez une femme, nommée Yuki, qui doit se prostituer pour survivre. Cette dernière entretient une relation incestueuse (subie) avec son frère aussi pervers qu’attardé.

Yuki est un peu la métaphore de la femme soumise qui a cessé de se battre contre le système. Elle vend son corps, tout comme elle accepte les assauts de son frère : sans aucune réaction durant leurs ébats, elle est le réceptacle passif du désir de son frère, tout aussi bien que de celui de ses clients.

Le réalisateur semble considérer que la ville entière (pour ne pas dire la société nipponne dans son ensemble) est une prison exploitant les plus démunis (et les femmes en particulier). Si le discours social est nettement plus engagé que dans les précédents opus, par contre, cet épisode sera bien plus sage et moins avant-gardiste, visuellement. Finies les métaphores poétiques et digressions visuelles. A part quelques fulgurances visuelles (notamment une pluie d’allumettes dans les égouts) le film sera avant tout figuratif et explicatif, afin d’ancrer d’avantage l’action dans une réalité sociale difficile. On y gagne en réalisme, mais on y perd en créativité.

Au final, si le film se passe en plein air on n’en ressent pas moins un sentiment d’oppression et d’enfermement. Les barreaux des prisons, remplacés par des barrières sociales, le film se révèle être le plus sombre et le plus pessimiste de toute la série, et d’une certaine manière, le plus fascinant.
Noir de chez noir.

MELODIE DE LA RANCUNE (女囚さそり 701号怨み節, Joshū sasori: 701-gō urami-bushi) de Yasuharu Hasebe – 1973

Le film commence alors que Nami, toujours en cavale, vient d’échapper, une nouvelle fois, à la police venue l’arrêter.

Blessée elle trouve refuge chez un employé d’un cabaret de striptease, Yasuo (Masakazu Tamura). Ce dernier est traumatisé aussi bien physiquement que psychologiquement par les tortures qu’il a subies des mains de la police à l’époque où il était militant d’extrême gauche.

Les autorités ne tardent pas à retrouver la trace de Yasuo (et par la même celle de Sasori). Le couple maudit s’enfuit, mais parviendra-t-il à échapper aux forces de l’ordre déterminées à lui faire mordre la poussière ? Et quelle est la place de l’amour lorsque l’on a le passé du Scorpion ?

Après le départ du réalisateur de la trilogie originale, Shunya Itō, c’est à Yasuharu Hasebe que revient la difficile tâche de reprendre le flambeau. Ce dernier n’est pas un inconnu, puisqu’il a, notamment, déjà travaillé avec Meiko Kaji sur 3 films de la série STRAY CAT ROCK.

De fait la prestation du nouveau réalisateur est tout sauf déshonorante. Sans pour autant égaler l’œuvre de son glorieux ainé, ce 4ème opus, restera dans sa droite lignée. Le film recèle en effet quelques belles surprises et des scènes d’une fulgurante beauté.

Bon point pour le réalisateur, il commence le film en prenant son public à contrepied : alors que les trois premiers films ont montré une Sasori, seule contre tous, ne vouant que rancune aux hommes, la voici qui tombe amoureuse de l’un d’eux ! Les fans sont en PLS, mais ma foi, pourquoi pas, la femme Scorpion étant un être humain, elle est donc capable d’amour !

Dans la même idée, comme dit précédemment, tous (je dis bien TOUS) les rôles masculins des trois films étaient systématiquement cruels, fourbes, pervers (j’en passe et des meilleurs), ici pour la première fois un homme parait positif, honnête et droit ! On comprend dès lors bien mieux les sentiments de Nami ! Leur romance donne d’ailleurs lieu à une superbe scène d’amour toute en pudeur. Une grande première, là aussi.

De plus le couple maudit se lance dans une espèce de Roadtrip à la Bonnie & Clyde parfaitement inattendu. Bref, autant d’éléments qui ont de quoi renouveler le genre et offrent une bulle d’air frais dans une série, jusque-là, anxiogène à souhait.

La première partie du film fonctionne très bien sur cette idée de nouveauté. La seule chose que l’on pourrait réellement reprocher à cette première moitié est le choix de l’acteur interprétant l’amoureux du Scorpion ! On a du mal à imaginer que personnage aussi fade et terne ait pu être un activiste politique et qu’une personnalité aussi forte que Sasori puisse tomber amoureuse de lui !

Si le féminisme des précédents opus est toujours présent (notamment dans la scène effrayante du viol collectif de la surveillante en chef), il est cependant moins souligné et moins évident que précédemment. Yasuharu Hasebe (qui cumule ici les casquettes de scénariste et de réalisateur) semble bien plutôt vouloir porter son regard (et le nôtre) sur la lutte contre les violences policières et la répression étatique.

Les choses se gâtent un peu dans la seconde partie, qui se révèle nettement moins convaincante. En effet, le retour de Sasori en prison a un méchant goût de déjà vu et n’apporte absolument rien de neuf. De plus, autrefois habilement suggéré, on voit désormais Nami se battre frontalement et physiquement avec des hommes faisant deux fois son poids… et avoir le dessus !

Par ailleurs les motivations du détective aux trousses de Nami semblent pour le moins floues (pour ne pas dire incohérentes). Sans vouloir spoiler, son plan est de faire évader Sasori de prison, le jour où elle devait être pendue, pour pouvoir la pendre lui-même ! Vraiment ?

Bref, sans être parfait le film reste très bon, offrant à Meiko Kaji une superbe sortie de la franchise. Ce 4ème opus sera, en effet, le dernier où figure l’actrice. Elle se tournera ensuite vers un autre film de légende : LADY SNOWBLOOD. Mais c’est déjà une autre histoire.

En attendant l’actrice se révèle toujours aussi envoûtante. Sa beauté est toujours aussi charismatique, en dépit d’un rôle, à nouveau, quasi muet. Le film se termine sur le regard ténébreux de l’actrice qui se plante directement dans les yeux des spectateurs. Eternellement inquisiteur et effrayant.

LA NOUVELLE FEMME SCORPION : Prisonnière n° 701 (新・女囚さそり 701号, Shin joshū sasori: 701-gō) de Yutaka Kohira – 1976

La charmante Nami Matsushima (désormais incarnée par Yumi Takigawa), âgée de 22 ans, est sur le point de se marier. Malheureusement, peu de temps avant le mariage, sa sœur est enlevée sous ses yeux ! Nami et son fiancé mènent l’enquête et ne tardent pas à comprendre qu’un député véreux est à l’origine de l’enlèvement. Après avoir menacé de livrer à la presse les preuves de la corruption du politicien, Nami est violée et se retrouve accusée du meurtre de sa sœur. Trahie par son fiancée elle est prestement envoyée dans une prison pour femme où règne la barbarie.

Les codétenues de l’infortunée aussi bien que ses geôliers s’unissent pour la pousser au suicide. Se murant dans le silence Nami prépare sa vengeance…

Meiko Kaji a quitté le navire Sasori après 4 films tournés en 2 ans. La Toei ne compte pas pour autant laisser mourir sa franchise hautement rentable. Pour faire face au départ de sa star, le reboot semble s’imposer aux producteurs. Ainsi donc 4 ans à peine après la sortie du premier film, les compteurs sont remis à zéro, et c’est un tout nouveau Scorpion qui nous est présenté !

Quant à la réalisation c’est le quasi novice Yutaka Kohira qui est désigné. Sa mise en scène est parfois efficace, mais restera, la plupart du temps, désespérément plate et explicative (en tous cas clairement en dessous de celle de Shunya Ito sur les trois premiers films). Ce qui avait fait le succès de la trilogie initiale, outre sa prodigieuse actrice, est la faculté du réalisateur de transcender le cahier des charges qui lui avait été imposé (en résumé des prisonnières en culotte qui se battent entre elles quand elles ne sont pas occupées à se faire violer par les gardiens) pour en faire un hymne au féminisme en donnant une dimension quasi christique à son personnage.

Rien de tout ça ici. Yutaka Kohira, en bon élève appliqué, fait exactement ce qu’on lui demande et enchaine les scènes de martyrisation de la pauvre Nami, sans rien n’apporter de vraiment nouveau. Les séances de torture se succèdent sans vraiment être marquantes et sont bien trop redondantes pour être poignantes. La guerre des sexes est ici éclipsée au profit d’une théorie du complot convenue.

Quelques scènes subsistent, essayant de donner une dimension métaphorique et onirique au film (essentiellement lors du procès) mais là aussi elles sont tellement incongrues que l’on imagine très bien qu’elles constituent des passages obligés en référence aux films précédents.

Enfin que dire de Yumi Takigawa qui incarne la nouvelle Sasori ? Alors oui, elle extrêmement belle, oui c’est une bonne actrice, mais elle n’a ni le charisme ni l’intensité de regard de Meiko Kaji. Ses yeux expriment bien plus un « C’est trop injuste » à la Caliméro qu’un désir brûlant de revanche.

Impossible pour elle de remplacer un mythe du cinéma nippon. Yumi a un visage bien trop expressif pour incarner un spectre mutique, pire encore, en lui donnant la parole (comble du blasphème) elle démystifie totalement le personnage.

Au final, le film n’est pas réellement mauvais et se laisse regarder avec un certain plaisir (coupable) mais il se contente de recycler les recettes du passé sans rien apporter d’inédit. Ce nouveau Scorpion est bien trop opportuniste pour être convaincant.

LA NOUVELLE FEMME SCORPION : Cachot X (新・女囚さそり 特殊房X, Shin joshū sasori: Tokushubō X) de Yutaka Kohira – 1977

Nami Matsushima (à présent jouée par Yôko Natsuki) est une infirmière victime d’un complot fomenté par l’infâme député Kato. Celui-ci a intrigué pour empoisonner un opposant politique alors que ce dernier se trouvait à l’hôpital où travaillait le fiancé de Nami, qui choqué par le plan du politicien, tente de s’y opposer. Il sera malheureusement assassiné et la jeune femme sera accusée de son meurtre.

Elle sera aussitôt enfermée dans une prison immonde où règnent la cruauté et la torture. Mais le politicien et le directeur de la prison ont sous-estimé la résilience du Scorpion…

Si le résumé ci-dessus vous dit quelque chose, c’est normal puisque c’est peu ou prou le même que celui du précédent opus ! La Toei, visiblement désemparée, ne sait plus trop comment gérer sa poule aux œufs d’or, à savoir la franchise du Scorpion. Une idée de génie leur vient alors : «Ah ben on a qu’à refaire le même film !» La série est donc à nouveau rebootée, en donnant une nouvelle origine à Nami (elle est cette fois-ci infirmière, et pour une fois, son petit ami ne l’a pas trahie !)

Pour le reste, très peu de changement par rapport au film précédent (déjà réalisé par le même Yutaka Kohira). Le cinéaste novice n’a, hélas, pas beaucoup progressé depuis le dernier film. On retrouve les mêmes maladresses de réalisation, les mêmes plans explicatifs et sans imagination…

Concernant Yoko Natsuki, la troisième interprète de la Femme Scorpion, sans être réellement mauvaise, elle parait, cependant, fonctionner en pilotage automatique et semble être absente de son propre film ! A tel point qu’elle doit partager la vedette avec un autre acteur en fin de film !

Pour le reste du casting ce n’est guère mieux. Si les personnages masculins, tout au long de la série ont souvent été (volontairement) caricaturaux, ils deviennent ici carrément grotesques, tout entier dirigés par leur libido perverse !

On ne peut cependant pas raisonnablement qualifier ce film de navet, puisque quelques belles scènes sauvent le long métrage du naufrage créatif (essentiellement réunies en fin de film – je pense notamment aux superbes images dans l’usine désaffectée). Mais ces moments de grâce sont cependant bien trop rares pour maintenir l’attention du spectateur.

Pire encore, le concept de base (la Femme Scorpion vengeresse du patriarcat) est allégrement bafoué, car Nami doit s’allier avec un homme pour échapper à l’enfer carcéral ! Finies les métaphores féministes et politiquement audacieuses, ici remplacées par du simple voyeurisme et un érotisme bas de gamme. Bref entre des personnages insignifiants, une réalisation sans ambition, et la trahison du concept de départ, ce film offre une bien amère conclusion à la saga du Scorpion.

A noter que quatre autres films consacrés à Sasori seront réalisés, deux décennies plus tard (de 1991 à 1998), sans pour autant renouer avec le génie et l’outrance d’une série qui a illuminé le cinéma japonais des années 70.


La BO la plus évidente du monde :

28 comments

  • Ludovic  

    Très chouette passage en revue de cette passionnante saga même si je ne connais que les trois premiers réalisés par Shunya Ito, je n’ai jamais vu les trois autres !

    Effectivement, l’osmose entre le charisme de Meiko Kaji et l’inventivité visuelle de la mise en scène de Shunya Ito accouche d’un modèle du genre !

    J’avais découvert le 2 en premier lors de son passage à la télévision sur Canal, c’est Jean Pierre Dionnet qui l’avait programmé avant de le sortie en DVD puis je crois les autres films de la saga étaient sortis plus tard chez un autre éditeur (HK Vidéo peut être mais je ne sais plus…)

    • zen arcade  

      « puis je crois les autres films de la saga étaient sortis plus tard chez un autre éditeur (HK Vidéo peut être mais je ne sais plus…) »

      C’est Pathé qui avait sorti l’intégrale de la série en DVD. J’ai le coffret à la maison. 🙂

      Sinon, bravo à Patrick pour son très bel article.

  • Eddy Vanleffe  

    J’avais découvert le 2 en premier lors de son passage à la télévision sur Canal, c’est Jean Pierre Dionnet qui l’avait programmé avant de le sortie en DVD puis je crois les autres films de la saga étaient sortis plus tard chez un autre éditeur (HK Vidéo peut être mais je ne sais plus…)

    C’est celui que j’ai.
    Un film qui m’a mis devant un dilemme
    est-ce que j’aime voir une femme se faire violenter?
    A la fois ce film est sublime, mais j’en suis resté dérangé
    puis j’ai j’ai été hypnotisé par la beauté de Meiko Kaji
    puis ça m’a de nouveau perturbé
    du coup de je n sais pas…

    MAD MOVIE a distribué récemment un pur film d’exploitation japonaise appelé FREEZE ME
    ce film ne vaut sans doute que pour une raison je crois, c’est une antithèse totale de Meiko Kaji
    une sorte de revenge porn actualisé et déconstruit pour les besoin de modernité qui montre une femme encore plus « objet » dans une société actuel ( l’élément perturbateur étant qu’elle est vraiment utilisée comme un objet de consommation courante genre une canette ou un repas…on le consomme pour répondre à un pur besoin, avec indifférence et à la va vite), le physique de l’héroïne est opposé et sa nudité totalement désesthétisé. D’ailleurs sa vengeance répond totalement au consumérisme sexuel de ses bourreaux.
    Pas un chef d’oeuvre et la vision de ce genre de film est assez « horrible » en 2024. mais je crois qu’il fournit une sorte de contrepoint pertinent à la question à la saga décrite ici avec passion et brio par Patrick

    • Matt  

      Beaucoup de gens ont vu le 2 en premier, via JP Dionnet en effet. Même le DVD du 2 est arrivé avant le 1 je crois.

      Filmé de manière naturaliste ce serait un film uniquement dérangeant. L’intérêt c’est, outre Meiko Kaji, la mise en scène de Shunya Ito. Toute une rivière qui devient rouge de sang quand une femme est tuée, l’automne qui arrive et les feuilles qui tombent le temps d’un plan ou Meiko parle à une sorte de vieille sorcière à moitié folle. Il y a un côté mystique. Surtout dans le 2 d’ailleurs. Le 1 est plus difficile à voir car clairement plus cru avec son lot de maltraitances entre femmes dans la prison.
      Mais là encore des scènes de fou avec une femme blessée avec des éclats de verre qui est maquillée comme un démon tout droit sorti d’une pièce de théatre No, le ciel qui devient rouge, etc.

      C’est à la fois repoussant et attirant comme films.

  • JB  

    Le coffret DVD intégral de Pathé attend depuis trop longtemps sur le comptoir, je vais finir par me lancer. Je ne crois avoir vu que le second film et, visionné bien trop tôt et sans les codes du genre, n’en ai pas retenu grand chose malheureusement
    Merci pour cette présentation générale !

  • Jyrille  

    Merci pour cette anthologie bienvenue et qui m’apprend beaucoup de choses ! Comme pour l’article de Mattie de cette semaine, je regarderai les vidéos plus tard.

    Quoiqu’il en soit, il faudra bien que je vois le premier film – au moins – un jour. On verra, mais c’est bien noté dans un coin depuis longtemps. Idem pour LADY SNOWBLOOD (manga et film). Mais bon, ma BAL diminue doucement malgré tout…

    A lire ta description, on dirait du giallo. Sait-on si il y a une filiation certaine entre ces deux mouvements cinématographiques ?

    • Eddy Vanleffe  

      Le manga LADY SNOWBLOOD est excellent et parle beaucoup plus que LONE WOLF AND CUB,pas vu les films.
      Sinon LA PIVOINE ROUGE aussi est sympa notamment un duel au sabre e filles sous la neige dans le jardin attenant à une maison de jeux…
      Comment dire j’ai déjà vu ça dans un film peu connu qui veut buter un certain Bill… ^^

    • Eddy Vanleffe  

      La filiation du genre est justement ce qui est totalement fascinant dans BUTER BIILY qui mélange les codes de western, wu-xia-pian, chambara, giallo, blaxpoitation, japanimation etc…il associe les musiques des uns aux autres juste pour mettre en exergue tout ça.

    • Tornado  

      Entre la fin des années 60 et la 1° moitié des années 70, le gothique s’empare du cinéma de genre dans les quatre coins du globe. Des USA avec les adaptations d’Edgar Poe par Roger Corman à l’Italie avec Riccardo Freda et Mario Bava, de l’Angleterre et sa Hammer au Japon avec les films de samouraïs, on y retrouve cette même esthétique flamboyante, cette même ambiance poético-morbide. Les connaisseurs en trouvent même en Allemagne avec les Krimis, au Mexique avec les films de lutteurs masqués (!), etc.
      Il est évident que tous ces coins du globe épousent le même engouement pour le gothique et qu’ils s’inspirent les uns les autres. J’adore cette période et ce cinéma Bis.
      Cela-dit je n’ai encore jamais vu un seul film de cette série de Femme-Scorpion. Je vais tâcher de ratrapper cette lacune !
      Excellent article de Patrick, superbement contextualisé, et drôle, comme d’hab 👍

      • zen arcade  

        Je pense que tu voulais écrire « Entre la fin des années 50… » et pas 60, non ?
        Sinon, je partage ton avis à propos de la vitalité incroyable du cinéma de genre de cette époque aux quatre coins du monde.

        • Tornado  

          Oui, effectivement. Fin des années 50 avec les premiers films de la Hammer et les premiers gothiques italiens. Je n’ai cité que l’essentiel mais il y a aussi beaucoup d’autres réalisateurs italiens, l’Amicus en Angleterre, quelques petites perles en France et en Espagne, ça bouillonne également.

          • zen arcade  

            Et au Japon, c’est loin de se limiter exclusivement au chambara. Il y a aussi pléthore de films fantastiques (films de fantômes à la japonaise,…), les kaiju, les films pop de Seijun Suzuki, une kyrielle de films noir de série B (particulièrement à la Nikkatsu),…

  • Patrick 6  

    @ Ludovic : j’avais, précédemment, le dvd « Cinéma de quartier » avec Dionnet présentant « Elle s’appelait Scorpion ». Je l’ai gardé rien que pour la présentation ^^

    @ Zen : Que donne la qualité des DVD Pathé ? Je dois avouer que l’image des BR du Chat qui fume est un peu décevante sur les épisodes 3 et 4 🙁

    @ Eddy : Oui c’est un peu le problème, le spectacle d’une femme se faisant violenter est forcément dérangeant (« Irréversible » est carrément insoutenable) mais, dans le cas présent, ça se justifie par la vengeance qui ne tardera pas à suivre…
    Mais bon moi Meiko Kaji qui me fait les gros yeux, j’ai tout de suite peur ^^
    Je n’ai pas vu « Freeze me » mais je dois avouer que je n’en ai guère envie :))
    La série de film de la « Pivoine rouge » est sympa en effet (quoi que moins marquante), et puis sinon il y a « Sex & Fury » dont Bruce avait déjà parlé.

    @ JB : Good luck ^^

    @ Jyrille : Je préfère la « Femme Scorpion » à « Lady Snowblood », mais il faut avouer que j’ai vu ce dernier dans de mauvaise condition, j’attends une réédition de bonne qualité pour le regarder à nouveau !
    Pour le Giallo, je ne connais pas assez bien ce genre pour pouvoir répondre à ta question. Eddy l’a fait mieux que moi 😉

    • zen arcade  

      J’ai vu les DVD Pathé il y a bien longtemps et je ne me souviens guère de leur degré de qualité technique, d’autant plus qu’à présent je dispose de versions téléchargées de meilleure qualité.

  • Présence  

    Tout un nouveau pan culturel qui m’est ainsi révélé par ton article : merci.

    Effectivement, quel charisme cette Meiko Kaji !

    Un film tourné en 2 semaines !!! Mais des films de genre… genre peu habillé ?

    Puis, une œuvre majeure produite en 4 mois !!! Trop Fort !!!

    Une réussite exemplaire de cinéma de genre qui transcende des conventions grotesques en une métaphore puissante : respect.

  • zen arcade  

    « Puis, une œuvre majeure produite en 4 mois !!! Trop Fort !!! »

    Le système de production d’oeuvres de genre à budgets modestes tournait à plein au Japon à cette époque.
    Avec des équipes rodées, un roulement de réalisateurs et des acteurs salariés dont le but était de fournir un nombre de films importants pour alimenter les réseaux de salles gérées par chaque studio sur l’ensemble du territoire du Japon.
    De l’écriture du scénario jusqu’à la diffusion en salles, tout le système était conçu par chaque studio pour produire du film pour alimenter son réseau de salles.
    D’où le développement du phénomène de séries de films pour minimiser les coûts et viser une efficacité maximale (tournages simultanés, réutilisation de décors, mêmes équipes techniques,…). L’exemple type est celui de Zatoichi qui en une bonne dizaine d’années à partir de 1962 s’est décliné sous la forme de 26 longs métrages. Mais on pourrait citer de nombreux autres exemples de séries de films qui voient 2, 3 voire même 4 films sortir chaque année.
    La femme scorpion avec Meiko Kaji, c’est 4 films en 2 ans. C’est un rythme tout à fait normal pour ce genre de productions dans le Japon de l’époque.

  • Bruce lit  

    J’ai adoré les deux premiers volets que Mattie Boy m’avait gracieusement fourni.
    Je sais désormais à quoi me tenir des autres épisodes. Meiko Kaji a un charisme inouï. J’aime beaucoup ce que tu pointes à propos de Yumi Takigawa : une meilleure actrice mais finalement moins crédible.
    Je suis un grand fan de films d’action et de ses acteurs très limités mais qui en imposent : Schwarzy, Statham mon préféré et bien entendu Stallone, même si celui-ci est bien meilleur comédien.
    Merci Pat !

  • Maya  

    Je n’ai que très très peu vu de films de Meiko, je suis plus centrée sur sa musique et pourtant quand on la voit jouer, elle nous subjugue par son regard et sa prestance.
    La Femme Scorpion, souvent entendu parler (déjà par le précédent article de Matt sur Meiko Kaji) et toujours pas vu pour l’instant. Avec cette relance c’est l’occasion de s’y mettre sérieusement. Je ne sais pas si je regarderai les six mais au moins la trilogie de Shunya Ito ainsi que celui de Yasuharu Hasebe.
    Merci Patrick, ton article était tout bonnement parfait même s’il m’a un peu piqué les yeux (quelle idée de lire sans mes lunettes aussi)

  • Matt  

    Il va sans dire que même si pour moi il n’y a que les 2 voire 3 premiers qui valent le coup, je n’ai bien sûr pas hésité à prendre le coffret de la saga chez Lechatquifume. Parce que c’est de la rareté en HD ça, et faut sauter dessus.
    Je n’ai pas encore regardé ce que ça donnait niveau qualité, mais en général le Chat fait du bon taf.

    Bon bah j’ai déjà écrit moi-même dessus donc j’ai pas grand chose à dire ^^
    Mais cool que d’autres gens s’y intéressent.

    Pour la filiation giallo, tout ça…je pense que comme le dit Tornado tout le monde s’est inspiré de tout le monde. On constate il est vrai une forte influence entre l’Italie et le Japon. Sergio Leone qui a remaké Yojimbo (pour une pognée de dollars), les musiques de films jap qui font penser à du Morricone parfois, les jeux de couleurs, la mise en scène expérimentale, pas mal de sang et d’érotisme. Bon c’est arrivé aussi au UK et aux USA mais un peu plus tard il me semble. Peut être en réponse à ce cinéma parfois d’exploitation mais qui osait des trucs nouveaux.

    • Tornado  

      Le premier gothique flamboyant de la Hammer c’est en 1957 (FRANKENSTEIN) et le premier Corman/Poe c’est en 1960 (Maison Usher). Ils sont donc dans le coup très tôt aussi.
      Pour moi, dans les années 60/70, le Wu-xia-pian, la Hammer, l’AIP (American International Pictures, les films de Corman), et ceux de Mario Bava et consorts, c’est la même esthétique flamboyante, la même ambiance, à quelques détails près.

      • Matt  

        Ouais mais la Hammer et surtout l’AIP ça restait très classique, pas sanglant ni érotique (au début. C’est arrivé dans les années 70 surtout), moins expérimental. T’avais pas des trucs comme LE CORPS ET LE FOUET en Amérique. D’ailleurs il a été charcuté ce film en dehors de l’Italie au point d’être renommé WHAT (parce que ça n’avait plus aucun sens le truc^^) Et t’avais pas non plus des trucs filmés comme Fulci ou Argento filmaient, avec des plans subjectifs, des points de vue depuis le sol avec les acteurs en réalité filmés sur une plaque de verre pour pouvoir filmer depuis le dessous.

        La Hammer a emboité le pas rapidement niveau sang et érotisme je suis d’accord mais aux USA c’est resté assez timoré jusqu’à ce qu’ils oublient les contes gothiques classiques et sortent L’EXORCISTE, le renouveau de l’horreur qui a rendu ringard la Hammer et autres.
        A moins que je me trompe mais il me semble que le reste du monde se lachait carrement plus. Les films de samourais ultra violents aussi. Ok c’était début 70, mais Kurosawa avait déjà expérimenté des grosses giclés de sang (en noir et blanc certes) Les mises en scènes plus « outrées » ne me semblent pas venir d’Amérique en premier.

        • Jyrille  

          Pourtant tu avais déjà les films de Peckinpah à cette époque. THE WILD BUNCH (La horde sauvage) date de 1969.

          • Matt  

            Hum…peut être. Je l’ai pas vu celui là.
            J’avoue que j’en suis resté au fait que Hitchcock ne pouvait pas filmer de sang, même en noir et blanc, directement sur le corps de la victime dans PSYCHOSE. Ni l’arme entrant dans la chair, qu’on l’a fait chier pour ça.
            Kurosawa faisait gicler le sang dans Yojimbo en 1962, Mario Bava filmait des meurtres sales dans SIX FEMMES POUR L’ASSASSION en 1964 et en couleurs.
            Je sais pas, ça s’est peut être débloqué rapidement après PSYCHOSE aux USA mais il me semblait que la censure empêchait un peu ça là bas.

  • zen arcade  

    Il me semble que l’on confond beaucoup de choses et qu’on prend assez peu en compte l’évolution de ces cinémas de genre entre la fin des années 50 et le début des années 70.
    La caractéristique commune que pointe Tornado, et dont je partage pleinement l’analyse, c’est la flamboyance du style, particulièrement visible dans le travail sur les couleurs.
    Ca débute avec la Hammer et les Corman, les Italiens emboîtent rapidement le pas, particulièrement avec Bava, et au Japon on retrouve ça notamment dans les films pop de Seijun Suzuki ou même dans les kaiju en couleur de Honda. Vers le milieu des années 60, on a cette esthétique un peu partout dans le cinéma de genre.
    Après, certains pays évoluent plus vers plus ou moins de violence graphique mais c’est autre chose et ça ne remet pas en cause le fait que les années 60 ont engendré un cinéma de genre très riche avec d’importantes connexions esthétiques, plus ou moins conscientes, entre différents pays.

    • Matt  

      Oui vu comme ça ok. La « flamboyance » dans le sens « travail sur les couleurs » s’est fait de partout et a pu commencer aux USA.
      Après la violence et l’érotisme ce n’est pas arrivé des USA qui étaient très stricts sur la censure.

      La violence à base de grosses giclées de sang, Kurosawa en mettait déjà dans ses chanbara, mais pas en couleurs. Je pense que ça joue pas mal sur la censure. En Italie aussi pas mal de scènes plus crues dans les années 60.

      Vu la violence des films cités ici dans l’article, j’ai en effet assimilé le propos de Tornado avec les mises en scène plus osées sur le plan érotique et sanglant. Vu que parfois ça va ensemble. Le jeu des couleurs c’est parfois justement des jeux avec le sang.

      • Tornado  

        Oui, je voulais vraiment pointer la notion de « flamboyance » dans cette convergence gothique qu’adopte ce genre de cinéma bis à la même époque. Pas celles de sang et de sexe, ni même d’expérimentations visuelles.
        De l’épouvante gothique au giallo, en passant par les contes médiévaux de l’extrême orient (et effectivement les kaïjus), les remises à jour des grandes figures horrifiques de la Hammer et les adaptations de Poe par Corman, et même chez les luteurs masqués mexicains (qui combattent vampires et autres goules, ne l’oublions pas !), les films espagnols portés sur les loup-garous et les vampires et les allemands avec leurs Krimis, tu as une même imagerie de gothique flamboyant. Une atmosphère très proche, et tout à fait somptueuse.

  • Jyrille  

    J’ai écouté la BO du jour : trop cool. On sent bien les années 70 et l’aspect cinématographique, notamment avec des cuivres un peu comme du Morricone des débuts par exemple. En tout cas j’ai déjà entendu ce morceau. N’aurait-il été utilisé dans un KILL BILL justement ? (Je viens de voir le dernier Tarantino que je n’avais jamais vu, THE HATEFUL EIGHT (LES HUIT SALOPARDS) et je l’ai trouvé très bien mais en effet trop long. Je l’ai même préféré à son DJANGO).

    • Eddy Vanleffe  

      Trop long c’est l’expression qui convient le mieux à Tarantino pour n’importe lequel de ses films.
      J’ai un rapport schizophrène avec son cinéma.
      J’adore ses gouts et je lui trouve une patte géniale, mais je trouve la plupart de ses films chiants.
      je regarde les bonus comme une vidéo you tube qui me conseillerait une bonne playlist.
      J’aime bien Jackie Brown et les Kill Bill, les autres films m’ont toujours paru trop trop longs et trop bavards.
      les huit salopards est sympa mais pas passionnant.
      je préfère les vrais westerns spaghettis ( Sergio Corbucci evec son Django, Le grand Silence et El Mercenario)

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