Megamix – X-Men ‘97, la série animée

X-MEN 97

Un cerebro-scan par JP NGUYEN

Classe et X © Marvel Studios Animation

X-MEN ‘97 : la nostalgie a-t-elle du bon ? Peut-on faire du neuf avec du vieux ? L’article du jour vous donne le point de vue d’un lecteur des années Lobdell-Nicieza sur un revival dont il n’attendait pas grand chose.

La première saison de X-MEN ‘97 comporte 10 épisodes, sortis entre le 20 mars et le 15 mai 2024 en streaming sur Disney+, avec Beau De Mayo en tant que showrunner. Continuation de X-MEN : THE ANIMATED SERIES (1992-1997), elle a bénéficié d’une animation modernisée et pioche dans les scénarios des comics pour recomposer une histoire originale.

FROM THE ASHES

Quand j’ai entendu parler de X-MEN ’97, cela ne m’avait pas vraiment intéressé. Si la série BATMAN : THE ANIMATED SERIES a laissé sa marque dans ma mémoire de fan de superhéros, j’étais plutôt passé à côté de son homologue avec les mutants de Charles Xavier. Des décennies de story-arcs insipides et de renoncements à la coexistence pacifique entre humains et mutants m’avaient ensuite éloigné de la version papier. Pour sa déclinaison animée, je n’ai gardé qu’un très vague souvenir de quelques scènes entre-aperçues lors de diffusions sur France 2, avec un design et une animation moins convaincants que ceux de l’homme chauve-souris.

Mais je suis fan de la période Lobdell-Nicieza et la série semblait vouloir revisiter cette ère-là des aventures mutantes, alors j’ai laissé passer plusieurs mois et je me suis regardé les 10 épisodes en quelques soirées, captivés par un remix plutôt bien troussé.

Il est à noter que, comme sa devancière, cette série utilise des éléments du comicbook mais les réarrange à sa façon. Il y eut même au moins un cas où l’adaptation animée était en avance sur l’édition papier : Sabretooth avait eu droit à sa première tentative de cure mentale par le professeur X dans l’épisode S1E3 DEADLY REUNIONS de janvier 1993 alors que Victor Creed ne sera accueilli à l’institut Xavier qu’à partir d’X-MEN UNLIMITED 3, sorti en octobre de la même année…

Un générique de début repris et actualisé

DAYS OF FUTURE COPY-PASTE

La série démarre alors que Charles Xavier est “mort” (en fait en trip spatial avec sa chère Imperatrix Lilandra). L’équipe est composée de Cyclope, Jean Grey, Wolverine, Storm, Rogue, Gambit, Bishop, Beast et Morph. Les X-Men collaborent avec les autorités pour lutter contre les mouvements anti-mutants, sauvant au passage le jeune Roberto Da Costa (le futur Sunspot). Intrigués de voir les Amis de L’humanité utiliser la technologie des Sentinelles, ils retrouvent et capturent Bolivar Trask. Scott et Jean, qui attendent un bébé, s’apprêtent alors à quitter l’équipe mais à la fin de l’épisode, Magnéto fait irruption et annonce que le testament de Xavier fait de lui l’héritier de l’école ! Et je ne vous parle là que du premier épisode, qui donne le tempo très soutenu de la série.

L’intrigue est dense et va puiser dans diverses sagas mutantes pour composer un patchwork d’histoires qui se tiennent étonnamment bien. Le procès de Magnéto, la perte des pouvoirs de Tornade, le massacre sur l’île de Genosha, l’opération Tolérance Zéro : autant de moments qui ont pu marquer les vieux lecteurs et qui sont repris et réagencés. Certaines réécritures sont même assez heureuses comme pour l’imbroglio Scott-Jean-Madelyne. Dans la version papier, Scott était quand même le jeune papa qui préférait plaquer son épouse pour retrouver son amour de jeunesse. Ici, c’est Sinister qui a œuvré en kidnappant Jean pour la remplacer par un clone, à l’insu de Cyclope… Pour le coup, l’épisode 3, s’il possède quelques relents d’INFERNO, raconte une histoire plus compressée et efficace, qui aboutit à l’exil dans le futur du fils Summers et au départ de Madelyne.

Le trailer officiel de la saison 1

FATAL ATTRACTIONS

Alors que Scott Summers est tiraillé entre Jean et son clone, un autre triangle amoureux se joue entre Rogue, Gambit et Magnéto. Ce dernier propose à la belle du Sud de co-diriger l’Etat de Genosha. Le couple fait une apparition remarquée dans un bal, sur un air de HAPPY NATION, le tube d’Ace of Base. Ce choix m’a étonné au premier visionnage mais il a du sens et tire profit du format animé.

Comme de coutume, les amours mutantes sont fréquemment contrariées : Gambit se sacrifie pour détruire une sentinelle, Hank McCoy voit sa relation avec Trish Tilby s’achever abruptement lorsque celle-ci se transforme en Prime Sentinel robotisée, Morph éprouve des sentiments non-réciproques pour Logan et Charles Xavier doit quitter Lilandra pour revenir sur Terre.

Les scènes d’action, passage obligé du genre, bénéficient d’un bon traitement, mettant en valeur les pouvoirs distinctifs de chaque personnage. Gambit et Wolverine inventent même une attaque-combo spectaculaire et efficace, même si elle ferait sans doute sourciller les thésards de la science marvelienne : les griffes de Wolvie chargées par l’énergie de Gambit, ça ne devrait pas faire exploser notre petit Carcajou ?

Nightcrawler se distingue aussi face aux Prime Sentinels en jouant des épées et de sa téléportation. Bastion fait un usage de ses pouvoirs bien plus impressionnants que ce dont je me rappelais de la version papier.

La fin de l’épisode 9 rejoue une scène tout droit tirée de X-MEN 25, lorsque Magnéto extirpe l’adamantium du corps de Wolverine. La réalisation fait alors le choix d’une image figée en référence directe à la planche d’origine, dessinée par Andy Kubert.

Comme dans les comics, Xavier va répliquer en neutralisant Magnéto mais, au lieu de le laisser à l’état végétatif, il va plonger dans son esprit pour tenter de le ramener à la raison, pendant que, sur le plan physique, les X-Men doivent empêcher Bastion de précipiter l’astéroïde M sur la Terre.

X-traction d’adamantium © Marvel Studios Animation

LE DROIT À LA DIFFÉRENCE

Comme on peut le voir, la série ne se limite pas au fan-service. Si elle pioche dans des arcs marquants de l’âge d’or mutant, elle se les réapproprie pour dérouler sa propre histoire. Plutôt que d’être engoncé dans de la rétro-continuité et des récits interstitiels comme peuvent l’être les comics depuis quelques années déjà, X-MEN 97 trace sa route tout en étant fidèle à l’ADN mutant : la lutte pour l’acceptation dans un monde effrayé par la différence. La défiance entre humains et mutants est parfois très bien illustrée, comme lorsque l’obstétricien refuse d’accoucher Jean Grey (on ne sait alors pas que c’est son clone) et que Rogue utilise ses pouvoirs pour absorber les connaissances médicales du praticien. Plus tôt dans l’épisode, c’est un Logan tout émotionné qui conduisait Jean à l’hôpital, une autre scène propre à la série, puisque le comicbook avait fait l’ellipse sur l’accouchement de Madelyne Prior.

Autre exemple : Tornade est touchée par le neutralisateur de pouvoir mais c’est le Bourreau qui tenait l’arme, et il visait Magnéto. Pour retrouver ses pouvoirs, la belle Ororo sollicite Forge et ils devront ensemble affronter l’Adversaire, dans une intrigue très différente de FALL OF THE MUTANTS. C’est ce jeu de miroirs déformants qui fait le sel de la série, pour un ancien lecteur tel que moi : on retrouve avec plaisir ces personnages, avec quelques kilomètres/issues de moins au compteur mais on ne sait pas tout à fait ce qui va leur arriver. Une sorte de WHAT IF en mieux, puisqu’on n’a pas à se coltiner le grand chauve de Uatu pour nous expliquer que si les faits s’étaient déroulés différemment de l’histoire officielle, on serait tombé dans la grosse mouise. La fin de saison nous gratifie même de clins d’oeil à l’univers Marvel étendu, lorsque, impacté par l’extinction du champ magnétique terrestre, les autres héros non-mutants doivent gérer le damage-control auprès de la population.

Mutant Love © Marvel Studios Animation

TO BE CONTINUED

La saison 1 se termine avec Scott et Jean projetés dans le futur de la légende Askani tandis que d’autres membres de l’équipe se retrouvent piégés dans le passé de l’ancienne Egypte, venant en aide à un jeune Apocalypse. Dans le “présent”, Forge et Bishop semblent se préparer à une mission de secours. A l’heure où je rédige ces lignes, la saison 2 doit arriver mi-2026 et la saison 3 est en cours de production. Je volerais volontiers les pouvoirs de Destiny pour en savoir un peu plus à l’avance !

Côté mauvais augure, Beau De Mayo a été débarqué du show en mars 2024, peu de temps avant la sortie officielle de la saison 1. Ses successeurs sauront-ils garder l’esprit qu’il avait instillé dans la série, avec le difficile équilibre entre fidélité aux récits de papier et réinvention inspirée ? De plus, le côté soap-opéra n’a pas permis, à ce stade, d’apporter de conclusion satisfaisante, même temporaire : on passe systématiquement d’un événement à un autre. Si on passe plutôt de bons moments, on ne peut pas vraiment profiter de scènes où la bande à Xavier pourrait enfin souffler avant la prochaine menace. Quelques one-shots ou une fin plus marquée pour certains arcs seraient les bienvenus.

En dépit de ces réserves, j’ai quand même hâte de connaître la suite et je recommande cette série à tous les fans d’une certaine époque des mutants Marvel.

After Jim Lee © Marvel Studios Animation

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La BO du jour

3 comments

  • Sébastien Zaaf  

    Hello JP. Un article très sympathique et qui donne envie d’en savoir plus sur cette série. La nostalgie a-t-elle du bon ? Elle a un goût doux amer. Doux qui permet de revivre les années dorées des franchises mutantes mais amer quand on voit ce qu’elles sont devenues. C’est très bien si la série arrive à s’approprier s propre trame plutôt que faire du comics animé comme les premières animations Marvel des années 60, sinon autant relire le matériel d’origine. Comme toi, j’étais un peu passé à côté du X-Men 92. A l’époque j’étais plus sur l’animé Spider-Man, de très bonne facture.

  • Maxime Fontaine  

    Chouette dessin animé, qui comprime peut-être un peu trop d’idées en un temps très court. Le rythme est soutenu, c’est parfois grandiose -je ne vais pas me plaindre de l’incroyable scène de combat avec un Diablo bretteur tout en majesté. Cependant, comme tu le soulignes, il s’agit souvent d’un patchwork d’histoires aimées par les fans. Et si tout cela est très bien mixé, le spectaculaire se déploie souvent au détriment du développement psychologique des personnages. Le cas Madelyne Pryor est exemplaire, car il est expédié en un seul épisode. Dommage d’installer une ambiance « Inferno » pour aussitôt la laisser s’évaporer… À vouloir trop griller ses cartouches, j’ai un peu peur que la série ne se brûle vite les ailes. Mais bon… si on peut encore voir Ororo dans son superbe costume à la Cockrum, retrouver ses glorieuses années Claremont-esques, je serai là pour applaudir.

  • Loïc  

    Quand j’étais petit, je regardais X men en rentrant de l’école. Ća a été ma porte d’entrée chez Marvel ^^
    Lorsque j’ai lancé X Men 97, je n’attendais rien et j’ai eu une excellente surprise. Je dirais que la série est plus habitée que l’immense majorité des films live. J’ai malheureusement peur de la saison 2 avec le limogeage du showrunner.

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