LE DARK KNIGHT DE MILLER EST-IL FASCISTE ?

FOCUS : LE DARK KNIGHT DE MILLER EST-IL FASCISTE ?

Thèse, antithèse et quelques foutaises écrites par JP NGUYEN

On essaiera de ne pas monter sur nos grands chevaux ©DC Comics

« Quand même, dans THE DARK KNIGHT RETURNS, Batman c’est un peu un gros facho, non ? »
Alors, gros, disons avec un léger surpoids dû à l’âge et facho, ça, c’est très discutable, et d’ailleurs, on va en discuter.

Le fascisme, quelle définition ?

Sur les bancs de l’école, on m’avait appris que le terme « fascisme » trouvait ses origines dans l’Italie de Mussolini, qui avait fondé les Fasci italiani di combattimento (Faisceaux italiens de combat). Et donc initialement, le fascisme, c’était le régime autoritaire dirigé par le petit Benito, avec valeurs nationalistes, discours populistes, culte du chef et de l’autorité. Mais c’est un peu comme pour les pâtes (en plus dur à avaler), le concept était trop universel pour ne pas s’exporter et se décliner à plusieurs sauces.

Et donc, dans le langage courant tel que votre serviteur le pratique, le fascisme et ses partisans, les fachos, ça désigne l’ennemi de la liberté et de la démocratie. Dans cette utilisation, le facho peut donc aussi être de gauche, si il cherche à imposer ses idées par la force et suit aveuglément son leader désigné…Toute ressemblance avec des personnalités politiques réelles est fortuite. « Ne mélanchons pas tout » comme pourrait le prononcer un lecteur à l’accent germanique.

Après, de mon humble point de vue, avec la polarisation croissante de la société, il est devenu assez facile, comme un réflexe, de traiter de « facho » un interlocuteur avec lequel on serait désaccord, du moment que le point de vue débattu comporterait un élément d’autorité ou de contrainte. J’ai moi-même cédé à cette dérive dans l’annonce des spoilers de cet article.

Une menace pour la société ? De quelle sorte ? © DC Comics

Les éléments à charge

Dans DARK KNIGHT RETURNS (on dira DKR pour la suite de l’article), Batman lutte contre la criminalité pour suppléer des autorités officielles dépassées. Du coup, il incarne la nouvelle autorité et lorsque celle-ci est contestée par le Mutant Leader, Batman s’impose au terme d’un match aller/retour, dans une décharge puis dans un bourbier. Sa victoire provoque la défection de membres du gang des mutants qui se rebaptisent FILS DE BATMAN. La case du culte du chef est donc largement cochée.

Sur les méthodes utilisées, il y a au moins deux scènes de torture montrées, l’une sur un complice de Two Face que Batman menace de laisser se vider de son sang, l’autre sur un membre des mutants que Batman suspend par les pieds en haut d’une corniche… Plus tard, en évoquant le Joker, le monologue intérieur du Chevalier Noir évoque toutes les personnes qu’il pense avoir tuées en laissant vivre le Prince du Crime. Méthodes musclées, appétence pour la peine de mort, ce sont des effectivement des éléments de discours fascisants comme on peut en entendre de nos jours à coup de « Il faut remettre de l’ordre ! » ou « On est trop gentils avec les criminels ! ». Notez que je ne suis pas un bisounours et que la répression me semble nécessaire tout en étant insuffisante à elle seule. Mais rares sont les œuvres superhéroïques où le mal est éradiqué grâce à des politiques de prévention et des actions de réinsertion durable, DKR s’inscrit seulement dans la lignée des comics de super-slips mainstream. Mais donc, la case « Valeurs autoritaires et adulation des hommes à poigne» est  également cochée.

Alors, le fan de DKR voterait-il forcément LR ou RN ? C’est pas du tout dit, et je m’en vais challenger cette assertion dans les lignes qui suivent.

Micro-trottoir à Gotham City © DC Comics

La parole à la défense

Dans DKR, c’est Superman qui est à la botte du gouvernement. Le président des Etats Unis l’envoie écraser des chars ennemis et intercepter un missile nucléaire. Batman critique explicitement l’allégeance du Kryptonien. « Tu as toujours dit oui à tout ce qui portait un badge ou un drapeau. » Autre critique du nationalisme : les mutants sont fournis en arme par un général corrompu, qui, une fois mis à jour, se suicide. Batman porte sa dépouille encore fumante enveloppée de la bannière étoilée.

En évoquant une scène du passé, le Dark Knight insiste que les super-héros sont des criminels car ils se mettent au-dessus des lois. Dès lors, on ouvre la porte à la désobéissance civile mais aussi à la loi du plus fort et pas forcément à un cadre autoritaire d’un régime totalitaire. Notez que je ne dis pas que le Far West est un modèle de société idéal mais il est idéologiquement distinct du fascisme.

Par deux moments dans le récit, Frank Miller fait intervenir de simples citoyens pour venir en aide à leurs congénères. Il y a, dans le chapitre 2, le personnage de Peppi Spandeck, un épicier moustachu qui met en fuite un mutant avec son simple rouleau à pâtisserie. Un héroïsme ordinaire qui ne connaîtra pas d’écho médiatique dans le monde de DKR où les écrans recherchent plutôt du sensationnel. L’autre acte d’entraide, c’est le prêtre secouru dans le chapitre 4 par un jeune, qui, quelques instants plus tôt, l’incommodait car il écoutait trop fort sa radio.

Ces deux personnages servent de contrepoint à un autre citoyen portant un costume gris, régulièrement interviewé au cours du récit, qu’on devine appartenir à la classe supérieure et dont les actions sont teintées de lâcheté et d’égoïsme. En reconstituant la mosaïque de la société de DKR telle que montrée par Frank Miller, on n’aboutit donc pas forcément à une vision manichéenne avec une masse uniforme d’honnêtes gens menacés par le crime mais une collection d’invididus avec leurs moments de bravoure ou de couardise, leur désir d’aider la collectivité ou de ne penser qu’à leur pomme. Une responsabilité individuelle qui tranche avec la logique fasciste de suivre les ordres du chef.

Le courage au bout du rouleau © DC Comics

Jouons à l’avocat du diable

« Ouais OK, dans DKR, Batman n’est pas tout à fait identique à Benito ou Adolf mais quand même, ça reste un gros riche qui veut refaire le monde à son image. Il a dépensé plein de thunes pour créer de la kryptonite de synthèse et mettre sa pâtée à Superman alors qu’avec tout cet argent, il aurait pu sauver des bébés phoques, créer des puits en Afrique ou vaincre l’illettrisme… »

D’une part, sur le « gros », j’ai déjà évoqué une légère surcharge pondérale.

Et sur l’argent qui aurait pu être utilisé autrement, je renvoie aux conventions du genre : il est des combats et des causes, fort nobles, mais qui ne passent pas bien visuellement dans un comics du genre superhéros. Après, sur la dérive des milliardaires qui contrôlent le monde, dans DK2, Batman rentre en conflit avec Lex Luthor, devenu Président. Oui, comme dirait les Inconnus, « Il y a le bon milliardaire et le mauvais milliardaire. Y’en a qui utilise son fric pour influencer la marche du monde et l’autre qui… »

Il est vrai que d’autres auteurs comme Sean Murphy interrogeront davantage la responsabilité sociétale de Batman/Bruce Wayne et l’inadéquation de ses méthodes musclées pour pacifier la ville. Ceci dit, je trouve que WHITE KNIGHT pose une bonne question sans donner de réponse convaincante.

Dans WAR ON CRIME, Paul Dini montrait un Bruce Wayne luttant également contre les racines sociales de la délinquance en finançant des structures d’aide.

Du temps et de l’argent qui auraient pu servir à autre chose ? © DC Comics

Le verdict

Chaque lecteur a ses filtres, sa grille de lecture. Et pour un même fait, il y a plusieurs interprétations possibles. L’histoire personnelle de Frank Miller, avec notamment sa prise de position contre le mouvement OCCUPY, a pu également jouer un rôle dans la perception de son œuvre. De même que son brulot raciste post 11 septembre : HOLY TERROR. Toutefois, en se focalisant uniquement sur le contenu des pages de DKR, caractériser sans équivoque cette œuvre comme « fasciste » me semble simpliste et exagéré.

DKR est une œuvre très riche et mérite mieux qu’un jugement à l’emporte-pièces : elle contient des éléments que l’on peut retrouver dans les discours fascistes mais ni l’œuvre ni son héros ne sauraient être réduits à cette simple étiquette. Les cataloguer lapidairement de facho serait fâcheux.

Réactionnaire n’est pas non plus exact, étant donné que le Batman de DKR ne cherche pas forcément à rétablir un ordre ancien à l’identique. A la fin du récit, Bruce Wayne songe à réformer un monde, décrit comme en proie à des maux pires que ceux des voleurs et meurtriers. Le vieux héros se tourne alors résolument vers l’avenir.

Je vous invite à exposer votre point de vue dans les commentaires, en restant courtois…sans vous fâcher !

Alors, certes, à la fin, le héros est à la tête d’une armée… ©DC Comics

51 comments

  • Norman T. RAY  

    J’ai avec DKR un peu la même relation que j’ai avec Watchmen, j’admire vraiment et en toute sincérité le boulot abattu, et l’impact, et j’apprécie le résultat tant qu’on ne veut pas en faire des modèles à suivre.

    En particulier, DKR me montre que Miller croit comprendre Batman, mais il ne comprend décidément pas Superman.

    Après, je ne vois pas bien l’intérêt d’appliquer des modèles de la vie réelle sur des oeuvres de fiction, surtout celles avec des justiciers en collant, dont on peut être à peu près sûr qu’on n’en aura jamais de vrais dans la vie. Ne mélanchons pas tout ! 🙂

    Super article en tout cas !

  • Présence  

    Belle question, et en même temps assez vaine à mes yeux.

    J’ai beaucoup aimé comment ton article commence par la définition du fascisme, regarde quelles cases coche DKR, puis introduit la nuance.

    DKR est une œuvre très riche et mérite mieux qu’un jugement à l’emporte-pièces : 100% d’accord.

    Il m’a souvent semblé que Frank Miller privilégie l’émotion à l’analyse politique, Holy Terror en est l’exemple parfait. Batman & Catwoman cassent du terroriste en réaction aux attentats, sans se préoccuper de l’ordre mondial ou des mécanismes géopolitiques ayant abouti au onze septembre.

    A mes yeux, DKR est un récit de superhéros, c’est-à-dire des gugusses masqués qui règlent les problèmes par la force, un tout autre registre que la prévention comme tu le soulignes.

    Cela conduit à une dissonance cognitive entre ce recours à la force et le besoin d’instiguer une révolution pour mettre à bas la société du spectacle, ainsi que des politiciens incompétents ou prédateurs (la vision quasi systématique que porte Miller sur eux).

    • Présence  

      En fait, après tout, je reviens sur ma première réaction : cette question n’est pas si vaine que ça.

      Comme tu le fais, ça vaut le coup de se demander si cette version de Batman peut dépasser sa condition de superhéros et le niveau de risque qu’il vire au fascisme.

      Il est possible de pousser encore plus loin les interrogations en utilisant les quatorze caractéristiques listées par Umberto Eco.

      fr.wikipedia.org/wiki/Reconna%C3%AEtre_le_fascisme

      • JP Nguyen  

        Tu avais déjà évoqué ce livre et, dans une de mes premières ébauches mentales, j’avais considéré la possibilité de structurer mon article dessus mais je ne maîtrisais pas suffisamment le sujet.
        Au final, le plan utilisé est plus simple mais ça me suffit pour articuler mon propos.

        Sinon, j’ai des questions beaucoup plus vaines en réserve :
        – comment les longues griffes de Wolverine font-elles pour rentrer dans ses avant-bras ?
        – pourquoi la toile de Spider-Man sort des poignets et pas du cul ?
        – si Batman peut battre n’importe qui avec du temps et de la préparation, comment gérer le pronostic d’un combat contre un adversaire au potentiel infini induisant un temps de préparation infini ?

        • Présence  

          Je suis très preneur de la réponse à la première question car ça fait longtemps que ça m’intrigue, avec une chronologie sur l’évolution de la longueur de ses griffes.

    • JB  

      J’ai l’impression qu’au bout du compte, DKR, c’est surtout un Bruce vieillissant qui chasse sa jeunesse, répétant des mots du passé (« Oui, père, je serais chauve-souris », renvoyant à Year One), recueillant une enfant, rassemblant ses anciens compagnons de jeu pour un dernier tour de piste avec des clins d’œil complices (littéralement dans le cas de Clark). C’est d’autant plus manifeste avec les derniers mots de Strikes again, je trouve (« quand j’étais vieux », dans mes souvenirs).

  • JB  

    C’est drôle, je n’ai jamais ressenti cette idée de Batman « de droite » / facho ou quel que soit le terme dans DKR.
    Par contre, Strikes again (Superman qui se dit qu’il devrait appliquer la loi du plus fort comme morale de l’histoire ?!), ASBAR (Batman taré, meurtrier, kidnappeur et dont la violence infecte les habitants de Gotham plutôt que de les inspirer, même si ça semble être la même chose pour l’auteur) et The Master Race (on parlera généreusement d’imagerie douteuse pour les kryptoniens), c’est autre chose…

  • Doop  

    J’aime beaucoup l’article. Après il me semble que des voix s’étaient déjà élevées dés la parution de DKR sur son côté un peu droitard. Après, en toute honnêteté, je ne l’ai jamais vu comme ça.
    Et je trouve DK2 encore plus intéressant sur la côte parti en vrille de Miller.
    C’est vraiment chouette

  • Sébastien Zaaf  

    Hello JP. Article très intéressant et fort bien écrit. La première partie qui expose le côté fasciste de Batman dans sa forme autant que son fond est limpide. Je crois cependant que beaucoup de lecteurs font avec Miller la même erreur qu’avec Verhoeven. C’est confondre l’auteur et son oeuvre avec ce qu’il dénonce. J’ai du mal à croire que Miller, auteur de Martha Washington, soit un fasciste pur jus. Son Batman est très proche d’un Punisher, du mouvement des Vigilantes et ça n’est pas un hasard si à un moment pour le rôle au cinéma on évoquait Clint Eastwood. Pour Holy Terror je pense qu’on mesure peu l’impact que le 11 septembre a pu avoir sur certaines consciences aux USA. Je le vois plus comme une réponse maladroite qu’un vrai pamphlet islamophobe même si certains voient aussi ce sous-texte de confrontation des civilisations dans 300. Je vois plus un homme d’une autre époque, effrayé ou désappointé par la nôtre et qui tente de chercher des réponses, pas adaptées mais pas un idéologue. En tout cas c’est je pense une discussion qui dure et qui durera encore tellement le personnage Miller / Batman a pu devenir clivant.

    • Chip  

      Disons que, plus tard, Miller facilitera de lui-même la confusion…

  • zen arcade  

    Frank Miller est un anarchiste de droite. Son œuvre en est imprégnée et c’est le cas déjà dans DKR même si cela sera plus marqué ensuite.
    L’anarchisme de droite n’a pas de réelle traduction politique significative chez nous, c’est sans doute la raison pour laquelle on traite souvent Miller de proximité avec le fascisme avec lequel il partage certaines caractéristiques.
    Un gars comme le fils Sarkozy pourrait politiquement représenter ce mouvement en France.
    Aux Etats-Unis, c’est un mode d’appréhension de la société plus répandu et qu’on peut rapprocher aujourd’hui du libertarianisme.

    • JP Nguyen  

      Merci pour la proposition « Anarchiste de droite » et libertarien. C’est pertinent mais éloigné de mes repères habituels. Je crois me souvenir d’avoir lu une proximité de pensée entre Miller et Ayn Rand.
      Après, dans DKR , il y a des élans de solidarité et de la compassion pour les faibles qui s’opposent aux thèses assez égoïstes de Rand, me semble-t-il.

      • Jyrille  

        Je viens de lire le RORSCHACH de Tom King et Jorge Fornès, et dans son introductio, Edmond Tourriol dit que c’est Ditko qui est proche des idées de Ayn Rand. L’un n’empêche pas l’autre mais comme toi, je trouve toujours de l’humanité chez Miller.

      • Nikolavitch  

        Oui, Miller s’est longtemps revendiqué « objectiviste », dans la lignée d’Ayn Rand et surtout de Ditko. Et par ailleurs, à son arrivée à New York il se fait agresser et ça l’a durablement marqué.
        Une des grosses sources de DKR, c’est le discours des films Dirty Harry, d’ailleurs, qui entretiennent également ce même genre de confusion.

        • Chip  

          Pour boucler la boucle, il faut regarder les extraits vidéos d’Alan Moore parlant de Ditko, de Mr A et de Rorschach, qu’on trouve dans le doc de Jonathan Ross sur Ditko et différentes autres sources Moorocentrées. Là où Miller peut m’inspirer de la pitié et de la compassion, Ditko se révèle absolument glaçant.

          À propos de Dirty Harry, qui fut en son temps copieusement traité de gros facho, les deux influences les plus visibles de ses saillies, selon moi, sont toutes les deux hilarantes, mais pour des raisons diamétralement oppposées :

          1) Leslie Nielsen en Frank Drebin, dans le premier « Y a-t-il un flic » : « Désolé mais quand je vois des types en toges en train d’en poignarder un autre, je sors mon flingue » (de mémoire) « C’était la compagnie Shakespeare qui interprétait Jules César en plein air! »
          2) Le monologue du méchant de Cobra (Stallone) – le plus pur film reaganien à ma connaissance, intepreté par ce pauvre Brian Thompson, avant de se faire empaler et brûler vif (vous voyez qu’on est pas loin des « Y a-t-il »). (Ce monologue était pour moi invaincu dans la catégorie homme de paille ridicule pour réac ammosexuel jusqu’à la vision d’extraits du film « Run Hide Fight : Infidels », une sorte de Holy Terror filmique, mais c’est une autre histoire)

    • Ludovic  

      Assez d’accord avec Zen, l’expression « anarchiste de droite » me parait une idéale définition de la vision du monde et de la sensibilité de Miller telle qu’elle s’exprime dans TDKR: individualisme forcené, critique des institutions, refus du « progressisme » et une forme de nihilisme qui renvoit tout le monde dos à dos avec une ironie mordante. On peut adorer TDKR en général (c’est mon cas, je l’ai relu souvent et je m’en lasse pas) et avoir une certaine lucidité sur la vision du monde qui le traverse et les affects de son auteur.

    • Chip  

      C’est à peu près ce que j’allais évoquer en évoquant la dédicace que faisait Miller à Ayn Rand (dont j’ai appris l’existence à cette occasion) de… Martha Washington je crois?

      Le libertarianisme parassait vu d’ici un cousin malformé du libertarisme à la sauce cow-boy / vigilante, mais on trouve ces dernières années des vecteurs pour l’implanter ici (David Lisnard, le méritocrate Louis Sarkozy que tu as cité). Les, disons, compatibilités des libertariens avec le capitalisme débraillé et le fascisme au sens large sont à la fois démontrables sur le plan des idées et illustrées dans l’histoire (par exemple dans le culte des Chicago Boys, Milton Friedman ayant accompagné le projet de Pinochet au Chili). Donc, bon, ça ne vient pas de nulle part, et Miller lui-même donnera du grain à moudre au début du millénaire, comme on le sait bien ici.

      (Petit apparté sur le libertarianisme, à ma sauce, vite fait : c’est un cache-sexe de l’autoritarisme en forme de liberté du plus fort mais jamais cohérent avec lui-même, où, quand il l’est, on arrive en pleine dystopie – je vous incite à lire cet extrait du « Ethics of Liberty » de Murray Rothbard mis en ligne par le Mises Insititute : https://mises.org/mises-daily/children-and-rights. Dites-vous bien qu’ils ont choisi de mettre ce texte en valeur. De leur plein gré.)

      Après ça reste « une histoire de super héros » dans le sens une histoire de marginal, de vigilante, qui reste en dehors de la société et nous en offre une vision qui lui est propre, parcellaire et partiale, mais aussi un peu en coupe, comme dans des romans policiers. le Dark Knight de Miller comme son DD sont pour moi des cousins du Lone Wolf avec son cub, et je vois de nombreux parallèles à la fois thématiques et dans l’existences et le rebondissements politiques avec James Elroy, lui aussi influent et génial. Et, évidemment, la perspective d’un vigilante violent et intransigeant qui vit en marge, c’est la définition de Roschach : ce sont deux faces de la même pièce, débarqués dans le monde des comics à peu près en même temps, c’est le Zeigeist ou, comme le disait Alan Moore, « Steam engine time! ». Bon, sauf que Rorschach est pauvre.

      La comparaison avec Verhoeven vue plus haut vaut pour la forme (les cuts de télé, Robocop), et l’intention satitique, même si Paulo a toujours été plus cinglant et non ambigü. Quoiqu’il en soit, cette version, de Batman continue a être forte, et pas seulement graphiquement, et à être une espèce de pivot de l’interprétation des comics de super-héros, mais pas que, cf les films de redresseurs de tort qui ne suivent pas la loi ou d’hommes qui ne deviennent ultra-violents qu’avec beaucoup de réticence, mais à la grande joie qu’on espère cathartique des spectateurs (ne gérez pas votre deuil comme John Wick, déjà, vous allez vous blesser rien que’avec les acrobaties).

      Une oeuvre pleine de contradictions (se moquer de Reagan en produisant une oeuvre tout à fait dans le ton des films de gros bras de l’époque) qui en font aussi la richesse. Richesse qui se perdra plus tard chez l’auteur (Holy Terror, All Star Motherfucking Psycho Batman and Robin).

  • phil  

    Miller est une personnification de la complexité humaine, et son oeuvre l’est donc également
    Ce qui m’avait surpris, à la première de mes 4500 lectures de DKR, et qui montre cette complexité, c’est la conclusion avec, entre autres, des « mutants » suivant Bruce

    Bel article JP

  • Bruno. :/  

    … Complètement pas concerné par cette vision du truc, à des kilomètres de mon mode de pensée (si je peux appeler ça comme ça…).

    Au travers de ses récits, Miller me semble surtout un réaliste (amoureux d’un médium qui ne l’est pas, lui par contre), et qui a souvent tenté d’exprimer ses intérêts de la manière la plus directe possible tout en respectant -et souvent transfigurant- les formes imposées par le Comic-Book.

    Alors je n’ai pas lu son pamphlet post Twin Towers & Co ; mais il me semble évident qu’il faut le prendre avec un grain de sel et faire la part des choses entre un cafouillage patent au niveau des idées exprimées et le profond traumatisme qui l’a conditionné : si on était -chacun de nous- réduit à nos pires moments (vous auriez du venir me parler période Gilets Jaunes ou vaccin-hype, laisser-passer et muselière obligatoire, vous n’auriez pas été déçus !), je ne donne pas cher des lendemains qui chantent…

  • JP Nguyen  

    Merci à tous pour avoir lu l’article et pour vos commentaires.
    Je suis un peu sous l’eau dans la vraie vie, alors je ne répondrai pas individuellement à tous les coms. Merci de votre compréhension.

    Ça faisait un moment que je voulais articuler ma pensée sur ce sujet. La nuance n’est pas si facile, de nos jours, où l’on nous demande souvent de choisir un camp…

    • zen arcade  

      Bravo à toi. 😉

      • JB  

        Je ne suis pas d’accord. Fasciste ! 😉

        • Chip  

          C’est exactement ce que dirait un fasciste.

    • Bruno. :  

      C’est pas le plus simple, car ça demande de constantes mises en perspectives journalières (!), mais tu peux aussi essayer d’être toi au maximum, et assumer le fait de continuer à glaner le bien aux frontières communes des idéologies -le bon sens le plus basique aide souvent (mais pas toujours).
      Faut envoyer bouler les déterminismes (et istes) et ces nondidjou de labels à la noix.

  • Tornado  

    Rien ne m’énerve plus que les tribunes populaires où des gens s’emparent d’un sujet, et par extension d’une personnalité, pour se mettre en valeur eux-mêmes au détriment des autres. Et ce n’est que ça dont il s’agit.
    Une personne peut avoir les idées qu’elle veut, ce sont les actes qui l’emportent et si on ne fait de mal à personne, les idées et les penchants politiques ce n’est plus que du folklore.
    L’expérience m’a amené à me méfier des donneurs de leçon de la bienpensance, qui sont trop souvent les personnes les plus hypocrites, les plus agressives et les plus toxiques dans la vraie vie.
    Alors on devrait les écouter plutôt que de profiter des meilleurs auteurs qui leur servent uniquement de sujet pour leur tribune ?
    Le pire restera Hergé quand même. L’auteur le plus humaniste de tous les temps brulé sur l’autel de la bienpensance (pour d’infimes détails de maladresse et de tout un tas d’accusations mensongères), afin que toute une armada d’hypocrites puissent afficher leur soi-disant pensée cristalline parfaite alors qu’ils ne servent à rien ? Rendez-vous compte de ce postulat, quand même…
    Pour moi, TDKR, c’est avant tout un auteur libre qui ridiculise l’hypocrisie d’une société et de toute une époque. Un peu ce que Garth Ennis fera ensuite avec encore plus de virulence. Il fait de la provoc mais c’est uniquement cathartique. Il brocarde les excès de tous bords et met le système face à lui-même. À l’époque, dans le domaine du comics mainstream, c’était franchement incroyable. Et je trouve que ça l’est encore aujourd’hui.

    • zen arcade  

      Je ne vois pas où est le problème d’affirmer que Frank Miller s’inscrit dans la tradition américaine de l’anarchisme de droite et aujourd’hui du courant libertarien.
      Il le dit lui-même, c’est pas moi qui l’invente. Et ça transparait clairement dans son oeuvre et notamment dans DKR.
      On peut aller un peu plus loin que de simplement considérer que le travail de Miller ne serait que de la provocation cathartique, ce qu’il est sans doute mais pas que.
      C’est pas une leçon de bienpensance. D’ailleurs, même si je ne partage pas du tout la pensée politique et la vision de la société que peut avoir Frank Miller, je tiens DKR pour un des plus grands chefs d’oeuvre de l’histoire des comics.

    • JP Nguyen  

      Cet article se veut précisément comme un argumentaire opposable aux SJW qui tomberont sur DKR en le cataloguant vite fait de fasciste. Mais c’est sans doute lutter contre des moulins…

  • Jyrille  

    Magnifique article JP, extrêmement bien écrit et articulé, aux arguments quasi imparables. Qu’est-ce que j’aimerai pouvoir utiliser mon cerveau comme ça.

    En ce qui concerne mon avis, il reste celui d’un lecteur : je n’ai jamais trouvé cette occurrence de Batman plus fasciste qu’une autre. Les super-héros ont une tendance fasciste, celle d’user de la violence. Mais ils sont pour la plupart humanistes. Et ce Batman l’est clairement, même si effectivement quelques remarques peuvent faire tiquer (le recours à la peine de mort que tu cites).

    Personnellement, je suis arrivé à un point où je n’écoute plus aucune information qui traite de ce type de sujet. Être traité d’antisémite car on critique le leader d’Israël, ça me dépasse et ça en dit long sur l’appauvrissement de la réflexion et du débat. La faute aux réseaux, tout va trop vite. Impossible de faire le tri désormais entre ce qui est pensé, une réaction, un buzz recherché, une vérité, une opinion, une rumeur. Ajoutez de l’IA là-dessus et le doute est plus que permis. Et c’est peut-être encore plus voulu. La désinformation a sonné, et avec elle l’abandond du sérieux et de la confiance. Comme j’ai pu le lire : facile de sortir une ânerie, bien plus long de démontrer que c’en est une.

    • Chip  

      C’est complètement voulu. Il y a bien des années que Steve Bannon, ex-stratège de Trump et toujours architecte d’une internationale d’extrême-droite, parlait de « flood the zone with shit », de tout noyer dans la merde. (et : Musk / twitter / facebook / Cambridge Analytica etc etc etc etc etc etc le web regorge de sources documentant la propagande volontaire, en ligne, face caméra et en print)

      Et on a récemment beaucoup cité Hannah Arendt, que je n’ai pas lue, sur le mensonge de masse : que l’effet n’est pas que les mensonges sont crus (c’est le cas sur une partie déjà conquise du public, mais uniquement sur eux), mais que les gens ne croient plus à la véracité de rien.

      • zen arcade  

        « Et on a récemment beaucoup cité Hannah Arendt, que je n’ai pas lue, sur le mensonge de masse : que l’effet n’est pas que les mensonges sont crus (c’est le cas sur une partie déjà conquise du public, mais uniquement sur eux), mais que les gens ne croient plus à la véracité de rien. »

        Je paraphrase souvent Nietzsche qui écrivait quelque chose du style que le faux n’est pas le contraire du vrai mais bien plutôt une puissance qui rend le vrai indécidable.

        • Jyrille  

          Et puis il y a ce renversement de valeurs que Soulcié a bien saisi dans un dessin qui reprend le monde à l’envers de Stranger Things : les propos calomnieux et racistes ont droit de cité au nom de la liberté d’expression. C’est une trahison totale et pour moi très inquiétant quant à notre avenir.

          Quoiqu’il en soit, merci les gars (Chip, Zen, Lavitch) pour vos références sociales, littéraires et historiques que je n’aurai jamais ! J’espère retenir un peu de ce que vous dites.

  • PierreN  

    Une idée qui a décidément la vie dure (Batman traité de fasciste dans un épisode récent de Ted Lasso). Quand bien même Batman est un personnage/concept élastique, confié à des scénaristes de divers bords politiques (du gaucho Denny O’Neil au droitard Chuck Dixon en passant par Miller, sans oublier les britanniques Morrison/Milligan/Grant durant la période de la seconde Batmania).

    • JP Nguyen  

      L’article traite du Batman dans DKR.
      On est d’accord sur l’élasticité du personnage.

  • Fletcher Arrowsmith  

    Hello

    je l’attendais avec impatience cet article. Déjà sur la forme. L’objectif n’est pas d’écrire un énième article sur ce chef d’œuvre mais de porter un regard différent et apporter de quoi débattre.

    En lisant ton article et tes arguments j’ai encore plus de certitude sur la master class que nous offre Frank Miller. Assurément l’œuvre la plus aboutie sur Batman. Le comics ultime sur le personnage.

    Cité plus haut, la comparaison avec Paul Verhoeven se tient, notamment sur l’accueil de STARSHIP TROOPERS (et ROBOCOP). Bien apprécié le cours d’histoire sur les origines du fascisme et la remise dans le contexte actuel. L’histoire devrait être la matière la plus importante à enseigner… (je caricature quoi que …).

    Surtout on se rend bien compte à travers tes argumentations qu’il y a clairement derrière une luttte contre une idée de bien-pensance que véhicule certains schémas de pensée bien étroits : violence+ droite = le mal ….

    DKR, comics de SF, telle que la SF a été définie originellement en littérature, offre une réflexion sur un futur proche, qui à la lecture des évènements actuels n’est plus forcement un futur mais malheureusement un présent (voire même un passé).

    Si j’osais (car JP, tu t’imposes comme une référence dans cet article), je trouve qu’il manque un argument sur la politique de l’époque, forme mutante friquée et du fascisme, c’est à dire l’ère REAGAN.

    • JP Nguyen  

      Tu as raison, j’ai totalement négligé cet aspect.
      Je dois avouer que dans mon enfance, j’imaginais Ronald Reagan comme leader du monde libre et à la tête du camp des gentils (émigrant d’un pays communiste et ayant moins de 10 ans, j’invoque les circonstances atténuantes)
      Depuis, j’ai revu mon appréciation.
      Et puis Trump est arrivé et tous les anciens Présidents ont semblé être des parangons de décence…

    • Sébastien Zaaf  

      Hello Fletcher. Cette proximité entre Verhoeven et Miller est aussi je pense la raison pour laquelle Miller est passé sur Robocop, version film et version comics. Les deux ont beaucoup en commun sur cette volonté de démonter les mécanismes de la société tout en étant mal compris et associés à ce qu’ils dénoncent.

      • Nikolavitch  

        le premier Robocop entrecoupé de spots de pub et d’extraits du journal télé était très millerien…

        sauf que Miller avait piqué ce tic narratif au American Flagg de Howard Chaykin. (on en est d’autant plus surs que Miller et Chaykin étaient voisins au upstarts studios, ou Frankie prenait la place de Starlin, et que Lynn Varley avait bossé sur les couleurs de Flagg)

        • Chip  

          Je ne connais pas American Flagg – c’est noté – mais la lecture du « 42ème parallèle » de John Dos Passos a allumé une petite ampoule métaphorique au-dessus de ma tête, avec ses insertions d’actualités et autres éléments de Zeitgeist entre les chapitres de point de vue. Je n’en sais pas plus sur l’historique de ces procédés, mais la filiation me semble évidente, qu’elle soit consciente et /ou reconnue ou non.

  • Glen Runciter  

    Très bon article. Je ne peux pas développer parce que je viens de me rendre compte qu’il faut que j’aille bosser (C’est du bénévolat mais le rayon « Culture », c’est du boulot quand même)
    Nota: Pour DKR, le récit est tellement bien mené et les personnages crédibles que je suis emporté par l’histoire. Comme Alan Moore ou Garth Ennis, le talent de Frank Miller annihile mon sens critique pendant la lecture.

    • Chip  

      C’est effectivement un point important dans la satire et / ou la provoc, voire l’essentiel : le talent – en y includant le travail, hein, je parle pas d’inné et d’acquis. Enfin, produire de la belle ouvrage quoi.

  • Samuel Péquignot  

    Merci pour ce passionnant article, en espérant que ce vieux cliché voir commérage du Dark Knight Returns facho finira un jour par s’estomper … Même si je soupçonne les clients de ces ragots de ne jamais l’avoir eu en main.
    Sur la forme, je me demande si l’apparence mastoc voir stéroïdienne de Batman à côté duquel un influenceur masculiniste paraît androgyne n’est pas pour quelque chose dans cette mauvaise réputation, au moins autant que les tatouages swastika de la punk néonazi pourtant pas (du tout) dans le camp de Batman, en tout cas. Les images circulant, hélas, plus que les scénarios …

    • Sébastien Zaaf  

      Tout est tordu dans tous les sens pour accuser Miller. La tuerie du cinéma a aussi été une occasion de lui faire porter le chapeau. Un journal avait même sorti une photo du Joker / César Romero avec les cheveux oranges pour montrer à quel point Batman est toxique en général. Photo honteusement maquillée puisque le Joker de la série des sixties n’a jamais eu ce look à ma connaissance. Comme accuser Verhoeven d’être nazi avec Starship Troopers.

      • Tornado  

        On a accusé Serge Gainsbourg d’être nazi lorsqu’il a sorti l’album NAZI ROCK.
        Heu… Faut pas se contenter de lire le titre, là, les gens… Faut aussi s’intéresser au contenu…
        Enfin, bref. Quand y’a du level comme ça…

        • Samuel Péquignot  

          « Elle est sale glauque et grise, insidieuse et sournoise, d’autant plus meurtrière qu’elle est impalpable. On ne peut pas l’étrangler. Elle glisse entre les doigts comme la muqueuse immonde autour de l’anguille morte. Elle sent. Elle pue. Elle souille. C’est la rumeur.
          […] La rumeur, c’est le glaive merdeux souillé de germes épidermiques que brandissent dans l’ombre les impuissants honteux. Elle se profile à peine au sortir des égouts pour vomir ses miasmes poisseux aux brouillards crépusculaires des hivers bronchiteux. »

          Pierre Desproges – « Chroniques de la haine ordinaire »

      • Chip  

        Ca n’empêche pas de relever toutes les dingueries de Miller plutôt que de regarder les arguments spécieux et les calomnies, même si, ou plutôt surtout si on est un fan dudit Miller, justement parce qu’on le prend au sérieux au bon sens du terme – par exemple en ’86 il est abusif de penser que Miller endosse complètement les vues de son Dark Knight, mais quand il sort Holy Terror ou qu’il délire sur 300, c ‘est de bonne guerre*. Je sais qu’il est revenu sur cette période, je n’ai pas trouvé la motivation de plonger _vraiment_ dedans, mais il me semble qu’il admet lui-même avoir déconné, tout en détaillant les circonstances qui l’ont conduit là.

        • Chip  

          * side polémique : on peut tout à fait différencier l’auteur du point de vue de ses personnages (exemple : Brett Easton Ellis et Patrick Bateman), mais quand l’auteur semble utiliser ça pour se dédouaner à peu de frais ça vaut le coup de le souligner et de lui demander d’assumer (Houellebecq a mollemement nié son accointance idéologique avec certains de ses personnages malgré l’évidence, et, comme souligné dans les commentaires d’un article de Présence sur le plaidoyer pro domo de Bastien Vivès, ce dernier en a aussi abusé). En mettant autant que possible la justesse du « procès » – au moins d’intention, la mauvaise foi du procédé interpelle.

          Je ne dis pas ça, malgré le début provoc de ce com, pour lancer une polémique secondaire, et je ne crois pas que ça s’applique à Miller, de ce que j’en sais – il a pris le bazar à bras-le-corps, mais je voulais souligner qu’invoquer cette distance auteur – personnages n’est pas toujours pertinent.

          • Bruno. ;)  

            Chip ; tes commentaires sur cet article battent des records de pertinence -et je ne possède pourtant aucune de tes références. Tu manies très bien la « remise en perspective ».
            Je suis surtout particulièrement raccord avec ton dernier paragraphe, tant d’éléments personnels concernant l’identité d’un auteur/artiste percolent inévitablement au travers de sa création ; et ce même au niveau le plus raz de plancher, parfois.

    • Bruno. ;)  

      Très chouette article !
      Tu traduis très clairement ta perception des albums en tant que jeune lecteur de mainstream et, plus tard, en tant qu’adulte plus informé et donc plus sensible aux « messages » (volontaires ou non) que Frank Miller exprime.
      J’apprécie aussi que les-dits messages puissent être reconsidérés via l’évolution de l’auteur lui-même, surtout étant donnée la partie d’Histoire par laquelle il est passé : on ne peut prétendre interpréter cette partie plus souterraine du truc sans tenir compte de ça.
      Mais on peut aussi -c’est mon cas- se contenter de passer un sacré bon moment de lecture.

      Merci pour le lien.

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