Marvel et DC Comics : Les super-héros devraient-il tuer ?

Marvel et DC Comics : Les super-héros devraient-il tuer ?

Un focus de JB VU VAN

Les personnages de Marvel et DC Comics ont aujourd’hui tendance à être perçus comme naïfs, leurs histoires comme immatures par rapport à des récits plus brutaux comme INVINCIBLE, IRRÉCUPÉRABLE ou THE BOYS. C’est cependant méconnaître les récits des Big 2, qui ont déjà abordé dans leurs comics la question de l’usage de méthodes mortelles. Un dossier à découvrir sur Bruce Lit : le Blog.

De héros à bourreau
© DC Comics

“Parce qu’il refuse de le tuer, Batman est responsable des meurtres commis par le Joker.” J’ai souvent vu passer cet argument lors d’échanges sur le caractère “immature” des héros classiques, qui semblent attachés à des “valeurs dépassées” comme le refus de tuer. Souvent, dans ces discussions, les héros Marvel et DC sont considérés par les lecteurs modernes comme naïfs, puériles dans leur moralité inflexible, quasi-complices des antagonistes par leur passivité alors que des personnages aux méthodes plus expéditives, du Punisher à The Authority en passant par les Ultimates seraient plus adultes et matures, plus réalistes. Pourtant, les comics abordent cette question depuis longtemps !

La réputation de “boy scouts” des héros DC et Marvel est d’autant plus amusante qu’elle ne reflète pas les débuts violents des personnages. Batman, dans ses premières aventures très inspirées (pour ne pas dire copiées) de The Shadow,  n’hésite pas à balancer ses adversaires dans l’acide (mauvaise habitude,ça). Dans Captain America Comics n°1, Bucky s’étonne de l’indifférence de Steve Rogers lorsque leur ennemi se suicide ! Mais les comics des années 39-40 reflétaient les craintes et la violence que suscitaient les débuts de la Seconde Guerre. L’Âge d’argent a apporté une certaine innocence aux personnages.

Le Batman des origines, un poil plus extrême dans ses méthodes
© DC Comics

L’émergence de l’univers plus réaliste (à l’époque) de Marvel Comics changent la donne. Spider-Man, souvent considéré comme l’un des parangons de vertu de cet univers, blesse mortellement le Finisher, l’un des hommes responsables de la mort de ses parents, dans un Annual de 1968. Dans une histoire de 1972, Green Arrow, blessé, décoche un tir destiné à empêcher un sniper de faire feu : touché par la flèche, l’individu tombe dans le vide. Sous le choc, Oliver Queen va se retirer du monde jusqu’à ce que ses collègues le persuadent de reprendre son rôle.

Mais c’est à partir des années 80 que les auteurs vont explorer les conséquences des morts provoquées par les héros. Dans FLASH n°324, Barry Allen brise la nuque du Professeur Zoom, le Reverse Flash, qui avait déjà tué sa première épouse et était sur le point d’assassiner sa fiancée. Flash se voit alors accusé de meurtre sans préméditation dans un long procès, une accusation qui évolue d’ailleurs en meurtre prémédité qui interroge des questions fondamentales : son protégé Wally West, alors Kid Flash, témoigne malgré lui que Flash aurait pu neutraliser Zoom de manière non létale.

Une réaction fatale
© Marvel Comics

Cette idée de responsabilité du héros dans l’usage de ses pouvoirs, de recours à une force fatale plutôt qu’une neutralisation, est reprise dans les New Warriors lorsque “Marvel Boy”, Vance Astrovik, est jugé pour le meurtre de son père abusif. Devant la démonstration qu’il aurait pu le stopper sans le tuer, Vance accepte sans discuter sa condamnation pour homicide involontaire

Une scène qui va marquer le passage à l’Âge sombre des comics des années 80 est l’exécution par Green Arrow d’un sadique qui torturait sa compagne Black Canary dans LONGBOW HUNTERS. Cette fois, Queen ne se retire pas dans un monastère, mais suit une thérapie pour assimiler son geste : si celui-ci ne conduit pas à des conséquences judiciaires, Oliver Queen va devoir lutter avec sa propre violence. La série CRY FOR JUSTICE va le voir tuer un autre ennemi, cette fois de manière préméditée et par pure vengeance, crime pour lequel il sera condamné et devra chercher la rédemption..

Green Arrow entre dans le Dark Age des comics
© DC Comics

Ces méthodes plus expéditives touchent même les héros ayant une réputation de boy-scout. Lors de la relance de sa série par Byrne après Crisis on Infinite Earths, Superman se change en juge, juré et bourreau lorsque des versions de Zod et de ses comparses éliminent un univers entier et menacent de recommencer : Superman les expose à des doses mortelles de kryptonite et reste apparemment impassible lorsqu’ils agonisent sous ses yeux. Un acte qui va le poursuivre : des ennemis mystiques le disent “terni” par cet acte, et à son insu, Superman développe une dissociation d’identité, adoptant la personnalité d’un justicier nommé Gangbuster. Lorsqu’il réalise son instabilité, Superman s’exile. Ce traumatisme continuera à être exploité sur la durée : c’est cette faille qu’exploitera Max Lord durant le crossover Sacrifice pour faire du kryptonien son pantin.

Tuer ou laisser des innocents mourir
© Marvel Comics

Chez Marvel, Captain America donne lui aussi la mort. Sous John Byrne, il décapite le Baron Blood, un vampire. Mais on pourrait ici arguer que son ennemi était déjà techniquement mort. Ce n’est pas le cas dans CAPTAIN AMERICA n°321. Confronté au groupe terroriste ULTIMATUM, Cap voit l’un de ses membres ouvrir le feu sur des otages et doit lui-même l’abattre. Un usage de la force dans un cas de force majeure, qui va devenir le principal cas d’utilisation d’une force mortelle pour les héros DC et Marvel : Superman utilise toute sa force contre Doomsday pour l’empêcher de raser Metropolis

Certains univers parallèles explorent des mondes où les héros choisissent de tuer. Le plus connu est INJUSTICE, où Superman utilise des méthodes de plus en plus extrême pour maintenir sa vision de l’ordre. Cependant, dans ce monde, que ce soit dans le jeu ou les comics, il devient indéniablement l’antagoniste, l’homme à abattre. L’usage régulier de la violence mortelle fait du justicier l’instrument d’un régime autoritaire. Une suite apparemment logique : dans les séries THE AUTHORITY, le groupe du même nom finissent par prendre le pouvoir après un coup d’état, et leur recours régulier à la violence finit par mener à leur perte dans CAPTAIN ATOM : ARMAGEDDON. Une civile, terrifiée par leurs méthodes, décide de détruire leur univers lorsqu’elle obtient des pouvoirs sur la réalité.

L’escadron de la mort des Avengers
© Marvel Comics

Pourtant, les personnages se posent la question du recours à la force létale. Plusieurs groupes établissent une charte encadrant leur activité, et seule la Légion des Super-Héros a une règle d’exclusion de ses membres en cas d’utilisation de force létale. Naïveté, volonté de rester des modèles pour les jeunes ? La JLA ou les Avengers ont des chartes qui comportent un chapître sur la punition des criminels, confiée dans les 2 cas à la responsabilité des autorités compétentes plutôt qu’au jugement des superhéros. En cas de mort d’un criminel de la part d’un membre de ces équipes, leur situation est jugée en interne. Hawkeye doit ainsi se justifier de la mort accidentelle de Egghead, et Carol Danvers est également jugée pour celle du “Maître du Monde”, ici encore un cas de force majeure.

Cependant, même ces chartes peuvent être controversées. Dans Operation Galactic Storm, l’Intelligence Supreme commet un génocide. Les Avengers sont divisés sur l’action à mener. Le leader de l’époque, Captain America, s’oppose à son exécution. Cependant, Iron Man, utilisant son statut de membre fondateur, prend la direction de plusieurs Avengers pour mettre à mort l’Intelligence Suprême, utilisant l’argument (erroné) qu’il s’agit d’une machine en plus du rappel qu’elle constitue une menace cosmique. Cet acte manque de détruire l’équipe et est l’une des causes de la dissolution des Avengers de la Côte Ouest.

Quand un massage de la nuque tourne mal
© DC Comics

On retrouve un équivalent dans l’univers DC dans le crossover Sacrifice. Lorsque Superman est possédé par Maxwell Lord, qui en fait son bras armé, Wonder Woman neutralise temporairement le kryptonien et, en utilisant son lasso de vérité, demande à Lord comment l’empêcher d’utiliser son ami. Lorsque Max Lord lui répond “En me tuant”, Wonder Woman lui brise la nuque.

Un recours à une punition expéditive qu’avait déjà exprimée l’amazone lorsqu’elle apprend les événements déclencheurs d’Identity Crisis et notamment les exactions du Dr Light. Parmi la “trinité” DC, Wonder Woman serait en effet la plus prompte à tuer les criminels, par opposition à Batman qui reste absolu dans sa position de refus du meurtre. Superman occupe ici une place plus incertaine, notamment en raison de son passif d’exécution de Zod et compagnie. S’il a décidé lui-même de ne plus prendre de vie, il refuse d’appliquer cette position morale à autrui.

Une exécution justifiée ?
© DC Comics

Pour reprendre la question initiale de Batman et du Joker, un héros qui ne tue pas est-il responsable des crimes ultérieurs de celui qu’il capture ? Une bien étrange manière de penser. Batman remet le Joker à la justice qui détermine le sort de l’individu. Pourquoi ne pas blâmer chaque flic impliqué, le juge, le procureur, le gardien de sa cellule, enfin tous les éléments de la chaîne judiciaire ? Pas pour une logique interne à ce monde fictif, mais pour une raison métatextuelle. Parce que l’éditeur ne va pas tuer un personnage populaire. Parce que le lecteur connaît les clichés du genre et sait que le criminel va s’évader et recommencer. Et que le héros, rendu anonyme par son masque, est à ses yeux un bourreau idéal.

Les héros DC et Marvel peuvent tuer, et l’ont fait régulièrement : par accident, sous l’effet de l’émotion, dans un cas de force majeure. Mais une écriture mature et adulte de ces histoires implique qu’ils doivent en subir les conséquences, qu’elles soient légales ou personnelles. Prenons un auteur connu pour ses récits ultraviolents : Garth Ennis n’écrit jamais le Punisher comme un héros idéal ou même efficace dans le grand ordre des choses, mais comme un damné. Dans son comics THE BOYS, la violence commise par l’équipe éponyme s’avère au final tout aussi destructrice pour ses membres que pour leurs ennemis. Tuer le méchant gratuitement ? C’est juste donner un exutoire décérébré au lecteur.

Pas un modèle à suivre !
© Marvel Comics

41 comments

  • Nikolavitch  

    L’éternelle question ! et de fait, pour un personnage comme Batman, cette tension devient un excellent moteur dramatique que les meilleurs scénaristes savent exploiter.
    à l’inverse, le fait que le Punisher n’hésite pas à tuer l’empêche d’avoir des ennemis vraiment marquants…
    (l’exemple probant, d’ailleurs, c’est justement le Joker, sauvé par l’éditeur qui en devine le potentiel, alors que ses auteurs le tuaient, au départ, à la fin de l’histoire où il apparaissait)

    • JB  

      Pupu n’a guère eu que Jigsaw ou Rosalie Carbone comme adversaires propres, le reste étant des pièces rapportées comme le Caïd, Hood, Zemo

      • fred Le mallrat  

        Y en a eu quelques autres: Saracen, Barracuda, MaGnucci ou le Russe.. Apres a part des execeptions comme Damage ou Le reverend Smith ils reviennent rarement.

        • JB  

          Le retour de MaGnucci est… discutable, mais pour les 3 exemples de Barracuda, MaGnucci et le Russe, ça reste dans la sphère Garth Ennis, il me semble.

          • fred Le mallrat  

            Tout a fait.
            Saracen c est la sphère Mike Baron: c’est un personnage qui reapparait à 5 ou 6 reprises.. tue le reste de famille que Frank avait retrouvé, manque de tuer Rose (un agent du Mossad).. Bref c est ce qui se rapproche le plus d un ennemi récurrent comme pour les autres personnages.
            Damage je crois qu’il réapparait 2 fois mais on voit que Potts avait des projets qui n’aboutiront jamais avec le Kingpin et lui. Le Revered Smith aussi mais la deuxieme fois sur un arc assez long (Pareil du Baron) ou Thorn (Dixon) lié aux Carbonne.

            J oubliais mon préféré Sniper qui est dans deux sagas de Potts.
            2 fois (en tout cas 2 arcs differends est souvent la norme avec Iris Green

          • JB  

            Finalement, pour toute cette période des premières séries régulières, l’ennemi « ultime » de Castle est Microchip…

    • Bruce Lit  

      Le pire ennemi du Punisher, c’est Frank Castle.

  • NICOLAS  

    Eternelle question, on ne compte pas ne nombre de vies que Batman autait put sauver s’il avait éxecuté le Joker au début de sa carrière de tueur de masse.

    Par contre lorsque le Punisher abat des trafiquants de drogue ou de femmes, il ne résous rien : les gens qu’il abat son remplacés par d’autres ordures du même acabit.

    L’exécution de Zod et cie était légitime de la part de Superman même s’il n’a pas supporté d’avoir dut jouer le rôle d’exécuteur. Celle de l’Intelligence Supreme Kree était un acte légitime car commit en temps de guerre.

    Et si on avait fait couler la Nina, la Pinta et la Santa Maria, 1 à 10 millions de personnes n’auraient pas été massacrés par les colons Européens ‘ou peut être que si, un jour ou l’autre).
    Et si on avait abattu Hitler en 33, rien ne prouve que le Shoah n’aurait pas eu lieu : un autre Nazi serait arrivé au pouvoir et s’en serait occupé avec plus d’efficacité encore. Qui peut savoir.

    On peut aller très loin avec le débat sur le droit de tuer.

    • fred Le mallrat  

      Pour le Punisher, c’est ce qui est intéressant sous l’ère editoriale/ecriture de Carl Potts (ele commence avec la mini de Grant et Zeck et va jusqu’a Punisher War Journal 19/ en comprenant des GN comme Assassin’s Guild et Intruder (je rajouterai Big Nothing qu’il n’edite pas mais qui reste dans la ligne).
      Dans ses récits, il ne tue pas toujours les petites mains. Il est moins radical que dans les versions précédentes ou que la version actuelle depuis la Ennis.
      Rien que Assassins Guild n est plus envisageable avec el Punisher actuel (et ne l etait pas avec celui qui est en gros dans les mags noir et blancs et finit avec Miller)

    • JB  

      Pas exactement d’accord pour la partie sur l’exécution de l’Intelligence Supreme. Dans Operation Galactic Storm, la décision de tuer l’Intelligence Artificielle n’a rien à voir avec la guerre (ou alors autant tuer également Lilandra) mais avec l’autogénocide des Krees, une affaire qui ne devrait concerner que les survivants ou les vainqueurs de la guerre.
      On pourrait arguer que Iron Man et les autres se basent sur la volonté d’un survivant (Captain Atlas), mais celui-ci se suicide quelques instants après avoir demandé l’exécution de l’Intelligence Supreme, on peut avoir des doutes sur son état mental

      • NICOLAS  

        Par rapport à l’Intelligence Supreme les dirigeants Nazis à Nuremberg on été exécutés pour crime de guerre, crimes contre la paix, crimes contre l’humanité (la Shoah). On pourrait faire un parallèle entre l’I.S. et les Nazis puisque l’I.S avait commit nn génocide.

        • JB  

          Nous sommes d’accord, mais l’exemple de Nuremberg implique un jugement selon des lois, absent dans Galactic Storm.

  • Zelphui  

    Voilà un sujet toujours intéressant que je trouve à aborder, surtout maintenant, car j’ai l’impression que les mentalités autour de ce sujet semblent changer quand on regarde les comics DC et Marvel actuels (Même si ça se voit plus chez Marvel).

    J’ai le sentiment que les Super-héros Marvel s’autorisent plus facilement à accepter de tuer ou que d’autres tuent, sans que ça n’ait beaucoup de conséquences. On se souvient des X-Men qui tuent leurs ennemis en masses pendant la période Fall of X. (Ou les Super-héros Marvel qui mettent d’accord pour tuer Doom dans One World Under Doom) Les conséquences, on ne les voit pas vraiment, le pire, c’est que les X-Men ne semblent pas avoir de remords sur le sujet.

    Alors, oui, c’est un contexte de guerre et d’extinction donc peut-être que ces questions ne se posent plus ? Mais quand je me souviens d’Uncanny X-Force en faisait un sujet majeur, je trouve que les mentalités ont bien changé maintenant.

    • JB  

      Pour les X-Men, on est passé d’une logique d’intégration à celle du communautarisme depuis House of M. L’ère Krakoa est particulière en cela que le meurtre des adversaires devient (supposément…) un interdit jusqu’à ce que l’immortalité des mutants soit remise en cause. Mais commettre un geste fatal est une question qui se pose dès Claremont, souvent avec le personnage de Tornade (Uncanny X-Men 200, ou encore l’affrontement contre Callisto)

  • Jyrille  

    Merci pour cette belle encyclopédie, JB ! Sacré boulot abattu. Je suis totalement d’accord avec ta conclusion, notamment sur la question de Batman et du Joker.

    J’avais été très étonné, lorsque je l’ai revu, que le premier Batman de Burton montrait le chevalier noir tuer des hommes de main sans aucun remord.

    • JB  

      Dur de trouver un Batman fidèle aux comics, entre le meurtrier chez Tim Burton et le retraité de Nolan…

  • Ludovic  

    « Parce que l’éditeur ne va pas tuer un personnage populaire. Parce que le lecteur connaît les clichés du genre et sait que le criminel va s’évader et recommencer. Et que le héros, rendu anonyme par son masque, est à ses yeux un bourreau idéal. »
    oui ca me parait un argument essentiel, c’est Umberto Eco dans son article sur SUPERMAN qui parlait de la mythologie super-héroique comme une fiction du statu quo et il y a de ça forcément !

    Après je pensais aussi à l’influence du Comics Code Authority sur l’évolution du genre et je me dis que ça a aussi un impact sur l’évolution du genre et de la caractérisation des personnages et des question morale lié au super héros qui dans ce contexte devait rester du bon côté de la barrière, la censure n’aurait pas toléré une quelconque ambiguïté à ce niveau là !

    • JB  

      L’un des éléments intéressants du statu-quo est de savoir qui l’établit. J’ai l’impression que, plus que les auteurs, les lecteurs et les éditeurs, c’est la culture populaire qui choisit la version la plus prégnante, alors définie comme version principale. Le Superman champion des opprimés qui ne peut que sauter ou le Batman encore Shadow-esque et ses flingues sont oubliés au profit du Superman tout puissant mais n’intervenant que contre le crime et le Batman catégoriquement opposé au meurtre, quelle que soit la justification.

      Ah, et au cas où il y aurait des amateurs, l’article d’Umberto Eco est disponible ici : https://www.persee.fr/doc/comm_0588-8018_1976_num_24_1_1364

  • Présence  

    Une iconographie qui a réveillé de nombreux souvenirs en moi : Superman & la kryptonite (je me souviens qu’à l’époque cet épisode avait coulé beaucoup d’encre dans la presse spécialisée), la torture de Dinah Lance, le tir de Captain America, la mort de Maxwell Lord… et j’en découvre d’autres (l’escadron de la mort des Avengers).

    De mon point de vue, le superhéros classique intervient pour redresser les torts, c’est-à-dire rétablir une forme de justice au sein de la société. En ce sens, il restaure le statu quo de l’ordre social, i est partie intégrante de cet ordre. À ce titre, il pallie des manquements du système de justice, il en fait partie. En tant que super-policier, il ne peut pas s’arroger des droits supplémentaires, tel que celui de la peine de mort. Ou alors, il sort du registre superhéros stricto sensu, et il bascule dans le vigilantisme. C’était toute l’ambiguïté du Punisher lorsqu’il est apparu dans Amazing Spider-Man, puis du Vigilant (Adrian Chase).

    • JB  

      C’est un peu le paradoxe : en marge de la loi par sa posture de justicier en tabassant joyeusement des malandrins, il est tout de même censé ne pas franchir une limite. Hors-la-loi mais pas trop. J’ai toujours pris le cas du Vigilante comme un pastiche et une critique du Punisher, puisque très tôt dans sa série, il réalise qu’une de ses cibles était innocente après l’avoir rossée, et que chaque personne adoptant le masque du Vigilante (y compris Chase) finit consumé par sa mission. Il faudra bien plus longtemps aux séries régulières Punisher pour en arriver à la même conclusion lors de Countdown.

      • Présence  

        En lisant Vigilante à l’époque, le traitement du personnage apparaissait comme une condamnation de celui du Punisher, par Marv Wolfman (certainement du fait de ses propres convictions), et par DC Comics qui restait du côté des superhéros purs, sans compromission morale. Puis la série a évolué.

        • JB  

          Très belle couverture finale pour la série, d’ailleurs

  • JP Nguyen  

    C’est un bon sujet d’article et je ne connaissais pas certains exemples cités (Superman, Green Arrow).
    Sur cette problématique, les deux histoires qui me viennent le plus rapidement en tête sont Daredevil Bullseye dans le métro par Frank Miller et KINGDOM COME par Mark Waid et Alex Ross.
    Dans le premier récit, Daredevil conclut l’épisode par un laïus sur l’importance des lois.
    Dans le second, c’est l’émergence de héros prêts à tuer sans procès qui envoie Superman dans sa retraite temporaire. Et il en sort lorsque ceux-ci sont devenus hors de contrôle.

    Il y a aussi un soliloque dans DKR où Batman évoque le nombre de morts dont il se sent responsable pour avoir laissé vivre le Joker. A la fin du chapitre, il ne franchit toutefois pas le pas et c’est le Joker qui se suicide.

    Ces jours-ci, nous avons un aperçu du monde créé par l’usage de la force sans aucune considération des lois. Un rappel que la loi du plus fort n’est pas un système très souhaitable.

    • Nikolavitch  

      L’épisode de la roulette russe, dans Daredevil (191 je crois), est d’une exceptionnelle finesse dans ce domaine (c’est sans doute ce que Miller a écrit de meilleur à mon sens). On sent cette tension, mais la fin est extraordinaire

      • JP Nguyen  

        @Alex : « My gun has no bullets. »

    • JB  

      Pour Kingdom Come, avec une certaine ironie, les forces menées par Wonder Woman sont également prêtes à tuer pour contenir l’évasion de cette génération d’anti-héros.

  • Bruno. ;)  

    Pas mal troussé, hé !
    J’ignorais certains des exemples cités dans cet article, plutôt nécessaire, de mon point de vue -et particulièrement bien écrit, en ce sens qu’il fournit autant d’informations diverses qu’il ne porte aucun jugement ni ne prend position. Je suis bien incapable d’autant d’objectivisme, sur un thème comme celui-là.

    En fait, la perception de la mort des méchants, dans les histoires écrites à destinations des enfants-adolescents, dépend beaucoup du niveau de maturité des lecteurs : quand on est immature, il y a une tendance plutôt générale à l’acceptation (tacite ou enthousiaste) de la définitive (!) mise hors d’état de nuire du criminel. Les Western les plus simplistes, à la Télé aussi, nous fournissaient à la pelle leur lot de règlements de comptes à la va-vite, entre gentils très gentils et méchants très méchants ; dénouements sans surprise et infiniment satisfaisants quant à notre foi par défaut (car évidemment rassurante) envers une justice « supérieure » réglant l’ordre des choses -et forcément toute puissante : corolaire de la sécurité traditionnellement induite par le bon fonctionnement de la cellule familiale.

    L’univers du Super-héros « moderne », avec son approche élaborée des personnages, a introduit une réflexion plutôt nouvelle sur la validité des méthodes expéditives des héros passés ; remettant en question notre point de vue enfantin sur ces affrontements entre bons et mauvais où, tout soudain, on se trouve à questionner telle ou telle conclusion quand, si l’auteur a bien fait son boulot, les raisons qui forcent les antagonistes au pugilat peuvent être justifiées à presque égalité.

    C’est là où l’art de l’écriture est mis en avant, entre récit volontairement enfantin (sans jugement de valeur de ma part) et récit à prétentions plus matures, car pouvant donner lieu à une réflexion sur les tenants et aboutissants de l’histoire, l’exercice réverbérant (ou pas) sur notre vécu.

    J’avoue que j’ai un peu de mal à percevoir quoi que ce soit « d’adulte » dans la plupart des histoires que j’ai lues où un hurluberlu costumé se permet ce genre d’expédient pour régler son problème : de la forcément interminable quête vengeresse du Punisher aux itérations plus récentes affligeant d’autres Super-Héros, ce changement de paradigmes semble surtout un écho à vocation commerciale aux dérives sur-sécuritaires de nos sociétés Occidentales (ainsi qu’à un recul culturel très net quant au rapport à l’autre, devenu de facto un ennemi). La violence fait vendre, même fringuée en lycra grotesques -peut-être plus, d’ailleurs !
    Bon, il y a les auteurs d’exception, bien sûr (toujours les mêmes) ; mais c’est un courant très largement répandu, au jour d’aujourd’hui ; l’effet étant tellement sur-utilisé que la mort (de sang-froid ou autre) ne suscite plus que quelques remous parmi les derniers fans d’un genre créativement plutôt moribond, si on l’envisage essentiellement dans cette optique sensationnaliste.

    Un Super-Héros qui tue, si le contexte de son histoire ne présente aucune problématique un tant soit peu profonde poussant à la réflexion, au bénéfice du seul effet-choc de ce passage à l’acte absolument pas typique (traditionnellement) du genre, n’assassine qu’un peu plus le fragile équilibre qui donne un minimum de plausibilité à son existence : un « entre-deux » irréel où il s’est toujours agit de mettre en scène -dans l’idéal, bien sûr- le meilleur de nous.

    • JB  

      « J’avoue que j’ai un peu de mal à percevoir quoi que ce soit « d’adulte » »
      Tout à fait d’accord. C’est un peu le paradoxe de la fiction utilisée à titre d’exutoire. Je ne suis pas du genre à dire que voir des films violents ou lire des comics va « corrompre les innocents » pour reprendre le bon docteur. La limite, c’est de confondre ce caractère dérivatif avec une maturité d’écriture, comme si le recours à la violence était un acte adulte – m’est avis qu’il y a une dose non négligeable de masculinité toxique derrière le type de public prenant ça pour des lectures de haut niveau…

      • Bruno. ;)  

        Exactly. Je me suis récemment fait presque tout Invincible et, hormis la joliesse du graphisme des débuts, j’ai trouvé ça d’une facilité bébête (datée) dans la forme et gratuite -et surtout infantile !- dans le fond à tomber par terre. C’est pourtant, si on en croit les avis, à destination d’un public mature…
        Mé ce n’est qu’un avis personnel, hein ; à titre d’exemple patent : je n’ouvre pas un débat !!

        • JB  

          Liefeld dans les années 90 : « Les gars, avec Youngblood, j’ai un concept qui va tout déchirer : des superhéros qui préfèrent faire les divas devant les caméras plutôt que de jouer les boyscouts en arrêtant les criminels. Trop réaliste comme idée ! »
          Stan Lee: « Ouais, on a eu la même en 1962 dans Amazing Fantasy, l’histoire s’appelait « Spider-Man! » »

  • Tornado  

    Au départ le sujet ne m’intéresse pas. J’ai tendance à penser que ce genre de chose, ça dépend du talent de l’auteur (si le super-héros fait comme ci ou comme ça, tue ou tue pas, ça sera pourri selon l’auteur, et génial selon l’autre). Et puis la sempiternelle litanie que le super-héros ce n’est pas un sujet sérieux et adulte… Ben… alors pourquoi le lire quand on est adulte, alors ? Vous vous foutez de ma gueule avec cet argument ?
    Mais n’empêche que j’aime bien les articles de JB, c’est toujours bien écrit et intelligent.
    Mon avis, que je ne cherche pas à imposer, c’est que les temps ont changé. Ce genre de question ou de problématique me semble très lointain à présent. J’ai comme l’impression qu’il faut encore laisser le temps passer. Comme avec les vieux films. On verra avec le temps ce qu’il faut séparer du bon grain et de l’ivraie. Et que le super-héros tue ou pas… je ne suis pas certain, sincèrement, que ce sera encore un élément important. Je trouve le sujet sclérosé. Il appartient à une génération de lecteurs.
    Mais encore une fois l’article de JB est un bon plaidoyer. Il montre bien « pourquoi cette orientation elle est bien ». C’est pertinent, et ça vaut largement la mienne.

    • JB  

      J’admets, j’adore « suranalyser » les comics DC et Marvel. Je trouve assez amusant de tenter de trouver une logique interne à ces mondes de fiction presque centenaires, créés et enrichis par des centaines d’auteurs différents et façonnés selon les esthétiques et certitudes morales d’ères très différentes. C’est un type de vivier assez unique – pour comparaison, le monde de Tolkien n’appartient (presque) qu’à lui, et est resté quasi inchangé jusqu’aux fanfics et les films de Peter Jackson.

    • JB  

      Mais du coup, d’autant plus merci pour ta lecture !!!!

    • Bruno. ;)  

      Même à travers le filtre du genre Super-Héros, pourtant pas mal corseté (sinon pour les plus grands auteurs), je ne pense pas que le rapport aux questions de vie ou de mort puisse être traité par dessus la jambe, précisément parce que c’est une problématique essentielle qui définit clairement les limites inhérentes à ces univers fantaisistes, au même titre que le super-pouvoir : on navigue essentiellement dans une réalité alternative, au niveau non seulement du réalisme (simple décorum à même de nous aider à accepter la démonstration par identification au(x) personnage(s) et à leur(s) avatar(s).) mais aussi de la simplification des concepts exposés.
      Si le Super-Héros abandonne les hauteurs idéologiques (même simplettes et manichéennes) auxquelles il s’est hissé après ses débuts historiques (le spectre de ces dernières étant néanmoins plutôt large…), et imposées automatiquement par son statu de surhomme, il ne reflète plus que nos réactions les plus basiques et perd aussitôt beaucoup de sa substance en tant que symbole -et donc de sens quant à son existence : n’importe quel personnage lambda fera alors désormais aussi bien l’affaire pour explorer les affres de notre condition d’être humain ordinaire ; nul besoin de capacités para-normales pour ça.

      Bien sûr que le Super-Héros, comme tous les genres de la littérature (illustrée ou non) peut évidemment servir à explorer de façon cultivée -et donc plutôt mature- nombre de thèmes et sujets : les géants, qui nous régalent depuis quarante ans maintenant, l’ont souvent prouvé (jusqu’à l’extrême, parfois, comme Moore avec Promethea !). Même entravé par ses pires incohérences, ça peut être un sujet très sérieux en lui-même (Miracleman) ; mais on a parfaitement le droit de l’apprécier aussi comme simple exercice créatif, destiné à tout bonnement distraire, mais de façon originale : Green Lantern Far Sector, par exemple, ou le traitement pour le moins expérimental -toutes proportions gardées- du tout récent Martian Manhunter.

  • Bruce Lit  

    Un article aussi important que celui que j’avais commis sur la déchéance morale des X-Men https://www.brucetringale.com/mutant-massacre/
    Ce n’est pas tant le fait que les super-héros tuent qui me dérange mais plus le fait qu’ils n’essaient même plus de ne plus le faire : et pour cause , le rapport à la Loi a toujours été problématique dans cette littérature : les jugements sont rarement prononcés (comme celui de Magneto) ou, quand ils le sont, ils s’en échappent par des pirouettes qui me sont de plus en plus désagréables : ce sont finalement les mêmes que « nos « politiciens corrompus qui sortent de taule pour écrire des bouquins.
    Voilà pourquoi je ne lis quasiment plus de la continuité DC/Marvel : tous ces personnages sont devenus des criminels en puissance qui ne se préoccupent plus de la justesse de leur cause.

    • JB  

      La faute au précédent judiciaire de l’affaire « Jean Grey vs Phénix Noir », terrible en termes de jurisprudence d’absolution des tueurs de masse.

    • Bruno. ;)  

      Je connais bien l’article que tu cite, Bruce ; et je dois dire que la véhémence de ta réaction à la dérive fascisante -parce que c’est bien de ça qu’il s’agit- des publications du MCG me parle plutôt fort, tant elle rejoint ma propre déception rétrospective : ayant quitté le navire en même temps que Claremont (mais déjà émotionnellement « à la remorque » depuis pas mal de temps, niveau plaisir « vrai »), je n’ai vécu ces trahisons éthiques qu’épisodiquement, avec donc un fort amortis.

      Ces « concessions » à l’air du temps, autant souvent démissionnaires d’un point de vue créatif que racoleuses coté commercial, marquent la fin d’une Ère idéologiquement bien plus confortable. Le « réalisme » pragmatique qui animent les Super-Héros d’aujourd’hui, alors qu’ils demeurent néanmoins prisonniers des mêmes artifices narratifs artificiels que leurs incarnations originelles (remise à plat scénaristique tous les dix épisodes, Soaps à rallonges, traitement d’une facilité proprement suffocante des éléments fictifs ou Fantastiques, Etc…), contredit tellement fort l’intérêt intrinsèque de ce média à vocation distractive (où est l’évasion, dans tout ça ?!) qu’il est improbable qu’il puisse survivre longtemps à ses propres limites : les vrais amateurs d’imaginaire ont besoin de plus de positivisme que ça.

  • Fletcher Arrowsmith  

    Jolie et bien écrit.

    Je dois dire que c’est un plaisir de voir évoquer des récits que j’ai lu et qui me ramène à des souvenirs de lectures avec le sourire.

    J’aborde le sujet différemment de mon côté.
    Déjà je fais la différence entre les histoires qui se veulent réalistes de celle qui ne le sont pas dans le sens on est dans le fantastique. Pour ces dernière où il y a peu de morts, de meurtres de super-héros je me dis que ce n’est pas l’objectif. Après tout si Magneto tue tous les X-Men dès le premier numéro et bien la série dure un numéro et inversement si les X-Men se débarrasse de chaque antagonistes il y a intérêt à avoir un sacré scénariste qui va devoir inventer des milliers de nouveaux personnages. Par contre si c’est gratuit ou mal écrit là je suis dérange (je trouve cela mauvais). Néanmoins avec le temps, et la relecture, je ne peux que constater la naïveté ou les facilités scénaristiques employés. Quand les héros se trouvent dans une situation apparenté à un état de guerre, j’ai du mal à bientôt cinquante ans, qu’on l’on puisse rester boy scout. Cela ne fonctionne pas.

    Maintenant si le récit se veut volontairement plus adultes, j’attends qu’il y a ait une véritable réflexion derrière,

    Et question d’époque, le côté redresseur de tords, milice (triste actualité aux USA) à la Punisher à le vent en poupe désormais. D’ailleurs j’apprécie assez peu le justicier Marvel, pas ma came du tout en tant que « héros ». Ce n’est tout simplement pas mes valeurs, mais alors pas du tout même si c’est très bien écrit.

    • JB  

      Merci pour ta lecture !
      Tu évoques les X-Men, ça m’a soudain rappelé Uncanny X-Men n°150 qui, historiquement, entame la rédemption de Magnéto et son acceptation par les X-Men parce qu’il regrette d’avoir failli tuer Kitty Pryde. Mignon tout plein… si on oublie que dans les premières pages, il a coulé par le fond un sous-marin soviétique et tué l’équipage pour avoir osé répliquer à ses menaces, et fait jaillir un volcan au sein d’une ville d’URSS.

      • Bruce Lit  

        Là, on peut invoquer une légitime défense : Magnus contre des soldats surentrainés. La conclusion de cette affaire se fera en terre sauvage avec le père d’un des soldats disparus. Au moins, il y aura des conséquences.
        De mémoire, Magneto fait aussi évacuer les civils de la ville d’URSS.

        • JB  

          Pour la légitime défense, la question se pose : pas de danger immédiat pour Magnéto et ses invités (Magnéto balance les missiles à la flotte), la mort de l’équipage est explicitement un message au gouvernement soviétique. Le volcan est déployé lentement selon la narration, mais juste assez pour une « ruthless, desperate mass evacuation of the city ». Du genre, toute personne en assistance respiratoire va être abandonnée derrière…

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