Marvel et DC Comics : Les super-héros devraient-il tuer ?

Marvel et DC Comics : Les super-héros devraient-il tuer ?

Un focus de JB VU VAN

Les personnages de Marvel et DC Comics ont aujourd’hui tendance à être perçus comme naïfs, leurs histoires comme immatures par rapport à des récits plus brutaux comme INVINCIBLE, IRRÉCUPÉRABLE ou THE BOYS. C’est cependant méconnaître les récits des Big 2, qui ont déjà abordé dans leurs comics la question de l’usage de méthodes mortelles. Un dossier à découvrir sur Bruce Lit : le Blog.

De héros à bourreau
© DC Comics

“Parce qu’il refuse de le tuer, Batman est responsable des meurtres commis par le Joker.” J’ai souvent vu passer cet argument lors d’échanges sur le caractère “immature” des héros classiques, qui semblent attachés à des “valeurs dépassées” comme le refus de tuer. Souvent, dans ces discussions, les héros Marvel et DC sont considérés par les lecteurs modernes comme naïfs, puériles dans leur moralité inflexible, quasi-complices des antagonistes par leur passivité alors que des personnages aux méthodes plus expéditives, du Punisher à The Authority en passant par les Ultimates seraient plus adultes et matures, plus réalistes. Pourtant, les comics abordent cette question depuis longtemps !

La réputation de “boy scouts” des héros DC et Marvel est d’autant plus amusante qu’elle ne reflète pas les débuts violents des personnages. Batman, dans ses premières aventures très inspirées (pour ne pas dire copiées) de The Shadow,  n’hésite pas à balancer ses adversaires dans l’acide (mauvaise habitude,ça). Dans Captain America Comics n°1, Bucky s’étonne de l’indifférence de Steve Rogers lorsque leur ennemi se suicide ! Mais les comics des années 39-40 reflétaient les craintes et la violence que suscitaient les débuts de la Seconde Guerre. L’Âge d’argent a apporté une certaine innocence aux personnages.

Le Batman des origines, un poil plus extrême dans ses méthodes
© DC Comics

L’émergence de l’univers plus réaliste (à l’époque) de Marvel Comics changent la donne. Spider-Man, souvent considéré comme l’un des parangons de vertu de cet univers, blesse mortellement le Finisher, l’un des hommes responsables de la mort de ses parents, dans un Annual de 1968. Dans une histoire de 1972, Green Arrow, blessé, décoche un tir destiné à empêcher un sniper de faire feu : touché par la flèche, l’individu tombe dans le vide. Sous le choc, Oliver Queen va se retirer du monde jusqu’à ce que ses collègues le persuadent de reprendre son rôle.

Mais c’est à partir des années 80 que les auteurs vont explorer les conséquences des morts provoquées par les héros. Dans FLASH n°324, Barry Allen brise la nuque du Professeur Zoom, le Reverse Flash, qui avait déjà tué sa première épouse et était sur le point d’assassiner sa fiancée. Flash se voit alors accusé de meurtre sans préméditation dans un long procès, une accusation qui évolue d’ailleurs en meurtre prémédité qui interroge des questions fondamentales : son protégé Wally West, alors Kid Flash, témoigne malgré lui que Flash aurait pu neutraliser Zoom de manière non létale.

Une réaction fatale
© Marvel Comics

Cette idée de responsabilité du héros dans l’usage de ses pouvoirs, de recours à une force fatale plutôt qu’une neutralisation, est reprise dans les New Warriors lorsque “Marvel Boy”, Vance Astrovik, est jugé pour le meurtre de son père abusif. Devant la démonstration qu’il aurait pu le stopper sans le tuer, Vance accepte sans discuter sa condamnation pour homicide involontaire

Une scène qui va marquer le passage à l’Âge sombre des comics des années 80 est l’exécution par Green Arrow d’un sadique qui torturait sa compagne Black Canary dans LONGBOW HUNTERS. Cette fois, Queen ne se retire pas dans un monastère, mais suit une thérapie pour assimiler son geste : si celui-ci ne conduit pas à des conséquences judiciaires, Oliver Queen va devoir lutter avec sa propre violence. La série CRY FOR JUSTICE va le voir tuer un autre ennemi, cette fois de manière préméditée et par pure vengeance, crime pour lequel il sera condamné et devra chercher la rédemption..

Green Arrow entre dans le Dark Age des comics
© DC Comics

Ces méthodes plus expéditives touchent même les héros ayant une réputation de boy-scout. Lors de la relance de sa série par Byrne après Crisis on Infinite Earths, Superman se change en juge, juré et bourreau lorsque des versions de Zod et de ses comparses éliminent un univers entier et menacent de recommencer : Superman les expose à des doses mortelles de kryptonite et reste apparemment impassible lorsqu’ils agonisent sous ses yeux. Un acte qui va le poursuivre : des ennemis mystiques le disent “terni” par cet acte, et à son insu, Superman développe une dissociation d’identité, adoptant la personnalité d’un justicier nommé Gangbuster. Lorsqu’il réalise son instabilité, Superman s’exile. Ce traumatisme continuera à être exploité sur la durée : c’est cette faille qu’exploitera Max Lord durant le crossover Sacrifice pour faire du kryptonien son pantin.

Tuer ou laisser des innocents mourir
© Marvel Comics

Chez Marvel, Captain America donne lui aussi la mort. Sous John Byrne, il décapite le Baron Blood, un vampire. Mais on pourrait ici arguer que son ennemi était déjà techniquement mort. Ce n’est pas le cas dans CAPTAIN AMERICA n°321. Confronté au groupe terroriste ULTIMATUM, Cap voit l’un de ses membres ouvrir le feu sur des otages et doit lui-même l’abattre. Un usage de la force dans un cas de force majeure, qui va devenir le principal cas d’utilisation d’une force mortelle pour les héros DC et Marvel : Superman utilise toute sa force contre Doomsday pour l’empêcher de raser Metropolis

Certains univers parallèles explorent des mondes où les héros choisissent de tuer. Le plus connu est INJUSTICE, où Superman utilise des méthodes de plus en plus extrême pour maintenir sa vision de l’ordre. Cependant, dans ce monde, que ce soit dans le jeu ou les comics, il devient indéniablement l’antagoniste, l’homme à abattre. L’usage régulier de la violence mortelle fait du justicier l’instrument d’un régime autoritaire. Une suite apparemment logique : dans les séries THE AUTHORITY, le groupe du même nom finissent par prendre le pouvoir après un coup d’état, et leur recours régulier à la violence finit par mener à leur perte dans CAPTAIN ATOM : ARMAGEDDON. Une civile, terrifiée par leurs méthodes, décide de détruire leur univers lorsqu’elle obtient des pouvoirs sur la réalité.

L’escadron de la mort des Avengers
© Marvel Comics

Pourtant, les personnages se posent la question du recours à la force létale. Plusieurs groupes établissent une charte encadrant leur activité, et seule la Légion des Super-Héros a une règle d’exclusion de ses membres en cas d’utilisation de force létale. Naïveté, volonté de rester des modèles pour les jeunes ? La JLA ou les Avengers ont des chartes qui comportent un chapître sur la punition des criminels, confiée dans les 2 cas à la responsabilité des autorités compétentes plutôt qu’au jugement des superhéros. En cas de mort d’un criminel de la part d’un membre de ces équipes, leur situation est jugée en interne. Hawkeye doit ainsi se justifier de la mort accidentelle de Egghead, et Carol Danvers est également jugée pour celle du “Maître du Monde”, ici encore un cas de force majeure.

Cependant, même ces chartes peuvent être controversées. Dans Operation Galactic Storm, l’Intelligence Supreme commet un génocide. Les Avengers sont divisés sur l’action à mener. Le leader de l’époque, Captain America, s’oppose à son exécution. Cependant, Iron Man, utilisant son statut de membre fondateur, prend la direction de plusieurs Avengers pour mettre à mort l’Intelligence Suprême, utilisant l’argument (erroné) qu’il s’agit d’une machine en plus du rappel qu’elle constitue une menace cosmique. Cet acte manque de détruire l’équipe et est l’une des causes de la dissolution des Avengers de la Côte Ouest.

Quand un massage de la nuque tourne mal
© DC Comics

On retrouve un équivalent dans l’univers DC dans le crossover Sacrifice. Lorsque Superman est possédé par Maxwell Lord, qui en fait son bras armé, Wonder Woman neutralise temporairement le kryptonien et, en utilisant son lasso de vérité, demande à Lord comment l’empêcher d’utiliser son ami. Lorsque Max Lord lui répond “En me tuant”, Wonder Woman lui brise la nuque.

Un recours à une punition expéditive qu’avait déjà exprimée l’amazone lorsqu’elle apprend les événements déclencheurs d’Identity Crisis et notamment les exactions du Dr Light. Parmi la “trinité” DC, Wonder Woman serait en effet la plus prompte à tuer les criminels, par opposition à Batman qui reste absolu dans sa position de refus du meurtre. Superman occupe ici une place plus incertaine, notamment en raison de son passif d’exécution de Zod et compagnie. S’il a décidé lui-même de ne plus prendre de vie, il refuse d’appliquer cette position morale à autrui.

Une exécution justifiée ?
© DC Comics

Pour reprendre la question initiale de Batman et du Joker, un héros qui ne tue pas est-il responsable des crimes ultérieurs de celui qu’il capture ? Une bien étrange manière de penser. Batman remet le Joker à la justice qui détermine le sort de l’individu. Pourquoi ne pas blâmer chaque flic impliqué, le juge, le procureur, le gardien de sa cellule, enfin tous les éléments de la chaîne judiciaire ? Pas pour une logique interne à ce monde fictif, mais pour une raison métatextuelle. Parce que l’éditeur ne va pas tuer un personnage populaire. Parce que le lecteur connaît les clichés du genre et sait que le criminel va s’évader et recommencer. Et que le héros, rendu anonyme par son masque, est à ses yeux un bourreau idéal.

Les héros DC et Marvel peuvent tuer, et l’ont fait régulièrement : par accident, sous l’effet de l’émotion, dans un cas de force majeure. Mais une écriture mature et adulte de ces histoires implique qu’ils doivent en subir les conséquences, qu’elles soient légales ou personnelles. Prenons un auteur connu pour ses récits ultraviolents : Garth Ennis n’écrit jamais le Punisher comme un héros idéal ou même efficace dans le grand ordre des choses, mais comme un damné. Dans son comics THE BOYS, la violence commise par l’équipe éponyme s’avère au final tout aussi destructrice pour ses membres que pour leurs ennemis. Tuer le méchant gratuitement ? C’est juste donner un exutoire décérébré au lecteur.

Pas un modèle à suivre !
© Marvel Comics

23 comments

  • Nikolavitch  

    L’éternelle question ! et de fait, pour un personnage comme Batman, cette tension devient un excellent moteur dramatique que les meilleurs scénaristes savent exploiter.
    à l’inverse, le fait que le Punisher n’hésite pas à tuer l’empêche d’avoir des ennemis vraiment marquants…
    (l’exemple probant, d’ailleurs, c’est justement le Joker, sauvé par l’éditeur qui en devine le potentiel, alors que ses auteurs le tuaient, au départ, à la fin de l’histoire où il apparaissait)

    • JB  

      Pupu n’a guère eu que Jigsaw ou Rosalie Carbone comme adversaires propres, le reste étant des pièces rapportées comme le Caïd, Hood, Zemo

      • fred Le mallrat  

        Y en a eu quelques autres: Saracen, Barracuda, MaGnucci ou le Russe.. Apres a part des execeptions comme Damage ou Le reverend Smith ils reviennent rarement.

        • JB  

          Le retour de MaGnucci est… discutable, mais pour les 3 exemples de Barracuda, MaGnucci et le Russe, ça reste dans la sphère Garth Ennis, il me semble.

          • fred Le mallrat  

            Tout a fait.
            Saracen c est la sphère Mike Baron: c’est un personnage qui reapparait à 5 ou 6 reprises.. tue le reste de famille que Frank avait retrouvé, manque de tuer Rose (un agent du Mossad).. Bref c est ce qui se rapproche le plus d un ennemi récurrent comme pour les autres personnages.
            Damage je crois qu’il réapparait 2 fois mais on voit que Potts avait des projets qui n’aboutiront jamais avec le Kingpin et lui. Le Revered Smith aussi mais la deuxieme fois sur un arc assez long (Pareil du Baron) ou Thorn (Dixon) lié aux Carbonne.

            J oubliais mon préféré Sniper qui est dans deux sagas de Potts.
            2 fois (en tout cas 2 arcs differends est souvent la norme avec Iris Green

          • JB  

            Finalement, pour toute cette période des premières séries régulières, l’ennemi « ultime » de Castle est Microchip…

    • Bruce Lit  

      Le pire ennemi du Punisher, c’est Frank Castle.

  • NICOLAS  

    Eternelle question, on ne compte pas ne nombre de vies que Batman autait put sauver s’il avait éxecuté le Joker au début de sa carrière de tueur de masse.

    Par contre lorsque le Punisher abat des trafiquants de drogue ou de femmes, il ne résous rien : les gens qu’il abat son remplacés par d’autres ordures du même acabit.

    L’exécution de Zod et cie était légitime de la part de Superman même s’il n’a pas supporté d’avoir dut jouer le rôle d’exécuteur. Celle de l’Intelligence Supreme Kree était un acte légitime car commit en temps de guerre.

    Et si on avait fait couler la Nina, la Pinta et la Santa Maria, 1 à 10 millions de personnes n’auraient pas été massacrés par les colons Européens ‘ou peut être que si, un jour ou l’autre).
    Et si on avait abattu Hitler en 33, rien ne prouve que le Shoah n’aurait pas eu lieu : un autre Nazi serait arrivé au pouvoir et s’en serait occupé avec plus d’efficacité encore. Qui peut savoir.

    On peut aller très loin avec le débat sur le droit de tuer.

    • fred Le mallrat  

      Pour le Punisher, c’est ce qui est intéressant sous l’ère editoriale/ecriture de Carl Potts (ele commence avec la mini de Grant et Zeck et va jusqu’a Punisher War Journal 19/ en comprenant des GN comme Assassin’s Guild et Intruder (je rajouterai Big Nothing qu’il n’edite pas mais qui reste dans la ligne).
      Dans ses récits, il ne tue pas toujours les petites mains. Il est moins radical que dans les versions précédentes ou que la version actuelle depuis la Ennis.
      Rien que Assassins Guild n est plus envisageable avec el Punisher actuel (et ne l etait pas avec celui qui est en gros dans les mags noir et blancs et finit avec Miller)

    • JB  

      Pas exactement d’accord pour la partie sur l’exécution de l’Intelligence Supreme. Dans Operation Galactic Storm, la décision de tuer l’Intelligence Artificielle n’a rien à voir avec la guerre (ou alors autant tuer également Lilandra) mais avec l’autogénocide des Krees, une affaire qui ne devrait concerner que les survivants ou les vainqueurs de la guerre.
      On pourrait arguer que Iron Man et les autres se basent sur la volonté d’un survivant (Captain Atlas), mais celui-ci se suicide quelques instants après avoir demandé l’exécution de l’Intelligence Supreme, on peut avoir des doutes sur son état mental

      • NICOLAS  

        Par rapport à l’Intelligence Supreme les dirigeants Nazis à Nuremberg on été exécutés pour crime de guerre, crimes contre la paix, crimes contre l’humanité (la Shoah). On pourrait faire un parallèle entre l’I.S. et les Nazis puisque l’I.S avait commit nn génocide.

        • JB  

          Nous sommes d’accord, mais l’exemple de Nuremberg implique un jugement selon des lois, absent dans Galactic Storm.

  • Zelphui  

    Voilà un sujet toujours intéressant que je trouve à aborder, surtout maintenant, car j’ai l’impression que les mentalités autour de ce sujet semblent changer quand on regarde les comics DC et Marvel actuels (Même si ça se voit plus chez Marvel).

    J’ai le sentiment que les Super-héros Marvel s’autorisent plus facilement à accepter de tuer ou que d’autres tuent, sans que ça n’ait beaucoup de conséquences. On se souvient des X-Men qui tuent leurs ennemis en masses pendant la période Fall of X. (Ou les Super-héros Marvel qui mettent d’accord pour tuer Doom dans One World Under Doom) Les conséquences, on ne les voit pas vraiment, le pire, c’est que les X-Men ne semblent pas avoir de remords sur le sujet.

    Alors, oui, c’est un contexte de guerre et d’extinction donc peut-être que ces questions ne se posent plus ? Mais quand je me souviens d’Uncanny X-Force en faisait un sujet majeur, je trouve que les mentalités ont bien changé maintenant.

    • JB  

      Pour les X-Men, on est passé d’une logique d’intégration à celle du communautarisme depuis House of M. L’ère Krakoa est particulière en cela que le meurtre des adversaires devient (supposément…) un interdit jusqu’à ce que l’immortalité des mutants soit remise en cause. Mais commettre un geste fatal est une question qui se pose dès Claremont, souvent avec le personnage de Tornade (Uncanny X-Men 200, ou encore l’affrontement contre Callisto)

  • Jyrille  

    Merci pour cette belle encyclopédie, JB ! Sacré boulot abattu. Je suis totalement d’accord avec ta conclusion, notamment sur la question de Batman et du Joker.

    J’avais été très étonné, lorsque je l’ai revu, que le premier Batman de Burton montrait le chevalier noir tuer des hommes de main sans aucun remord.

    • JB  

      Dur de trouver un Batman fidèle aux comics, entre le meurtrier chez Tim Burton et le retraité de Nolan…

  • Ludovic  

    « Parce que l’éditeur ne va pas tuer un personnage populaire. Parce que le lecteur connaît les clichés du genre et sait que le criminel va s’évader et recommencer. Et que le héros, rendu anonyme par son masque, est à ses yeux un bourreau idéal. »
    oui ca me parait un argument essentiel, c’est Umberto Eco dans son article sur SUPERMAN qui parlait de la mythologie super-héroique comme une fiction du statu quo et il y a de ça forcément !

    Après je pensais aussi à l’influence du Comics Code Authority sur l’évolution du genre et je me dis que ça a aussi un impact sur l’évolution du genre et de la caractérisation des personnages et des question morale lié au super héros qui dans ce contexte devait rester du bon côté de la barrière, la censure n’aurait pas toléré une quelconque ambiguïté à ce niveau là !

  • Présence  

    Une iconographie qui a réveillé de nombreux souvenirs en moi : Superman & la kryptonite (je me souviens qu’à l’époque cet épisode avait coulé beaucoup d’encre dans la presse spécialisée), la torture de Dinah Lance, le tir de Captain America, la mort de Maxwell Lord… et j’en découvre d’autres (l’escadron de la mort des Avengers).

    De mon point de vue, le superhéros classique intervient pour redresser les torts, c’est-à-dire rétablir une forme de justice au sein de la société. En ce sens, il restaure le statu quo de l’ordre social, i est partie intégrante de cet ordre. À ce titre, il pallie des manquements du système de justice, il en fait partie. En tant que super-policier, il ne peut pas s’arroger des droits supplémentaires, tel que celui de la peine de mort. Ou alors, il sort du registre superhéros stricto sensu, et il bascule dans le vigilantisme. C’était toute l’ambiguïté du Punisher lorsqu’il est apparu dans Amazing Spider-Man, puis du Vigilant (Adrian Chase).

    • JB  

      C’est un peu le paradoxe : en marge de la loi par sa posture de justicier en tabassant joyeusement des malandrins, il est tout de même censé ne pas franchir une limite. Hors-la-loi mais pas trop. J’ai toujours pris le cas du Vigilante comme un pastiche et une critique du Punisher, puisque très tôt dans sa série, il réalise qu’une de ses cibles était innocente après l’avoir rossée, et que chaque personne adoptant le masque du Vigilante (y compris Chase) finit consumé par sa mission. Il faudra bien plus longtemps aux séries régulières Punisher pour en arriver à la même conclusion lors de Countdown.

  • JP Nguyen  

    C’est un bon sujet d’article et je ne connaissais pas certains exemples cités (Superman, Green Arrow).
    Sur cette problématique, les deux histoires qui me viennent le plus rapidement en tête sont Daredevil Bullseye dans le métro par Frank Miller et KINGDOM COME par Mark Waid et Alex Ross.
    Dans le premier récit, Daredevil conclut l’épisode par un laïus sur l’importance des lois.
    Dans le second, c’est l’émergence de héros prêts à tuer sans procès qui envoie Superman dans sa retraite temporaire. Et il en sort lorsque ceux-ci sont devenus hors de contrôle.

    Il y a aussi un soliloque dans DKR où Batman évoque le nombre de morts dont il se sent responsable pour avoir laissé vivre le Joker. A la fin du chapitre, il ne franchit toutefois pas le pas et c’est le Joker qui se suicide.

    Ces jours-ci, nous avons un aperçu du monde créé par l’usage de la force sans aucune considération des lois. Un rappel que la loi du plus fort n’est pas un système très souhaitable.

    • Nikolavitch  

      L’épisode de la roulette russe, dans Daredevil (191 je crois), est d’une exceptionnelle finesse dans ce domaine (c’est sans doute ce que Miller a écrit de meilleur à mon sens). On sent cette tension, mais la fin est extraordinaire

    • JB  

      Pour Kingdom Come, avec une certaine ironie, les forces menées par Wonder Woman sont également prêtes à tuer pour contenir l’évasion de cette génération d’anti-héros.

  • Bruno. ;)  

    Pas mal troussé, hé !
    J’ignorais certains des exemples cités dans cet article, plutôt nécessaire, de mon point de vue -et particulièrement bien écrit, en ce sens qu’il fournit autant d’informations diverses qu’il ne porte aucun jugement ni ne prend position. Je suis bien incapable d’autant d’objectivisme, sur un thème comme celui-là.

    En fait, la perception de la mort des méchants, dans les histoires écrites à destinations des enfants-adolescents, dépend beaucoup du niveau de maturité des lecteurs : quand on est immature, il y a une tendance plutôt générale à l’acceptation (tacite ou enthousiaste) de la définitive (!) mise hors d’état de nuire du criminel. Les Western les plus simplistes, à la Télé aussi, nous fournissaient à la pelle leur lot de règlements de comptes à la va-vite, entre gentils très gentils et méchants très méchants ; dénouements sans surprise et infiniment satisfaisants quant à notre foi par défaut (car évidemment rassurante) envers une justice « supérieure » réglant l’ordre des choses -et forcément toute puissante : corolaire de la sécurité traditionnellement induite par le bon fonctionnement de la cellule familiale.

    L’univers du Super-héros « moderne », avec son approche élaborée des personnages, a introduit une réflexion plutôt nouvelle sur la validité des méthodes expéditives des héros passés ; remettant en question notre point de vue enfantin sur ces affrontements entre bons et mauvais où, tout soudain, on se trouve à questionner telle ou telle conclusion quand, si l’auteur a bien fait son boulot, les raisons qui forcent les antagonistes au pugilat peuvent être justifiées à presque égalité.

    C’est là où l’art de l’écriture est mis en avant, entre récit volontairement enfantin (sans jugement de valeur de ma part) et récit à prétentions plus matures, car pouvant donner lieu à une réflexion sur les tenants et aboutissants de l’histoire, l’exercice réverbérant (ou pas) sur notre vécu.

    J’avoue que j’ai un peu de mal à percevoir quoi que ce soit « d’adulte » dans la plupart des histoires que j’ai lues où un hurluberlu costumé se permet ce genre d’expédient pour régler son problème : de la forcément interminable quête vengeresse du Punisher aux itérations plus récentes affligeant d’autres Super-Héros, ce changement de paradigmes semble surtout un écho à vocation commerciale aux dérives sur-sécuritaires de nos sociétés Occidentales (ainsi qu’à un recul culturel très net quant au rapport à l’autre, devenu de facto un ennemi). La violence fait vendre, même fringuée en lycra grotesques -peut-être plus, d’ailleurs !
    Bon, il y a les auteurs d’exception, bien sûr (toujours les mêmes) ; mais c’est un courant très largement répandu, au jour d’aujourd’hui ; l’effet étant tellement sur-utilisé que la mort (de sang-froid ou autre) ne suscite plus que quelques remous parmi les derniers fans d’un genre créativement plutôt moribond, si on l’envisage essentiellement dans cette optique sensationnaliste.

    Un Super-Héros qui tue, si le contexte de son histoire ne présente aucune problématique un tant soit peu profonde poussant à la réflexion, au bénéfice du seul effet-choc de ce passage à l’acte absolument pas typique (traditionnellement) du genre, n’assassine qu’un peu plus le fragile équilibre qui donne un minimum de plausibilité à son existence : un « entre-deux » irréel où il s’est toujours agit de mettre en scène -dans l’idéal, bien sûr- le meilleur de nous.

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