Le retour de la marque jaune (Le Giallo 2ème partie)

Encyclopegeek : Le Giallo 2ème partie

Un article de MATTIE BOY

J’espère que vous n’êtes pas daltoniens !

Je vous propose un second article consacré au giallo. Dans mon premier article, je vous avais parlé des représentants les plus emblématiques de ce genre cinématographique policier/thriller typiquement italien à la mise en scène stylisée et baroque. J’avais parlé majoritairement de films de Dario Argento et Lucio Fulci. Mais je n’avais parlé d’aucun Mario Bava, un des premiers fondateurs du giallo. Le fait est que les gialli de Bava ne sont pas mes préférés. Cela dit l’un d’eux mérite qu’on en parle tout de même. De plus, il faut savoir qu’au-delà des réalisateurs les plus connus, il y en a d’autres qui méritent le détour. J’avais déjà mentionné LA QUEUE DU SCORPION de Sergio Martino précédemment. Et si ce réalisateur n’a pas la même réputation qu’un Argento, Fulci ou Bava (pour de bonnes raisons puisqu’il signera aussi pas mal de nanars plus tard dans sa carrière lors de sa reconversion forcée à la série B fauchée ou à la télévision), il a malgré tout apporté sa pierre à l’édifice du giallo avec plus d’un film.

Je vous propose dans cette seconde partie d’aborder quatre films : SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN de Mario Bava, PERVERSION STORY de Lucio Fulci, TOUTES LES COULEURS DU VICE de Sergio Martino, ainsi qu’un film peu connu uniquement sorti en VHS chez nous signé Emilio Miraglia : LA DAME ROUGE TUA SEPT FOIS.

SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN (1964) de Mario Bava

Le mètre étalon du genre

Dans une maison de haute-couture, dirigée par Cristina (Eva Bartok), des mannequins deviennent la cible d’un tueur au masque sans traits. Tout commence avec Isabella qui est étranglée. Mais par la suite, une fille retrouve le journal intime de cette dernière que le tueur semble convoiter aussi car on suppose qu’il pourrait le compromettre. Et après d’autres meurtres, peut-être en faudrait-il un dernier pour brouiller les pistes ? De fil en aiguille, le nombre de victimes augmente. Et la plupart des personnages sont suspects. Le commissaire chargé de l’enquête interroge le personnel (la directrice, les filles, les couturiers) mais tous possèdent un alibi. Et pourtant…

L’intrigue policière est assez basique. D’ailleurs ça arrive assez souvent dans les gialli. Ce n’est pas un mal en soi puisque de toutes façons les affaires criminelles sont rarement très originales dans la vraie vie. Ce sont toujours des histoires de crimes passionnels, d’héritage, d’escroquerie, etc. L’intérêt des films réside dans la façon de nous le raconter, ici en esthétisant à fond un film se déroulant dans le milieu de la mode, chatoyant en apparence mais pourri à l’intérieur.

Mario Bava, j’aime quand il fait du Mario Bava. C’est-à-dire quand il déploie ses talents esthétiques comme avec LE MASQUE DU DEMON, LES 3 VISAGES DE LA PEUR ou encore OPERATION PEUR, trois excellents films à ranger dans le genre gothique italien. Et pour le coup, ce SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN, en plus d’être un des premiers gialli à avoir défini certains codes, répond à cette description de film baroque (ce qui ne sera pas le cas pour LA BAIE SANGLANTE dont je ne suis pas bien fan, tout précurseur du slasher soit-il.) Le film est plastiquement somptueux, et encore plus dans sa version restaurée en HD.

Rien que le générique d’ouverture en dit long sur le parti pris esthétique, jouant la carte de l’univers clinquant de la mode pour mieux tâcher tout cela de sang par la suite.

Teintes mauves, rouges, vertes, lumières bleutées qui percent la nuit en révélant un peu de vert d’une végétation plongée dans le noir, ombres portées sur les murs, visages éclairés par de multiples couleurs…Mario Bava est en pleine possession de ses moyens artistiques. Vous pouvez d’ailleurs aller voir ici comment il a éclairé et transformé les vrais décors en tableaux expressionnistes.

A bien des égards, ce film est le mètre étalon des gialli qui suivront. Beaucoup d’éléments seront repris par la suite : le tueur masqué à l’arme blanche, les victimes majoritairement féminines, le point de vue des victimes et jamais de la police, et cette sorte d’esthétisation des crimes presqu’artistique. Il manque encore la composante érotique, quasi inexistante ici, car nous ne sommes qu’en 1964.

Le vrai trailer

La dilatation du temps est également un élément marquant du film. De la même manière qu’un Sergio Leone qui suspend le temps lors des duels de ses westerns avec une pause musicale pour dramatiser le moment, Bava fait durer certains moments clés, pour renforcer la tension ou le mystère, et en nous offrant pour « patienter » de magnifiques tableaux baroques superbement éclairés et filmés. Pour un spectateur gavé aux blockbusters d’aujourd’hui, il pourrait en résulter certaines longueurs. Mais le film reste une sacrée expérience visuelle à la mise en scène expérimentale.

PERVERSION STORY (1969) de Lucio Fulci

Mon affiche préférée pour ce film, vous comprendrez pourquoi

George Dumurrier (Jean Sorel) est médecin. Il partage la direction de sa clinique avec son frère Henry (Alberto de Mendoza.) et doit faire face à des difficultés financières. Pour ne rien arranger, sa femme Susan (Marisa Mell) souffre de crises d’asthme quotidiennes. Et son mariage semble battre de l’aile depuis un moment. On comprend qu’ils faisaient chambre à part et que Susan déteste son mari, sans doute à cause de son travail qui lui prend tout son temps. George s’est d’ailleurs trouvé une amante, Jane (Elsa Martinelli), photographe de mode (même carrément photographe érotique cette fois.) Alors que Jane exhorte George à quitter sa femme, ils apprennent le lendemain que Susan est morte, emportée par une crise d’asthme.

Quelques mois plus tard, George apprend avec étonnement que son épouse avait contracté une assurance vie d’un million de dollars à son intention. Et comme si ça ne suffisait pas, un appel anonyme le dirige un soir vers un club où se produit une strip-teaseuse du nom de Monica Weston. Intrigué, il se rend sur place (suivi de Jane) pour constater que Monica est un sosie presque parfait de sa défunte femme…

Trailer

Ce film comporte quelques similitudes avec l’excellent VERTIGO d’Alfred Hitchcock. Jusqu’à son intro un peu trop longue même. Le film met un peu de temps à démarrer. Mais ne vous en faîtes pas, nous ne sommes pas en présence d’un remake. Cela dit, il est bien question d’une machination complexe visant à tendre un piège à George Dumurrier. Obsédé par cette femme et son incroyable ressemblance avec son épouse, il va rapidement tisser une relation avec elle. Fulci ira même plus loin que Hitchcock en lorgnant vers la nécrophilie lors d’une scène où l’image d’une Susan morte se superpose à celle de Monica lors d’un rapport sexuel.

Mais l’essentiel du film n’est pas là. Nous sommes en présence d’un vrai film policier aux intrigues à tiroirs. Pourquoi la femme de George a-t-elle contracté une assurance vie à l’intention de son mari qu’elle détestait ? Qui est cette Monica Weston ? Et qui était cette nouvelle infirmière à domicile chargée de la surveillance de Susan qui est apparue juste la nuit de sa mort ? Et pourquoi est-elle introuvable à présent ? Si George n’est pas le meurtrier, à qui profite ce crime ? On suit avec intérêt les fausses pistes et les révélations du scénario. Le spectateur pense évidemment à l’idée que Susan n’est pas vraiment morte, sauf que l’empreinte dentaire du cadavre exhumé correspond parfaitement à celle de Susan. Certaines révélations sont classiques, mais d’autres surprennent notamment lorsque Fulci joue avec la chronologie vers la fin du métrage.

La mise en scène de Fulci est toujours assez particulière. En un sens, c’est peut-être le moins baroque des réalisateurs. Il n’utilise pas tant que ça les jeux de couleurs vives, et revendiquera toujours qu’il ne fait pas vraiment du giallo, refusant les genres codifiés. Mais son style offre des trouvailles intéressantes. Fulci est quelqu’un de très visuel. Et beaucoup de compositions de plans ont une signification, une symbolique qu’on ne saisit parfois qu’à la seconde vision mais qui donnent un indice…ou une fausse piste. Il enchaîne les zooms, les cadres obliques, les plans très serrés sur les yeux, les positionnements des acteurs évoquant un rapport de force, etc. Il y a, au sein d’une intrigue policière classique (mais bien menée) de vraies trouvailles visuelles avec également l’utilisation d’un sol (ou d’un lit) transparent permettant de filmer des scènes d’en-dessous pour les contre-plongées, accentuant l’idée de rapport de force ou de domination. Le titre original est d’ailleurs UNA SULL’ALTRA (l’une sur l’autre) qui revêt différentes significations (substitution, rapport de force entre deux femmes, domination, etc.)

Il faut passer le cap des 30 premières minutes qui installent (trop ?) lentement l’intrigue, mais le spectateur est ensuite récompensé pour sa patience avec une histoire bien menée. D’ordinaire la fin des gialli n’est pas la meilleure partie du film car comme je l’ai expliqué, il s’agit de classiques affaires criminelles, c’est plutôt le voyage et la mise en scène qui compte. Mais la fin de PERVERSION STORY est très satisfaisante, non nécessairement par sa révélation mais par le jeu de Fulci avec la chronologie et la touche d’humour macabre finale.

La musique de Riz Ortolani fait un peu penser à celle composée par Carlo Rustichelli dans SIX FEMMES POUR L’ASSASIN. Une bande son un peu mambo-jazzy collant plutôt bien à l’univers de la mode ou aux clubs des quartiers chauds.

TOUTES LES COULEURS DU VICE (1972) de Sergio Martino

Une plongée dans la folie

Encore un titre mal traduit. C’est dommage car je trouve souvent les titres originaux des gialli poétiques ou mystérieux. Et là, le dernier mot vient tout foirer pour faire dans le racolage suite au précédent film du réalisateur L’ETRANGE VICE DE MADAME WARDH. Le titre italien TUTTI I COLORI DEL BUIO signifie TOUTES LES COULEURS DE L’OBSCURITE. C’est pas plus classe, ça ? Plutôt que « vice » pour attirer le pervers moyen. Bref…de quoi ça parle ?

C’est l’histoire de Jane Harrison (la ravissante Edwige Fenech qui tournera plusieurs gialli avant de se cantonner à la comédie), jeune femme traumatisée qui a récemment subi une fausse couche suite à un accident de voiture. Son compagnon Richard (George Hilton) ne semble pas croire à la psychanalyse et la pousse à se gaver d’antidépresseurs. Jane passe son temps à cauchemarder et se sent persécutée et poursuivie par un homme inquiétant aux yeux bleus perçants. Pour ne rien arranger, elle va rencontrer Mary, une voisine aux mœurs étranges qui va la convier à participer à des sortes d’orgies sataniques malsaines. Ou du moins c’est ce qu’on croit. Jane perd pied et ne sait plus si elle a rêvé tout cela ou si elle s’est réellement donnée à des hommes et femmes peinturlurés et déguisés. Son état empire. Et l’homme la poursuit toujours. La frontière entre le rêve et la réalité est de plus en plus floue.

On pourra penser cette fois à ROSEMARY’S BABY de Polanski. Mais seulement pour l’idée des rêves et des orgies sataniques. Pour le reste, il ne s’agit pas d’un film fantastique. Seulement d’un jeu de pistes et de faux semblants où se mêle cauchemar et réalité pour mieux dérouter le spectateur et nous faire comprendre la détresse d’une jeune femme victime d’une drôle de machination.

Une excursion entre le rêve et la réalité

C’est sur la forme que le film étonne le plus. Déjà le film débute par une séquence de rêve où se chevauche un accident de voiture, une femme enceinte, une vision de femme morte sur un lit, le tout dans un style psychédélique utilisant un effet de négatif ou des décors plongés dans l’obscurité avec du mobilier blanc. L’intérêt du film est de se perdre dans les rêveries de Jane et essayer de démêler le vrai du faux. D’ailleurs le final n’explique pas tout. Et je me suis surpris à revenir en arrière vérifier si c’était possible car le film omet volontairement certains repères temporels et spatiaux. La secte semble réelle, mais lorsque Jane ne retrouve pas sa voisine dont l’appartement est à présent occupé par une vieille dame, on se demande si elle n’a pas tout imaginé.

Cela contribue à nous faire penser que Jane est folle. L’ambiance irréelle et malsaine constitue la force du film (c’est sans doute même le film le plus malsain des quatre que je vous présente.) Une ambiance où se côtoient les codes habituels du giallo (les meurtres graphiques et ritualisés, le fétichisme, l’érotisme) et des éléments frôlant le fantastique (les disparitions inexpliquées, les attaques de l’homme aux yeux bleus, les rituels sataniques…) Il y a même un poil de gothique avec la demeure inquiétante où se déroule les messes noires des rêves de Jane (mais sont-ce vraiment des rêves ?)

Exemple de rêve

Mais pas de panique, on est bien dans un giallo avec ses scènes sanglantes, son érotisme et son coupable de chair et de sang. Edwige Fenech n’est pas seulement une femme magnifique, elle est aussi très convaincante dans le rôle de cette pauvre femme perdue qui croit devenir folle, à moitié consciente de ce qui lui arrive.

Bref, c’est un film étrange mais original dont la mise en scène est parfaitement raccord avec le thème de la confusion mentale. La musique signée Bruno Nicolai est envoutante, comme souvent avec ce compositeur qui était ami avec Ennio Morricone jusque dans le travail (ils ont même co-écrits ensemble des musiques.) C’est pourquoi on peut discerner des similitudes dans leur style.

LA DAME ROUGE TUA SEPT FOIS (1972) d’Emilio Miraglia

La dame rouge tua sept fois est finalement sorti chez nous le 21 septembre chez Artus films!

Kathy, Evelyne et Franziska Wildenbrück sont trois sœurs. Dans leur enfance, leur grand-père leur a raconté la légende familiale de la dame rouge et de la dame noire. Autrefois, une fille de la famille (la dame noire) aurait tué sa sœur (la dame rouge) de sept coups de poignard. Mais cette dernière serait alors revenue d’outre-tombe pour commettre sept meurtres, en terminant par la dame noire qui lui a donné la mort. On raconte que ce funeste destin se répète tous les 100 ans chez des filles de la famille. Si le grand-père prétend ne pas croire en la légende, il semble tout de même effrayé à l’idée que dans 14 ans, les 100 ans seront écoulés et que ses filles Kathy et Evelyne qui se chamaillent sans arrêt pourraient être concernées par la légende.

14 ans plus tard, le grand-père meurt d’une crise cardiaque. Franziska, qui s’occupait de lui au château familial, rappelle alors sa sœur Kathy, devenue photographe de mode, pour l’enterrement. La 3ème sœur, Evelyne, reste introuvable.

Peu de temps après, des meurtres sont commis dans le milieu professionnel de Kathy. Et celle-ci reçoit des menaces. Evelyne serait de retour et aurait commencé à tuer, drapée d’un manteau rouge. Il y a juste un petit problème : on apprend qu’Evelyne est morte depuis des mois, tuée accidentellement par Kathy lors d’une dispute violente qui a entrainé sa chute dans le lac. Franziska et son époux étaient présents et ont apporté leur aide à Kathy pour dissimuler l’accident. Tous trois ont convenu de cacher le corps d’Evelyne dans la crypte du château. Et après vérification, le corps est toujours là. Alors qui commet ces meurtres au nom d’Evelyne ? Et pourquoi ?

Un giallo aux allures de film gothique

Emilio Miraglia n’est pas très connu. Il n’a signé que deux films sous son vrai nom, celui-ci et L’APPEL DE LA CHAIR.
L’originalité de ce film est qu’il lorgne fortement vers le conte gothique. Semblant s’inspirer du cinéma de Dario Argento avec ses idées de trauma infantile et ses personnages ambigus issus de la bourgeoisie, le film trouve pourtant sa propre voix avec ses décors baroques de la grande demeure familiale, la crypte lugubre du final ou les multiples apparitions fantomatiques de la dame rouge (lors de séquences oniriques, elle se superpose telle un spectre sur l’image de Kathy, ou se précipite encore vers la caméra armée d’un couteau.)

Le réalisateur s’amuse à brouiller les pistes et à flirter avec le fantastique. Mais seulement flirter, car nous sommes dans un giallo. Il peut arriver que les personnages aient des dons de voyance ou une perception troublée de la réalité (rêves, traumas) mais l’intrigue a toujours un coupable de chair et de sang et non un fantôme.

C’est donc ainsi que nous découvrirons toute la vérité à la fin, et que l’explication des meurtres et de la machination orchestrée prendra racine dans un vieux secret de famille gardé sous silence par le grand-père.

Le film a son lot de scènes particulièrement gores, avec des meurtres impressionnants, notamment celui de l’épouse malade de l’amant de Kathy qui finit embrochée à la gorge sur une grille de portail. L’érotisme n’est pas en reste non plus, même si on ne tombe pas encore dans la gratuité racoleuse qui sévira à la fin des années 70.

Barbara Bouchet au travail sur le thème de Bruno Nicolai

Les divers personnages qui gravitent autour de la pauvre Kathy (charmante Barbara Bouchet assez convaincante dans son rôle de victime, que l’on retrouvera chez Fulci dans LA LONGUE NUIT DE L’EXORCISME l’année suivante) deviennent tous suspects tant ils semblent cupides et opportunistes (Bah…ça se passe dans le milieu de la mode, que voulez-vous ?) Le milieu de la mode revient assez fréquemment dans ma sélection d’aujourd’hui d’ailleurs. Mais il faut avouer que ce monde d’apparats fabuleux et de beauté ostentatoire colle assez bien avec l’esthétisation du giallo qui sublime quelque chose de malsain dans le fond.

Et je suis obligé de mentionner la musique. Le compositeur Bruno Nicolai (qui avait déjà officié sur LA QUEUE DU SCORPION et le précédent film dont je parlais) nous livre cette fois un des thèmes lancinants les plus mémorables du giallo. Ce mélange de comptine fredonnée avec du clavecin et de l’orgue avec un léger rythme rock est simplement hypnotisant.

Et ce sera tout pour notre seconde incursion dans l’univers du giallo. Finalement, on constate que malgré les codes du genre qui ont été définis majoritairement par Mario Bava, chaque réalisateur les a détournés quelque peu pour ajouter des éléments bien à eux. On retrouve souvent le gore, l’érotisme, le tueur à l’arme blanche, le point de vue des victimes (la police ne sert à rien), mais certains réalisateurs délaissent un peu le baroque coloré de Bava pour des cadrages symboliques (Argento, Fulci), ou jouent avec la réalité en utilisant des visions oniriques cauchemardesques (Martino, Miraglia) tout en lorgnant parfois à nouveau vers le film gothique. Juste retour des choses puisque je rappelle que Riccardo Freda faisant du gothique qui commençait à lorgner vers le giallo baroque avant l’heure (avec L’EFFROYABLE SECRET DU DR HICHCOCK en 1962.)

Il y a encore d’autres films qui valent le détour évidemment. Mais qui m’ont moins marqué (MAIS QU’AVEZ-VOUS FAIT A SOLANGE ? de Massimo Dallamano, L’ETRANGE VICE DE MADAME WARDH toujours de Sergio Martino, etc.) Ou du moins, s’il y en a encore des meilleurs, je ne les ai pas vus. Je vous ai présenté mon échantillon qui j’espère vous rendra curieux de voir quelques films du genre.


24 comments

  • Présence  

    Sympathique illustration d’ouverture.

    Six femmes pour l’assassin : j’ai regardé la bande annonce. L’ambiance est effectivement très particulière, et j’ai beaucoup aimé la bande son.

    A bien des égards, ce film est le mètre étalon des gialli qui suivront […] qu’en 1964.- Remarquable synthèse des composantes du genre. Merci pour cet article de passeur.

    Perversion story : j’ai beaucoup aimé ton analyse de la mise en scène du réalisateur avec composition de plan symbolique, positionnement des acteurs évoquant un rapport de force ou de domination.

    Toutes les couleurs du vice. Edwige Fenech : je me souviens de son nom, car, comme tu l’indiques, sa renommée a dépassé le cadre des gialli. Intéressant la manière dont tu parles de la BO.

    La dame rouge tua sept fois. Kathy qui finit embrochée à la gorge sur une grille de portail : c’est la scène qu’on voit dans la bande annonce ? En tout cas, ça m’a impressionné ! En regardant la bande annonce, je me demandais ce que tu pensais de la musique, car le mélange rock + classique ne fonctionne pas toujours sur moi : je vois que ça donne un thème lancinant parmi les plus mémorables.

    Merci pour cette balade de vulgarisation dans une contrée qui m’est étrangère.

    • Matt  

      La musique est essentielle dans ces films. C’est ce qui les distingue aussi du tout venant. Les compositeurs comme Fabio Frizzi, Bruno Nicolai, Ennio Morricone (évidemment) ont donné une ambiance mémorable à ces films.
      Mise en scène stylisée + musique singulière constituent l’essence de ces thrillers.

  • JB  

    Il va falloir que j’étende ma culture giallesque, je n’ai guère vu dans le genre que les Argento et quelques Bava ou Fulci (ainsi que Bloody Bird de Michele Soavi). Le pire, c’est que j’ai du en acheter durant ma période films d’horreur sans les regarder ! Merci pour ce panorama sanglant 🙂

    • Matt  

      C’est déjà bien d’avoir vu des Fulci. Beaucoup le cantonnent à l’horreur avec sa trilogie l’enfer des zombies, frayeurs et l’au delà. Et se moquent ensuite de ses mauvais films fauchés des années 80.
      Mais par exemple L’emmuree vivante que j’ai chroniqué précédemment est un super film. Et perversion story très chouette aussi.

      Et puis TOUT le cinéma italien s’est cassé la gueule dans les années 80. Pas juste Fulci. Argento, Martino et d’autres ont tous fini sur des productions fauchées.

  • Tornado  

    De la liste je n’ai vu que SIX FEMMES POUR L’ASSASSIN il y a longtemps. Je ne m’en rappelle pas beaucoup.
    Les autres j’en ai juste entendu parler. Tu donnes très envie de les voir. J’adore cette ambiance baroque qui transpose vraiment le genre polar dans le fantastique. C’est toujours envoûtant.
    Je les mets tous dans ma liste « à voir » (si j’arrive à les trouver).

    • Matt  

      C’est effectivement l’ambiance pour moi qui prime dans ces films. Que ce soit par l’image ou la musique, ou même la mise en scène qui s’inspire parfois des meilleurs (comme Hitchcock)
      Après les histoires ne sont pas transcendantes. Mais ce n’est pas ce qui compte le plus. Comme tu le dis c’est cet aspect étrange et presque onirique qui fait dériver une histoire policière dans le cauchemar ou le fantastique, sans que ça ne devienne non plus des histoires surnaturelles.

  • Matt  

    Et pour les fans d’Edwige Fenech, j’ai vu LES RENDEZ VOUS DE SATAN depuis (dans une superbe restauration du Chat qui fume), qui est très sympa aussi.
    Bon le titre c’est du pur marketing français débile. Il n’y a pas de rendez vous, et n’y a pas de satan^^
    Le titre italien est « Perché quelle strane gocce di sangue sul corpo di Jennifer? »
    Cela reste un titre étrange on est d’accord…

  • JP Nguyen  

    Par où commencer ?
    Le dessin : très bonne composition, qui résume le sujet et les ingrédients du giallo. La femme est très belle. J’ai un micro chipotage sur l’ombre de son sein gauche et sur l’ombre du visage du tueur…

    Les films : la seule actrice dont le nom m’est connu reste Edwige Fenech, et c’est plus parce que elle a joué avec Aldo Maccione. Je n’ai jamais eu l’occasion de regarder ses films plus « polissons ». Tu démontres de nouveau une belle capacité d’analyse pour décortiquer tout ça. Je dois dire que je ne regarde pas pas les films de cette façon. Autant pour les BD, je peux essayer d’analyser les techniques utilisées, autant pour les films, je reste assez basique. Pour le coup, au cinoche, je m’attache toujours davantage aux personnages et à l’histoire qu’à la forme (même si c’est toujours un peu plus compliqué de séparer tout ça…)

    • Matt  

      La femme j’ai un peu essayé de faire Edwige Fenech. Techniquement pas hyper ressemblante je te l’accorde.^^ Mais ça fait une jolie nana quand même en dessin.

      Je suis pas expert en ombres…
      Et pour le visage du tueur, plains-toi à ce monsieur pour avoir une ombre bizarre^^
      http://www.lebleudumiroir.fr/critique-six-femmes-pour-l-assassin/
      C’est le tueur de 6 femmes pour l’assassin.

      Bah dans les gialli, la forme est essentielle. Donc est-ce que c’est fait pour toi ? Pas sûr. C’est tout le concept de raconter des policiers à la sauce horrifique/très esthétique pour en faire des films assez expressionnistes. Certains plans sont des tableaux, des peintures.

      Certains utilisent moins la couleur mais la mise en scène a souvent beaucoup d’importance. Tout comme la musique déstabilisante, inquiétante ou surréaliste. Filmé de manière plate et très académique, ce serait un peu chiant. C’est finalement assez proche du ciné d’horreur en somme^^ Un genre pour lequel la forme est également essentielle si tu veux faire flipper. Genre que tu adores, non ? 😛

      Edwige Fenech a en effet tourné dans quelques gialli puis elle a fait des comédies ou des films « polissons » comme tu dis. De la « sexy comedy » qui étaient pas mal érotiques. Mais elle se débrouille bien dans des rôles dramatiques. Après ces films c’est toujours spécial le jeu des acteurs parce qu’il n’y a pas de vraie VO. Chaque acteur joue dans sa langue et tout est doublé en post prod. Du coup tu as des américains qui parlent italiens dans la VO italienne, ou des italiens qui parlent anglais dans la version anglaise. Du coup forcément des fois ça rend certains jeux d’acteurs un peu étranges.

  • Bruce lit  

    Alors moi je l’adore ce dessin : les couleurs sont certainement les plus réussies de tout ton travail, la fille est canon, c’est voluptueux et inquiétant. Je trouve même des ressemblances avec l’illustrateur Thierry Guitard, ce qui est un compliment.
    Sans surprise je ne connais rien de tout ça.
    Le trailer de 6 femmes pour l’assassin est terrible ! Tornado tu ne trouves que l’on jurerait entendre le Gainsbourg de L’eau à la bouche ?

    • Matt  

      Merci
      Les couleurs sont indispensables au giallo donc j’ai voulu faire très contrasté avec jaune/vert/rouge. Mais pourtant je ne me suis pas trop foulé non plus, j’ai finalement fait ça assez vite…
      J’ai pris beaucoup plus de temps pour certaines affiches que j’ai faites.

  • Eddy Vanleffe  

    Excellent panorama, j’adore. j’ai eu ma période « giallo » mais c’est vrai que passé Bava, Fulci, et Dargento, je n’ai pas creusé d’avantage mais tu me donnes envie. On va dire l’année prochaine.. ^^
    Le truc, c’est que ça n’est pas exactement un cinéma familial, ce n’est ni de l’actu, ni une mode, ni un truc consensuel facile à mettre après le diner. l’esthétique est particulière, baroque et folle.

    Six femmes pour l’assassin et Toutes les couleurs du vice me tentent fort.

    • Matt  

      « Le truc, c’est que ça n’est pas exactement un cinéma familial, ce n’est ni de l’actu, ni une mode, ni un truc consensuel facile à mettre après le diner.

      Et ?
      C’est que des qualité que tu mentionnes là 😛

      C’est pas facile avec les gosses autour, c’est ça ?

      • Eddy Vanleffe  

        Voilà^^!

    • JB  

      Copieur ! ^^

  • Tornado  

    Le pitch de la DAME TUA SEPT FOIS ressemble vachement à deux épisodes consécutifs de la série TV TALES FROM THE CRYPT, les épisodes #2 et 3 de la 7° et dernière saison. Dans l’un il est question de trois frères et d’un qui a disparu. Et dans l’autre ce sont trois soeurs dont l’une qui noie l’une des trois en jetant sa voiture dans le lac. Dans les deux cas ce sont des histoires tirées des EC Comics. Troublant ces similitudes…

    @Bruce : Oui, d’autant qu’à cette même époque Gainsbourg composait beaucoup pour le cinéma et notamment des partitions jazzy comme celle-là.

    • Matt  

      Je ne peux pas trop te répondre. Je n’ai vu ni la saison 7 ni lu ces EC comics en particulier (ça me dit rien.) je ne peux pas juger du degré de similitude non plus.
      Peut être un point de départ similaire mais un développement différent ? Je ne peux pas dire. Peut être que les EC comics ont inspiré le réal aussi, aucune idée.

  • Jyrille  

    Excellente illustration d’ouverture Mattie. Ca fait du bien de lire sur un truc différent. Je n’ai vu aucun de ces films, c’est rageant.

    « jouant la carte de l’univers clinquant de la mode pour mieux tâcher tout cela de sang par la suite. » Rien que pour cette phrase l’article vaut le coup. J’ai regardé le générique de début de 6 DONNE : c’est magnifique. Ca me rappelle ce que voulait faire Clouzot pour L’ENFER. Si tu n’as pas vu ce documentaire, fonce, ça devrait te plaire.

    https://www.youtube.com/watch?v=Z_9OePeXfSE

    Ravi de découvrir le mètre étalon du giallo. Il fait penser à The Question et donc Rorschach, cet assassin non ?

    Les films de Fucli ont l’air très beaux. Par contre ta vidéo ne fonctionne pas vraiment et Google devient parano, ça commence à soûler. Idem pour Toutes les couleurs…

    Plus que Morricone, la musique du film avec Edwige (c’est elle sur ton dessin non ?) me rappelle celle de Suspiria.

    Sinon tout ça donne très envie. Et que tout ça me rappelle beaucoup les premiers De Palma : Obsession, Body Double, Blow Out, Pulsions… Je ne sais pas ce qu’il en dit, alors qu’il était aussi un gros fan d’Hitchcock.

    Un énorme merci donc Mattie pour cet article. Et la BO ? Et bien j’aime ces vieilles musiques de film des années 70.

    • Matt  

      Merci à toi de ton retour.
      Oui c’est Edwige sur le dessin, même si elle lui ressemble moyennement^^

      Suspiria il faut que je le revoie donc je ne peux pas te dire. ça fait 10 ans que je l’ai vu et j’avais pas accroché du tout. Aujourd’hui peut être que ce sera différent, après avoir renoué un peu avec le cinéma italien. Mais je reste un fan « modéré » de Argento et de son utilisation des musiques pas toujours heureuses. On verra.

      De Palma…oui, pourquoi pas…je ne connais pas tous ses films et ceux que je connais, ça commence à dater.

      La BO c’est du Bruno Nicolai, un collaborateur de Morricone. C’est lui aussi sur la musique de La dame rouge.
      Il est presque indispensable d’adhérer aux musiques dans ces films^^ ça fait partie de l’atmosphère.

      • Jyrille  

        De rien ! Tu as jeté un oeil sur l’extrait de L’ENFER ?

        • Matt  

          Oui.
          Après je ne sais pas quoi en penser là comme ça.
          De chouettes visuels mais…au service de quoi ? Il aurait fallu voir comment c’est intégré dans ce fameux film jamais fini.
          Tu sais que je n’aime pas Lynch par exemple. Le bizarre et abstrait, même joli, ça va bien 5min mais si je décroche complètement et que c’est trop perché, j’arrête le film.

          • Jyrille  

            C’est en ça que le documentaire est intéressant : il explique la vision de Clouzot, donne une idée de ce qu’aurait pu être le film.

          • Matt  

            Ok
            Et ça s’appelle L’enfer le documentaire ? C’est le truc qui existe en DVD sous ce nom ?

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