Retour Gagnant (Le retour de Lagaffe)

Le retour de Lagaffe par Delaf

Un article de BRUCE LIT

VF : Dupuis

Au secours, il revient !
 ©Dupuis

LE RETOUR DE LAGAFFE marque le retour emblématique de Gaston Lagaffe disparu, tout du moins sous sa forme initiale, celle d’un héros de BD, avec la mort de son créateur André Franquin en 1997. Dans les faits, Dupuis avait déjà tenté de faire revivre le gaffeur avec un mini Gaston, officiellement son neveu puis le temps d’un film en 2018.

André Franquin ayant spécifié par oral ne pas vouloir que son héros lui survive alors qu’il avait signé un contrat avec Dupuis mentionnant le contraire en 1992, l’annonce de ce tome 22 a provoqué de nombreux remous auprès des fans du Gaffeur et de la part d’Isabelle Franquin, la fille du génie et son exécutrice testamentaire.

Tous ces remous -légitimes- qui soulèvent des questions vieilles comme le monde sur les dernières volontés d’un artiste trahi peuvent être retrouvées ICI.
Pour ma part, ayant découvert en ligne certaines planches formidablement alléchantes, l’envie était trop forte de découvrir cet album avec le regard d’un enfant, vierge de tous ces contrats que le personnage combattait farouchement.
Cette chronique se concentrera donc UNIQUEMENT sur l’album de 46 pages écrit et dessiné par Delaf.

Les contrats de la mort comme un écho aux périples judiciaires de Gaston
 ©Dupuis

Donc voilà, Delaf devient du jour au lendemain l’artiste le plus exposé de cette fin d’année : tous les adjectifs vont lui tomber sur la tronche aussi sûrement que le bilboquet de Gaston écrasait les lunettes de Prunelle. Il sera tour à tour un falsificateur, un tâcheron, un mercenaire, un copieur ou un vénal.
On peut le comprendre : comme Tintin avec Hergé, Lagaffe est intrinsèquement lié à la personnalité même d’André Franquin.

Sur ces héros de notre enfance qui ont survécu à la mort de leur créateur citons quand même Lucky Luke, Spirou, Asterix, les Schtroumpfs, Achille Talon, Soda ou Corto Maltese dont les reprises doivent être examinées au cas par cas selon leur spécificité et les dernières volonté de leur auteurs.
Nous rappellerons aussi que du vivant de Franquin se nouèrent tout de même de juteux contrats commerciaux dont personne ne conteste l’interférence avec l’artistique : pyjamas, figurines, carte postales à l’effigie de Gaston : tout ça s’était bien négocié du vivant du petit père André.

Ici, comme toujours depuis la création de Bruce Lit, on se la jouera Gonzo subjectif, forcément subjectif : oui, ce retour est fabuleux, audacieux et respectueux. Allons plus loin : André Franquin, ce drôle de zigue qui se découvre souvent contradictoire avec lui-même dans les conversations avec Numa Sadoul aurait probablement apprécié ces gags. Allons plus loin : après l’album LAGAFFE MERITE DES BAFFES, la série ne proposera plus que par intermittences de gags notables et ceux-ci sont – logiquement – bien plus frais que ceux d’un Franquin en fin de parcours.

Après la vache et la luge, une voiture à la rédaction !
 ©Dupuis

C’est là que Delaf intervient. Son trait, livre une copie conforme à ce que la charte Gaston exige. Des personnages au langage corporel et aux grimaces irrésistibles, cette formidable capacité à rendre crédible dans le même espace la vie d’un bureau envahi par des chats, des mouettes et même – grande première – la gaffomobile.

Durant les première pages, cette opération résurrection fonctionne à plein : il est mentionné que Gaston revient après une longue absence.
Il est fascinant que cet album paraisse la même année que l’ouverture de la maison Gainsbourg. Dans les deux cas, le temps semble s’être arrêté, suffisamment pour tromper la mort, le temps qui passe autrement que sur nos rides, nos tempes grises et nos illusions perdues.
Gaston et son univers semblent y rester les prisonniers d’une Belgique des années 80 et c’est – paradoxalement – encore une libération pour son lecteur hyperconnecté.

Notre anti-héros continue d’être humain, terriblement humain : il met ses pièces dans un parcmètre, invente le prototype du premier téléphone portable, son courrier est toujours en retard et De Mesmaeker tente toujours de signer des contrats avec cette maison de fous, quand le télétravail, les signatures électroniques et les applications annihileraient toute la verve comique du personnage.

De ce côté-là, c’est une réussite éblouissante : les gags sont aussi parlants pour les nostalgiques des catastrophes de Lagaffe que pour de jeunes lecteurs qui, à leur tour, seront susceptibles de suivre les aventures à contretemps d’un duo gaulois, d’un homme préhistorique ou d’un petit reporter d’une Chine envahie par le Japon.

Delaf se rappelle que le sel du comique de Gaston reste le comique de situation hérité du cinéma muet et certains gags sont tout bonnement irrésistibles, notamment certains transformant Gaston en Spider-Man malgré lui.
Il ressuscite la vie bouillonnante des deadlines d’un journal en panique bouleversé par les conneries de cet empêcheur de bosser rond. Mais Delaf ne se contente de marcher sur les pas de Franquin qu’il met en scène de manière assez tendre sans jamais le montrer.

L’Aïe-Phone !
 ©Dupuis

Passé la moitié de l’album où il convainc son lecteur que la période de rodage est terminée, son écriture se veut plus audacieuse : Mme Jeanne exprime enfin publiquement son béguin pour Gaston, Lebrac et Mademoiselle Sonia, ivres, font monter la température, Prunelle brise le quatrième mur pour anticiper la prochaine connerie du gaffeur en série avant de sombrer dans la dépression la plus totale (celle de Franquin qui mettait beaucoup de lui-même dans ce personnage) en étant conscient que son rôle est de subir encore et encore les avanies du destin tragique d’un héros de comédie où l’humour se fait aux dépens de celui qui croit encore et toujours pouvoir éviter les gaffes du gars gonflé.

Sous la plume de Delaf, le rire redevient libérateur : riches, pauvres, jeunes, vieux, hommes et femmes tous tombent sous la fatalité du Gaffeur sans discrimination. Un art de l’esquive salutaire qui contourne le Franquin militant pour se focaliser sur le rire. C’est malin et normal : cet album est déjà suffisamment controversé pour y installer une quelconque couleur politique.

Le rire de Gaston est rassembleur ; en quelques 40 pages, Delaf montre qu’il a parfaitement digéré l’univers de Lagaffe en y réinjectant des figures légendaires le temps de quelques gags incroyables : Monsieur Boulier le comptable, déchainé sur une guitare électrique ! Longtarin sans son képi, toute la rédaction de Spirou qui défile chez un psy pour faire part de son usure.

Du neuf avec du vieux ? Non pas ! car Delaf, pour la première fois depuis BRAVO LES BROTHERS, met en scène une aventure complète de Gaston sur quelques pages pour sortir du format strip. Autrement dit, Delaf sort de sa zone de confort avec une aventure scénarisée qui occupe une bonne partie de l’album sans que le rythme comique ne s’en ressente avec une chute en bonne et due forme pour conclure simultanément le bouleversement de la continuité de Gaston (une rédaction démotivée et sur le point d’être collectivement virée) et un retour au statu quo (Lagaffe devient de le sauveur d’une rédaction qu’il a failli couler) pour terminer l’album.

Alors oui, on pourra regretter le trait parfois trop lisse de Delaf, l’absence de cet encrage gras qui donnait ce côté crado et pollué aux aventures de Gaston. Mais c’était déjà le cas sur la fin du règne de Franquin et encore une fois les militantismes ont désormais suffisamment de tribunes pour ne pas venir plaider chez Gaston.

Seul l’avenir dira la place qu’occupera ce tome 22 dans les aventures de Gaston. Un coup d’un soir ? Une aventure sans lendemain ou au contraire un tribute aussi brillant qu’un disque de reprises ?
Pour ma part, c’est un retour gagnant inattendu. Si vous aimez Gaston et êtes capables de passer outre vos réserves, vous allez vous régaler ! Tout ici déborde d’humanité, d’amour et de passion.
Contrat rempli.

Mlle Jeanne, plus sexy que jamais !
 ©Dupuis

La BO du jour :

Rien à voir avec Franquin. Mais comme l’article va être lu, et ben je fais de la pub pour mon coup de foudre actuel :

74 comments

  • Tornado  

    En observant attentivement ces planches, quand bien-même elles ne sont pas de la plume du pinceau de Franquin, je me souviens d’un coup pourquoi je n’ai jamais réussi à tenir une planche en entier. Je n’aime définitivement pas ce style graphique (je n’ai jamais réussi non plus à entrer dans LES IDÉES NOIRES). Même si j’ai eu un peu de mal au début, j’y suis mieux arrivé avec Spirou & Fantasio : Effectivement, là où les planches de Lagaffe enferment le lecteur dans un huis-clos bureaucratique cauchemardesque (pour moi en tout cas), envahi de toutes parts par la fumée, les détails, les machines, les appareils électroniques (quelle horreur !), les onomatopées tonitruantes, Spirou & Fantasio vivaient à la campagne, sortaient à l’air pur pour voyager à travers le monde !
    Je ne suis définitivement pas un fan du trait de Franquin. Il me stresse, provoque chez moi malaise et sensation de claustrophobie.

    Pour la polémique : Je comprends tout à fait le boycot. Je suis tellement attaché au caractère d’un auteur qu’il ne m’est même pas venu à l’idée de lire (ni même de feuilleter) un Corto Maltese depuis la reprise de ces dernières années. Je n’ai suivi ni Astérix, ni les Shtroumpfs, ni Lucky Luke au-delà du départ de leurs auteurs. J’ai tenu quatre albums respectifs d’Astérix et Lucky Luke sans Gosciny avant le lâcher l’affaire, et je suis péniblement allé jusqu’au départ de Rosinsky pour Thorgal en supportant neuf albums sans Van-Hamme.
    Lorsque je relis un Tintin, la personnalité d’Hergé, que je commence à vraiment bien connaitre, transparait dans chaque atome de chaque album. Je suis fondamentalement opposé à la continuation d’un univers aussi personnel.
    Après, je ne vais pas me battre. S’il y a des amateurs qui sont heureux sans s’apercevoir du changement, ma foi tant mieux pour eux et pour les éditeurs, en espérant sincèrement que tout cela ne subisse pas trop de nivellement par le bas et que les albums ne subissent pas ce que les films (oui, les films ASTERIX, je parle de vous, espèce ciné-réalité honteux avec votre défilé publicitaire inepte de vedette à la noix) font subir à tous ces univers de papier…

    • Bruce lit  

      Je pense qu’il y a aussi, et c’est mon cas des amateurs qui sont contents de lire un bon album de BD respectueux du travail de Franquin.
      Malheureusement – et Tintin lui-même n’ a jamais échappé à la règle – la globalisation et le multimédia sont la clef de voute de la réussite d’une BD.
      Le marché comics meurt chaque jour d’oeuvres fabuleuses laissées à l’abandon parce que tout le monde veut du Batman.
      Lorsque THE BOYS, LOCKE AND KEY ou UMBRELLA CADAEMY sont adaptées en séries, c’est banco pour les auteurs et pour les ventes de livres ! Je ne connais personne, absolument personne qui refuserait de voir son matos porté à l’écran (sauf Alan Moore).
      Donc, soyons clairs : le support papier ne suffit plus, il faut mettre les licences au gout du jour et ici c’est brillant. Ca se fait sans l’aval de la famille Franquin mais c’est quand même vachement bien !
      Avec l’aval de Moulinsart tu as eu quand même des jeux vidéos Tintin. Or on ne sait absolument pas quelle aurait été la position d’Hergé de voir Tintin en JV.

      • Jyrille  

        C’est là qu’on se distingue je pense, Bruce : dans ce cas-ci, je ne vois aucun respect de l’auteur original.

        • Bruce lit  

          j’ai un avantage sur toi Cy’ : je l’ai lu 😉

          • Jyrille  

            Oui, mais les cinq planches que j’ai pu lire me confortent dans mon ressenti 😉

          • Jyrille  

            Et en voici quatre autres : bdgest.com/preview-3954-BD-gaston-le-retour-de-lagaffe.html

  • Présence  

    Cette chronique se concentrera donc UNIQUEMENT sur l’album de 46 pages écrit et dessiné par Delaf : Bien joué chef, l’approche d’article qui m’intéresse pour découvrir ce tome. J’ai également beaucoup aimé le petit mot pour Delaf qui s’est retrouvé dans une situation que personne n’aurait pu prévoir, avec son album prêt depuis plus d’un an (il devait initialement être publié fin 2022), et conspué partout pendant un an alors que personne n’avait lu l’album.

    Ça fait plaisir de découvrir cet album avec ton regard d’enfant : il est évident que tu t’es bien amusé à la lecture.

    • Bruce lit  

      Je me suis amusé à tester le matériel en réservant la lecture à mon fils en avant-première. Il s’est marré du début à la fin et m’en parle tous les jours. Moi je me suis esclaffé de pages en pages dans le train, ce qui m’arrive très rarement.

  • Manu  

    Merci Bruce !!! Cet article me convainc définitivement de courir chez mon libraire comme je l’avais prévu depuis longtemps ! Qu’importe les râleurs, qu’ils aient raison ou tort! Le plaisir sera bien présent pour ma part, et c’est bien là la beauté de la chose! Mon avis personnel primera toujours sur les diktates du grand public ! Gaston forever!!!

    • Bruce lit  

      Tu me diras ce que tu en as pensé ?

      • Manu  

        Avec plaisir!

      • Manu  

        Bon. Lecture faite le jour même d’une traite, avec quelques craintes. J’ai volontairement laissé quelques jours avant de le relire, histoire d’être pleinement objectif dans mes premières impressions. Mon avis personnel : c’est un grand « OUI! » pour moi. On voit que l’auteur a bien etudié son sujet, et aucune des idées amenées n’ont été placées au chausse-pied ! Je me suis surpris a rapidement sourire en lisant les premiers gags. Puis rapidement, un sentiment de satisfaction est venu, me rappelant mes albums préférés de Franquin. Delaf a pris le parti de s’approcher du style de dessin qui est mon préféré ( j’aime moins le style des 2 derniers albums de Gaston). Que les zélotes de Franquin s’offusquent, ça ne me dérange pas. Mais pour moi c’est carton plein, et tant que MON plaisir est intact, je me fiche des avis des autres. Du coup, je rejoins complètement l’avis de Bruce et sa note.

        • Bruce lit  

          Merci Manu !
          Je suis impatient de savoir si Delaf continuera sur cette lancée. Mon gag préféré reste celui de Spider-Lagaffe !

  • Jyrille  

    Bravo déjà pour le courage de faire cette review, pour le contenu que tu structures parfaitement sans passer outre les différents problèmes que soulève cette publication, c’est du grand art rédactionnel. Cela dit, je ne comprends pas, en voyant ces quelques planches, que tu puisses dire que ce soit fabuleux et que tu mettes 5 étoiles. C’est une reprise, cela ressemble même à une fan fiction, où la personnalité de Delaf (contre lequel je n’ai absolument rien, je lui souhaite tout le bonheur du monde) n’apparaît pas.

    Ce tome a été tiré à 800 000 exemplaires. Et si des anciens fans comme toi y trouvent leur compte, tant mieux, mais pour ma part je n’y vois que manipulation mercantile, exactement ce que les fans de comics déplorent à longueur de temps en voyant leurs personnages favoris mis à toutes les sauces, graphiques, politiques, stylistiques, en anime, bd, films ou séries. Gaston fait trop partie de Franquin pour moi, tout comme Tintin est à Hergé et Corto à Pratt. Alors que Spirou, Astérix, Soda, les Tuniques Bleues, Valérian… peuvent avoir d’autres auteurs sans que cela ressemble à une trahison.

    Tu dis que ça plaira aux plus jeunes, c’est peu probable. Car il est très peu probable que les jeunes lisent ça sans avoir un passeur en amont. Si les vannes sont les mêmes que celles des années 70 et 80, cela risque aussi de leur passer au-dessus. Gaston est ancré dans son époque et si Franquin avait continué, je suis certain que Gaston aurait évolué avec le temps (comme je le disais hier). J’ai lu les Gaston à mes enfants quand ils étaient très jeunes, ça fonctionne très bien, mais je ne pense pas qu’ils aimeraient désormais en lire un tout nouveau.

    Graphiquement je ne vois que plagiat (ou fan fiction), ce qui est remarquable tant cela ressemble au dessin d’origine, mais uniquement celui de la fin, à partir du tome 10 ou 11 de l’époque. Pas de trace du Gaston des débuts. C’est une niche, un fantasme rendu possible par l’appui financier. Pour ma part il est hors de question que je lise ça, je serais trop mal à l’aise, je sens d’ici la trahison de mon enfance. Tandis que les derniers Astérix perpétuent la tradition de parler de notre société au travers des gaulois. Alors que quand Bouzard reprend Lucky Luke ou Larcenet fait de même avec Valérian, je vois l’hommage et l’humour et le parcours, je vois le respect. Ici je sens plutôt l’adoration, et ça me dérange.

    • Bruce lit  

      Tu as raison pour le passeur. Sans moi, il est très probable que Pablo ne se serait pas intéressé à l’album.
      J’assume le 5 étoiles : puisque je me place d’un point de vue subjectif et que je m’intéresse pas à son volet juridique, je me suis bidonné de A à Z. Je l’assume même : certains gags sont meilleurs que ceux de Franquin en fin de course.
      Quant à l’appartenance de Gaston à Franquin, je vais être très cynique. Oui tu as raison. Mais le volet juridique penche à l’avantage de Dupuis. Il est illusoire qu’une poule aux oeufs d’or puisse rester intouchée pour une maison d’édition.
      Faire vivre une licence et son héritage, c’est aussi vendre des albums.
      Comme je le mets dans l’article, Franquin n’était pas l’artiste pur victime d’une maison d’édition vénale. Le marketing est né de son vivant. Et rappelle toi qu’il a même illustré des publicités pour des jus d’orange.
      Ces débats que nous tenons, en tout respect mutuel, est celui de l’ancien monde.
      Celui émergeant va le ringardiser avec l’Intelligence Artificielle qui pourra concevoir des oeuvres sans auteurs.
      Je préfère donc la solution la moins pire : avoir un album fait avec amour. Isabelle Franquin avait la possibilité de bloquer une nouvelle fois la sortie de l’album, elle ne l’a pas fait.

      • Jyrille  

        Tu as parfaitement raison, mais d’abord éthiquement, cela me dérange. Et pas pour Dupuis, pour Franquin ou pour la fille de Franquin ou même Delaf, uniquement pour moi. Cela ne me convient pas. Et mon credo en tant que consommateur, non plus. C’est un peu forcer l’achat, et sur ce coup, je ne suis pas, je ne le prendrai pas même s’il était vendu 1 euro.

        Ensuite, je fais partie de ceux qui pensent que l’IA ne pourra pas remplacer la création. Elle le pourra car lorsque je mets la radio commerciale, que j’entends tous ces tubes d’artistes éphémères, et que cela fait 50 ans que c’est le cas, aucun souci, ce sera la même soupe servie. Mais pour le reste, impossible. Ce Gaston, c’est un produit de studio, ce sont les Picsou faits par des italiens, ce sont les Tom and Jerry des années 70 (où ils parlent !!), ce sont les nouveaux épisodes de Martin Matin, cela n’a aucune saveur. Juste une forme.

        • Bruce lit  

          Je comprends.
          Je suis moins optimiste que toi sur l’IA. Et sur tous les autres sujets d’ailleurs.
          L’IA a déjà commencé à être utilisée – de manière positive – pour la chanson des Beatles.
          Sur mon mur, j’ai évoqué la possibilité de ressusciter James Dean à l’écran.
          Il n’y a aucune raison que l’IA ne puisse un jour suppléer à l’artiste. Aucune.
          Et d’aucuns te diront que beaucoup chez Marvel et RC sont morts à la tâche pour nous divertir. ce que L’IA ne fera jamais…

          • Jyrille  

            Pour les Beatles, l’utilisation est bonne. Mais la chanson reste bof de toute façon, du petit Lennon.

            N’oublions pas que l’IA restera un outil. Elle a besoin de direction, de sens, pour générer. Et des artistes peuvent en faire des choses bien. Et si elle permet de supprimer le travail, je vote pour l’IA directement.

            On a déjà vu il y a un bout de temps des acteurs ressuscités pour l’écran, pas besoin d’IA pour ça, et ça n’amène pas grand chose.

            Ceux qui sont morts à la tâche, il y en a plus dans le bâtiment que dans les comics. Là on dépasse le cadre de la création, tu parles du travail dans son ensemble.

            Pour moi, ce Gaston, c’est la même chose que si on avait utilisé l’IA telle qu’elle est à l’heure actuelle : un produit de studio sans vision.

          • Présence  

            Intelligence artificielle : j’ai bien aimé l’émission de Jeannot se livre, sur ce thème, en particulier la partie portant le titre Des métiers remplacés par la machine, à partir de 16’28.

            youtube.com/watch?v=VrsTfiDbTGc

            Parmi les utilisations des intelligences artificielles, il y a la production de livres qui se retrouvent en vente sur amazon, 100% IA, par exemple des guides voyage, cf. des articles parus dans la presse, par exemple Le Monde, ou Le Figaro.

            .rtl.fr/actu/debats-societe/arnaque-des-guides-de-voyage-ecrits-par-des-auteurs-inexistants-vendus-sur-amazon-7900288753

      • Présence  

        Il est illusoire qu’une poule aux œufs d’or puisse rester intouchée pour une maison d’édition. Faire vivre une licence et son héritage, c’est aussi vendre des albums. – J rapproche d’un des paragraphes du début de ton article :

        Nous rappellerons aussi que du vivant de Franquin se nouèrent tout de même de juteux contrats commerciaux dont personne ne conteste l’interférence avec l’artistique : pyjamas, figurines, carte postales à l’effigie de Gaston : tout ça s’était bien négocié du vivant du petit père André.

        Ce paragraphe m’a ouvert les yeux : l’un des intérêts de l’éditeur dans cette entreprise est bien la poule aux œufs d’or que tu évoques, et peut-être plus pour les produits dérivés, en licence, que les albums. Encore que quand je lis le tirage de 800.000 exemplaires, je me pince, et je me dis que c’est un ouvrage très rentable en lui-même.

        • Bruce lit  

          En fait les passions qui se déchaînent autour de ses albums m’évoquent beaucoup les scandales sexuels post #metoo : il s’agit avant tout de parler du consentement et de savoir si Dupuis viole – ou non- les dernières volontés de Frankin. Je peux le comprendre.
          Pour le reste, je ne connais aucune maison d’édition, absolument aucune qui refuserait de rentabiliser une icône culturelle. C’est être – pardon – un peu naïf de penser le contraire. Quel auteur de BD aujourd’hui ne rêverait pas de vendre 800 000 exemplaires ?
          Maintenant, ma démarche est à peu près la même que Cyrille : si je n’aime pas, je m’abstiens.
          Je suis le premier à détester voir mes héros sortir de leur format BD pour des films à la con ou des Funkpop. Je pourrais écrire tout un Bullshit là-dessus. Mais je suis d’humeur pacifique ces temps-ci.
          Donc, oui le problème est bien celui du consentement et non de faire du pognon.

          • Jyrille  

            C’est exactement ça. Très bon résumé.

          • Présence  

            Aucune maison d’édition, absolument aucune ne refuserait de rentabiliser une icône culturelle : l’industrie du divertissement, l’enfant prodige du capitalisme et de la société du spectacle.

  • Jyrille  

    La BO : jamais entendu parler de ce groupe. C’est sympa. Par contre je vois pas le rapport avec Gaston.

  • JB  

    Je passe outre la polémique, ne me sentant pas apte à juger de la légitimité ou non de l’existence de cet album. Après tout, on a déjà eu (plus ou moins) 2 adaptations en film ainsi qu’un pastiche adulte (Baston La Baffe, quelqu’un connaît ?), pourquoi cet album serait-il la goutte d’eau ?

    Le gros côté risqué de cette entreprise est son travail d’équilibriste. Trop près des gags d’origines, c’est de la copie sans imagination. Trop loin, c’est méconnaissable, c’est une trahison, ce n’est plus le produit d’origine. Delaf semble rester sur le fil, même si quelques gags présentés ici m’évoquent quelques classiques : l’aïe-phone me rappelle les fauteuils qui permettaient à la rédaction de se déplacer en restant assis : (« Touchons du bois ») et celle avec Longtarin les ruses un peu fourbes de l’agent (un premier « C’est illégal » voyait sa réponse « Disons que c’est spécial »). Mais la promesse de formats plus variés m’intrigue.

    Par contre, je n’ai pas vu le film, mais j’ai l’impression qu’il a le même synopsis que l’aventure sur plusieurs pages (une rédaction sur le point d’être virée sauvée par Gaston).

    Bref, je vais tâcher de lui laisser sa chance ! Merci pour cet avis objectif

    • Jyrille  

      Baston La Baffe ça ne me dit rien. De toute façon les adaptations ciné de Gaston sont toutes loupées je crois… Ici c’est un peu pire car le dessin se veut tellement proche des derniers Gaston que cela verse dans la caricature. Je ne suis pas d’accord avec toi quand tu dis que Delaf semble rester sur le fil. J’ai lu les quatre planches présentées ici. Pour moi ce sont des gags déjà vus, avec les mêmes ressorts, et surtout les mêmes attitudes des personnages. De Masmaeker qui demande à signer les contrats, c’est Gaston avouant qu’il préfère bosser plutôt que d’essayer d’y échapper. Tu as complètement raison pour celle du G phone (d’ailleurs soit dit en passant, jamais on aurait compris la vanne à l’époque, ce n’est donc pas logique que ce soit anachronique si c’est pour faire une référence à l’i-phone : soit on reste dedans soit on s’adapte au monde moderne. Rien que d’utiliser « phone » ne colle pas.).

      Pour rejoindre Tornado, j’ai le sentiment que les planches sont trop proches de Franquin, mais dans l’exagération. La dernière avec la campagne devrait justement être moins chargée, et on en a des exemples dans les vieux Gaston.

      Mais je le répète, si ça fait plaisir à des gens de lire ça, je n’ai aucun souci. Je sais que pour moi, ce n’est pas du tout le cas.

      Et je pense que, de son propre aveu, cet article n’est pas du tout objectif 😊

      • JB  

        Pour le coup, je crois me souvenir d’un gag qui se termine par Gaston demandant à Fantasio de lui donner le travail car y échapper lui a demandé trop d’effort ^^ Et puis, DeMesmaeker a signé 2 contrats avec Gaston (pour un coucou et une soupe ?). Mais là je trolle 😉

        Quand je disais objectif, je pensais surtout « en dehors de la polémique ». Chacun a son ressenti qui lui est propre et légitime

        • Jyrille  

          Oui JB, pour la vanne, c’est exactement de ce gag dont je parlais 😉

          • JB  

            Pardon, j’avais mal lu (et du coup mal compris) ^^

  • Matt  

    Gaston c’est chouette, je me souviendrais toujours de ces après midi d’été ou je lisais les albums en boucle, avec ceux d’Astérix aussi, que je piquais dans la bibliotheque de mon frère (ça faisait partie des BD attribuées plus ou moins à mon frère, alors que moi j’avais les Spirou, les schtroumpfs, Garfield…)
    ça me parait fou que certains n’aient jamais ouvert un album de Gaston^^ Pareil si on me disait ça d’Astérix.
    Mais évidemment c’est subjectif, à cause des ma propre expérience de lecture.

    Cela dit, ça fait partie de ces BD qui pour moi appartiennent à un auteur, à Franquin. Et je n’éprouve pas vraiment d’intérêt pour le retour de la série.
    Surtout que déjà, que ce soit au cinéma, dans les jeux videos, etc..on ne voit que ça : des vieilles licences résusscitées. Et un peu ras le bol quoi…
    Il y a plein d’autres choses à lire.

  • Patrick 6  

    Une complète surprise ! Si j’avais entendu parler de la relance du titre j’ignorais totalement qu’il s’agirait d’une rétro continuité ! (En clair que l’action se déroulerait dans les années 80 !)
    Du coup le public visé est clairement les quarantenaires /cinquantenaires (comme la presse Rock en somme ^^) Typiquement le gag du téléphone dans les scans fonctionne t’il chez les djeun’s ? Je suis super étonné que ton fils se soit poilé ! (Je n’ai pourtant pas vu de téléphone à cadran chez toi ^^)
    En tous cas je le lirai avec plaisir !
    Pour la BO je ne connais pas du tout, la voix est un peu trop mise en avant à mon goût (façon variété) mais en tous cas ça fonctionne.

    • Bruce lit  

      Je vais approcher SUN pour une interview. J’en peux plus de cette fille !

      • Jyrille  

        Aaaaaaahhhhhhhh… 😁

  • Présence  

    Parmi les auteurs contre cet album, j’ai bien aimé le texte de Xavier Mussat, l’auteur de Les pistes invisibles (2023).


    Donc finalement, n’importe quel marchand de tapis, armé d’un contrat acquis par jeu de rachat de société, peut s’amuser à commettre une contrefaçon pour faire un bon coup.
    Éditer pas seulement un « nouveau Gaston », mais un faux Franquin. Une contrefaçon servie par le dévouement d’un dessinateur à imiter le plus fidèlement possible, le trait, le dessin, la mise en scène, l’écriture d’un autre dessinateur.
    Inutile de s’offusquer de l’utilisation des IA en bande dessinée ou ailleurs puisque c’est exactement ce que cet outil propose : l’analyse et la digestion de données créés par l’homme pour produire quelque chose qui fasse illusion.
    Inutile de s’offusquer parce que finalement on pardonnera aux IA le jour où elles commettront un contenu convainquant, de la même manière que certains adoubent aujourd’hui ce « nouveau Gaston » parce qu’il leur semble « réussi ».
    Comme si finalement, il n’y avait qu’un enjeux de « réussite » à satisfaire, comme si le plaisir ressenti à la lecture de ce Gaston suffisait à valider sa publication.
    Notre plaisir, c’est un prétexte insuffisant.
    On n’est pas censé attendre d’un livre qu’il se contente de satisfaire notre plaisir.
    On peut nous faire avaler n’importe quoi avec un exhausteur de goût. Il nous reste encore l’aptitude critique pour juger une action commerciale consistant à exciter nos papilles pour nous faire consommer un produit éthiquement discutable.
    Peine perdue… Le lecteur est heureux de retrouver les anciennes sensations et s’agace des mauvaises langues qui viennent gâcher son plaisir de lecture.
    Qu’importent les conditions d’acquisition de ce contrat qui donne à Dupuis ce droit de résurrection.
    Qu’importe la volonté de l’auteur disparu, l’action en justice de sa fille mieux placée que quiconque pour connaître cette volonté.
    Qu’importe la falsification du style de Franquin par les responsables qui auraient pu oser une interprétation à la Spirou plutôt que cette contrefaçon.
    Qu’importe la cupidité de Dupuis puisqu’on pardonne à une entreprise les moyens qu’elle emploie pour faire des bénéfices dès lors que ce qu’elle produit convient à notre plaisir.
    Le nouveau Gaston est « réussi » paraît-il.
    Et nous, nous ratons quelque chose au passage :
    une occasion de rappeler à qui de droit qu’on ne nous fait pas manger n’importe quoi sous seul prétexte d’un plaisir rassasié.

    • Jyrille  

      Oui moi aussi. Merci pour le partage Présence.

    • Bruce lit  

      Je ne sais pas combien d’exemplaires a vendu Xavier Mussat de ses PISTES INVISIBLES.
      C’est un joli texte, un peu naïf, un peu ado et moralisateur. Son profil m’indique qu’il incitait au vote Mélenchon ce qui en a tous les arômes insoumis et un peu vains…
      Encore une fois, Gaston ramenait du pognon de son vivant…
      Et nous sommes tous ici face à nos contradictions.
      S’il fallait écouter Xavier, il ne faudrait plus lire Spider-Man après Steve Ditko…
      Il faudrait se rappeler que Frank Miller a été trahi avec la résurrection d’Elektra
      Ne plus toucher à un épisode des X-Men après le départ de Chris Claremont maltraité et humilié par Marvel.
      Quant à Cyrille, il serait, toujours selon Mussat, un traître à pendre puisqu’il a aimé WATCHMEN la série TV désapprouvée par Alan Moore…
      D’ailleurs tout Alan Moore à l’écran est du niveau Gaston, non ?
      Et pourtant personne ne s’en émeut. Et pourtant à son niveau, Alan Moore a aussi exploité voire arnaqué ses collaborateurs. Quant à la France Insoumise ses leçons de morale et d’éthique se sont heurtées à leur hypocrisie et leur indignité humaine.
      Donc je trouve ce débat sympathique mais un peu vain.
      Le monde a évolué, tout change comme le mentionne Gaiman.
      Et beaucoup d’œuvres faîtes avec le consentement des auteurs sont nulles : PREACHER approuvée par Ennis, ne parlons même pas des derniers Asterix menées par Uderzo bien en dessous du dernier Fabcaro.
      Il y a donc pour moi, jurisprudence en tout dans un monde qui ne tourne pas rond (et ne l’a jamais fait).

      • Jyrille  

        Je suis également d’accord avec toi Bruce (pour LFI tu prêches un convaincu). Quant à Alan Moore à la télé, seule la série Watchmen en est digne je dirais. Et oui les Astérix scénarisés par Ferri et maintenant Fabcaro sont meilleurs que ceux de Uderzo seul (même si LE GRAND FOSSE est cool).

        • Bruce lit  

          Parlons aussi des fans, tiens ! Ceux que tOrnado appellerait Les Puristes.
          Moulinsart terrorise tout le monde depuis des années, soit. Aucune liberté n’est prise ou possible pour Tintin. Est-ce un bien ou un mal ? Une fusée lunaire en céramique vendue 1000€, Hergé approuverait ?
          Inversement, les planches d’Hergé sont piratées tous les jours pour des parodies, des fausses couvertures et de mèmes, parfois amusants, d’autre fois affligeants.
          Hergé en aurait été affligé, de voir certaines de ses planches défendre Raoult pendant le COVID… Pourtant ce sont bien des fans qui le font, sans doute les mêmes qui hurleraient à la mort si un nouvel album de Tintin paraissait.

          • Jyrille  

            Peut-être pas des fans. Sans doute pas même. Car Tintin fait partie de l’inconscient collectif, l’utiliser revient à facilement faire passer un message. C’est toute la problématique d’être trop connu.

          • Tornado  

            Le texte de ce Xavier Mussat est joli mais c’est avant tout de la réthorique. Ultra-subjectif, donc.

            En fait, toutes ces reprises, ces continuations, ces adaptations sous tel ou tel médium, c’est vraiment à prendre au cas pas cas. Comme partout, il y a du bon (parfois) et du mauvais (la plupart du temps). Alors je ne lirai pas ce GASTON parce que je ne suis pas fan, mais si c’est particulièrement réussi, ma foi ce serait dommage de s’en priver pour ceux qui sont fans. Personne n’est obligé d’y lire ou acheter effectivement (personnellement je ne me vois pas acheter un nouveau TINTIN, les 24 albums d’Hergé me suffisent).

          • Eddy Vanleffe  

            Une exception notable de mon point de vue.
            j’aime assez de pouvoir lire une fin…
            Donc une reprise posthume d’un truc inachevé ne me choque pas (ou moins)
            J’ai lu l’ALPHART de Rodier et c’est assez émouvant dans son genre.

            BERSERK mérite d’avoir une fin
            ce genre de chose….

          • Tornado  

            L’ALPH-ART de Rodier est sans doute émouvant mais, surtout, il a le mérite de faire ressortir le génie d’Hergé par comparaison ! J’y viendrai lorsqu’on abordera ce dernier album inachevé de TINTIN dans la rédaction de mes articles sur le sujet. C’est déjà prévu ! 🙂
            Puisqu’on en reparle, pour moi les reprises font généralement, pour ne pas dire TOUJOURS ressortir en quoi les auteurs d’origine étaient spéciaux, surtout quand ce sont des génies. Je l’ai dit et je le répète : Le THORGAL de Robin Recht, malgré toute la sympathie que suscite ce dernier, ne fait que mettre en valeur la grandeur de Van-Hamme tellement il souffre de la comparaison en termes de narration.

          • Eddy Vanleffe  

            Je te rejoins totalement sur le fait que le modèle ressort souvent grandi.
            Un retour, nous fait inexplicablement retrouver une sorte de recette invisible et miraculeuse et nous dire:
            « Voilà, c’est ça le vrai! ».
            Pourquoi? Comment?

      • zen arcade  

        Xavier Mussat a fait partie de l’aventure Ego comme x, un des fers de lance de la bande-dessinée indépendante qui a fleuri dans la deuxième moitié des années 90 et après, dans le sillage de L’Association.
        Je ne suis pas étonné de lire son discours aujourd’hui, celui de quelqu’un qui ne subordonne pas le geste artistique à de pures considérations mercantiles.
        Pour ce qui est de nos contradictions, on en a tous, pas nécessairement les mêmes.
        Ici, même si Dupuis a la loi de son côté, il y avait une volonté de la part de Franquin que son personnage ne soit pas réutilisé. Personnellement, ça me suffit pour ne pas m’associer à cette reprise. Si la volonté de Dupuis avait été de donner les coudées franches à un auteur pour faire son Gaston, en le plaçant dans un contexte contemporain plutôt que de le figer dans un passé pour nostalgiques, j’aurais pu comprendre. Il y aurait eu une vraie audace artistique et pas du simili-Franquin. Mais ça n’aurait pas vendu 800.000 albums. Et ça n’intéressait donc pas Dupuis.
        De manière plus générale, on n’est jamais obligé de se résigner face aux évolutions du monde.

        • Bruce lit  

          Merci pour ces éléments.
          On reste donc dans la BD underground, c’est à dire en fonction de son point de vue ultra élitiste, snob ou illisible. Il y a de gens à qui ça parle. Moi pas du tout. J’aime Nirvana, j’aime les Vaselines mais au final c’est bien le groupe de Kurt Cobain qui a marqué l’histoire.

          • zen arcade  

            Ce n’est pas du tout cela.
            D’ailleurs, d’autres personnes comme par exemple Fred Jannin partagent largement l’analyse de Xavier Mussat et ce que j’ai écrit plus haut.
            Ce n’est pas un point de vue ultra-élitiste, snob ou illisible.
            Dupuis exploite une marque en présentant un produit qui fait du simili-Franquin. Je comprends la logique, tant mieux pour ceux que cela ne gêne pas mais tu m’excuseras de ne pas y adhérer et de n’y trouver aucun intérêt.

            Et j’aime aussi Nirvana, c’est pas du tout la question.
            Par ailleurs, Kurt Cobain, complètement dépassé par le succès qui lui est tombé dessus et sans doute victime du syndrome de l’imposteur, n’a eu de cesse de mettre en avant tous les groupes méconnus de qui il se sentait redevable, Meat Puppets, Wipers et beaucoup d’autres.
            L’exemple est assez mal choisi.

          • Bruce lit  

            Oui tu es tout excusé.
            Je me suis sans doute emporté avec Mussat, mais j’ai les moralisateurs en détestation. Vraiment.
            Je trouvais simplement que des leçons d’éthique venant de l’underground m’ont toujours pesé. C’était un peu comme les Cahiers du cinéma qui se prosternaient devant Godard et ses aphorismes pour des films qui n’intéressaient absolument personne après ses grands succès populaires. Ca m’insupporte.

          • zen arcade  

            C’est toute la difficulté d’adopter un point de vue moral sans tomber dans le discours moralisateur.
            Je n’aime pas les donneurs de leçons mais avoir un point de vue moral sur les choses me parait faire partie de la manière dont on se construit un rapport au monde.

    • Eddy Vanleffe  

      LA VACHE!

  • Michel  

    Je ne m’attendais pas du tout à vouloir lire cet album et puis la chronique de Bruce m’a incité à l’acheter. Je l’ai dévoré et adoré.
    Merci monsieur Lit !

  • Eddy Vanleffe  

    Je ne possède pas le bagage nécessaire pour vraiment apporte ma pierre à l’édifice du débat qui vous anime.
    Je suis toujours très mal à l’aise avec les reprises d’œuvres après les auteurs ou encore pire, contre les auteurs.
    Je n’ose pas me lancer dans le dernier SODA fait pour effacer le dernier de TOME (qui va quand même connaitre une suite grâce à deux autres auteurs…le bordel)
    J’ai quelques Astérix de Ferri et Conrad, ils sont pas mal mais ça ressemble quand même à de la Thanatopraxie et puis…voir Conrad, le dessinateur des INNOMMABLES, DE TIGRESSE BLANCHE , de RAJ etc… faire le faussaire d’Uderzo, ça me peine.
    Je ne fais pas de snobisme inutile, Je m’interroge à chaque fois quand je vois ces initiatives mais la plupart du temps, un truc est cassé…
    Les séries TV, là encore c’est autre chose, souvent, je ne vois même plus le rapport avec la BD de base, La rançon d’une certaine renommée mais à quel prix!
    Les albums spéciaux parodiques/hommages tendance adultes qu’étaient ROCKY LUKE ou BASTON LABAFFE (introuvables désormais) étaient bien rigolos, mais je ne sais pas quels statuts ils avaient pour les auteurs (Morris et Franquin étant encore en vie à leur parution il me semble)
    Dans le cas présent, je me rapproche plutôt de l’opinion de Mussat, surtout s’il y a une action en justice de la part de la fille de Franquin. Je n’ai pas besoin d’un Gaston subtilement remis au gout du jour.
    Dans la BD humour, j’aimerais avoir de nouveaux coups de cœur, personnellement,
    J’avais bien aimé MORTELLE ADELE, mais c’est répétitif et vraiment à destination des plus jeunes, sans la dimension tous publics des titres universels-tous repris depuis la mort des auteurs.
    DE CAPE ET DE CROCS commence à dater aussi.
    MALIKI ne vieillit pas bien à cause d’un nombrilisme qui coupe court à une tentative de vouloir atteindre un public plus large.
    SPOON ET WHITE est un des seuls héritiers que je vois et je manque d’exemples (ouvert à conseils de lectures ici.)

    POur ce qui est des comics de super héros, je reste fasciné par l’idée que Bruce a mis en avant pour les mutants. On a tous une fin pour eux.
    Plus largement lorsque les personnages ont accompli leur destin et résolu tous les thématiques de leurs séries, Ils n’ont plus rien à dire et plus rien de sert de s’acharner (même si je l’ai fait, comme tout bon fan d’un perso)
    Le plus flagrant étant sans doute DAREDEVIL qui a fait la paix avec lui même dans le run de Waid et qui peut enfin passer à autre chose.

    J’entends quand même que les films puissent malgré tout être un vecteur.
    Je me suis piqué la semaine dernière de revoir le WATCHMEN de Zack Snyder, ma fille a bien aimé parce que ça change du MCU de voir un tel traitement et quelle ne fut pas ma surprise quand elle m’ a dit qu’elle l’avait chopé en CDI au lycée… »J’ai lu 2 chapitres »…Ben merde alors!

    • Matt  

      Moi j’ai envie de couper un peu la poie en deux et dire qu’un album « hommage » pour marquer le coup, faire une déclaration d’amour à un auteur, même si c’est en dessous du génie dudit auteur, ça peut être mignon. Au pire ça n’intéressera pas les puristes, mais ils ne sont pas obligés d’acheter. Et au mieux ça fera plaisir à certains.

      Une reprise « ongoing » d’une série avec x albums à venir…c’est pas la même chose. Déjà ça fait moins rêver.
      Et on se demande pourquoi ne pas inventer autre chose plutôt qu’essayer de surfer sur un vieux succès sans le même talent et sans la patte de l’auteur d’origine ?

      Il s’agit souvent dans le franco belge de séries d’auteurs, avec un seul scénariste, donc pas facile de passer derière sans que ça se sente (ou un seul dessinateur pour NATACHA, là c’est encore différent. C’est plutôt si le dessinateur changeait que ça ferait bizarre. Mais les scénarios ont toujours été écrits par divers auteurs. ça choquerait surement moins une reprise même avec un imitateur de Walthéry au dessin.)

      • Bruce lit  

        Tu as lu le dernier SODA ?

        • Matt  

          Nope.
          Pas par snobisme ni rien, mais j’ai plein de trucs à lire et c’est pas une priorité.

        • Eddy Vanleffe  

          Perso, j’ai feuilleté et j’ai senti à quelques détails un revirement par rapport à la direction prise par Tome…comme une sorte de « réappropriation » sans doute de la part de Gazzotti…ça m’a empêché de le saisir pour de bon…
          Un jour peut être mais j’avoue que j’attends bien plus le tome que Dan Verlinden veut achever avec l’aide de Zidrou

          • Jyrille  

            Je ne sais plus si tu avais lu mon article, Eddy

            brucetringale.com/le-dernier-round-les-tomes-xiii-de-soda/

          • Eddy Vanleffe  

            Si, si ne t’en fais pas… ^^
            Je lis encore tous les articles
            Je commente quand j’ai la faiblesse de croire que j’ai un truc pertinent à dire.
            C’est suite à ton article que j’ai commencé à feuilleter l’album d’ailleurs…
            Pas encore sauté le pas… ^^

    • Bruce lit  

      Le dernier run de Jason aaron propose une fin au PUNISHER de l’univers 616. Elle me convient tout à fait. J’ai donc désormais une fin idéale pour tous les héros que j’aime.

      • zen arcade  

        J’ai détesté. 🙂

        • Tornado  

          Jason Aaron : En voilà un que je prends désormais plaisir à boycotter. Et nettement plus que le nouveau GASTON !
          Qu’un auteur comme Aaron s’empiffre chez Marvel en lâchant ses séries et son lectorat d’origine qui lui était dévoué (j’en faisais partie) pour écrire de la daube au km, je trouve ça nettement plus choquant et nettement moins noble encore.

          • Eddy Vanleffe  

            Je suis allergique à la plupart des scénaristes actuels de comics, indé, Marvel DC…. Je ne suis pas sensible à ce que produit cette industrie…
            Aaron, je n’ai jamais su l’apprécier…il va faire du Batman à présent…

        • Matt  

          Allez y mollo quand même avec vos histoire de noblesse, de trahison.
          Un auteur de BD ça fait ce que ça veut, même si ça se met à faire des trucs qu’on n’aime pas (peut être qu’ils aiment ce qu’ils font, eux.)
          Un auteur de BD c’est payé des clopinettes et ça doit manger comme tout le monde aussi.
          C’est pas parce qu’un auteur fait des trucs qu’on n’aime pas qu’il trahit son lectorat. D’ailleurs l’auteur de comics ne connait pas son lectorat !
          A un moment se pose la quesiton pécunière. Et c’est pas le comics indé qui paye.
          Et si un truc chez Marvel se vend 100 fois mieux, à quel moment le « vrai lectorat » à ne pas trahir c’était les 3 pélerins qui achetaient son comics indé avant ?

          • Bruce lit  

            Assez d’accord avec Matt. Je suis également frustré par le choix de carrière de Jason Aaron mais effectivement je pense qu’il adore faire ce qu’il fait pour Marvel sinon il serait parti comme Remender ou Lemire.

          • Tornado  

            Ah mais je persiste et signe : Tout ce que j’ai lu de Aaron chez Marvel c’est, au mieux insignifiant (son Conan se lit bien oui, mais j’ai oublié de quoi ça parlait immédiatement après lecture ; son Punisher au final je ne l’ai pas aimé non plus. Ennis lui est clairemment supérieur), au pire c’est de la grosse fiente. Moi j’ai investi des sous et de l’espoir dans ses séries creator own. Et il les a abandonnées en cours de route bien comme il faut pour pouvoir, pendant ce temps, faire sa daube en slip. Il a peut-être le droit de bien gagner sa vie, mais j’ai aussi le droit de trouver que c’est un auteur vendu. C’est aussi simple que ça. Et c’est clair que ce n’est pas son nom qui va me faire acheter des comics chez Marvel ou chez DC. Aaron aujourd’hui, pour moi, c’est un auteur mainstream qui fait de la soupe. Point.

      • Matt  

        Après oui je comprends bien qu’on trouve ça regrettable si on préférait ce qui se faisait en comics indé avant de passer chez Marvel.
        Mais je préfère éviter de juger les gens là dessus. C’est pas connu pour rapporter gros de faire de la BD, encore moins indé. Et on parle pas de gens qui abandonnent les restau du coeur pour bosser chez Total là. Ils font juste des histoires de fiction.

        • Eddy Vanleffe  

          Pas faux!
          Il faut intégrer l’industrie du comics telle qu’elle existe depuis toujours telle qu’elle est…Le work for hire est sans doute plus important que le pur « Creator owned ».
          et je comprends tout à fait qu’on bosse pour Marvel et DC…
          Le truc, c’est que parfois, on ne reconnait rien du tout de l’auteur dans e produit fini et on peut se pose la question du pourquoi on caste un gars, pour son style, talent etc..pour que rien n’en transparaisse (je ne parle pas d’Aaron, je ne le connais pas assez bien pour avoir un analyse correcte)
          On dira ce qu’on voudra mais Bendis par exemple ne s’est pas dissout dans le Marvel, chaque titre qu’il a fait porte sa marque sans aucun doute. (on aime ou on aime pas mais c’est clair!)

          • Matt  

            Non mais ça peut être regrettable oui, surtout si on préfère ce que des auteurs font en creator owned.
            Mais après voilà quoi, aller jusqu’à reprocher les choix professionnels de gens dont on ne connait rien de la vie…surtout quand ça n’implique pas de trucs graves…ça devient trop personnel comme reproche.

          • Matt  

            Je trouve le débat global un peu hardcore aussi.
            A moins que j’ai loupé un épisode, je saisis pas non plus en quoi c’est irrespectueux de Franquin cette BD.

            Comme je l’ai dit, si c’est une reprise « ongoing » qui est censée perdurer, je trouve ça bof de mimer un auteur sans rien apporter de nouveau. Et un peu opportuniste.
            Mais après un album comme ça de type « hommage » c’est pas méchant je pense. ça peut être l’œuvre d’un fan qui veut faire du Franquin parce qu’il adore ça.

          • Jyrille  

            Pour ta dernière question, c’est simple : si c’était un truc de fan, ce ne serait pas méchant non, ni même irrespectueux puisque beaucoup d’anciens fans se sont éclaté à la lire (Bruce le premier). Mais ce n’est pas le cas : c’est une machine de guerre qui a été lancée, un produit mercantile qui singe Franquin, dans les blagues comme dans le dessin, effaçant toute personnalité de Delaf. Ce n’est donc plus un truc de fan mais un produit. Et en cela, c’est totalement irrespectueux de Franquin car c’est profiter de sa création, en aucun cas lui rendre hommage.

          • Matt  

            Mais c’est pas Delaf lui-même qui choisit de s’effacer pour faire du Franquin par plaisir d’imiter une idole ? Vous sortez d’où ces affirmations que c’est un rouleau compresseur commercial qui s’est lancé et ne va pas en rester là ? ça a été annoncé qu’il y aurait 20 autres tomes ?

          • Jyrille  

            Bien sûr que non puisque les prochains tomes dépendent des ventes de celui-ci. Or le premier tirage est de 800 000 exemplaires. Tu connais beaucoup de bds qui ont un tirage aussi élevé pour un auteur pas super connu ?

  • Bruce lit  

    La réponse juridique de Dupuis :
    En réalité, la situation est bien plus complexe et c’est pour cette raison que les interviews d’André Franquin ont fait l’objet d’une étude par des arbitres. Ils ont constaté que la plupart des propos sont antérieurs à la vente, mais aussi que Franquin a parlé toute sa vie de son personnage au conditionnel : Il ne « préférerait pas » que le personnage vive sans lui… mais qu’il s’est toujours exprimé au présent de l’indicatif pour évoquer son testament : Il ne l’interdira jamais.
    Enfin, les bandes enregistrées des interviews le plus souvent citées ont été analysées. Il ressort de cette analyse que les versions publiées ne retranscrivent pas toujours l’intégralité des propos enregistrés. Dans l’une d’entre elles, parmi les dernières interviews données dans sa vie, André Franquin annonce même chercher un repreneur et déclare possible une reprise prochaine de Gaston par un artiste qu’il vient d’approcher. Il voudrait que cette reprise se fasse dans la tradition de la transmission de maître à apprenti des ateliers de peintres, mais que l’artiste approché aurait pour le moment refusé.
    Les prises de position d’André Franquin démontrent donc que sa volonté n’a jamais été monolithique. Et certains de ses derniers propos, comme le contrat qu’il fait rédiger, indiquent que sa disposition d’esprit était finalement de faire en sorte que la vie de Gaston se poursuive au-delà de sa propre création.
    Vous trouverez d’autres informations relative à ces questions : bit.ly/Franquin-et-Gaston

    • Matt  

      Pour ma part je ne suis pas « choqué » de la reprise.
      Après comme je l’ai dit, un album comme celui-ci (je l’ai pas lu mais on voit dans les planches qu’au niveau dessin c’est du mimétisme de style), ça tient plus de l’hommage que de la reprise intéressante.
      Donc sympa pour un album. Pas vraiment intéressant sur le long terme pour moi. Je ne serai pas client.
      Je pense que, comme pour Spirou, chaque artiste devrait apporter son petit truc, que ce soit niveau dessin ou scénar.
      Bon Gaston ce sont des gags donc le scénar on oublie un peu, mais si véritable reprise il doit y avoir, ça me paraitrait mieux que l’artiste utilise un style plus à lui, pas 100% différent de Franquin (je vois pas un style à la Enki Bilal sur Gaston quoi^^) mais quelque chose de différent. Sinon c’est du mimétisme et c’est juste bon à faire un hommage.

  • Bruno :)  

    … Plus je voie les planches, et moins je pige la caution de cette démarche purement commerciale (et bassement exécutée !) : c’est très mauvais (trait maladroit/découpage raté/gags faciles et infantiles -et redites), et l’imitation délibérée aggrave le ressenti qu’on peut en avoir, en réduisant le truc à une forme de prostitution honteuse de la part des auteurs. Ils n’ont rien compris : ni au bonhomme, ni à son œuvre ; ou bien ils n’auraient jamais accepté de se fourvoyer dans pareille entreprise vouée, de quelque manière qu’on l’aborde, à la trahison. Beuh.

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