Le Grand Kong ! (Review King Kong 2017)

Kong : Skull Island, par Jordan Vogt-Roberts

Plus c’est grand, plus c’est Kong ?

Plus c’est grand, plus c’est Kong ?

Par : TORNADO

1ère publication le 29/03/17 – MAJ le 15/03/20

Cet article portera sur le film Kong : Skull Island, diffusé initialement en mars 2017. Il s’agit d’un reboot de la « licence King Kong », puisque le scénario ne reprend pas la trame du film originel de 1933 et que, contrairement à ce qui fut annoncé un temps, il ne s’agit pas non plus d’une préquelle à la version de 2005.

Le film s’inscrit de surcroît dans un nouvel univers cinématographique intitulé MonsterVerse où figure également Godzilla. C’est le studio Legendary Pictures qui gère cette nouvelle licence, débutée avec le Godzilla réalisé en 2014 par Gareth Edwards, l’idée étant de déboucher sur le grand crossover King Kong Vs Godzilla en 2020, et de développer toute une série de films se déroulant dans la même continuité, à l’instar des films de super-héros Marvel ou Dc…

Attention, sans tout dévoiler de l’intrigue, et bien que celle-ci soit cousue de fil blanc, l’article peut éventuellement contenir ça et là une ou deux divulgations de la taille d’un bébé gorille géant…

 Apocalypse NOW !

Apocalypse NOW !

Le pitch : En 1973, la guerre du Vietnam est un fiasco et les militaires américains s’apprêtent à rentrer au pays la queue entre les jambes.
Une agence gouvernementale secrète nommée Monarch (la même que dans Godzilla) envoie deux scientifiques engager le bataillon du lieutenant-colonel Packard (Samuel L Jackson) afin d’explorer une île inconnue perdue au beau milieu du Pacifique, et rendue invisible par une immuable barrière de nuages. Un ancien capitaine de l’armée devenu mercenaire (Tom Hiddleston) et une jeune photographe d’investigation (Brie Larson) se joignent bientôt à l’expédition.
Arrivés sur l’île mystérieuse, les hélicoptères du colonel Packard sont décimés par un gigantesque gorille qui touche les cieux. Rapidement, il apparait que Bill Randa (John Goodman), l’un des scientifiques, leur a jusqu’ici caché la vérité.
Obsédé par l’idée de se venger, Packard part en croisade contre le monstre, tandis qu’un groupe de survivants tente de rejoindre la mer au péril de leur vie, le singe géant étant loin de représenter le seul danger de cette île de l’enfer…

Il y a eu trois King Kong officiels avant celui-là :
King Kong (1933)
King Kong (1976) et sa suite en 1986
King Kong (2005)
Il y a même eu les fameux rejetons japonais où, déjà, le grand singe combattait Godzilla et ses sbires dans King Kong contre Godzilla et King Kong S’est Echappé .
Et puis il y a eu une tripotée de sous-King Kong, une belle collection de nanars de première bourre, avec des titres aussi incongrus que Konga (1961), Mighty Gorga (1970) ou encore Queen Kong (1976)…
Je me suis donc rendu au cinéma en ce mercredi 08 mars 2017, le jour de sa sortie, en étant persuadé (allez savoir pourquoi en ces temps de blockbusters hollywoodiens sans âme) que la nouvelle version de mon gorille préféré allait rentrer dans cette dernière catégorie de sous-produits filmés avec les pieds.
Et puis non !!!

The Mark of the Beast !

The Mark of the Beast ! Source Allo Ciné  ©WB

Ce n’était pourtant pas gagné. Le film a ouvertement été pensé pour servir de prologue au futur King Kong Vs Godzilla en faisant grandir le gorille pour qu’il atteigne la taille du dragon radioactif (100 mètres, au bas mot) et risque grandement de racoler le plus bas possible. De plus, le titre initial « Skull Island » n’a même pas été assumé puisqu’on est venu, au final, lui ajouter un bon gros « Kong » manifestement plus accrocheur.
Les multiples clins d’œil à Apocalypse NOW de Coppola n’y changent rien. Ce n’est que du racolage, pour se donner des airs de film d’auteur.
Et les premières minutes du métrage ne rassurent carrément pas : Une tonne de personnages destinés à servir de chair à canon-gorille, des clichés en grappe, toujours le même refrain, prédigéré par la machine hollywoodienne. Un scientifique, un jeune premier, une jolie dinde, un vieux soldat irascible, un jeune qui fait des blagues…

L’arrivée à Skull Island est du même niveau. Pour être sûr que l’on a bien compris l’intention, le réalisateur Jordan Vogt-Roberts multiplie les clins d’œil à Apocalypse NOW et insiste lourdement en envoyant ses hélicoptères au son des tubes rock 70’s. On commence avec Down On the Street des Stooges, on enchaine avec Paranoid de Black Sabbath, et puis les Creedence, etc. Ça devient carrément redondant.
Tous les personnages sont des cons. On se croirait revenus au début d’Aliens de James Cameron, ou de Predator de Mc Tiernan. Vous vous souvenez à quel point les personnages étaient chiants au début ?
Et puis King Kong arrive. Il défouraille. Il éclate tout. Littéralement.

C’est au moment où les survivants se retrouvent à terre et qu’ils comptent les morts que le film opère sa déconstruction. A partir de là, tout change : Le scientifique est en réalité un salaud qui a manipulé tout le monde. Le vieux soldat est un fanatique ivre de violence guerrière. L’écolo donneur de leçons est un pleutre. La jolie dinde, contre toute attente, rompt avec la tradition en ne devenant pas la victime du singe qu’il va falloir délivrer mais l’une des guerrières les plus farouches du groupe. Le jeune soldat arrête peu à peu de faire des blagues devant l’horreur de la situation et le jeune premier (Tom Hiddleston : Loki dans le film The Avengers) a l’air d’avoir prix vingt ans dans la gueule en une seule journée.

Pour autant, le film monte d’un cran dans le fun : Il y a des monstres. Kong est le plus grand de tous les Kongs, et quand il y a de la baston, il y a de la putain de baston !
Du coup, les références à James Cameron et John McTiernan relevées plus haut s’imposent dans notre esprit et l’on peut réévaluer à la hausse toute la première partie du film : Kong : Skull Island est un action-movie doublé d’un monster-movie complètement assumé. Et sur ce registre, on ne se foutra pas de votre gueule ! Et puisque ce type de film a connu son âge d’or dans les années 80, on va s’en inspirer à fond !

Jordan Vogt-Roberts joue ainsi le jeu du début à la fin. Son film ne se prend pas au sérieux et n’expose aucune velléité de réalisme. Le scénario demeure sans réelle surprise et on ne compte plus les scènes que l’on voit arriver à 10 kilomètres. Mais on s’étonne à chaque fois de la justesse de ton avec laquelle elles sont tournées : « Oh ! Non ! Ils ne vont quand même pas nous faire le plan avec King Kong qui se frappe la poitrine ! Si ? Ah Oui… Ah… Ah ? Hé mais en fait c’est vachement bien ! »
C’est cet équilibre entre son sujet complètement futile, revu, ressassé, essoré, et ce traitement sincère et assumé qui offre en définitive ses étoiles à cette nouvelle version de King Kong.

Des personnages dans les années 70 mais comme dans les années 80…

Des personnages dans les années 70 mais comme dans les années 80… Source Allo Ciné  ©Warner Bros

Quand on y pense, imaginer qu’une île inconnue renfermant des créatures mutantes géantes puisse encore être possible au cinéma en 2017 (même si l’action se déroule en 1973), c’est formidable !
Et c’est ce qui nous met la puce à l’oreille : En envisageant de confronter Kong à Godzilla, les producteurs de cette nouvelle franchise tentent de faire renaitre la candeur et la folie douce des Kaiju Eiga japonais (avec King Kong) où rien n’était en trop sur le terrain du spectacle, quand bien même aucun élément n’était réaliste.
Certes, le ton est ici plus moderne, beaucoup plus violent et plus glauque que dans les années 60, mais les géniteurs de cette nouvelle version ne manquent pas d’imposer une tradition perdue qui s’avère en définitive assez séduisante, pour peu que l’on accepte de partager cette vision complètement absurde du cinéma, où le réalisme cède la place à un univers où tout est sens dessus-dessous !

Ce parti-pris décomplexé, un peu cynique si l’on considère que tout un pan du cinéma familial tourne le dos à la crédibilité de son spectacle afin de privilégier le côté fun du pur divertissement, nous rappelle que, décidément, tout n’est qu’affaire d’équilibre. Et le sens de l’équilibre dont fait preuve cette nouvelle version du gorille géant est, ma foi, assez réussi malgré sa grosse formule qui tâche !
Pour ma part, une seule chose m’importe lorsque je regarde un film de pur divertissement : Est-ce que l’on me prend pour un imbécile ou pas ? Si oui, ça ne va pas me plaire. Si non, ça risque de bien se passer. C’est ce qu’il s’est passé ici. Et je me suis bien amusé.


Côté monster-movie, on ne vous prendra pas pour des Kongs…

C’est une réflexion importante que l’on peut développer en ces temps de cinéma désincarné : La qualité d’un film ne se mesure pas à la crédibilité ou à la cohérence de son script. Ni même au degré de cynisme de son concept. Elle se mesure à ses constituants filmiques intrinsèques, c’est-à-dire à son alchimie du Fond et de la Forme.
En filmant un sujet un peu bébête (c’est le cas de le dire !), Jordan Vogt-Roberts a su doser ses éléments de mise en scène, ses références cinématographiques (hormis son trop plein d’Apocalypse NOW) et la superficialité de la caractérisation de ses personnages comme autant de clichés ambulants qu’il a réussi à déconstruire afin de donner de la consistance, de la rugosité et de l’intérêt à son film. Par-dessus tout, il a su offrir à son public ce qu’il était venu chercher : Du pur King Kong, avec de grosses attaques de monstres, spectaculaires en diable. Et l’adulte que je suis devenu a parfaitement réussi à cohabiter avec l’enfant que je suis encore. Le bon équilibre.

En revanche, l’incrustation de la 3D accède ici au summum du foutage de gueule et de l’arnaque commerciale (13,50 euros le ticket quand même). Car, le film ayant été tourné avec une longue focale du début à la fin, le manque de profondeur de champ ne s’accorde pas du tout avec ce procédé si bien que l’on n’y voit très mal ! C’est atroce. Soit une tête qui flotte en premier plan et puis derrière, tout est flou et sombre !

Pour en revenir aux références, il est étonnant de remarquer que le script de cette nouvelle version, contrairement à celle de 2005, s’inspire davantage de la version de 1976 que de celle de 1933. Serait-ce la raison pour laquelle l’action de Kong : Skull Island se déroule en 1973 alors que le film se pose comme une préquelle ?
On retrouve ainsi, par rapport au film de John Guillermin, un Kong humanoïde et bipède, plus grand que l’original. On retrouve également l’absence de dinosaures au profit d’animaux géants, avec quelques mutants en plus (puisqu’il faut se caler sur l’univers de Godzilla). L’expédition est également motivée par un mélange entre l’intérêt scientifique et l’intérêt commercial. Enfin, l’on retrouve cette idée assez brillante de l’éternel mur de nuages qui rend l’île invisible et justifie ainsi qu’elle n’ait jamais été découverte.
Ce postulat est surprenant car, jusqu’ici, la version de 1976 n’avait pas très bonne presse et ne paraissait pas représenter le meilleur modèle à suivre. Ce qui est d’ailleurs injuste car elle ne manque pas de qualités.

Retour dans les années 70…

Retour dans les années 70…

Cette version de 2017 marche par ailleurs sur les traces de celle de 1976 en termes de toile de fond. Souvenez-vous : le film de John Guillermin opposait l’écologie naissante au capitalisme primaire. Il militait pour l’émancipation féminine. Il tissait une métaphore où la notion de magie se retrouvait balayée par un monde moderne froid et cynique, avide d’argent. Tous ces thèmes traversent le film de Jordan Vogt-Roberts, même s’ils sont réduits à une portion congrue. C’est l’héritage des œuvres d’antan dans le cinéma postmoderne : On reprend les thèmes d’hier sans insister, estimant qu’ils sont considérés par le public comme acquis et donc facilement identifiables.

Quant au personnage d’Hank Marlow interprété par l’acteur John C. Reilly, impossible de ne pas y voir, encore, une allusion à Apocalypse NOW. Ce vieux soldat qui vit au bout de la rivière à la tête de sa tribu d’autochtones, coupé du monde, rappelle l’odyssée du colonel Kurtz. Le parallèle s’arrête là, puisque le bonhomme, sain d’esprit, n’aspire qu’à rentrer au pays après toutes ces années passées en enfer. Il sera le fil conducteur du film et son postulat : Nous ne sommes pas venus ici pour vivre un cauchemar, mais pour passer un bon moment de cinéma d’aventures. Dans la grande tradition du genre.

Le temps nous dira en définitive si Kong : Skull Island vieillira bien. Sur le moment, il aura en tout créé la surprise en réussissant la prouesse de dresser un véritable numéro d’équilibriste, ménageant le spectacle total tout en naviguant entre un sujet à priori inepte et un traitement d’une justesse assez bluffante.
Si vous êtes venu pour voir un film au premier degré, profond, naturaliste, plausible, vous avez fait fausse route. Mais si vous êtes près à franchir la barrière et à faire le grand saut dans le pays des monstres où le plus important est de savoir qui à la plus grosse (taille), dans un action-movie façon film de guerre des années 80 où l’essentiel est de montrer qui a la plus grosse (arme), ça pourra vous plaire. Pour vous donner une idée philosophique de la critique, Télérama a aimé moyen, les Inrockuptibles ont détesté, mais l’Ecran Fantastique a adoré !
Dans tous les cas, si comme moi vous ressortez de la séance avec une patate d’enfer et que vous vous tapez furieusement sur la poitrine, au moins, ça n’aura pas été un coup dans l’eau !


Alors, Kong : gentil ou méchant ?

39 comments

  • Jyrille  

    Du coup j’étais curieux je me suis maté le Godzilla de 2014 (toujours sur Netflix).

    Malgré le casting très sympathique, je me suis fait chier comme un rat mort. La photo est moche et trop sombre et ni l’histoire ni la réalisation ne sont accrocheurs. Je pensais qu’il y avait un article ici mais non.

    • Tornado  

      Comme je te l’ai dit, pour moi c’est le moins bien. Il est plus sérieux que les autres, mais du coup moins fun, et plus chiant.

      • Jyrille  

        Il n’y a pas que ça. L’histoire est étrangement menée, on a du mal à s’attacher aux personnages et la réalisation n’est pas très dynamique malgré quelques plans un peu différents (à travers le masque gaz par exemple). Les personnages semblent la plupart du temps ne pas savoir quoi faire et ça manque de baston épique.

        Mais bon si j’en crois Patrick, le dernier est donc le pire.

        • Tornado  

          Objectivement le dernier est peut-être le pire, mais je m’y suis davantage amusé.

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