La paix reviendra quand les trois uniras… (Le grand pouvoir du Chninkel) 

Le grand pouvoir du Chninkel, par Grzegorz Rosiński & Jean van Hamme 

Un article de PRESENCE

VF : Casterman 

Le penseur et le monolithe © Sarbacane  

Ce tome contient une histoire complète, indépendante de toute autre. Cette histoire a été sérialisée dans le magazine (À SUIVRE) du numéro 105 en octobre 1986, au numéro 114 en juillet 1987. Il a fait l’objet d’une édition intégrale en noir & blanc en 1988. Il a été réalisé par Jean Van Hamme pour le scénario, et par Grzegorz Rosiński pour les dessins. Il compte environ cent-soixante pages de bande dessinée. Il a bénéficié d’une édition en couleurs en trois tomes (2001-2002, Le Commandement, Le Choisi, Le Jugement), la mise en couleurs ayant été réalisée par Graza (Grażyna Fołtyn-Kasprzak), avec une édition intégrale en 2006. La dernière édition intégrale en noir & blanc s’ouvre avec une introduction de trois pages, rédigée par Benoît Mouchart, intitulée : Genèse du premier récit de Theologic Fantasy. Cet album a reçu le prix Alph’Art du public au festival d’Angoulême de 1989. 

D’aussi loin que se souvenaient les ancêtres de des ancêtres, Daar avait toujours été un monde en guerre. Une guerre dont nul de se rappelait l’origine, une guerre sans trêve ni merci, sans quartier ni vainqueurs, que ne cessaient de se livrer entre eux trois les immortels. À chaque croisée des soleils, lorsque les ombres se rejoignent, le grondement de leurs armées en marché s’élevait aux trois points cardinaux. De Sep venait Barr-Find main noire et la masse écrasante de ses légions d’airain. De hor fondait Jargoth le parfumé et l’escadre mortelle de ses archers volants. De far se ruait Zembra la cyclope et la horde déchaînée de ses guerrières borgnes. Brutes sans visages, bardées de fer, juchées sur leurs pesants womochs cracheurs de feu… Cruels androgynes aux traits empoisonnés, fendant les airs sur les voiles végétales des orphyx carnivores… Féroces amazones à la paupière cousue, emportées au massacre par le galop d’acier de leurs traganes sauvages… 

Au choix : noir & blanc ou Couleurs © Sarbacane  

Sous le commandement des trois immortels, les armées s’affrontent : horreur absurde de la mort donnée et reçue sans même savoir pourquoi ! Qui étaient-ils donc qui avaient condamné ce monde à une telle infamie ? De quel néant d’abjection étaient-elles issues, ces races supérieures qui avaient contraint les différents peuples à une si atroce servitude ? Qui avait permis l’existence de ces trois immortels dont l’appétit de massacre et de sang semblait ne jamais devoir connaître de fin ? Quel crime abominable avaient donc commis ces peuples pour mériter cela ? À chaque croisée des soleils, recommençait la guerre. Une guerre sans quartier ni vainqueurs, dont il ne restait au soir des batailles, que le charnier des vaincus abandonnés aux dents de ronce des sheershecks bicéphales. C’est pourtant dans cette désolation qu’un jour se produisit ce que l’on appela plus tard le miracle. Alors que les charognards ont commencé à dépecer les cadavres, un petit homme, un Chninkel, se met à gesticuler, encore vivant, en effectuant de larges moulinets de hache pour les forcer à s’écarter et ainsi se frayer un chemin pour fuir. Il prend ses jambes à son cou, repère un énorme animal qu’il parvient à faire cracher en l’air, ce qui disperse enfin les volatils prédateurs. J’On peut s’éloigner du champ de bataille et trouver un endroit pour réfléchir. 

Un peu intimidant d’entamer la lecture d’un tel classique, à la fois de savoir s’il sera à la portée du lecteur, à la fois la crainte de la déception du fait d’un horizon d’attente très élevé généré par les excellentes critiques innombrables. Le lecteur se sent vite rasséréné : la lecture est aisée et facile d’accès. Le style de la voix omnisciente ressort comme un langage un peu soutenu, avec une saveur littéraire, conférant une forme de solidité et de consistance aux composantes de ce monde imaginaire. De prime abord, les dessins peuvent sembler un peu denses, ou chargés en traits, pour autant le lecteur assimile ce qui est représenté au premier coup d’œil, pouvant décider de ralentir son rythme de lecture s’il souhaite s’immerger plus profondément dans chaque case en en scrutant les détails. L’artiste utilise une technique éprouvée : délimiter chaque forme par un trait encré, puis ajouter des informations visuelles supplémentaires dans chacune de ses formes. Dès les premières pages, le lecteur se dit qu’il pourrait toucher chaque surface, grâce au très gros travail de textures réalisé par l’artiste. Les aspérités des pierres du désert, la rugosité d’écorce des arbres sur lesquels sont perchés des charognards, les rares nuages dans le soleil, la carapace tannée des Womochs, la dense fourrure à poils longs des Tawals, le métal froid de l’armure de Barr-Find main noire, la fraise vaporeuse de Jargoth, etc. 

Conclure avec G’wel… ou pas © Sarbacane

Ainsi mis en confiance par une narration prévenante, le lecteur part à l’aventure aux côtés de ce drôle de jeune individu ressemblant à un croisement entre un nain et lutin, sympathique, générant une empathie découlant de son sentiment d’être dépassé et écrasé par des responsabilités démesurées par rapport à sa petite personne. Le lecteur ressent la connivence et la coordination entre dessinateur et scénariste qui travaillent ensemble depuis le premier tome de la série THORGAL paru en 1977. Que ce soient les races exotiques, les trois immortels, le bestiaire ou les Chninkels eux-mêmes, cela saute aux yeux qu’ils ont été conçus avec le souci d’être aisément différenciables et mémorisables. Le visage un peu allongé des Chninkels, leurs grands pieds, leur gros nez et leurs pupilles énormes comme dépourvues d’iris, l’aspect simiesque de Tawals, la morphologie gironde de G’wel, l’anatomie tentaculaire de Volga la devineresse, l’espèce de robot oiseau-véhicule doté de conscience, l’apparence efféminée de Jargoth, la vilaine maladie de peau de N’Ôm, autant de personnages inoubliables. Chaque lieu présente également des caractéristiques marquées, donnant ainsi corps au voyage de la quête du héros, du charnier du champ de bataille initial à la colline finale, en passant par Maelar le village des Chninkels, la Grande Eau, la fleur télépathe, les rameaux des branches de Sualtam, les arènes de Jargoth le palais de Zembria, le non-mode, etc. 

Les auteurs savent marier l’intention de réaliser une bande dessinée de nature adulte, c’est-à-dire abordant des thèmes adultes, avec le sens de l’aventure et du spectacle. Le lecteur perçoit qu’ils ont pris plaisir à imaginer ce monde, et à concevoir des péripéties divertissantes, et parfois dramatiques. Tout commence avec les six pages qui introduisent la bataille, toutes construites sur le même découpage, trois cases de largeur de la page, des visions panoramiques donnant l’idée de l’ampleur de ce qui se déroule. S’il entretenait des réserves, le lecteur les voit s’envoler lors des deux pages où J’On est agenouillé devant U’N un grand parallélépipède noir immobile, où la prise de vue et le lettrage rendent la scène vivante. Le dessinateur se montre également un excellent directeur d’acteurs : le lecteur peut ressentir toute la bienveillance de J’On pour Bom-Bom et réciproquement même si ce dernier ne parle que par onomatopée. L’art de la mise en scène atteint un sommet lors des cinq pages dans le Non-monde, où chaque case est dépourvue de tout arrière-plan, et pourtant le lecteur peut voir les personnages se déplacer et bouger. Les auteurs abordent également la question de la sexualité soit empêchée (pauvre J’On) soit inventive lors de la relation de Volga avec le Chninkel, une séquence drôle, imaginative et émouvante, questionnant gentiment quelques représentations stéréotypées avec malice et humour. 

 

Quelle consistance de ce monde ! © Sarbacane

La lecture s’avère fort plaisante, un drame reposant sur une question spirituelle (un individu désigné par une entité omnipotente, pour être le sauveur de son peuple et même de la planète), avec des moments d’humour (les tentatives empêchées de relation entre J’On et G’wen), et une intrigue très bien construite. Le personnage principal accomplit sa quête cahin-caha, presqu’à son corps défendant. Certains mystères qui peuvent sembler artificiels ou paradoxaux (l’origine des trois immortels par exemple), trouvant tout naturellement leur explication en cours de récit. L’issue est inéluctable, en cohérence avec les références revendiquées des auteurs. La question de la religion, ou tout du moins de la genèse d’un messie, est abordée sous l’angle plutôt social : Comment J’On se retrouve à incarner le point focal des espérances des Chninkels, et de leur ferveur ? Le lecteur sourit en constatant la malice du scénariste qui place son personnage dans un mécanisme de prophétie autoréalisatrice bien huilée et inéluctable. Toutefois… 

La couverture met en évidence l’une des références principales du récit : le monolithe du film 2001, L’ODYSSÉE de L’ESPACE (1968) réalisé par Stanley Kubrick (1928-1999), d’après deux nouvelles deux nouvelles d’Arthur C. Clarke (1917-2008), À l’aube de l’histoire (1953) et La Sentinelle (1951). Les auteurs s’en servent comme un raccourci narratif leur permettant d’utiliser ce qu’il représente dans l’imaginaire collectif, sans avoir à réexposer les explications nécessaires. Il est possible que le lecteur s’attende à un usage plus sophistiqué que sa simple valeur visuelle, à un questionnement de la nature de celui du réalisateur, ou à des pistes d’interprétations du monolithe différentes de celle de Kubrick. Il restera alors sur sa faim. L’autre référence évidente et assumée par les auteurs réside dans le Nouveau Testament, et plus particulièrement le parcours du messie, de sauveur d’un peuple. Le lecteur relève par exemple les miracles, l’hésitation dans le désert, le rejet et condamnation à mort, la trahison par un proche, et le sort final du personnage principal. Le scénariste révèle la nature du grand pouvoir mentionné dans le titre, et celle-ci est en parfaite cohérence avec le message du NOUVEAU TESTAMENT, du moins sur le plan moral, sans grande consistance religieuse. Là aussi, les auteurs utilisent le déroulement d’un récit célèbre au premier degré, sans questionnement ou réflexion sur la foi ou sur la religion. En fonction de la sensibilité du lecteur, cela peut produire un effet étrange, comme s’il avait projeté un horizon d’attente trop ambitieux sur la base de ces deux références, alors que l’intention des auteurs avait été différente. Ce point de vue peut être corroboré par les motivations de l’omniscient, l’omniprésent, l’omnipotent maître créateur : mesquines et infantiles. 

C’est toujours délicat de découvrir un chef d’œuvre des décennies après, une lecture déconnectée des conditions initiales de sa réalisation et de sa réception. Le lecteur ressent immédiatement un vrai plaisir dans ces pages que ce soit le personnage principal très humain dans son comportement et ses réactions, l’inventivité et la solidité du monde imaginé et de ses représentations, le déroulement bien construit de l’intrigue avec une logique interne à toute épreuve, ou encore les touches d’humour ; tout fonctionne. Il tombe sous le charme de la qualité de la narration visuelle, d’une lisibilité de qualité même si les planches peuvent sembler un peu chargées au feuilletage. Il est possible que tout aussi satisfaisante que soit la conclusion du récit, elle le laisse un peu sur sa faim au regard de l’attente générée par les références affichées à 2001 l’odyssée de l’espace, et aux Évangiles. 

Le grand pouvoir © Sarbacane


BO : 

30 comments

  • Clément Le panda  

    J’avais pris un grand plaisir a la lecture, mais comme indiqué j’étais un peu resté sur ma faim a la fin haha

    • Présence  

      Ça n’est que mon ressenti par rapport à mes attentes personnelles, avec comme le fait remarquer Tornado une grille lecture qui fluctue en fonction des œuvres, donc subjective.

  • Malko  

    Je ne me lasse jamais de le lire.
    Une claque à sa découverte, un plaisir à sa relecture.

    • Présence  

      Ce fut une totale découverte pour moi : ma première lecture de cette bande dessinée ayant gagné sa place parmi les classiques depuis belle lurette.

  • Bruno. :)  

    Ma foi, c’est fait avec talent, même si les quelques planches postées manquent un chouïa de dynamisme, pour moi -mé je pinaille. Entre parenthèse, pas mal travaillée, la couleur renforce la lisibilité de la « splash-page », même si je préfère quand même le contraste -même un peu discret- de l’image en Noir & Blanc : je trouve que ça convient mieux au sujet (pas léger du tout, si j’ai bien tout bien lu comm’y faut…).
    J’ai souvent croisé cette couverture et, pas une fois (!) je n’ai fait le rapprochement avec -effectivement !- le monolithe de 2001 ! C’est même plus de la distraction, c’est de la désintégration mentale (et ça a commencé tôt…) ! Bon, tant mieux : si j’avais acheté pour cette raison, je m’en serais probablement mâchonné tous les doigts, tant j’aurais été déçu ; l’Eroic Fantasy n’étant absolument pas ma cup of tea : rien que les têtes des elfes, j’ai déjà du mal à sympathiser.

    Ça a l’air désespéré, comme histoire : j’espère qu’il y a une Happy End ?!

    • Présence  

      Noir & blanc ou Couleurs : j’ai opté pour l’édition noir & blanc, afin de découvrir l’œuvre telle qu’elle a été publiée originellement. Je n’ai pas pu me retenir de feuilleter la version couleurs et je n’ai pas été convaincu par ce qu’elle apporte. À mon goût, la qualité des dessins de Rosiński s’apprécie mieux en noir & blanc.

    • Présence  

      Quant au happy end…

      Ben, c’est raccord avec le destin de Jésus : à chacun de choisir en son âme et conscience s’il s’agit d’un happy end, entre son destin dans sa chair, et le destin de ses enseignements.

  • Tornado  

    Nan, c’est pas possible… Tu provoques exprès avec les 4 étoiles… Surtout pour ceux qui te connaissent et qui te voient systématiquement couvrir d’étoiles des trucs autrement moins bons… 😞

    J’ai découvert ce classique au lycée, peu après sa publication originelle. Un très grand moment de ma vie de lecteur de BD.
    À l’époque cet album (on ne disait pas encore roman graphique) était célébré pour sa grande maitrise du noir et blanc et du contraste clair/obscur. Tous les dessinateurs se jetaient dessus pour apprendre.
    Il était également fameux pour son scénario très au-dessus de la moyenne.
    Je ne partage pas ton point de vue sur la nature déceptive du traitement de la pensée religieuse, à propos de laquelle je trouve que tu fais un blocage (je me souviens de ton refus de lire Punk Rock Jesus pour ces mêmes raisons). Pour moi un auteur n’a pas vocation à nous expliquer une pensée. Il n’est pas au-dessus de ses lecteurs et n’a pas plus qu’eux l’accès à ce qui demeure inaccessible. Partant de là, un auteur soulève des questions. C’est son travail. Y répondre, c’est éventuellement celui d’un scientifique ou d’un philosophe. Et là encore, les débats scientifiques et philosophiques ne font rien d’autre : Ils soulèvent eux aussi des questions.
    Van-Hamme propose ici un récit d’heroic fantasy et s’amuse à chercher des liens entre la nature de la littérature de fantaisie et celle de la pensée chrétienne. Il nous invite à réfléchir sur un thème : La pensée chrétienne n’est elle pas seulement une mythologie de pure fantaisie ? C’est une idée brillante et je trouve qu’il n’y a absolument aucune raison d’y chercher quelque chose de plus.

    En tout cas merci pour cet article qui n’oublie pas en cours de route de faire ressortir toutes les spécificités de cet album ce roman graphique.

    La BO : Un King Crimson bruitiste que je peux pas écouter. C’est la période des années 80, c’est ça ?

    • Présence  

      Tu m’as percé à jour concernant les étoiles. 😀

      J’ai été très surpris de découvrir que cet album n’avait pas encore bénéficié d’un article sur Bruce Lit. En fait, avant d’écrire le mien, je voulais consulter le tien pour nourrir ma réflexion et m’éclairer sur ce que je n’avais pas perçu, ou mal interprété.

      Concernant cette lecture, je me suis mis au défi de la faire pour élargir ma culture avec ce classique, en faisant sciemment l’effort de mettre de côté mes a priori sur l’écriture du scénariste… Objectif atteint partiellement. 🙂

      À l’époque […] : C’est l’un des biais de ma lecture que je ne pouvais pas compenser. Je l’ai lu cette année soit près de quarante ans après sa sortie : impossible de contextualiser cette œuvre par rapport à la production de l’époque, que ce soit en termes d’ambition ou en termes d’innovation. En outre, j’ai lu d’autres fictions jouant sur la figure du Christ, sur les religions, sur la naissance du christianisme, à commencer par des BD SF en format court dans Ère comprimée ou L’écho des savanes Spécial USA (oui, je lisais encore en français en ce temps-là), et la trilogie divine de Philip K. Dick ambitieuse et échevelée. Ces deux facteurs font que je n’ai pas conscience de ce qu’a apporté Chninkel à cette époque.

      Un blocage sur le traitement de la pensée religieuse : c’est possible. Comparaison n’est pas raison, et cependant je ne peux pas m’empêcher de comparer à une BD comme Bouddha d’Osamu Tezuka. Lui aussi met en scène les tenants d’une foi et le voyage initiatique de son fondateur. Il donne une interprétation personnelle de son sujet, exercice tout aussi casse gueule qui m’a plus intéressé. Avec du recul, c’est totalement subjectif de ma part. C’est d’ailleurs cela que reflète les étoiles pour moi : le plaisir de lecture, pas une place au panthéon des classiques ou des œuvres majeures.

      La pensée chrétienne n’est-elle pas seulement une mythologie de pure fantaisie ? – J’ai bien perçu ce thème, et du fait de plusieurs décennies de lecture, j’ai eu l’occasion d’en voir différentes variations. Depuis le voyageur temporel qui remonte le temps pour rencontrer Jésus, et dont le comportement aboutit au fait qu’il est pris pour messie, ce qui fait que Jésus c’est en fait lui. Jusqu’à la compétition entre plusieurs sectes coexistant à la fin du premier siècle avant JC et début du suivant, faisant tous profession de visions prophétiques autour d’un messie, et les circonstances font que c’est celle des Chrétiens qui finit par supplanter toutes les autres.

      La nature de la littérature de fantaisie et celle de la pensée chrétienne : après des décennies à ingurgiter des aventures de Superman, cette notion devient une évidence, à nouveau c’est l’historique de mes lectures passées qui me fait relativiser ce rapprochement, mais j’ai lu Chninkel quarante ans après sa parution.

      Et le monolithe dans tout ça ? 😀

      La BO – Wikipedia – The Power to Believe est le treizième album studio du groupe britannique King Crimson. Il est sorti en 2003 chez Sanctuary Records. La composition du groupe est identique à celle de son album précédent, the construKction of light, sorti en 2000 : Robert Fripp, Adrian Belew, Trey Gunn et Pat Mastelotto.

  • Fletcher Arrowsmith  

    Bonjour Présence.

    J’ai lu cette BD culte et référence très tardivement, fin des années 2000 il me semble.

    Graphiquement, j’aime beaucoup ce noir et blanc. J’adhère surtout sur les planches très détaillées. Par contre plus de mal avec le lettrage (la planche montrée avec le monolithe en un exemple flagrant).

    Comme lu, déception vis à vis du dénouement qui tranche trop avec le reste du récit comme quand la SF apparait dans THORGAL (pas toujours maitrisée).

    Je n’avais pas fait de parallèle avec le Nouveau Testament. Très intéressant comme analyse.

    • Présence  

      Nous avons parlé lettrage récemment avec Bruce. Force a été de me rendre à l’évidence : j’ai grandi en lisant des bandes dessinées avec ce type de lettrage, en conséquence de quoi il m’apparaît comme normal.

  • zen arcade  

    Scénario solide qui bénéficie de tout le savoir-faire de Jean Van Hamme en la matière, même si en effet ça me semble recycler d’autres récits sans apporter de réelle plus-value. Un album parfait à lire à l’adolescence.
    L’intérêt principal réside dans le travail graphique ébouriffant de Rosinski.
    Rétrospectivement, je trouve ça assez petit par rapport à la richesse d’utilisation d’un univers de fantasy par Miyazaki dans son Nausicaa. La différence sans doute entre un très bon faiseur (qui n’a d’ailleurs jamais prétendu être autre chose) et un immense artiste.

    • Présence  

      Par la force des choses, mon appréciation de cette œuvre est teintée du fait que je l’ai lu tardivement, à la fois en âge, à la fois par rapport à sa date de parution originale. Du coup, elle se trouve décontextualisée du reste de la parution de l’époque, et j’ai entretemps lu beaucoup d’autres choses, y compris des variations sur le thème de la religion.

    • Tornado  

      « Un très bon faiseur » ???
      C’est juste un des plus grands scénaristes de l’histoire de la BD. Perso je le mets dans le TOP 3. Il m’a rarement déçu et il est aujourd’hui copié par une armada de « très bons faiseurs ». L’héritage qu’il va laisser est quand même considérable.

      Ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est qu’on reproche désormais à cet album un côté désuet et vieillot, qu’il n’est finalement pas à la hauteur de sa réputation. C’est un peu comme si on reprochait la même chose à un Chaplin, un Hitchcock, un album de Led Zeppelin ou une vieille chanson. Il suffit de se remettre dans le contexte et c’est tout. Cet album est le fruit d’un feuilleton publié en amont dans un magazine de BD au milieu des années 80. À une époque où l’heroic fantasy était encore quasi-inexistante dans ce médium. Pourquoi est-ce que j’irai le lire en m’attendant à y trouver un pamphlet philosophique sur le Nouveau Testament ? Lire Homère, Bram Stocker ou Lovecraft, c’est vieillot aussi. Mais remis dans son contexte, c’est quand même exceptionnel.

      • zen arcade  

        Oui, je place Jean Van Hamme parmi les très bons faiseurs.
        Le Chninkel, je l’ai lu quand j’avais 16 ou 17 ans et j’ai trouvé ça très bien. J’en garde un très bon souvenir. C’est pour cela que je disais plus haut que c’est un album qui convient très bien à un public adolescent.
        Le contexte, je veux bien, ça mérite d’être rappelé, mais ça ne doit pas empêcher de dire que, vu aujourd’hui avec un regard plus adulte , Van Hamme propose avec le Chninkel un recyclage habile d’influences diverses pour un résultat qui dans le fond n’est quand même pas très original.
        Par ailleurs, je ne trouve l’album ni vieillot ni désuet.
        Quant à Chaplin, Hitchcock et Led Zeppelin, ils ne sont de toute évidence pas des faiseurs.

        • Ludovic  

          Je ne suis pas forcément un grand complétiste de l’œuvre de Van Hamme (surtout que je viens d’avouer que je n’avais pas lu le CHNINKEL donc ça la fout mal !!!) mais je suis quand même assez proche de l’avis de Zen, surtout que dans sa pléthorique production, on tombe facilement sur des albums dans lesquels l’écriture dévoile ses limites: recours à des clichés, narration paresseuse, didactisme lourdingue, KIVU par exemple, j’avais vraiment trouvé ça embarrassant à lire…

          • Présence  

            @Ludovic

            Je n’avais lu que des mauvaises critiques de Kivu, et ma curiosité a encore une fois une raison du bon sens. J’ai été très agréablement surpris par sa candeur et son honnêteté.

            La version courte : Sous réserve d’avoir conscience de la nature du récit, une immersion dans une région de la République Démocratique du Congo dont les richesses minières attisent les convoitises d’exploiteurs de la pire espèce, le lecteur découvre une trame très classique d’aventure, permettant d’exposer les informations afférentes. La narration visuelle présente une grande rigueur et une grande richesse, rehaussant l’approche documentaire et réaliste. Au final, le lecteur apprécie d’avoir fait ce voyage avec un adulte idéaliste et téméraire, ce qui permet de mieux supporter la réalité des abominations et des exactions.

            La version longue :
            les-bd-de-presence.blogspot.com/2025/11/kivu.html

      • Présence  

        Un des plus grands scénaristes de l’histoire de la BD, copié par une armada d’auteurs, l’héritage qu’il va laisser est quand même considérable. – C’est indubitable : l’œuvre de Jean van Hamme est imposante, diverse et couronné d’un succès qui en impose.

        Quel palmarès ! XIII, Thorgal, Largo Winch, Les maîtres de l’orge (dont je garde un excellent souvenir), etc., ainsi que la reprise de Blake & Mortimer.

        Pas à la hauteur de sa réputation : ça m’a placé dans une situation vraiment compliquée, j’ai été incapable de faire abstraction de la réputation de l’œuvre, ce qui effectivement induit un horizon d’attente que je n’avais pour Kivu par exemple.

        Je n’ai trouvé cet album ni désuet, ni vieillot : c’est une très bonne bande dessinée, y compris en la découvrant aujourd’hui, elle présente des qualités intrinsèques, indépendantes de l’époque de sa parution. Du coup, ma comparaison pourrait aller à un film d’Hitchcock, ou à un classique de la littérature, c’est-à-dire des œuvres d’une autre époque. C’est dans cette perspective que je n’y ai pas trouvé autant que ce que je m’imaginais.

        Comme tu le soulignes, c’est l’idée que je me suis faite de cette BD qui a coloré mon ressenti. J’en avais conscience en commençant ma lecture, et je n’ai pas été capable de compenser ces a priori. En revanche, cette nature d’attentes s’applique également quand je lis un classique.

  • Ludovic  

    Bon allez il y a toujours un moment ou il faut assumer ses lacunes culturelles (sans pour autant se mettre à chialer dessus comme tout un tas de pauvres gens sur les reseaux sociaux qui se plaignent en mode « oh on m’a dit que j’étais un mauvais cinéphile parce que j’ai pas vu LE PARRAIN » « pourquoi j’aurais pas le droit d’être une booktokeuse alors que j’ai jamais entendu parler de Raymond Carver etc… » ouin ouin ouin…) je n’ai donc jamais lu LE GRAND POUVOIR DU CHNINKEL, voilà c’est tout. Mais ça arrivera sans doute un jour ! 🙂

    • Présence  

      Merci pour cette honnêteté intellectuelle : ça m’a permis d’apprendre un mot de vocabulaire Booktokeuse.

      Quant aux lacunes culturelles, comme disait l’autre (Socrate) : plus j’apprends plus je sais que je ne sais rien.

  • Jyrille  

    Oh YES !!! Une de mes bds culte chroniquées par Présence ! Ca va être du feu de dieu !! Mais… comment… il n’y a que quatre étoiles ? Alors que Présence ne met jamais moins de 5 étoiles sur Brucelitleblog ? Ce doit être une erreur. Un fake. Une IA.

    Mon édition, en intégrale, date de l’époque, donc 1988. Je ne l’ai lue qu’en noir et blanc. Ma bd a bien souffert, et je l’ai souvent relue. Pour les gens de mon âge, ce fut une grosse claque, c’était à la fois nouveau et connu, connu pour le terrain, les dessins, le genre d’histoire d’héroïc fantasy, et nouveau pour le format, l’histoire étonnante, le refus de donner ce qu’on pouvait attendre.

    Je me rends compte qu’en reprenant le début du texte de la bd que le premier Donjon commence un peu de la même façon (j’avais moi-même repris le début dans mon tout premier article Donjon), on est clairement dans l’HF !

    Mais tu as raison sur les références, et c’est sans doute pour ça qu’on avait trouvé ça génial : ça se moque de l’histoire de Jésus sans être méchant, et ça fait un hommage à 2001 en inversant le propos. Pour avoir lu le livre de Arthur C. Clarke, il y est explicité que le monolithe est d’origine extraterrestre et bourré de technologie, c’est lui qui pousse les grands singes à découvrir les outils.

    Je pensais sincèrement que tu l’avais découverte à l’époque, mais je suis bête : moi-même je ne sais rien de ce qu’il se passait chez Marvel comics en 1988. Mieux vaut tard que jamais ! 🙂

    La BO : un King Crimson que je n’ai pas écouté, a priori le dernier album studio qu’ils ont fait en 2003. Pas convaincu par l’extrait mais ce n’est évidemment pas suffisant.

    • Présence  

      Bonjour Jyrille,

      Merci pour cet autre témoignage de la découverte de cette BD à l’époque, c’est-à-dire dans son contexte.

      Toujours à l’aune de ma sensibilité personnelle (et qui n’engage que moi), je n’ai pas trouvé que le récit se moque de l’histoire de Jésus. D’un côté, il reprend plusieurs étapes clés de la vie de Jésus, de l’autre la conclusion est parfaitement en accord avec le Nouveau Testament : Le grand pouvoir, celui de pardonner en son nom. Cela correspond exactement au passage de la loi du Talion (Ancien Testament) à pardonner à son prochain (Nouveau Testament).

      • Jyrille  

        Si mon édition a souffert, c’est aussi parce qu’elle a pas mal voyagé chez les copains, tout le monde a adoré. Tu as raison, Van Hamme ne se moque pas, mais il reprend les grandes lignes en lui donnant de nouveaux sens, tout en étant un peu narquois je trouve : je me souviens d’une case avec J’On ayant la tête baissée, un sourire en coin, entouré de ses fidèles, comme une image pieuse.

        En fait si ça se trouve je vais la relire alors que bon je suis bien à la bourre partout ! 😀

        • Présence  

          Je n’ai pas su les nouveaux sens auxquels tu fais allusion.

          • Jyrille  

            Les nouveaux sens : au lieu du fils de Dieu, on a un esclave qui ne croit pas en lui-même, qui veut uniquement profiter de la vie et non pas devenir un messie.

            Jésus ne serait donc qu’un pion dans un costume trop grand pour lui et qu’on lui impose.

            Au lieu d’avoir un gars honnête et croyant, on a un petit malin qui profite des autres et fait de la magie en s’octroyant des pouvoirs qu’il n’a pas. Tout ceci est donc un détournement ironique du personnage et de l’histoire du Nouveau Testament.

          • Présence  

            Merci pour cette analyse et ces pistes

  • JP Nguyen  

    J’arrive après la bataille.
    J’ai commencé cette BD dans sa version colorisée et je ne l’ai pas terminée (je crois).
    Je ne me rappelle plus très bien l’histoire. Un de mes potes était fan et m’en avait fait l’éloge, je n’ai pas accroché. J’ai un peu des scrupules à l’avouer car cette BD a une certaine réputation et je pense qu’elle est méritée, c’est juste qu’avec certains gus comme moi, ça fonctionne moins bien.

    • Présence  

      Fuis pauvre mortel, tu peux encore effacer ton post avant que l’œil omniscient de Tornado ne le repère et que son courroux s’abatte sur toi ! 🙂

      Merci pour cet aveu qui me permet de briller par comparaison : j’ai lu toutes les pages.

  • Bruce Lit  

    Quatre étoiles à ce chef d’oeuvre que même moi, un abstinent de la fantasy, a adoré pour son universalisme, sa noirceur, sa fin d’un pessimisme épouvantable, cette réappropriation du Christ en version Tolkien lisible à plusieurs niveau de compréhension, sa scène de sexe anthologique et bien entendu le brio de Rosinski.
    Là je ne te comprends pas Presence : tu sembles parfois plus dur avec les séries ou les One Shot d’auteurs, des vrais, des durs quand tu arroses de cinq étoiles des jobards comme Fraction ou Hickman ^^, qui friment, en vont pas au bout de leurs idées quand ils ne vont pas au bout de leur BD tout court.
    Ainsi est le destin de Presence : se prendre une volée de bois vert pour un seulement 4 étoiles.

  • Présence  

    Sa fin d’un pessimisme épouvantable : homme de peu de foi 🙂 au sens littéral du terme.

    La fin est conforme aux évangiles, et dans ce sens respectueuse du Nouveau Testament. Ensuite, à chacun ses convictions, entre la fin de la vie avec le passage à l’état de cadavre ou la croyance en un au-delà… ou encore l’accomplissement d’une œuvre qui a engendré une valeur morale par l’exemple, celle du pardon.

    Comme évoqué plus haut, oui c’est vrai que ma grille de lecture change en fonction de l’auteur, je pensais qu’un scénariste de la trempe de Jean van Hamme aurait un avis personnel sur la figure christique, ou des questionnements comme le suggère Tornado. Par comparaison, Dans sa trilogie divine, Philip K. Dick s’interroge sur le fait que l’une des nombreuses sectes du début du siècle ait pris le pas sur les autres.

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