LES FRISSONS DE L’ENFANCE (Ric Hochet)

Focus : Ric Hochet

Par : TORNADO

VF : Le Lombard

© Le Lombard

C’était pour Halloween dernier. En général je profite de l’ambiance qui tourne autour de cette fin de mois d’octobre pour me faire une série de films d’horreur. C’est tellement propice…
J’ai pour habitude, entre autres, de me repasser chaque année l’épisode LA MAUVAISE TÊTE de Robert Zemeckis (le 8ème épisode de la saison 2 de la série AMAZING STORIES de Steven Spielberg). Mes enfants, depuis qu’ils le savent, mettent un point d’honneur à le regarder avec moi !

Et puis c’est pareil avec mes lectures : Période Halloween = histoires d’horreur. Ce qui est important ce n’est pas que ça fasse peur (vous l’avez certainement deviné étant donné le sujet de l’article), mais qu’il y ait une ambiance d’épouvante, fusse-t-elle en carton-pâte et inoffensive comme dans un bon vieil épisode de SCOOBY DOO… C’est l’esprit Tim Burton, quoi !

Bon. Ces derniers temps, la BD c’est pas mon truc. Dès que j’essaye d’en lire, ça me tombe des mains. La faute à tous ces comics de bonshommes en slip que je me suis infligé ces dernières années et qui ont fini par me sortir des vignettes tellement la plupart sont complètement cons.
Du coup je cherchais un bon vieux truc simple et efficace, pas trop prise de tête pour m’échauffer un peu. Et là : paf ! Je tombe sur mes intégrales RIC HOCHET que je me suis acheté il y a des années en compulsant mes étagères de tout et n’importe quoi !

Ric Hochet, c’est… un peu tout ça !
©Le Lombard

Flashback : C’était vers le milieu des années 80 je crois. L’ado que j’étais avait des velléités de changement. Je voulais découvrir un peu autre chose que la trinité TINTIN/ASTERIX/LUCKY LUKE. Et devinez où je cherchais des idées à cette époque ? Dans les rayons du supermarché ! Qu’il était encore loin le temps d’Internet !

Une fois, en vacances à la montagne, j’avais lu un album des 4 AS qui trainait dans un hôtel au coin du feu : LE CHATEAU MALÉFIQUE. Un pur trip à la SCOOBY DOO, qui avait éveillé un truc en moi, qui me ferait un jour devenir fan d’épouvante et de manoirs hantés.
Dans les rayons de mon supermarché (Euromarché qu’il s’appelait…), je venais de découvrir BLAKE & MORTIMER et, soudain, je voyais toutes ces couvertures de BDs franco-belges tournées vers tous ces genres qui me faisaient de l’œil, l’aventure, la SF et le fantastique. Dans ce dernier registre, les couvertures de la série RIC HOCHET attiraient tout particulièrement mon attention avec des vampires et des images gothiques. Alors j’avais commencé une petite collection, qui a mystérieusement disparu au moment où je suis entré au lycée (sans dec’, j’ai jamais su où était passé mon carton, comme s’il avait disparu avec mon enfance)…

Des couvs’ qui attiraient le chaland (les 10/12 ans) dans les 80’s…
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Flashback 2 : C’était dans les années 2010. J’avais décidé de me faire la collection de BD ultime, avec toutes les intégrales de mes séries préférées quand c’était possible, et pourquoi pas RIC HOCHET, histoire de me faire une Madeleine de Proust ? Mais je ne les avais encore jamais ouvertes, ces intégrales…

Depuis quelques temps, je bazarde et revends tout un tas de BDs, mais les RIC HOCHET sont toujours là. Alors pour le dernier Halloween, j’ai pioché quelques histoires dans le tas et je m’en vais vous les chroniquer.
Disons… quatre, OK ?

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L’ÉPÉE SUR LA GORGE

C’est le vingt-septième album de la série, initialement publié en 1977.
Le scénariste A. P. Duchâteau (par ailleurs auteur de polars) et le dessinateur Tibet avaient créé ce héros (librement inspiré de ROULETABILLE) en 1958, dans les pages du journal TINTIN (le premier album sera néanmoins publié en 1963). Ric Hochet est un journaliste d’investigation dont l’activité principale consiste à résoudre des énigmes liées à divers crimes. Ses aventures sont pimentées par une atmosphère mystérieuse où se mêlent les enquêtes classiques et les phénomènes paranormaux, naviguant parfois à la limite du fantastique et de la science-fiction.

L’ÉPÉE SUR LA GORGE fait partie des enquêtes « réalistes », sans qu’il n’y ait d’accointance avec le fantastique et l’épouvante. Mais il y a tout de même une discrète plongée vers le mystère et la science-fiction, avec le personnage masqué et le chantage qu’il exerce sur ses victimes grâce à un procédé lui permettant de les tuer à distance…
Évidemment, le déroulement de l’intrigue et la mise en forme de la bande dessinée en elle-même sont extrêmement classiques, mais c’est le but. C’est en principe ce que l’on est venu chercher dans ce type de lecture. Il faut avouer que l’ensemble est rondement mené : L’enquête est prenante depuis le début et les auteurs déroulent un indéniable savoir-faire lorsqu’il s’agit de maintenir le suspense.

Sur le principe, le concept de la série offre un mélange entre les aventures de TINTIN, les enquêtes de Sherlock Holmes, celles de l’Inspecteur Columbo et la série animée des SCOOBY DOO. Ce tabernacle constitue l’intérêt principal de la série, qui nous plonge à chaque lecture dans une atmosphère vintage et rassurante, pleine de mystères et de frissons enfantins.
Le style narratif des auteurs est extrêmement classique et même carrément désuet, avec quelques bulles de pensées et autres cartouches de texte un peu ampoulés. Mais la chose se lit tout de même avec grand plaisir, car les planches sont bien rythmées, fluides et claires.

L’ensemble fléchit dans la dernière partie de l’album, lorsqu’intervient le dénouement. C’est alors que l’intrigue est soudainement bâclée lors d’un final précipité plus ou moins improvisé, comme si le scénariste ne savait pas comment terminer son histoire.
Qui plus est, alors que je m’étais extasié tout du long sur les superbes décors gothiques dessinés avec soin, louant le talent de Tibet en la matière, je suis resté bouche-bée en voyant écrit, en minuscule dans un coin de la dernière vignette, l’annotation “Décors : D Desmit” ! Tibet s’était donc contenté des personnages, dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils sont fades, extrêmement consensuels et souvent cadrés en plan rapproché dans les mêmes postures et les mêmes expressions !

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LE FANTÔME DE L’ALCHIMISTE

Publié initialement en 1979, cet album fait partie des “enquêtes diaboliques”, puisque le récit débute par l’apparition du spectre d’un ancien alchimiste dans une petite bourgade brumeuse de la France profonde. Ce dernier, réveillé depuis sa sinistre crypte, serait revenu afin de se venger de ses anciens bourreaux en assassinant leurs descendants comme dans un bon vieux film de Roger Corman façon Edgar Poe…

C’est le 30ème album de la série mais… les bulles de pensée et les cartouches de texte sont toujours là. Ils alourdissent la lecture, sans toutefois la gêner outre mesure (c’est beaucoup plus aéré et beaucoup plus fin que les vieux comics de slip avec leurs dialogues à la noix !).

Ici encore, l’ensemble fléchit lors du dénouement, avec un final pour le moins alambiqué et capilotracté…
Bref, quelques déceptions dans un ensemble plutôt plaisant. J’ai quoiqu’il en soit passé un excellent moment de détente en lisant ce petit classique de la bande-dessinée franco-belge, racé et délicieusement rétro, comme un bon petit feuilleton TV à l’ancienne…

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TRIBUNAL NOIR

C’est le trente-deuxième album de la série, initialement publié en 1981.
TRIBUNAL NOIR fait partie des albums qui ne convoquent pas directement la dimension “fantastique”, mais il utilise néanmoins les codes du “roman à mystère”, dans le sens où le groupuscule qui kidnappe les responsables de la justice officielle afin de les exécuter (et qui se fait ainsi appeler le Tribunal noir !), rappelle les romans-feuilletons de la littérature populaire comme FANTÔMAS, qui nimbaient les génies du crime d’une ombre parfois aussi gothique que celle des créatures fantastiques…

Comme toujours avec cette série, les auteurs multiplient les rebondissements et s’éparpillent tant et si bien que le dénouement leur échappe complètement, laissant le lecteur sur sa faim, qui aura attendu en vain que le récit obtienne une conclusion étonnante ou, à tout le moins, satisfaisante…
Tel est le défaut principal des aventures de Ric Hochet : Les péripéties s’accumulent et lorsqu’il faut achever le récit, les auteurs ne savent plus comment faire pour faire converger toutes ces intrigues vers une résolution à la hauteur de toutes leurs promesses. Et l’on referme l’album sur une fin factice et tirée par les cheveux…

LA NUIT DES VAMPIRES

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Initialement publié en 1982, c’est le trente-quatrième album de la série. LA NUIT DES VAMPIRES fait partie des aventures clairement orientées vers le fantastique et les mystères gothiques surannés. La couverture de l’album annonce la couleur à elle-seule et le lecteur ne doit pas s’attendre à quelque chose de plus original. Au contraire, s’il est venu y chercher de la bande-dessinée classique et old-school, il ne sera pas déçu !
L’intrigue du jour est parfaitement calibrée, pleine de clichés inhérents au genre (vieux château, lande brumeuse, nuit déchirée par les éclairs, cryptes et passages secrets, hurlements d’effroi, personnages arborant le physique de l’emploi, etc.). Mais c’est bien ce qui fait son charme.

Une fois encore, L’enquête en elle-même commence sur les chapeaux de roues mais souffre d’un dénouement un peu tiré par les cheveux, et cette “Nuit des Vampires” veut parfois trop en faire, multipliant les coups de théâtre jusqu’à ce qu’il soit difficile de dénouer tous les liens qui constituent une toile d’araignée sans doute trop gourmande…
Comme d’habitude également, Tibet s’est contenté de dessiner les personnages, dans son style consensuel et paresseux. Et l’essentiel des planches est le travail de Didier Desmit (qui aligne d’excellents décors, minutieux et détaillés, en illustrant l’essentiel de l’atmosphère du récit !), ce dernier étant uniquement cité en tout petit au bas de la dernière page…

©Le Lombard

Et voilà.
En allant faire quelques recherches à l’occasion de cet article, j’ai appris que Tibet n’avait jamais dessiné de décors et qu’il avait employé des assistants pour les réaliser depuis le début de sa carrière ! Didier Desmit a donc été le décoriste de la série Ric Hochet sur les tomes 26 à 67 ! Avant lui, de nombreux assistants s’étaient relayé, dont un certain Dany.

Quant à moi, je n’ai encore jamais lu les premiers albums de la série (ni même les derniers) et je ne sais pas si c’était meilleur ou moins bon. Duchâteau et Tibet ont tout de même réalisé ensemble 78 albums de la série entre 1963 et 2010, un record ! J’ai ici pioché dans la période que je lisais lorsque j’ai découvert la chose, vers le milieu des années 80.
Si vous ne l’avez pas encore compris, nous sommes ici dans le franco-belge qui fait son âge, quelque part entre les BOB MORANE et les MICHEL VAILLANT qui remplissaient les rayons des supermarchés dédiés à la BD dans les années 80 et dont la création datait déjà de la fin des années 50 !
Ce petit compte-rendu est donc à prendre pour ce qu’il est : Une petite bafouille comme ça, en passant…

©Le Lombard

BO : Aretha Franklin : JUST FOR A THRILL

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