Le défi Nikolavitch : le foutoir Supergirl
Un article d’ ALEX NIKOLAVITCH
Illustration de MATTIE BOY
1ère publication le 18/06/17- MAJ le 04/07/26
Chaque mois, Alex Nikolavitch, traducteur, romancier, essayiste, scénariste et guest de Bruce Lit est mis au défi de répondre aux plus grandes énigmes de la culture comics. Aujourd’hui, après consultation populaire sur Facebook, il répond à la plus belle Dent de lait de Comixity, le sémillant Vincent Martini:
Une personne qui prétend pouvoir expliquer tout ce qui a été publié sur Supergirl entre 1986 et 2004 ment-elle forcément ?
Ah, Supergirl, idole des fans de majorettes à jupettes (rigolez pas, visiblement c’est un kiff très répandu aux USA, les « cheerleaders ») (alors okay, c’est généralement très mignon, mais ces filles qui viennent montrer en chorégraphie leur soutien à des équipes sportives, moi ça me laisse de marbre) (faut dire que deux notions me gênent beaucoup dans les sports collectifs : « sport » et « collectif », alors tout ce qui tourne autour, je vous en parle même pas)(je vous ai déjà dit que les gens qui lisent L’Equipe tous les matins en arrivant au bureau me font flipper ma race?)(maintenant vous savez).
Bref. Où en étais-je avant d’être assez grossièrement interrompu par moi-même ? Ah, oui. La jupette la plus célèbre des comics depuis que Wonder Woman est passée aux slips à étoiles.
Mais un peu d’histoire d’abord.
La miss a été créée en 1959 dans Action Comics 252. Mais en fait, une « Super-Girl » était déjà apparue l’année précédente dans Superman 123, mais ce n’était pas la vraie. Du coup, vous vous doutez bien qu’en commençant comme ça, ça ne pouvait être qu’un redoutable boxif par la suite. Ce personnage est Kara Zor-El, la cousine de Superman, qui a survécu au désastre de Krypton (on est à l’époque où DC développe à fond l’univers de Krypton, et notre « dernier Kryptonien » se retrouve flanqué d’une cohorte de ses congénères, que ce soient les habitants de Kandor, les prisonniers de la Zone Fantôme et autres).
Bref. La gamine devient rapidement un des pilliers de l’univers Superman, sa jupette bleue devient rouge, elle intègre la Légion des Super-Héros dans la futur, et… Et puis elle devient la star d’un film à son nom en 1984. Avec Faye Dunaway, Peter O’Toole, musique de Jerry Goldsmith, réalisation par… Bon, par le mec qui a fait Les Dents de la Mer 2 et Hercule et Sherlock.
Le résultat est trop mauvais et trop ringard pour ne pas condamner le personnage. L’année suivante, il faut des victimes expiatoires dans Crisis on Infinite Earths, c’est la petite Kara qui prend cher.
Il faut dire qu’il a été décidé en haut lieu de nettoyer le petit monde de Superman de tous ses éléments les plus kitsch, et donc exit le super-chien (Alan Moore saura lui donner une fin touchante dans Whatever Happened to the Man of Tommorrow), exit Superboy, exit le Lex Luthor en mode savant fou ricanant, exit Terra Man le Charles Bronson de l’espace et ainsi de suite.
Fin de l’histoire.
Sauf que, et c’est pas Alan Moore qui contredira, dans les comics, « rien ne finit jamais ».
Dans le Superman (post Crisis) 16, John Byrne ramène Supergirl. Mais dans la nouvelle continuité, Superman est bel et bien le dernier Kryptonien (en tout cas à ce moment-là) (car si rien ne finit jamais, rien n’est jamais certain non plus, dans les comics) (rappelez-vous du « Bucky stays dead » de Joe Quesada). Cette Supergirl là sera un blob métamorphe d’une réalité alternative, créée par un Lex Luthor gentil. Elle prend une apparence supermanienne pour aller chercher de l’aide dans l’univers DC normal et recruter Superman. Donc au lieu d’être Kara Zor-El, il s’agit d’une créature artificielle appelée Matrix. Mais sans les lunettes noires, les flingues et de grand manteau en cuir.
Attention, c’est là que ça se complique. Et si vous ne comprenez pas tout ce que je raconte, dites-vous bien qu’il y a des chances non négligeables pour que les types qui ont écrit ces épisodes n’aient pas tout compris non plus (et sachant que l’un d’entre eux était Peter David, il est tout à fait envisageable que l’affaire soit un gros troll de derrière les fagots). Matrix se trouve liée à une humaine, Linda Denvers, qui devient la nouvelle Supergirl. C’est un peu le principe de She-Hulk qui, blessée, se retrouve avec les pouvoirs de Bruce Banner parce qu’il lui a donné son sang pour la sauver : Linda était en train de crever, Matrix se colle à elle pour boucher ses blessures, et crac, elle se trouve absorbée. Exit Matrix, bonjour la All New, All Different Supergirl. Sauf que ça ne dure pas, et qu’elle devient un ange (me demandez pas, j’ai pas lu ces épisodes). Par la suite, selon à qui vous demandez chez DC, tout ça a été effacé de la continuité, ou oublié, ou traîne dans un coin (je crois qu’on l’a croisée pour la dernière fois en 2008).
Mais attention, en fait, c’est là que ça se complique. En 2004, Jeph Loeb, très occupé à défaire tout ce qu’a fait Byrne, ramène Krypto le chien, Lex Luthor la bave aux lèvres en armure verte et… La vraie Supergirl, la cousine, Kara Zor-El, sauf que là, ce sont les années 2000 donc elle a un look encore plus vulgos que Linda Denvers, vu qu’elle est dessinée par Michael Turner.
Mais la question posée s’arrête en 2004 (et donc on ne parlera pas non plus que la Supergirl New52, ce qui est dommage, parce que je ne déteste pas la série)(on ne parlera pas non plus de Power Girl, qui est une version alternative de Kara, mais de Terre-2, et la gestion du personnage en post-Crisis est encore pire que celle de la Supergirl canal historique).
Ai-je menti en prétendant vous expliquer ce foutoir ? Non, parce que primo, je ne prétendrais pas expliquer des trucs auxquels, en y réfléchissant, je ne bite quand même pas grand-chose (je ne détestais pas la version Byrne, mais elle compliquait déjà gratuitement le personnage, et dans les années qui ont suivi, ça ne s’est pas arrangé), mais tout ce qui s’est fait dans les années 90 après la mort de Superman, j’ai quand même violemment zappé.
Je crois qu’il faudrait être une sorte de Stéphane Bern des comics pour avoir envie d’expliquer Supergirl. Ça doit exister, vous me direz. Je dirais même que ça existe probablement (le look cheerleader fait kiffer pas mal de monde, je vous le rappelle), mais c’est pas à moi qu’il faut poser ce genre de questions, je serais foutu d’y répondre avec plein de digressions, de gros mots, de parenthèses dans tous les sens et de méchancetés gratuites. On ne va pas s’infliger ça, quand même ?







Avant le reboot salvateur (pour ce personnage) des New52, on peut parler, en plus de Fallen Angel, de l’apparition de Linda Danvers/Supergirl en enfer dans la mini Reign in Hell en 2008, APRES le retour de Kara dans Superman/Batman, histoire de rajouter au bordel ambiant.
Plus pour le clin d’oeil, dans la série Fallen Angel version IDW, la protagoniste, Lee (initialement pensée par Peter David comme la continuation de la Supergirl qu’il avait écrit) rencontre celle qui l’a précédé en tant que protectrice de la ville Bête Noire, une héroïne capable de voler et de tirer des lasers par les yeux… (les couvertures de l’époque s’amusaient à parodier Action Comics n°1 et celle de Crisis on Infinite Earths !)
Supergirl, un personnage incontrôlable dont personne n’a jamais su quoi faire, à exemption de Tom King avec sa série géniale, Woman of Tomorrow dessinée par Bilquis Evely.
J’ai voulu écrire ‘à l’exception de’ n’est-ce pas. Exemption veut dire ‘dont on peut se passer’ mdr Un peu d’humour de bon matin ça fait pas de mal 😉