No pain, no Gein (Ed Gein)

Ed Gein, autopsie d’un tueur par Harold Schechter et Eric Powel

Un article de BRUCE LIT

VO : Albatros Funnybooks

VF : Delcourt

L’antre du mal et de la psychose
©Delcourt

ED GEIN, AUTOPSIE D’UN TUEUR est un roman graphique de 210 pages écrit par l’écrivain américain spécialisé dans les faits divers historiques Harold Schechter et illustré par Eric Powell le créateur de THE GOON.
Une douzaine de pages d’annexes et de croquis complètent le programme.

Pas de spoilers majeurs mais la liste des crimes commis par Gein pourra faire tourner de l’oeil les plus sensibles.

Vous le connaissez sans le connaître. A vrai dire, si vous avez aimé PSYCHOSE, LE SILENCE DES AGNEAUX ou bien MASSACRE A LA TRONCONNEUSE, vous ne connaissez que lui.
Ed Gein est une légende bien malgré lui et, au même titre que Charles Manson ou Jack L’Eventreur, il a tant marqué l’imaginaire collectif que l’on peut se demander ce que la culture populaire aurait été sans lui.

En 1957, la police découvre dans sa ferme délabrée les cadavres des deux femmes qu’il a kidnappé et dépecé ainsi qu’une collection affolantes de cadavres qu’il a déterrés.
Ed Gein, le simple d’esprit du village devient LE BOUCHER DU WISCONSIN.
Battu par son père alcoolique, violé dans une ferme après l’école par des camarades, Gein grandit au côté d’une mère épouvantable qui contrôle ses moindres faits et gestes, l’humilie et détruit sa sexualité.

Une marâtre et une chute d’escalier Hitchcockienne
©Albatros Funnybooks

Augusta Gein devient à la fois sa Déesse et le Démon qu’il veut détruire. Frustré lors de son vivant, il sombre dans la psychose la plus effrayante après sa mort. Il se met en tête de déterrer des femmes qui ressemblaient à sa mère pour s’habiller avec leur peau. Il décore sa maison de visages arrachés, mange dans des assiettes fabriquées avec des ossements, décore ses abats jours avec de la peau humaine. Eternel puceau, il se satisfait avec des vulves arrachées et des colliers de tétons.

Arrêté sans résistance, Gein va rendre folle la justice : cet épouvantable criminel se présente sous le masque (!) d’un enfant naïf et souriant qui reconnaît ses crimes pour les oublier dans la foulée. Il est difficile aux plus grands psychiatres de l’époque de savoir si Gein est un manipulateur ou un dément en dehors des réalités.

D’abord jugé irresponsable, il est dix ans après les faits reconnu pénalement responsable avant de mourir en psychiatrie après n’avoir jamais été réellement puni pour ses crimes qui dépasseraient de loin ses chefs d’inculpation.

Il devient une star aux Etats-Unis où l’on paye pour visiter la maison de l’horreur, voir sa voiture. Des Fans-Clubs se créent, sa tombe profannée à de nombreuses reprises dans l’espoir de voler à son tour les ossements de ce mythe américain.

Méfaits et gestes
©Albatros Funnybooks

C’est de ce personnage à la fois hors du commun et enraciné dans la banalité du mal pour reprendre les termes d’Hanna Arendt à propos du nazi Adolf Eichmann (les horreurs des camps de la mort auront une grand influence sur le jeune Gein qui dévorait la liste des exactions nazies) que Powell choisit de mettre en image.

Alors que Gein a inspiré le Norman Bates de PSYCHOSE (le versant psychotique qui tue au nom de sa mère), le LEATHERFACE qui pratique la taxidermie humaine et le Buffalo Bill du SILENCE DES AGNEAUX, Powell adopte une mise en scène sobre, dénuée de tout effet gore.
Si a quelques moments, Powell représente des scènes de crimes ou l’intérieur de Gein, il s’agit d’avantage de polaroids policiers qui serviraient à reconstituer les événements que la volonté de donner dans le glauque et le sensationnisme.

Une mise en scène fade malgré les talents de caricaturiste de Powell
©Albatros Funnybooks

C’est même l’inverse qui se produit : Powell illustre de nombresues auditions de témoins en plans fixes avec de nombreuses cellules de textes qui, si elles montrent du sérieux de l’entreprise de Schechter qui reprend les interrogations des enquêteurs et les réactions des nombreux témoins , alourdissent considérablement la lecture que l’on aurait aimée plus illustratives.
Bien souvent le lecteur a droit des têtes qui parlent quand ce n’est pas une interview du menton d’Alfred Hitchcock sur une pleine page !

Un choix de mise en scène frustrant qui dénote d’une narration à deux vitesses : une reconstitution passionnante des évènements qui ont conduits Gein à la folie où les talents de Powell explosent pour rendre expressive l’inexpressivité de Gein et une autre plus scolaire visuellement fade.
Lors de l’interrogatoire de Gein, Powell multiplie les cases à répétition à la Bendis, un choix somme toute désormais assez classique et limité.

Un enfant qui se rêve héros de Comics
©Albatros Funnybooks

Pourtant l’album est passionnant malgré ces réélles lacunes : parce que aussi monstrueuse soit-elle, l’histoire de Gein est désormais la nôtre. Il est ce monstre de foire pour lequel nous continuons de payer pour alimenter nos cauchemars, celui d’une époque où le mal ne venait plus de l’espace ou d’un château en Roumanie mais bel et bien dans la campagne.
Gein, c’est le tueur en série de proximité, le brave gars qui porte les courses des mamies, l’imbécile que les enfants raillent à la sortie de l’église, le bouseux un peu crado que même les putes ne veulent pas baiser.

Son influence s’étend même dans la sphère comics. Citons Si le jounaliste psychopathe qui cloue les visages arrachés sur ses victimes dans PREACHER, l’épouvantable psychopathe du CROSSED de Lapham ou même le Dr Doom de Waid qui porte une armure faîte de chair humaine.

A certains moments, Powell nous gratifie de pleines pages horrifiques où le lecteur vient trouver le frisson qu’il était venu chercher avec pareille entreprise. Il illustre même une séquence brillante où Gein s’immagine héros de Pulps ; une autre, fantasme sur une possession lovecraftienne qui habiterait Gein à son insu. Voilà qui aurait transformé cette lecture brillante mais parfois scolaire en Necronomicon, ce livre relié de chair et de sang…

Une des rares séquences horrifique
©Delcourt

40 comments

  • JB  

    Un monstre aussi fascinant qu’horrifiant, qui semble avoir été effacé par les personnages fictifs qu’il a inspirés.

    • zen arcade  

      J’avoue avoir à une époque été également très intéressé par tout ce qui tournait autour des serial killers.
      C’était l’époque d’Un tueur sur la route d’Ellroy, de Dragon rouge de Thomas Harris et quelques autres.
      La sortie de l’adaptation cinématographique du Silence des agneaux y a mis un frein définitif. Cette manière de présenter le serial-killer comme une figure fascinante et presque « romantique », je l’ai trouvée profondément obscène. Et ce n’était que le début, dans le sillage du film, des brouettes d’autres ont suivi et ont établi la « mode » du serial killer. Je me reconnaissais beaucoup plus dans la vision totalement « déromantisée » d’un film comme Henry, portrait of a serial killer.
      Aujourd’hui, tout cela me semble très loin. Les serial-killers ne m’intéressent plus du tout et cette bd sur Ed Gein ne suscite que mon indifférence, tout comme la clolection que Glénat a lancé il y a peu sur les serial-killers.
      J’ai bien aimé My friend Dahmer de Derf Backderf, quand même.

      • Bruce lit  

        Salut Zen.
        On peut dire que la figure romantique du tueur en série commence avec Norman Bates qui est clairement présenté comme une victime et un garçon sympathique. Bien plus que Gein dont il est inspiré.
        Tous ne le sont pas : AMERICAN PSYCHO ou John Doe de 7 par expemple.

        • zen arcade  

          Pour les besoins de l’histoire et du twist final, très original pour l’époque, Norman Bates doit être présenté comme un garçon sympathique. Il n’a cependant à mon sens pas grand chose ni de fascinant ni de « romantique ».

          Amercian psycho, ça faisait partie des livres que j’aimais beaucoup à l’époque.
          Mais j’étais déjà un grand lecteur de Bret Easton Ellis avant sa parution.

          Se7en, je déteste. On est pour moi en plein dans l’esthétisation creuse du phénomène des serial killers. De Fincher, par contre, j’aime bien Zodiac (le premier film de la carrière de Fincher que je ne déteste pas).

          • Tornado  

            Je suis un grand fan de cette « mode » des serial killers au cinéma (mais aussi à la TV, en littérature (LES RACINES DU MAL de Dantec m’avait totalement emporté) et en BD). Le côté « romantique » du truc ne me choque pas : C’est du cinéma. Et c’est comme pour les contes : Une manière de se familiariser avec l’horreur. Un exutoire.
            Si c’est pour observer l’horreur du serial killer avec une approche naturaliste, autant regarder un documentaire.
            J’avais un copain qui n’arrêtait pas de s’en prendre à ces films aussi. Je trouvais qu’il ne comprenait pas du tout l’intérêt du concept « conte » de la figure fascinante du serial killer. On retrouve cette dimension dans DEXTER bien sûr, mais aussi dans des itérations comme UN JUSTICIER DANS LA VILLE ou le PUNISHER.
            Ce sont des approches que je trouve très intelligentes : Elles permettent de s’identifier aux « monstres », parce qu’ils ont une dimension séduisante. Mais elles ne donnent pas envie à quelqu’un de normalement constitué de suivre l’exemple en faisant de ces personnages des figures damnées. C’est un concept assez génial.

            Bon cela-dit je ne suis pas tellement attiré par ce comic du jour. Justement à cause de la fadeur des planches (je ne suis pas spécialement client de Powell).
            Une fadeur qui n’est pas étonnante puisque l’auteur n’est pas un scénariste de BD à la base. Il n’a peut-être pas l’expérience de la narration visuelle, du découpage technique et du story-board.

          • Bruce lit  

            La colle du jour : Le Punisher est-il un tueur en série ?

          • Jyrille  

            « Henry, portrait of a serial killer » : encore un film que je dois voir. J’ai également lu LES RACINES DU MAL, c’était un bon livre.

            Je dois revoir ZODIAC qui est un des meilleurs Fincher. J’y ai appris que c’est lui qui a inspiré le personnage du second DIRTY HARRY. Zen, est-ce que tu as regardé la série MINDHUNTER sur la création de la cellule du FBI qui chasse les serial killers ? Une série initiée par Fincher.

          • Tornado  

            ZODIAC est un film virtuose mais franchement est-ce qu’il est vraiment divertissant ? Justement je lui trouve un aspect beaucoup trop documentaire. Idem pour SOCIAL NETWORK.
            La mise en scène de ZODIAC est brillante, sophistiquée et complexe sans conteste. En plus Fincher met un point d’honneur à ne pas « refaire » SE7EN et ne choisit jamais la facilité en ne donnant rien à son spectateur venu chercher le nouveau SE7EN. Un parti-pris qui lui a évidemment offert la reconnaissance des élites prout prout.
            N’empêche que ma cinéphilie va clairement à SE7EN. C’est MON cinéma, intelligent et divertissant, magistral, quand ZODIAC est plus un exercice de style assez prétentieux (je déteste les réalisateurs qui se regardent filmer). Résultat : J’ai vu SE7EN au moins 25 fois. Et ZODIAC une seule fois.
            Il faudrait évidemment que je revoie ZODIAC. Mais justement son aspect « docu-fiction » me freine des deux pieds.
            Pour moi des films comme LE SILENCE DES AGNEAUX ou SE7EN, ce sont comme de bons mélanges connotés de ce que j’aime dans le cinéma populaire : un peu de thriller, un peu de film noir, un peu d’horreur, beaucoup de suspense et un léger soupçon de fantastique… Banco.

          • Bruce lit  

            Je vénère tellement Se7en que tous les films de Fincher m’ont tous déçus par la suite. Même Fight Clup, même Zodiac qui est effectivement est une enquête administrative.
            Cyrille, je n’ai pas vu MINDHUNTER mais parc contre MANHUNT UNABOMBER sur Netflix est passionnant. On y voit la naissance des premiers profilers et la science du tueur en série se construire.

          • Tornado  

            J’ajouterais que je préfère aussi MINDHUNTER à ZODIAC. Dans MINDHUNTER, on te donne ce que tu es venu chercher : Tu rencontres les serial killers. Tu les renifles de près. Leur souffle glacial sur ton échine est bel et bien présent.

          • Jyrille  

            Je comprends tout à fait ton point de vue, Tornado. ZODIAC et SOCIAL NETWORK ont un aspect un peu documentaire, mais je les trouve pourtant à la fois divertissants et passionnants. ZODIAC est un poil long peut-être.

            Par contre, même si j’aime beaucoup SE7EN, je n’ai dû le voir que trois fois : deux fois au cinéma à sa sortie (une en VF, une en VO) et une dernière fois il y quelques années avec le fils. J’ai l’impression de le connaître par coeur… Il faudrait que je le revoie avec la fille, car j’ai pas mal retrouvé son ambiance dans le dernier BATMAN que nous avons vu ensemble.

          • Jyrille  

            @Bruce : j’ai MANHUNT dans un coin, je verrais peut-être un jour, mais tu devrais essayer MINDHUNTER. Même Laet aime cette série.

          • Bruce lit  

            MINDHUNTER : il y a une fin ?

          • Bruce lit  

            Norman Bates reste un héros sympathique ou plutôt pathétique si tu considères les 3 Psychoses sortis en salles (que j’aime beaucoup) ainsi que le téléfilm avec Henry Thomas dans les années 80.

          • Jyrille  

            @Bruce : pour le Punisher : oui. Pour Chapman : a-t-il tué quelqu’un d’autre que Lennon ? Dans le cas contraire, ce n’est pas un tueur en série…

            Je tiens à préciser, au cas où je n’aurais pas été assez clair, que même si je l’aime beaucoup, je n’ai pas besoin ou envie de revoir SE7EN. Il ne me fascine ni ne me divertit assez pour ça.

          • Bruce lit  

            Chapman : a-t-il tué quelqu’un d’autre que Lennon ? Dans le cas contraire, ce n’est pas un tueur en série…
            Non, mais il avait planifié d’autres meurtres.

          • zen arcade  

            @Jyrille : « Zen, est-ce que tu as regardé la série MINDHUNTER sur la création de la cellule du FBI qui chasse les serial killers ? Une série initiée par Fincher. »

            Non, pas vu.
            Comme je l’ai dit plus haut, le thème ne m’intéresse aujourd’hui plus du tout.
            Ou alors, il faut qu’il ne soit qu’une porte d’entrée pour une réflexion plus vaste, comme par exemple les romans de David Peace sur l’étrangleur du Yorkshire ou même le From hell de Moore et Campbell.

          • zen arcade  

            @Tornado : « ZODIAC est un film virtuose mais franchement est-ce qu’il est vraiment divertissant ? Justement je lui trouve un aspect beaucoup trop documentaire. Idem pour SOCIAL NETWORK.
            La mise en scène de ZODIAC est brillante, sophistiquée et complexe sans conteste. En plus Fincher met un point d’honneur à ne pas « refaire » SE7EN et ne choisit jamais la facilité en ne donnant rien à son spectateur venu chercher le nouveau SE7EN. Un parti-pris qui lui a évidemment offert la reconnaissance des élites prout prout.
            N’empêche que ma cinéphilie va clairement à SE7EN. C’est MON cinéma, intelligent et divertissant, magistral, quand ZODIAC est plus un exercice de style assez prétentieux (je déteste les réalisateurs qui se regardent filmer). Résultat : J’ai vu SE7EN au moins 25 fois. Et ZODIAC une seule fois. »

            Je vois beaucoup plus de prétention dans Se7en que dans Zodiac, mais je supoose que mon avis doit être biaisé par l’intérêt plus grand que je trouve à Zodiac. La supériorité du style sur le fond me parait plus prégnante chez Se7en, dans lequel je ne vois qu’esthétisation creuse et tape-à-l’oeil. C’est marrant, quand tu écris que tu détestes les réalisateurs qui se regardent filmer, je pense directement à Se7en.
            Je suis plus sensible à l’esthétique de Zodiac, héritée en ligne directe des grands cinéastes des 70’s. Cest virtuose, mais c’est une virtuosité héritée d’un certain classicisme alors que Se7en, c’est pour moi de l’esbroufe visuelle à tous les étages.
            Quant aux élites prout prout, je m’en contrefiche autant que toi.

            Je crains que nous ne soyons condamnés à des avis très différents sur bon nombre de sujets relatifs au ciné. 🙂
            Mais c’est bien, ça permet de taper la discute gentiment.

          • Tornado  

            Et bien justement, discutons :
            SE7EN de l’esbroufe visuelle à tous les étages ? En quoi donc ? Le film met en scène une histoire quasi fantastique/horreur bourrée de suspense d’un meurtrier fictif totalement improbable mais fascinant. C’est justement parce que c’est super bien fait que ça marche. Au moment de sa sortie, jamais un film n’avait fait cet effet sur un tel sujet et de cette manière. Il est justement bien plus original que ZODIAC qui, comme tu le rappelles, marche sur les traces des classiques du cinéma du nouvel Hollywood des 70’s.
            Là où j’ai trouvé Fincher très convaincant dans ZODIAC, malgré que je l’ai nettement moins aimé, c’est qu’il a eu l’intelligence de ne pas confondre film de pur divertissement (viscéral) (SE7EN) et film « historique » (parce que basé sur faits réels).
            SE7EN n’est pas creux du tout et il est magistralement original et puissant au moment de sa sortie. Par contre, effectivement, c’est une histoire abracadabrantesque aussi fantastique qu’un conte de Grimm dans une version moderne. Le prendre comme quelque chose de sérieux et de réaliste n’a aucun intérêt et c’est une erreur d’appréciation à mon avis.

    • Bruce lit  

      En France sans doute JB.
      Aux ETATS UNIS sûrement pas. Comme mis dans l’article ce monsieur a des fans clubs qui entendent « rétablir la vérité ».

  • Présence  

    Voilà un comics que j’avais écarté de ma liste de lectures potentielles, sans bien me comprendre de quoi il retournait. Ton article vient de me le faire rajouter illico preto.

    Éternel puceau, il se satisfait avec des vulves arrachées et des colliers de tétons. – Je n’avais jamais entendu parler de ce tueur en série : la description en est rude.

    Il devient une star aux États-Unis où l’on paye pour visiter la maison de l’horreur, voir sa voiture : ah ouais, il y a des gens qui sont bien partis dans leur tête quand même. 🙁

    Powell illustre de nombreuses auditions de témoins en plans fixes avec de nombreuses cellules de textes […] Un choix de mise en scène frustrant : c’est vraiment compliqué pour un artiste d’adapter un livre, surtout quand i s’agit d’un ouvrage de reconstitution et d’enquête comme celui-là.

    Pourtant l’album est passionnant malgré ces rééles lacunes : je me suis déjà trouvé dans cette situation de lecture où les qualités BD ne sont pas à la hauteur de l’artiste, et pour autant la lecture s’avère passionnante.

    Merci beaucoup pour superbe présentation : je suis convaincu de vouloir lire ça.

    • Bruce lit  

      Éternel puceau, il se satisfait avec des vulves arrachées et des colliers de tétons. – Je n’avais jamais entendu parler de ce tueur en série : la description en est rude. Une scène reprise en détail dans les CROSSED de Lapham. Difficilement supportable.
      je me suis déjà trouvé dans cette situation de lecture où les qualités BD ne sont pas à la hauteur de l’artiste, et pour autant la lecture s’avère passionnante. Des exemples ?

      • Présence  

        Plusieurs exemples dans la collection La petite bédéthèque des savoirs.

  • Jyrille  

    Merci pour le tour d’horizon Bruce, j’hésite encore à me la prendre celle-ci. Je découvre les horreurs et les inspirations de Ed Gein, nom que je connaissais pourtant, mais pas dans les détails. Peut-être l’achèterais-je pour l’offrir, je sais déjà qui pourrait aimer.

    Tu ne trouves pas que le trait de Powell s’éloigne pas mal de ce que je connais de lui, à savoir les premiers tomes de GOON (j’en ai 4 en VF) ? J’ai l’impression de voir du Will Eisner, c’est assez perturbant !

    Pas de BO ?

    • Bruce lit  

      Effectivement, le trait de Powell et ses personnages en mouvement évoquent Will Eisner.

  • Eddy Vanleffe  

    Pour la culture, c’est sûr que ce livre doit valoir le coup. Pour ma part je n’ai pas cette fascination assez typiquement américaine pour les tueurs en série qui en ont fait des héros tragiques…
    je le verrais en médiathèque celui-là.
    j’ai lu le livre d’Ann Rule UN TUEUR SI PROCHE qui décrit ses relations avec Ted Bundy avant qu’elle ne découvre qu’il soit en fait un tueur machiavélique. c’est un peu la même approche qu’ici..Une sorte de documentaire.

    • Bruce lit  

      Il y a de très bons documentaires sur Ted Bundy sur Netflix.
      La fascination pour les tueurs en série vient du fait que les comprendre, c’est comprendre la racine du mal. Comment un individu peut à la fois être inséré dans la société et la détruire. Qu’est ce que ces actes disent de nos normes, de notre sauvagerie intérieure et de notre humanité.
      Dernièrement un Nordhal Lelandais a déjoué toutes les grilles de lectures que l’on pouvait avoir du tueur en série : une enfance heureuse, une vie sexuelle abondante et des amis sincères.
      Si ces actes étaient représentés à l’écran, ce serait insoutenable. Les shows et films mettent rarement des tortures et viols d’enfants. Le scénario sert à enrober le tout pour aller plus loin dans les propos.
      Dans les faits, comme je le rappelle en intro, certains tueurs en série ont modelé notre époque : Alan Moore le rappelle dans FROM HELL, Charles Manson dont les crimes mettent fin au mouvement hippie et bien sûr David Chapman qui tue John Lennon.
      C’est en cela que leur étude est fascinante.

  • Fletcher Arrowsmith  

    Bonsoir Bruce,

    je l’ai eu en main la semaine dernière et je ne sais pas : entre le propos (alors que je vais justement pas tarder à attaquer les livres de Thomas Harris) et les dessins et mise en page de Powell, je n’ai pas pu (j’ai préféré le dernier Grange/Tardi, ELISE ET LES NOUVEAUX PARTISANS).

    Ton article, concis, pointe bien les nombreuses qualités de cet album mais aussi les défauts.

    L’histoire de ce Ed Gein a tout pour me plaire mais ce n’est pas le moment. Je crois également que je vais surement attendre de le trouver en médiathèque ou bibliothèque.

    Sur Powell Tornado résume bien mon approche de cet auteur : Bon cela-dit je ne suis pas tellement attiré par ce comic du jour. Justement à cause de la fadeur des planches (je ne suis pas spécialement client de Powell).
    Une fadeur qui n’est pas étonnante puisque l’auteur n’est pas un scénariste de BD à la base. Il n’a peut-être pas l’expérience de la narration visuelle, du découpage technique et du story-board.

    J’apprécie aussi également UNABOMBER sur Netflix. je n’ai pas encore tenté la saison2 de MINDHUNTER. Sur OCS il y avait également un doc intéressant sur les disparus d’Atlanta.

    A l’opposé de Zen Arcade, j’adhère aux films de David Fincher, trouvant par contre ZODIAC supérieur à SEVEN.

  • zen arcade  

    @ Tornado : « SE7EN de l’esbroufe visuelle à tous les étages ? En quoi donc ? Le film met en scène une histoire quasi fantastique/horreur bourrée de suspense d’un meurtrier fictif totalement improbable mais fascinant. C’est justement parce que c’est super bien fait que ça marche. Au moment de sa sortie, jamais un film n’avait fait cet effet sur un tel sujet et de cette manière. Il est justement bien plus original que ZODIAC qui, comme tu le rappelles, marche sur les traces des classiques du cinéma du nouvel Hollywood des 70’s.
    SE7EN n’est pas creux du tout et il est magistralement original et puissant au moment de sa sortie. Par contre, effectivement, c’est une histoire abracadabrantesque aussi fantastique qu’un conte de Grimm dans une version moderne. Le prendre comme quelque chose de sérieux et de réaliste n’a aucun intérêt et c’est une erreur d’appréciation à mon avis. »

    Je comprends ton point de vue mais je ne le partage pas du tout.
    Je parle d’esbroufe visuelle parce que pour moi Se7en est rempli d’effets visuels tape-à-l’oeil et baigne dans une esthétique racoleuse au service d’un propos quelconque sur le Mal et toutes ces sortes de choses. L’aspect conte que tu mets en avant me parait en revanche plus convaincant. Mais c’est pas suffisant pour m’intéresser.
    J’aime pas le travail de Darius Khondji à l’époque. Il vient des films de Jeunet et Caro, dont je n’aime pas du tout non plus l’esthétique.

  • Surfer  

    Je dois avoir dans ma dvdthèque un coffret du MASSACRE A LA TRONÇONNEUSE de Nispel dans lequel figure un DVD bonus dédié à ED GEIN.
    De ces bonus, je conseille le reportage « ED GEIN : La Goule de Plainfied » Il est exhaustif et permet de mieux cerner le personnage .

    Ayant vu et revu ce DVD. je ne vois pas trop ce que pourrait m’apporter de plus la lecture du comic présenté aujourd’hui. Donc…je passe mon tour.

    Concernant Fincher, je trouve que c’est un réalisateur formidable.
    Se7en est un film qui vaut surtout pour sa fin traumatisante qui mise tout sur l’effet de surprise. C’est le genre de film qu’il faut voir 1 fois car une fois le twist final connu un nouveau visionnage perd de son intérêt.
    A contrario FIGHT CLUB mérite, au minimum, 2 visionnages. Car lorsque l’on connais les révélations finales on a envie de revoir le film sous un nouvel angle de façon à mieux le comprendre.

    Fincher est un réalisateur tellement formidable qu’il a aussi fait des clips de très grande qualité. Je pense notamment au sensationnel FREEDOM! ‘90 de GEORGE MICHAEL.👍

    • zen arcade  

      « Fincher est un réalisateur tellement formidable qu’il a aussi fait des clips de très grande qualité. Je pense notamment au sensationnel FREEDOM! ‘90 de GEORGE MICHAEL »

      C’est un peu cela que certains reprochent à la première partie de sa carrière, d’ailleurs. Cette esthétique « clipesque » plaquée sur son cinéma.
      Personnellement, je préfère quand il range ses effets à partir de Zodiac pour une mise en scène virtuose mais plus sobre.

      • Tornado  

        Tout dépend du sujet en fait. Dans les années 80, tous les réalisateurs venus du clip comme Adrian Lyne ou Russel Mulcahy marquaient les esprits avec des films de genre. Fantastique, horreur, SF, polar. Un bon rapport fond/forme pour des films esthétiquement connotés. Evidemment, cette esthétique ne convient pas du tout à des sujets plus réalistes, voire naturalistes qui exigent une approche plus sobre. Personnellement, c’est ce dernier cinéma qui ne m’intéresse pas du tout.

        • Bruce lit  

          N’oublions pas Alan Parker dont l’univers clipesque sublime THE WALL dans les 80’s. Un film unique qui n’aurait pas pu être tourné par personne d’autres.
          Concernant les tics de Se7en, moi je trouve qu’il s’inscrit complètement dans l’air du temps des 90’s. Lorsque le film sort, les canons esthétiques et musicaux sont ceux de Fiora Sigismondi, NiN,Bowie (qui apparaît dans son générique inoubliable) et Marilyn Manson. Bientôt arriverait le LOST HIGHWAY de Lynch.
          Je n’ai plus jamais retrouvé cette oppression et cette agressions des sens chez Fincher. Le film évolue dans une nuit constante. Les acteurs sont écrasés sous la pluie, la pénombre. Le foyer de Pitt et Paltrow a beau être chaleureux, il est situé près d’une gare qui en supprime la tranquillité.
          Lorsque les acteurs retrouvent enfin le soleil, c’est pour l’apothéose de l’horreur de la scène finale.
          Rarement les décors n’auront accompagné autant au cinéma le supplice de ses personnages.

          • Tornado  

            Le hasard veut que j’ai commencé à regarder hier le BATMAN de 2022 avec Patinson. Son approche « à la SE7EN » ne fonctionne pas du tout avec moi (je me suis tellement ennuyé que j’ai arrêté le film au bout d’1h10. Je tenterai de le reprendre ce soir). Parce que SE7EN est une perfection qui ne peut pas être reproduite et d’ailleurs Fincher lui-même ne s’y est jamais risqué. Toutes les scènes du films sont au cordeau. Rien ne dépasse, rien n’est en trop. C’est vraiment le chef d’oeuvre de son genre.
            Le BATMAN de 2022 tente également l’esthétique conceptuelle nuit/pluie/tueur en série mais le scénario est d’un chiant. On est loin de l’immersion fascinante de SE7EN qui te plaque sur ton fauteuil.
            L’équation est simple : Là où SE7EN va à l’essentiel, avec comme tu le relèves une approche conceptuelle du décor, organique et viscérale (totalement originale à l’époque), le BATMAN se disperse dans tous les coins en faisant cohabiter son intrigue de serial killer avec tout le barnum de Gotham City (non sans le teinter de wokisme). C’est très indigeste.

          • zen arcade  

            « Je n’ai plus jamais retrouvé cette oppression et cette agressions des sens chez Fincher. Le film évolue dans une nuit constante. Les acteurs sont écrasés sous la pluie, la pénombre. Le foyer de Pitt et Paltrow a beau être chaleureux, il est situé près d’une gare qui en supprime la tranquillité.
            Lorsque les acteurs retrouvent enfin le soleil, c’est pour l’apothéose de l’horreur de la scène finale.
            Rarement les décors n’auront accompagné autant au cinéma le supplice de ses personnages. »

            Moi, je trouve beaucoup de complaisance dans cette noirceur esthétisée.
            Enfin bon, c’est définitivement pas ma came.

          • Jyrille  

            En ce qui concerne le BATMAN, même si il reprend des éléments de SE7EN, il ne veut pas non plus totalement le singer. Il a tout un cahier des charges à côté où les personnages et artefacts de Batman (la Batmobile en tête), et sa family et ses vilains, doivent aussi être présentés et exister. Et il n’a sans doute pas comme objectif de choquer les spectateurs, souvent des ados, comme pouvait le faire SE7EN, ce dernier ne proposant aucune volonté d’être poursuivi, de devenir une franchise. En cela, il ne peuvent pas être comparés selon moi.

            Il mixe d’autres films pour son esthétisme, celui de SE7EN n’en est qu’une partie.

          • Tornado  

            Et bien oui c’est ça : Tout un cahier des charges qui parasite l’intégrité et la force du scénario.
            La 1 heure est franchement ennuyeuse. Entre l’impression d’avoir déjà vu tout ça 100 fois et la banalité absolue du script, on est aussi amenés à côtoyer quasiment autant de personnages que dans un film choral. J’espère que les deux heures restantes seront un peu moins chiantes.
            Pas évident d’être la 25ème version de Batman en trente ans…

          • Bruce lit  

            Netflix diffuse un documentaire glaçant sur John W Gacy avec des documents d’époque incroyables : vidéos des perquisitionnions, de scènes de crimes et le témoignage audio de Gacy lui-même !

          • Jyrille  

            Je te laisse le bénéfice du doute puisque tu n’as vu que la première heure, Tornado, mais je ne ressens pas du tout la même chose que toi pour le BATMAN. Ce n’est pas parasité, c’est un choix, d’ailleurs si le film fait 3h, c’est bien qu’ils voulaient y mettre beaucoup de choses. Et ce n’est ni dans l’enquête ni dans l’action que le film gagne ses galons, mais bien dans la caractérisation des personnages, leur évolution, leurs découvertes, celle envers eux-mêmes et celle envers les autres.

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