Pouvoirs ! (X-men : l’affrontement final)

X-Men : l’affrontement final de Brett Ratner

Un article de BRUCE LIT

Wolverine et ses larbins

X-MEN : L’AFFRONTEMENT FINAL (2005) est le dernier volet de la trilogie X-MEN empiétée avec le film éponyme de Bryan Singer (2000). Brett Ratner est appelé à réaliser le film à la place de Singer parti sur le tournage de SUPERMAN RETURNS.
Les deux sont des salopards finis qui en, tournant des films censés prêcher la tolérance et l’ouverture d’esprit face à la communauté LGBT dont les X-Men peuvent incarner parfois la métaphore, se sont rendus coupables d’actes sexistes, d’harcèlements sexuels et de propos homophobes, sur le plateau du film notamment envers Ellen Page alors actrice de Kitty Pryde et devenue entretemps Eliott Page après sa transition en 2021.

Nous fermons cette parenthèse -nécessaire- pour nous concentrer sur le contenu du film souvent décrié comme le plus mauvais de la franchise.


Car oui, c’est comme si le destin de L’AFFRONTEMENT FINAL était d’être aux X-Men ce que furent AU DELA DU DÔME DU TONNERRE pour Mad Max ou la tristement fautive prélogie de STAR WARS.
Nous verrons que si le film a un sacré déhanchement, il marche plutôt droit et offre une conclusion très satisfaisante à ce premier cycle mutant.


L’AFFRONTEMENT FINAL est assez progressif dans son approche : mixer la légendaire saga du Phénix Noir de papy Claremont avec le premier arc de ASTONISHING X-MEN sorti un an plus tôt sous l’égide de Joss Whedon, un temps pressenti pour réaliser le film.

Voici donc qu’un vaccin est découvert pour transformer les mutants en individus normaux. Magneto craignant que sa race soit de nouveau génocidée par un gouvernement manipulateur, prend les devants et lève une armée pour lutter contre les humains. A sa tête ? Jean Grey, transformée en Phénix Noir depuis sa résurrection et dont on apprend que Charles Xavier avait bloqué ses pulsions destructrices à la prime enfance. Les X-Men fidèles à leur idéal seront cette troisième force pour s’interposer entre les fanatiques des deux bords et tenter de ramener leur amie à la raison.

Rien que ce pitch devrait rameuter les fans des comics : oui, ce scénario est bien une belle histoire des X-Men, loin, très loin de ces trous du cul-devenus chez Morrison, Fraction, Bendis et compagnie.
Charles Xavier est ce vénérable pacifiste qui a joué avec le feu mais n’a pas franchi les limites de la décence des comics. Nous voyons l’école vivre, lui, donner des cours à ses étudiants dans une belle scène de discussion rhétorique avec les nouveaux mutants, désigner Tornade comme sa remplaçante. Et puis, ouais! il y a cet entrainement en salle des dangers, un esprit d’équipe où les X-Men agissent enfin ensemble quand c’était chacun pour sa gueule dans le premier opus.

Les X-Men et Magneto, et son casque qui le transforme en Crapaud…

Halle Berry a enfin un rôle consistant et le lecteur est ravi de retrouver la même complicité des comics entre Logan et Tornade. C’est sans doute le film où l’équipe est le plus mis en avant : Wolverine en reste, certes la figure principale, mais Iceberg, Le Fauve et l’adorable Kitty Pryde ont de belles mises en avant.
Cyclope est bien évidemment très loin de son modèle comics mais dans les deux scènes où il occupe le devant de la scène, le lecteur reconnaît le Scott Summers confus et en colère de X-Factor.

Chez les vilains, Magneto reste ce gentleman hautain et dangereux, Mystique vole encore toutes ses scènes et le lecteur opinera du chef en reconnaissant que son destin ressemble furieusement à celui en miroir déformant à Anne, la purificatrice de Stryker dans DIEU CREE, L’HOMME DETRUIT.

Le film donne ses moments aux seconds rôles, ici Iceman (à répéter 10 fois)

Et puis il y a Jean Grey…
Parfaitement incarnée par Famke Jansen, cette interprétation du Phénix Noir comme la métaphore d’une puissance féminine qui se libère violemment d’une emprise paternaliste, est aussi bien furieusement d’actualité que présente dans la saga de Claremont. Allons plus loin : c’est bien parce que c’était la lecture littérale à avoir de la saga d’origine, que LE PHENIX NOIR a autant marqué les esprits…Parce que franchement, le truc de « en fait, non, c’était pas elle mais son clone extraterrestre qui blabla... », a toujours déshabillé Scott sans rhabiller Logan…

Mais voilà : le film ne va pas jusqu’au bout de ses ambitions : une fois Jean Grey recrutée par Magnus, elle semble passer la dernière heure chez un ophtalmo invisible en fixant du regard, on ne sait pas quoi en fait.
C’est bien le point faible du film : annoncé en fanfare, au début du film, Jean Grey devient un personnage non jouable d’une saga dont elle était censée être le pivot. C’est dommage car les deux scènes avec Logan sont puissantes dont une où le couple fait monter la température érotique.
C’est d’ailleurs cette pulsion sexuelle qui finit par tuer Jean : elle dévore Scott, terrifie Logan par son appétit avant d’être tuée par l’homme qui voit que Jean n’est plus que tristesse, amertume et égoïsme.
Ce Logan tragique qui passe son temps à tuer les femmes qu’il aime pour les sauver du déshonneur ou d’elles-mêmes, c’est bien celui des comics!

Un Logan sexy, imberbe et grand mais pourtant aussi tragique que celui des comics.

Or c’est bien le contrôle des femmes qui est au cœur du film : Jean Grey, Mystique, mutante incontrôlable qui se transforme en simple humaine dont se désintéresse cruellement Magneto, Rogue qui se prive de ses pouvoirs pour enfin vivre normalement et pour rappeler ce qui fait la richesse de la série : chaque personnage vit sa mutation via sa propre subjectivité. Rogue et Angel la voit comme une maladie quand Tornade vit son statut comme une bénédiction.

C’est la richesse de ces points de vue qui offre de beaux moments intimes aux personnages avec en zone centrale notre bon vieux humaniste Hank McCoy avant que Bendis et toute la smalla ne le transforme en Zemmour de Marvel.

Le personnage de Mystique, traité avec intelligence

Mais hélas le film a de réels défauts qui expliquent son impopularité : Des costumes ringards, notamment celui du Fléau qui semble sorti du film des années 80 : LES MAITRES DE L’UNIVERS. On pensait avoir touché le fond avec Sabretooth dans le premier film, là on se retrouve avec un cosplay raté de Belios.
Les blousons en cuir sont toujours aussi horribles en donnant une apparence paramilitaire à la milice pacifique de Xavier. Quant à Magneto une fois son casque revêtu, il perd son attitude altière de son visage aux traits si profonds, pour se transformer en crapaud boursouflé.

Les vilains que Magneto recrute sont méconnaissables (il faut vraiment être fan hardcore pour identifier Arclight, qui ne brille pas déjà par sa personnalité) et personne ne comprendra pourquoi tout ce petit monde se la joue Guerilla en campant dans la forêt.

La marque de Caïn? Un costume ringard !

Ajoutons une mise en scène sans envergure, des trucages souvent has-been même pour l’époque, une désaturation des couleurs qui préfigure les torchons visuels de Snyder et une musique épouvantable de John Powell, et l’on comprendra que le film ait pu susciter mépris et moquerie.

Mais pour les amoureux des personnages, il remplit parfaitement son office en rappelant que l’on est pas obligé de se farcir un cahier des charges de 2h30 et que, malgré ses défauts, L’AFFRONTEMENT FINAL fut sans doute un clou de cercueil majeur de la façon pataude de faire du super-héros à l’ancienne au cinéma : à la fois mal foutue et pourtant souvent touchante.

Famke Janssen, la seule et unique Jean Grey



3 comments

  • Fletcher Arrowsmith  

    Hello

    Je me rappelle l’avoir vu à sa sortie en salle et ne pas avoir apprécié du tout. J’ai du le revoir 1 fois quelques années à peine et pas plus de souvenirs que cela.

    Maintenant la teneur de ton article et ton argumentaires m’intriguent. En effet, depuis on à la fois eu de très mauvais comics (donc tirer à boulets rouges sur le sujet personnages trahis bein … comme dans les comics en fait) et puis au niveau de la réalisation là aussi OK Brett Ratner c’est pas fou mais bon quand je vois les bouses cinématographiques sur les super héros proposés depuis bientôt 20 ans, finalement je me dis que ce X-MEN 3 n’est il pas tout simplement un honnête blockbuster ?

    En tout cas si je le trouve (et du temps !!!) je crois que je vais me faire une troisième séance, l’esprit plus libre.

    Merci pour cette tentative de réhabilitation et surtout le travail autour du contexte et des comparaisons.

    NB : mon film X-Men préféré reste FIRST CLASS.

  • Nikolavitch  

    alors, j’ai réévalué l’Affrontement Final avec le temps. je trouve qu’il monte bien en charge tout au long du film, avec quelques scènes chouettes… pour se débobiner à la fin dans un pif-paf pas très intéressant qui ne règle pas les enjeux de fond.
    donc ouais, comme dit Fletch, un honnête blockbuster. et oui, First Class et future Past forme un diptyque vraiment chouette derrière, qui rachète bien la franchise (nonobstant le fait que Singer soit effectivement un assez sale type, semble, ce qui me navre parce qu’en dehors il a fait aussi Usual Suspect et Apt Pupil, deux films que j’adore)

  • JB  

    On a tous pu rêver d’une version live de la saga du Phénix Noir, mais je crois vraiment que ça ne peut être retranscrit. Même sans compter l’absence du Club des Damnés ou d’un danger cosmique, même en ignorant les bouts rafistolés du Gifted de Joss Whedon et de Morlocks sortis de nulle part… 3 films, c’est trop court pour avoir le même affect avec cette Jean Grey qu’avec son homologue papier. D’autant plus que le personnage comics oscille entre une faim dévorante et l’horreur de sa propre condition, contrairement à cette version mutique et à l’expression limitée (désolé, j’aime beaucoup Famke Janssen, mais elle est ici aux abonnés absents).
    Et puis aussi, marre de ce Logan envahissant…

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