Le défi Nikolavitch # 1 : John Byrne- Chris Claremont : les raisons de la colère

Le défi Nikolavitch # 1 : John Byrne- Chris Claremont : les raisons de la colère

1ère publication le 28/05/17- Maj le 25/08/18

ARTICLE DE : ALEX NIKOLAVITCH

COVER :   MATTIE BOY

Alex se repend d'avoir traduit Arkham Asylum. Aide le à imiter à Alice Cooper !

Alex se repend d’avoir traduit Arkham Asylum. Aide le à imiter à Alice Cooper !

Edito : Un jour que je croisais Nikolavitch, on parlait de nos conférences respectives (oué…Bruce Lit comme il s’la pète), et il me racontait avoir été mis en difficulté par une auditrice lui demandant pourquoi la quête initiatique était plus souvent masculine que féminine…

L’idée que quelqu’un puisse mettre dans l’embaras notre traducteur, essayiste, romancier et conférencier m’a séduit et me vint alors l’idée de cette rubrique sadique : lui proposer un défi, une question à la fois stupide et tenace à laquelle il serait difficile de répondre. Ainsi naquit cette nouvelle rubrique : Le défi Nikolavitch. Tout s’est fait très vite ! J’ai proposé le concept à Alex la semaine dernière et en deux jours, il m’a pondu trois articles !  

Un grand merci à Mattie Boy qui a disposé d’autant de temps pour signer l’illustration de couverture !

Vous êtes prêts ? C’est parti !

Aujourd’hui, pourquoi le duo gagnant des Xmen est parti en cendres et n’a jamais été ressuscité ?
Les rouflaquettes du professeur Bergman sont-elles les vraies origines secrètes de Wolverine ?

Les rouflaquettes du professeur Bergman sont-elles les vraies origines secrètes de Wolverine ?©Charlton Comics

Ils étaient indissociables. Les Simon et Garfunkel, les Jacob et Delafon, que dis-je, les Zemmour et Nauleau des comics.
Et maintenant, ils ne se parlent plus.
Que s’est-il passé ?
Pourquoi le mythique tandem Claremont et Byrne a-t-il explosé en vol comme un canard qu’on aurait nourri de fayots ?
Revenons un peu en arrière et faisons un retour sur des engueulades sévèrement byrnées.

Fin des années 60, le désengagement de Stan Lee de ses responsabilités éditoriales entraîne la montée en puissance d’une nouvelle équipe centrée sur Roy Thomas. À l’opposé de la pratique démiurgique du vieux Lee, ces nouveaux editors apprennent à clairement déléguer, et c’est ainsi que le jeune Chris Claremont devient grouillot chez Marvel (comme Stan Lee l’avait été au tout début des années 40).
Rapidement, il se mêle du contenu de la revue X-Men et y propose des bouts de scénar. Mais X-Men est un titre qui va mal, et malgré les passages de dessinateurs de légende comme Neal Adams, finit par s’étioler et se cantonner à des rééditions, avant de s’arrêter.
Début des années 70, Len Wein décide de relancer la machine, dont il confie les rênes à Claremont, qu’il connaît bien et qui aime la série. Les All New, All Different X-Men sont nés, avec les Wolverine, Colossus et autres Tornade. Aux dessins, Dave Cockrum qui imposera son style aux costumes.

L’homme à la touffe de sabre va-t-il se faire fister ?

L’homme à la touffe de sabre va-t-il se faire fister ? ©Marvel Comics

Pendant ce temps, le jeune John Byrne dessine à droit et à gauche, sur des titres consacrés à Space 1999 (mais il n’a pas de lien de parenté avec le Johnny Byrne qui travaille sur la série télévisée) ou chez Charlton. Quand il arrive chez Marvel, il se voit confier le dessin d’épisodes de Marvel Team-Up, mais aussi de la série Iron Fist, qu’il reprend avec… Chris Claremont au scénar. Un duo de légende est né. C’est dans Iron Fist que le tandem introduira le personnage de Dents-de-Sabre, pendant maléfique de Wolverine, mais bientôt Byrne passe sur X-Men. Et la face du monde des comics en a été changée.

Car c’est une explosion (pas de la catégorie canard aux fayots, hein, une explosion positive). Byrne a plein d’idées, et les fixettes communes des deux auteurs leur permettent de créer des éléments forts et iconiques de la mythologie X-Men, comme le Club des Damnés. Byrne en profite pour pousser en avant le personnage (canadien comme lui) de Wolverine, ce qui lui permettra à la longue de devenir un des personnages phares de l’éditeur. Il créera à partir de là le groupe Alpha Flight, qui obtiendra bientôt sa série.

Les comics encouragent les saines lectures

Les comics encouragent les saines lectures ©Marvel Comics

L’environnement éditorial de Marvel a entretemps changé. La fin des années 70 a vu une valse des editors in chief, jusqu’à l’émergence de la figure de Jim Shooter. Ce dernier va présider à un second âge d’or de l’éditeur, mais aussi se mettre à dos une partie des créateurs par ses décisions au couperet.

C’est par exemple lui qui va couper court à la saga du Phénix Noir, exigeant que Jean Grey soit châtiée (le script original prévoyait uniquement une sorte de lobotomie psychique par Xavier, permettant de contenir l’entité Phénix dans un coin de l’esprit de Jean). Claremont en prendra son parti, développant une logique du deuil dans la série, mais cela cristallisera les tensions latentes avec Byrne, qui partira peu après, à l’issue de la saga Days of Future Past. Cela faisait longtemps que les deux auteurs s’opposaient sur la direction à donner à certains personnages, et c’est le scénariste qui a eu gain de cause face à Shooter. Ce ne sera pas la dernière fois que l’editorial Marvel contestera les options radicales du bouillant Canadien.
Ce dernier hérite de Fantastic Four, et c’est là que l’affaire tourne au vaudeville avec grandes engueulades, coups tordus et portes qui claquent.

Champagne pour tout le monde !

Champagne pour tout le monde ! ©Marvel Comics

Claremont poursuit son petit bonhomme de chemin sur X-Men, avec le retour de Cockrum puis l’arrivée de l’élégant Paul Smith. Au passage, il organisera une confrontation entre son groupe de mutants et Doctor Doom, puis l’arrivée d’un personnage mystérieux et amnésique, Madelyne, qui semble être un double de Jean Grey.

Byrne prendra comme un affront l’utilisation de Doom, vilain archétypal des FF, et écrira une histoire démontrant que celui qui était apparu dans X-Men n’était qu’un vulgaire robot. Pire encore, il magouillera (sur une idée de Kurt Busiek), rien de moins que le retour de la vraie, l’authentique Jean Grey, torpillant tous les développements de Claremont sur le personnage. Mieux encore, comme Jean doit faire partie d’X-Factor, nouveau titre réunissant tous les X-Men d’origine, l’affaire se fait sans le scénariste des X-Men, le retour de la rouquine incendiaire se déroulant à l’occasion d’un mini crossover entre Fantastic Four, Avengers et le premier numéro d’X-Factor. Dans ta face, Claremont.
À partir de là, les positions se durcissent. Byrne est persuadé de détenir la vérité sur les personnages créés pour l’essentiel par son idole, Jack Kirby (dont il contestait par ailleurs la position dans le conflit entre le King et Marvel), et balaie allègrement les développements de ses continuateurs. Magneto est sur la voie de la rédemption dans X-Men ? On en fera de nouveau un vilain ricanant dans West Coast Avengers. Et là, ce n’est pas que Claremont qui prend. Tous les développements sur la Vision et la Torche Humaine des années 40 passent à la trappe, ce qui permet à Byrne de ramener la Torche dans Namor, au prétexte que les deux personnages étaient publiés à l’origine dans le même magazine.

Busiek mettra douze épisodes d’Avengers Forever à tenter de réparer ce merdier

Busiek mettra douze épisodes d’Avengers Forever à tenter de réparer ce merdier©Marvel Comics

Chez DC, même chanson avec la réinvention post Crisis de Superman, à l’occasion de laquelle Byrne, plutôt que de contester les évolutions de personnage initiées par ses collègues (au hasard, le Lex Luthor homme d’affaire proposé par Marv Wolfman) pour s’en créditer au passage.

Attention, hein, personne ne conteste la qualité d’écriture et de dessin de Byrne, pour le coup. Seulement son côté autiste et arrogant.
Quand Claremont quitte la série X-Men, Byrne revient ventre à terre pour lancer plein d’idées qu’il ne développera pas, laissant un joli foutoir sur les bras de ses successeurs.
Les années 90 permettent à tout le monde de pousser un ouf de soulagement. Byrne est allé créer des séries chez Dark Horse, ce qui lui permet de développer dans son coin tout ce qu’il n’a pas pu faire subir aux personnages Marvel, dans des séries comme Danger Unlimited (qui démarque les FF), Babe (She Hulk) et surtout Next Men/2112, qui développe Day of Future Past d’une manière tout à fait ambitieuse, mais aussi un projet refusé sur un Doom du futur (qui deviendra d’ailleurs, mais sans Byrne, la ligne 2099 de Marvel).

Beaucoup de créateurs ont des caractères de cochon. Celui de Byrne est devenu proverbial. S’étant auto-érigé gardien d’un dogme dont il est le seul à avoir les clés, il a petit à petit fait le vide autour de lui. Il est brillant et doué, mais n’a jamais été aussi bon qu’avec Claremont, avec lequel il avait tout pour s’entendre (passion pour les histoires de possession mentale menant à un goût immodéré pour les métaphores du viol) mais qu’il a passé le reste de sa carrière à asticoter. Du coup, ce formidable auteur est devenu aussi agaçant qu’un Ridley Scott de calibre moyen. Moi je trouve ça triste, pas vous ?

 Who’s next ?

Who’s next ?©Dark Horse

—-La BO du jour

37 comments

  • Nikolavitch  

    Bien sûr que je grossis le trait. mais d’un autre côté, Byrne ne s’est jamais singularisé par le côté mesuré de ses propos et de ses réactions.

    après, je ne comprends pas « 1. Il est étrange de parler d’une personne réelle comme un narrateur omniscient de personnages fictifs dans lesquels il peut rentrer comme dans des moulins. »

    une telle remarque atomise directement toute possibilité de narraition biographique ou d’explication psychologique.

    mais en effet, les rappels factuels sur la chronologie sont précieux.

  • Chip  

    Ce que je ne peux pardonner à Byrne, c’est le sort réservé à Vision dans WCA. Je ne suis habituellement pas possessif vis-à-vis des personnages mais c’est un jeu de massacre – aussi mélodramatique l’original puisse-t-il paraître à la relecture des décennies plus tard.

    Que ce soit potentiellement parce que c’est une tête de con ne me rasséréne pas particulièrement

    Grmbl.

  • Bruno :)  

    Je reconnais volontiers le talent « plein d’effets » de conteur de Claremont : il sait, quand il en a le temps, mettre en scène et organiser une progression en développant de riches interactions entre ses personnages. Mais Byrne s’est révélé un grand explorateur de l’âme et, des FF aux Next-Men, il a prouvé une aisance toute particulière à donner une véritable profondeur de caractère TRÈS humaine (très « normale », pour le coup !) à une ribambelle de Super-Héros jusque là prisonniers de leurs limites -inhumainement archétypales, elles.
    Sans Byrne, Chris Claremont n’a pas pu s’empêcher de surenchérir sur l’extraordinaire des traits et talents de ses héros, les rendant progressivement si « parfaits » qu’ils en ont perdu presque toute séduction. Pontifiants et blasés, ils rebondissent d’aventures en aventures avec une inébranlable confiance en soi qui, je l’avoue, me les a rendu rien moins que sympathiques -Storm, Gambit et Wolverine en tête. Mais je n’oublie pas les éblouissantes réussites représentées, par exemple, par l’arc consacré à « l’émergence » de la personnalité de Carol Danvers chez Rogue -le face à face avec le Colonel Rossi est bouleversant !- ou même l’évolution plutôt inusitée de Psylocke (du moins jusqu’au ratage grotesque « Lady Mandarin/dague psychique » !).
    Inversement, John Byrne s’est appliqué à démontrer la « banalité » de la plupart de ses personnages, forçant quasiment notre affection pour eux : même Johnny Storm se révèle enfin touchant et « incarné » quand il se retrouve aux prises (!) avec les avances, si simplement suggérées, d’une Alicia enfin dotée d’un libre-arbitre crédible (au delà de sa relation avec Ben Grimm). Et que dire de la subtilité avec laquelle il a insufflé une réelle (et même réaliste, car silencieusement justifiée, Comic Code oblige !) sensibilité à un personnage aussi antipathique que Jean-Paul Beaubier ; ou l’extraordinaire (pour le lectorat lambda de ce genre de publications) de la position de Heather Hudson sur la maternité ?! Malheureusement, l’auteur/artiste aussi a fait dans l’exagération et, de l’excellente -et très amusante !- mise en valeur et perspective de la personnalité de Susan Storm au court d’une interview télévisée jusqu’à sa « refonte » plutôt sombre et franchement moins nuancée en « Femme Invisible » ; des déboires si logiques du groupe des Next-Men à la caricature de l’histoire de Tony Murcheson (ou même l’insupportable destin de Bethany comme démonstration/extrapolation « obligée » de ses dons paranormaux !) en passant par l’exploitation outrée de la mort si malvenue de James Hudson dans Alpha Flight -deux fois !-, il s’est lui aussi assez souvent fourvoyé dans son manque de mesure.
    Leur réussite commune, en dehors du contexte créé par l’époque qui les a vue travailler ensemble et la relative liberté dont ils ont joui sur le titre des X-Men, provient probablement aussi du fait de leur approche plutôt naïve et passionnée de leur profession. Fans avant tout, ils se sont évertués à ignorer systématiquement toute considération commerciale liée au médium et, obligés de s’entendre l’un-l’autre, ont développé une dynamique faite d’enthousiasmes tempérés de bon sens (et surtout du sens des proportions !) ; ce qui a, avant tout, profité à leurs créations.
    Inutile de se lamenter sur ce qui n’est plus : l’alchimie n’est pas une science exacte et on ne peut que leur envier la joyeuse période où ils ont présidé aux destinées de nos chouchous mutants. Pour l’anecdote, je soupçonne le côté infantile et revanchard de Byrne vis-à-vis de son ex-collaborateur d’être directement calibré sur la profondeur de leur relation originelle, sûrement autant amicale que professionnelle -sinon plus…

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