L’euphorie de seize milles terminaisons nerveuses. (Je suis un ange perdu)

Un polar à Barcelone II Je suis un ange perdu, par Jordi Lafebvre

Un article de PRESENCE

À Barcelone, une psychiatre au comportement piquant, parfois moqueur ou insolent, sensible et humaniste. Elle enquête, vivante et sympathique, sur un meurtre dans le béton. Une femme complexe et compliquée.

VF : Dargaud

Une femme dans le vent © Dargaud  

Ce tome fait suite à JE SUIS LEUR SILENCE (2023) qu’il vaut mieux avoir lu avant pour apprécier pleinement le personnage principal. Son édition originale date de 2025. Il a été réalisé par Jordi Lafebre, pour le scénario, les dessins et les couleurs. La traduction a été réalisée par Geneviève Maubille, la relecture par Loriane Ernst-Peysson, et le lettrage par Stevan Roudaut. Il comprend cent-cinq pages de bande dessinée.

Quelque part sur un chantier d’une zone sportive en banlieue de Barcelone, l’inspecteur adjointe Alemany arrive en voiture, assez rapidement. Elle en sort accompagnée par deux policiers en uniforme sous le regard d’ouvriers. Elle retrouve le policier en civil Enrique Garcia qui se tient devant un cadavre dont le bassin et deux jambes dépassent d’une dalle de béton encore fraîche, le pantalon glissant sur les mollets, révélant des tatouages de type néonazi. Garcia commente : On ignore qui c’est, et impossible de l’identifier tant qu’on ne l’aura pas sorti de là. Il continue : La police scientifique a pris des photos et le procureur est en route. Reste à déterminer la cause exacte de la mort… et comment il s’est retrouvé là. L’inspectrice-adjointe fait observer qu’au vu des éclaboussures, c’est évident, et elle souhaite savoir si c’est son subalterne qui a trouvé le corps.

Un ange haut perché © Dargaud   

Garcia se lance dans les explications : il était le premier policier sur les lieux. Il suivait une piste. La victime pourrait être impliquée dans la mort de Violeta Bellecoup la semaine dernière. On pourrait appeler ça de la justice poétique. Alemany souhaite savoir s’il y a des témoins. Son subalterne répond avec circonspection : à ce sujet, il a une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne nouvelle, c’est qu’ils ont un témoin oculaire. Et la mauvaise… Alemany devine de quoi il retourne : le témoin n’est autre que la psychiatre Eva Rojas. Garcia emmène l’inspectrice-adjointe la voir : elle est en train d’attendre sur une chaise. Les deux se reconnaissent et savent que l’entretien va être long. La policière souhaite que la psychiatre lui raconte tout depuis le début, dans les moindres détails. Eva répond qu’elle ne dira rien sans la présence de son psychiatre. Elle parvient à convaincre les policiers que c’est nécessaire. Alors que Alemany appelle le docteur Llull, Eva promet à Enrique qu’elle ne dira rien qui risquerait de le compromettre. Il répond que c’est la meilleure détective du pays, quand Alemany en aura fini avec Eva, elle connaîtra jusqu’à la taille de ses sous-vêtements. Ils se rendent au cabinet du psychiatre. Eva s’y installe dans un fauteuil et se fait servir un mug de café. L’inspectrice-adjointe explique au docteur Llull qu’une enquête a été ouverte après la découverte d’un cadavre, que mademoiselle Rojas pourrait détenir des informations mais qu’elle refuse de parler sans la présence du praticien. Ce dernier rappelle qu’Eva présente des antécédents de déséquilibre mental, que tout contact avec un cadavre peut réactiver ces symptômes. Il peut évaluer son état mental et vérifier que son récit correspond à des faits plausibles.

Le lecteur avait lu le premier tome sans forcément se douter qu’il constituerait le début d’une série, sous le titre de : Un polar à Barcelone. Il retrouve une couverture intrigante avec Eva Rojas, dans une situation improbable : perchée sur le bras d’une grue au-dessus de la ville, avec le regard perdu dans ses pensées. Il se rend compte qu’il a envie de retrouver cette jeune trentenaire, psychiatre de profession et qui entend des voix. L’auteur reprend donc plusieurs caractéristiques du premier tome, autant de d’éléments et de situations qui deviennent des spécificités, qui donne sa personnalité à la série. Il y a donc la ville de Barcelone : il s’agit d’un décor de fond, pas vraiment un personnage à part entière, pas de visite guidée de lieux touristiques, ou de monuments emblématiques, juste des endroits de la vie ordinaire. Il y a bien sûr le personnage central lui-même. Le lecteur retrouve sa phobie des cadavres (dont le docteur Llull se sert pour faire pression sur sa patiente), sa coupe en pétard, sa silhouette longiligne, son goût vestimentaire, sa liberté de ton, et les voix dans sa tête. Comme dans le premier tome, le lecteur peut voir les personnes qui parlent à Eva Rojas. Il éprouve une petite surprise car Maria Dolores Rojas, la grand-tante d’Eva, n’est plus là. Elle a cédé la place à l’arrière-grand-tante. Celle-ci a rejoint Angela Rojas, la grand-mère et Ana Rojas, la grand-tante milicienne, morte pendant la guerre civile. Ces trois femmes commentent régulièrement le comportement d’Eva et lui donnent des conseils.

La tête dans le béton © Dargaud  

Parmi les autres caractéristiques remarquables de cette série, se trouve également la personnalité même du personnage principal. Elle exerce donc la profession de psychiatre, tout en ne semblant suivre qu’un seul patient à la fois. Dans ce tome, il s’agit, ou plutôt il s’agissait de João Dos Mundos, dix-neuf ans, jeune footballeur. En tant que psychiatre, elle semble se cantonner à des suivis psychologiques, sans prescription, peut-être avec une légère touche de psychanalyse. Elle semble à l’aise financièrement, très libre de son emploi du temps, ce qui lui permet d’avoir une vie nocturne bien remplie. Son propre psychiatre explique qu’elle présente des antécédents de déséquilibre mental. Elle a tendance à interrompre son traitement assez facilement. Elle entretient un rapport délicat avec sa mère. Il n’est pas question de son père. Elle se montre toujours aussi habile à jouer avec le caractère des uns et des autres, en particulier ceux qui sont déterminés à lui nuire. Le lecteur attend ces passages avec impatience et il se régale à la voir provoquer un tueur à gages redoutable, Vicente Castells un agent opaque, ou à rabaisser un néonazi, Ricardo Mazas surnommé Riqui.

Dans le même ordre d’idées, le lecteur se rend compte qu’il anticipe avec plaisir les retrouvailles avec les dessins, en particulier l’expressivité des visages. Impossible de résister aux mimiques de celui d’Eva Rojas, ses grands yeux bleus, son petit nez, ses facéties accompagnées par des poses qui vont bien, oscillant entre la petite fille et la femme consciente de sa capacité de séduction, son entrain franc et ses moments de calme serein. Étonnant comme les expressions de sa mère ressemblent à celles de sa fille. Le lecteur sourit par automatisme à la gêne d’Enrique Garcia, visiblement un peu plus jeune qu’Eva, et complètement dépassé par sa relation avec elle. Il se sent en phase parfaite avec l’inspectrice-adjointe (qu’Eva continue de surnommer Merkel) : elle fait preuve d’un recul qui lui permet de voir comment la psychiatre met en scène ses émotions, elle ne se laisse pas embarquer par ces mêmes émotions, restant sur le comportement que lui dictent ses valeurs, et en même temps elle éprouve une forme d’admiration irrépressible pour elle. Il sourit en voyant que le docteur Llull est bien incapable de conserver le détachement auquel il s’attendrait de la part d’un praticien. Il frémit devant le calme froid de l’agent opaque. Il sourit derechef devant la comédie des trois femmes de la famille qui viennent commenter et conseiller dans l’esprit d’Eva.

Je suis ravie de te voir ! © Dargaud  

Au fil des séquences le lecteur ressent que cette bande dessinée a été réalisée par un auteur complet, pensant aussi bien en termes d’intrigues que visuels. Cette trentenaire aux cheveux en épi, à la pointe d’un bras de grue au-dessus de la ville constitue une image frappante, rendue encore plus mémorable par ce manteau blanc balayé par le vent, et sans oublier les trois anciennes à ses côtés. Impossible d’oublier la découverte du cadavre : deux jambes à la verticale qui dépasse d’un bloc de béton au sol, laissant à l’imagination du lecteur la possibilité de se représenter la partie supérieure du corps totalement immergée dans le béton. Au fil de l’enquête de la psychiatre, le lecteur découvre des moments surprenants : le docteur Llull en train d’arroser ses Epipremnum Aureaum et ses Monstera Deliciosa, Eva en train de réajuster sa petite robe noire, sa mère en train de se dessiner le sourire du Joker sur son propre visage, un entraînement de foot, les ailes tatouées sur les omoplates d’Eva, une nuit bien arrosée dans une discothèque, un réparateur d’électronique haut en couleurs, un piano sur un champ de bataille, un coupage d’ongles terrifiant, un petit nuage au-dessus de la tête d’Eva, et cette séquence à l’extrémité du bras de grue dominant la ville.

En prenant en compte les conventions propres à une enquête policière, le lecteur accepte la suspension d’incrédulité consentie nécessaire, et il apprécie le caractère unique et piquant de l’enquêtrice amateur. Il est possible qu’il comprenne trop rapidement le pot-aux-roses quant à l’identité de la personne enlevée. Il est difficile de qualifier de polar ce récit : même s’il met en scène un footballeur, le gérant du club et des prostituées, il ne développe pas leurs relations sur un plan économique ou sociale. D’un autre côté, le docteur Llull ne se livre qu’à des remarques superficielles sur sa cliente. Cependant, il apparaît inopinément un fil directeur : quand Eva Rojas rend visite à sa mère. Au départ, le lecteur n’y voit que la suspecte tenant sa promesse d’être exhaustive dans la narration de sa semaine, même si cette scène occupe quatre pages. Puis à deux reprises, il voit Eva encore enfant s’adonner à un jeu imaginé par sa mère qui consiste à s’attabler à un café, à choisir un inconnu et essayer d’en deviner le plus possible sur lui uniquement en le regardant. Or l’une des dernières scènes de cette historie revient à nouveau sur la mère d’Eva et Miriam qui partage sa chambre à l’hôpital psychiatrique de Saint Boi. Le lecteur se rend alors compte qu’il peut également envisager ce polar à Barcelone comme une étude de caractère centrée sur le personnage principal, et que certaines de ses facéties peuvent finalement être considérées au pied de la lettre comme l’expression de ses troubles psychologiques. Touchant. De ce point de vue, les trois pages au cours desquelles Eva raconte l’un des plus beaux chapitres de sa vie sexuelle en dit beaucoup sur elle, tout en la respectant intégralement en tant que personne : du grand art.

Oui, il est agréable de retrouver Eva Rojas, son comportement piquant, parfois moqueur ou insolent, sa sensibilité et son humanisme. Elle mène une enquête qui la place en danger, dont le mystère central peut être assez rapidement deviné par le lecteur. La narration visuelle est vivante, sympathique, avec des personnages attachants grâce à la légère touche caricaturale. Visuellement les situations sont variées et mémorables. Plus que dans le déroulement de l’enquête, le lecteur se prend conscience qu’Eva Rojas devient de plus en plus tangible et touchante, sympathique et troublante. Une femme complexe et compliquée.

Je peux évaluer son état mental. © Dargaud  


BO :

19 comments

  • Fletcher Arrowsmith  

    Bonjour Présence.

    J’ai retrouvé avec plaisir Eva, même si j’ai pris plus de plaisir à lire sa première aventure, JE SUIS LEUR SILENCE.

    Il y a un côté redite dans cet album, les ressorts dramatiques surprennent moins également le lecteur assidu, surtout celui qui a dévoré MALGRE TOUT, dont j’ai proposé une critique ici même.

    Vicente Castells = notre Vincent Cassel national ????? (ce que j’avais relevé)

    Il y a donc la ville de Barcelone : il s’agit d’un décor de fond, pas vraiment un personnage à part entière Un peu déçu par cet approche, car le domaine viticole dans le tome précédent était clairement un personnage à part entière.

    Jordi Lafebre n’a pas son pareil pour décrire une sacra galerie de personnage, Eva en tête de liste, malgré un côté un peu agaçant néanmoins.

    Intéressant ce que tu as relevé sur la sexualité d’Eva, car c’est clairement en phase avec l’approche psychologique, notamment Freudienne.

    Super article d’un auteur que j’adore lire et d’un album qui a fait mon année 2025

    • Présence  

      En tant que complétiste incurable, j’ai bien sûr commencé par le premier tome : Je suis leur silence.

      La version longue :

      les-bd-de-presence.blogspot.com/2025/12/je-suis-leur-silence.html

      La version courte :

      Une bien étrange couverture qui ne dit rien du récit, si ce n’est que son personnage principal affiche une personnalité affirmée. Le lecteur plonge dans un polar agréable, dont le caractère non-conformiste d’Eva Rojas dédramatise les aspects sordides. La narration visuelle met à l’honneur les paysages de la région, Barcelone et Penedès, ainsi que la comédie humaine. Le lecteur accompagne bien volontiers cette enquêtrice dans ses intuitions, son opiniâtreté, son esprit d’aventure et sa bonne humeur, sans oublier les voix dans sa tête. Une héroïne non conventionnelle.

      Comme toi, j’ai trouvé que le vignoble de Penedès avait plus de personnalité dans le tome I, que Barcelone dans le tome II. Dans le même temps, j’ai également trouvé que Eva Rojas avait gagné en épaisseur en tant que personnage, certainement par le mécanisme cumulatif des tomes I & II.

      Je serai au rendez-vous pour le tome III.

  • zen arcade  

    Hello. J’avais beaucoup aimé le premier volume et j’ai donc logiquement acheté le deuxième mais je ne l’ai pas encore lu. Quand ce sera fait, je ne manquerai pas de venir lire l’article, dont je ne doute pas du grand intérêt.

    • Présence  

      Comment oses-tu !!!

      Comment oses-tu faire ainsi attendre Eva Rojas pour la rejoindre dans ces pages ? Quelle manque de politesse, elle va te le faire payer. 😀

  • JP Nguyen  

    Ton article a de nouveau piqué ma curiosité. Je viens de consulter la dispo du tome 1 sur le site de ma médiathèque : tous les 7 exemplaires sont actuellement en cours d’emprunt !
    Il faudra que retente ma chance plus tard.

    J’ai peut être une réserve sur l’héroïne, je ne suis pas sûr d’accrocher à son personnage.

    • Présence  

      Une jeune femme attachante… même si on mesure bien sa chance de ne pas vivre en couple avec elle. 😀

  • Jyrille  

    C’est marrant, j’étais persuadé que c’était Bruce qui s’y était collé, mais non. Ca ne m’arrange pas car je tourne autour du premier tome depuis un certain temps, et j’avoue que je trouve la couverture de ce second tome très réussi. Bref, ça m’intrigue, je tenterais bien, mais je n’ai vraiment plus de place (et toujours 300 bds dans ma PAL).

    De plus, en les feuilletant, je trouve le dessin très agréable. Entre le comique et le semi-réaliste du franco-belge, et lorsque tu parles des aïeux de Eva, j’ai le sentiment de voir les Vieux Fourneaux : tout ça devrait vraiment me plaire.

    Comme je disais au début, l’aval de Présence me fera peut-être basculer pour ces deux tomes. Très joli article où j’en apprends bien plus que ce que j’avais pu en voir.

    La BO : jamais écouté ce monsieur mais c’est bien sympa.

    • Présence  

      C’est également le dessin très agréable qui a fini par me faire sauter le pas.

  • Jyrille  

    Quant à Barcelone, je viens de relire (et de revendre… et ouais et ouais je revends des bds ! J’ai pu récemment pas mal traîner dans des endroits où on te file du cash pour des biens) REALITY SHOW, une vieille bd en trois tomes de Jean-David Morvan. Le concept est très bien et c’est très distrayant tout en ayant un propos assez intelligent et presque visionnaire, mais la description de Barcelone du futur fait justement un peu trop carte postale et le dessin, même s’il n’est pas repoussant, n’est pas totalement abouti. Mais j’étais content de la relire même si je m’en suis séparé.

    • Présence  

      Je n’avais jamais entendu parler de Reality Show, ni même de son dessinateur Francis Porcel.

  • Bruce Lit  

    Je ressens pour cette BD que tu m’as fait découvrir (merci) certaines ambiguïtés.
    Eva est une Harley Quinn française, absolument charmante, souvent instable et totalement déglinguée. Lafebvre a créé une héroïne mémorable qui crève l’écran et que l’on suit, hypnotisé, dans son quotidien.
    Je trouve que les enquêtes sont un peu longues (surtout ce volume), parfois inutilement tarabiscotées et, enfin, que le gimmick des voix d’Eva omniprésent dans le volume deux et pas franchement nécessaire. A l’inverse, j’attendais le twist où son psy serait lui aussi une voix masculine.
    Je la retrouverai avec plaisir dans le volume 3 même si l’écriture pourrait à mon sens s’affiner.

    • Présence  

      Je reconnais bien là l’humour étrange de notre rédacteur en chef : Eva Rojas est espagnole et elle se met en couple avec un policier, par un supercriminel.

      D’un autre côté, l’auteur semble assimiler les ficelles du roman policier de mieux en mieux, avec certainement une marge de progression.

      • Bruce Lit  

        Coupable : j’avais complétement oublié que ça se passait à Barcelone.
        Non coupable : Ce n’est qu’un décor qui pourrait switcher avec n’importe quel autre pays européen.

        Non coupable : Eva est à peu près aussi non crédible en psychiatre délurée que Harley.

        • Présence  

          Je me suis également interrogé sur le niveau de crédibilité d’Eva Rojas : il ne semble effectivement pas très élevé, encore que dans les remerciements Jordi Lafebvre indique qu’il s’est renseigné sur le sujet.

          • Bruce Lit  

            Les troubles de l’humeur d’Eva sont assez bien explorés.
            Mais le simple fait qu’elle ait le droit d’exercer dans cet état dépasse toutes les limites d’incrédulité.
            Mais ce n’est pas ça qui me choque, encore mais plus ce dispositif des trois voix qui ne servent qu’à alourdir les propos. On sent l’influence de séries TV comme 6 FEET UNDER ou DEXTER où les personnages parlent à leurs fantômes et qui déjà, me gonflait.

  • JB  

    Merci pour cette présentation !
    À voir… Comme illustré par l’ami Doop, j’ai l’impression qu’on mange du TDI à longueur de journée, de nos jours : https://www.brucetringale.com/letrange-cas-de-billy-milligan/
    J’ai donc un peu peur de la sensation de déjà vu.

    Pour la ville en décor de fonds plutôt qu’en personnage, c’est paradoxal au vu de l’importance apparente des lieux, que ce soit le haut d’une grue ou un chantier en construction, on s’attendrait plutôt à ce que les espaces soient significatifs.

    Sinon, c’est moi ou il y a recyclage pour l’image de mamie catho ? Les 3 cases où elle apparait la montre dans la même position avec la même expression ? Idéal si l’on veut montrer une rigidité d’opinion (surtout à côté d’une protagoniste gesticulante et expressive), mais ça fait aussi un peu cheap.

    • Présence  

      Trouble dissociatif de l’identité : rétrospectivement, cela peut s’appliquer au Horla (1886) de Maupassant, ou à L’Étrange Cas du docteur Jekyll et de mister Hyde (1886 également) de Robert Louis Stevenson, et à bien d’autres encore qui, bien sûr, ne me viennent pas immédiatement à l’esprit. 😀

      Les espaces sont significatifs et le récit perdrait son sens si les séquences se déroulaient ailleurs, sans pour autant former une description intégrée de Barcelone, l’intrigue pourrait se dérouler dans une autre ville anonyme.

      Je n’avais pas fait attention pour l’arrière-grand-mère : on peut supposer qu’elle s’économise dans ses mouvements au vu de son grand âge. 🙂 Cela ne m’a pas gêné à la lecture.

  • Bruno. ;)  

    Weuha ! L’affaire Milligan, ça date un peu, quand même.
    Moi, ça me fascine, les histoires de bordel mental, quand c’est bien (ou simplement honnêtement !) raconté : probablement parce que je suis en terrain connu OUARFF !

    Quelques réserves aussi sur l’aspect graphique qui, malgré son excellent niveau objectif, me laisse un peu à l’extérieur. Je reviendrai causer de ce tome dès que je l’aurais lu -car je le lirai ! Comme quoi, la formule est assez séduisante, clichés compris, pour éveiller même ma curiosité -ce qui n’est pas rien, flemme que je suis.
    Alors merci Présence pour la découverte !

  • Présence  

    L’aspect graphique : il m’a retenu d’acheter et de lire le premier tome à sa parution. Après les bonnes critiques dudit premier tome, et celles tout aussi louangeuses du second, j’ai tenté la lecture. Au ressenti, l’aspect graphique participe du décalage de la personnalité d’Eva Rojas, tout en exprimant des émotions et des états d’esprit très variés en phase avec ce qui est raconté. En bref : ça fonctionne bien. 🙂

    Bordel mental : c’est un présupposé de l’existence personnelle que d’avoir la conviction que chaque autre être humain que soi a une vie mentale tout aussi riche et complexe que la sienne. Celle d’Eva Rojas présente des particularités un peu exagérées, avec ses propres hantises, et le poids des générations passées qui se manifestent sous la forme de ces fantômes, un dispositif narratif visuel bien trouvé.

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