Stranger Things par the Duffer Bros
Par KAORI
1ère publication le 12/09/19 – MAJ le 04/07/20
Cet article traitera de la série STRANGER THINGS par Netflix qui en est actuellement à sa 3ème saison. Une quatrième saison est prévue pour l’été 2020.
ATTENTION : En lisant cet article, vous vous exposez à des spoilers venus tout droit du Monde à l’envers.

Bienvenue à Hawkins
©Netflix
Source : Allociné
Le 15 juillet 2016 a débarqué sur le réseau Netflix une série sans prétention qui fit grand bruit et conquît le cœur de millions de geeks. Imaginez plus tôt : faire revivre la décennie qui vit naître la culture geek, abreuvée de science-fiction, de jeux vidéo, de films d’horreur et de musique synthé. Le berceau de films et séries devenues cultes. Et cela grâce à deux adultes issus des années 80 (nés en 1984) qui ont la brillante idée de créer une série hommage à tout cet univers, alliant la science-fiction à l’horreur dans une bourgade typiquement américaine. Le coup de génie étant de placer l’action de cette série en 1983 et d’y restituer toute l’emblématique des années 80, de la mode vestimentaire, capillaire, alimentaire à la bande sonore, jusque aux génériques. Un coup de maître.
Pourtant, à trop vouloir en faire, cela n’a-t-il pas desservi le propos ? En privilégiant la forme, ne perd-on pas le fond ? Faisons le point chez Bruce Lit.
Le pitch
Rien que le synopsis nous renvoie directement à des films comme E.T. , STAND BY ME ou LES GOONIES . Et pour cause : les héros sont une bande d’adolescents d’une douzaine d’années, supervisés par leurs aînés âgés de 16-17 ans. Ça ne vous rappelle rien ?
Évidemment, cette bande d’adolescents est une bande de geeks amateurs du jeu DONJONS ET DRAGONS, fans de GHOSTBUSTERS (leur cosplay dans la 2ème saison et la discussion sur pourquoi c’est Lucas, le garçon afro américain qui doit jouer le rôle de Winstin Zeddemore est assez drôle et finalement assez actuelle !), toujours fourrés les uns chez les autres et se déplaçant à vélo. La bande d’adolescents non populaires dans lequel le spectateur pourra se retrouver sans grande difficulté. Tout le vécu des enfants raisonnent en chacun de nous, tant l’adolescence est un thème universel.
L’intrigue commence avec la disparition d’un des leurs, Will. Mais c’est l’arrivée d’une jeune créature muette et aux pouvoirs surnaturels qui va tout déclencher.
Une relation particulière se crée entre un des héros, Mike, et cette jeune fille étrange qu’il décide de cacher. Jeune fille qui ne connaît rien du monde « normal ». Comment ne pas penser à E.T. et à la relation entre Elliott et « la créature » ?
A partir de là, les jeunes se lancent dans l’action de leur côté et nous assistons à plusieurs intrigues générationnelles : les jeunes ados, les pré-adultes et les adultes. Une manière de toucher un public plus large.
Cela resterait gentillet si on ne glissait pas doucement dans l’horreur. Le générique donne le ton : musique angoissante, apparition du titre aux allures fantômatiques, sur fond de synthétiseur. Comme le début d’un film de série Z.
Ajoutons à cela une touche d’espionnage, de premiers émois, de laboratoire secret, et nous avons tous les ingrédients qui ont fait le charme des années 80.

Quelques exemples d’affiche rendant hommage à des films cultes
©Netflix/Warner Bros/Twentieth Century Fox
Le casting et les personnages
Là encore, coup de maître : faire revenir sur le devant de la scène une des actrices les plus mythiques de la fin des années 80-début des années 90 : Winona Ryder (BEETLEJUICE, EDWARD AUX MAINS D’ARGENT, le DRACULA de Coppola…). Cerise sur le gâteau, elle retrouve sa voix française habituelle après toutes ces années (la talentueuse et agréable Claire Guyot).
La bande d’adolescents sera incarnée par des comédiens débutants, totalement inconnus mais non dénués de talent. Impossible de résister au charme et à la puissance émotionnelle de Millie Browne, alias Eleven/Elf/Onze.
Il est amusant de noter que bien que chaque acteur joue son rôle à la perfection, ce sont les filles qui brilleront à chaque saison. J’ai cité Millie Brown, mais la saison 2 nous présente Maxine alias MadMax, une jeune rousse qui n’a pas froid aux yeux (décidémment, ces rouquines) , interprétée par Sadie Sink, et nous découvrons les charmes et le charisme de Robin dans la saison 3, qui n’est autre que Maya Hawke, la fille d’Uma Thurman et Ethan Hawke.
Bien sûr, il était impossible de ne pas retrouver quelques grandes figures des années 80 : Matthew Modine dans la saison 1, Paul Reiser, dans un rôle qui n’est pas sans rappeler celui qu’il tenait dans ALIEN mais surtout Sean Astin (Mickey des Goonies !).
Puisque nous parlons du casting, voyons le traitement des personnages.
Ceux-ci sont, sans être exceptionnels, plutôt bien représentés.
Les adolescents sont des ados typiquement américains, avec leurs problèmes, les difficultés inhérentes à cet âge. La relation Will/Mike illustre bien ce passage délicat et douloureux qu’est celui de l’enfance à l’adolescence.
Ces personnages vivent aussi leurs premiers émois. Les conseils entre filles, à l’opposé de ceux des garçons, sont d’ailleurs hilarants.
C’est en effet à croire que dans cette série, les filles sont toutes puissantes (à l’exception de la pauvre Barbara…) tandis que les garçons partent avec des casseroles énormes qu’ils traînent sans relâche et tentent de s’en dépatouiller avec plus ou moins de succès. Plutôt moins que plus, d’ailleurs…
On découvre aussi des personnages plus complexes, plus sombres. C’est, entre autres, le cas de Steve qui, au départ, était le stéréotype du garçon le plus populaire de son lycée, avec tout ce qui va avec. Le voir se prendre d’affection pour cette bande de « loosers » plus jeunes que lui est assez jouissif.
Mais les cas les plus intéressants sont sans conteste ceux de Hopper et de Billy. Chacun ayant un traitement qui saura toucher la sensibilité du spectateur.

L’inquiétant Billy
©Netflix
Source : Allocine
Nous trouvons donc dans cette série des personnages attachants, drôles (parfois malgré eux), parfois plus profonds et intéressants qu’il n’y paraît, même si l’ensemble manque régulièrement de cohérence. Comment ont-ils pu à ce point tourner en ridicule Hopper, un personnage attachant de par son passé et ses difficultés à traverser son deuil sous ses airs d’homme bourru, en le transformant en cette caricature du père macho coléreux, possessif et sans aucune subtilité ?! Un personnage quoi devient au choix risible ou agaçant. Quel dommage.
La réalisation
C’est un des point forts de la série. Tout y est maîtrisé. Le générique rappelle ceux de films d’horreur des années 80, avec un son saturé de basses jouées au synthé, imposant l’angoisse dès les premières notes. Pour ma part, je ne peux m’empêcher de penser au générique de la série V…
Le grain de l’image, des lettres, tout est altéré, comme une vielle bande vidéo. Même le lettrage, légèrement flouté, doublé comme dans les vieilles séries, nous plonge dans une série des années 80.
La bande sonore, coordonnée aux effets visuels, à la photographie et aux plans, nous ramène dans les films d’horreur les plus réussis.
Côté musique, c ‘est un voyage dans le passé particulièrement réussi.
Steve est fan des Clash, Billy de Metallica, Mike de Corey Hart… Autant d’occasions pour réentendre les groupes emblématiques des années 80. Et un délice de les voir chanter avec tant de conviction ces tubes que les acteurs ne doivent sans doute pas connaître…
J’ai aussi un faible pour les coiffures et les tenues vestimentaires : la fameuse coupe au bol, les couleurs flashy (il faut voir les tenues que s’achète Elf dans la saison 3 !), les permanentes et le maquillage « pot de peinture », les maillots de bain échancrés, les shorts ras-des-fesses pour les garçons. Des souvenirs de la mode inoubliable des années 80 qui nous font dire que décidément, il y a certaines choses qu’on ne regrette pas !
Même le merchandizing autour de la série est au diapason. Il suffit de regarder les jaquettes des bandes originales, jusqu’à la fausse usure illustrée. On croirait revoir les affiches ciné placardées dans les chambres. INDIANA JONES, E.T., RENCONTRE DU TROISIÈME TYPE, CARRIE, CHRISTINE, tout y est…

« Tu veux un ballon, Georgie ? »
©Netflix
Source : Allociné
Les références
Comme je le disais plus haut, la série rend hommage au cinéma des années 80, à commencer par celui de Spielberg et Carpenter, mais aussi les adaptations de Stephen King (Hawkins me rappelle les fameuses bourgades du Maine dans lesquellee King situe ses intrigues).
Certains passages de la série sont quasiment des répliques de scènes de certains films : la saga ALIEN, celle de GHOSTBUSTERS, de STAR WARS, des TERMINATOR, DIE HARD, GREMLINS, CHRISTINE, CARRIE, STAR WARS, STAND BY ME, et bien sûr, LES GOONIES. La liste est non exhaustive.
Winona Ryder n’est pas oubliée, puisqu’on la voit au bras d’un Dracula un peu étrange.
Quant au cinéma pour ado, les références au film ÇA CHAUFFE AU LYCÉE RIDGEMONT, emblématique de cette génération, sont légion. Cette série regorge d’easter egg à chaque épisode.
Et c’est à la fois le point fort et le point faible de la série. Bien sûr, c’est au départ un plaisir de geek d’à la fois revivre nos films et séries cultes, mais ça en gâche parfois l’appréciation de l’intrigue.
Les références sont tellement nombreuses qu’on en vient à guetter celles que l’on n’a pas encore vues.
Pire, au cas où le spectateur ne les aurait pas perçues, les références sont soient répétées un nombre incalculables de fois, soit carrément citées. Voire les deux. La saison 3 en est le parfait exemple avec la série MAGNUM : nous surprenons Hopper, qui porte la moustache, la chemise hawaïenne et est fan de belles voitures en train de regarder la série ou même en train de se faire appeler Magnum par un protagoniste !
Même chose avec THE THING ). La créature en est pleinement inspirée physiquement, mais au cas où, Lucas se prend l’envie de comparer le film et ses deux versions au nouveau Coca qui vient de sortir…
Mais le pire est sans conteste le personnage du militaire russe, une caricature vivante d’Arnold Schwarzenegger dans TERMINATOR, qui porte des vêtements, similaires, allant jusuqu’à prendre la fameuse pose avec le fusil à pompe.
Sans parler de la coupure nette en plein climax du final pour faire une référence, certes drôle et réussie, à un film culte pour bon nombre d’adultes nés fin 70-début 80, à travers une chanson digne d’une comédie musicale…
Enfin, impossible de ne pas penser à Ellen Ripley en voyant Nancy face à la créature ou passer devant la troupe pour pénétrer dans la maison. Mais là encore, on perd en cohérence ! D’où une bande d’adolescents avec parmi eux un jeune homme (armé, si je ne m’abuse) et une fille aux super-pouvoirs laissent-ils une jeune femme frêle et non armée pénétrer en premier dans une maison qu’ils soupçonnent d’être envahie par un monstre gigantesque?
Mais pour moi la référence la plus présente, et pas forcément la plus agréable ,est le placement de produit. En installant le cœur de l’intrigue de la 3ème saison dans un centre commercial, la production était assurée de faire d’une pierre deux coups. Certes, c’est assez mignon de retrouver ces vieux produits (encore que, certains sont exclusifs aux Etats-Unis, comme ce fameux New Coke), mais quand cela prend une place prépondérante dans la mise en scène (comme les multiples gros plans sur la marque Chrysler à l’arrivée de la voiture de Hopper), cela en devient lassant et même dérangeant.
En contrepartie, la série peut ainsi proposer un merchandising à base de produits dérivés hallucinant et inépuisable pour séduire le fan, à base d’affiches, de figurines, de jouets, de fausses VHS comme cofret DVD, et j’en passe…
De ce fait, la série se perd un peu. Est-ce que l’hommage aux années 80 est une plus-value ou bien le centre de la série ? L’équilibre est difficile à trouver.
À trop en faire, le spectateur est sorti de l’intrigue. Il sait qu’il regarde une fiction, un peu comme ces plaisirs coupables, parce qu’il sait qu’il va y retrouver son enfance ou son adolescence, mais parfois au détriment de l’intrigue. Car si la saison 1 est une vraie réussite, les saisons suivantes ont du mal à innover et à trouver une réelle cohérence, en particulier la saison 2.
En conclusion :
Pour ma part, malgré l’overdose de références, j’apprécie beaucoup de retrouver l’esprit de films comme LES GOONIES (mon film préféré des années 80) avec cette fraîcheur, cet esprit héroïque et les débuts du féminisme au cinéma, mais j’apprécierais encore plus de ne pas être sortie de l’intrigue par tous ces hommages.
De ce fait, STRANGER THINGS semble se perdre dans son désir de plaire et nous offre une série en demie-teinte.
La saison 1 fut un véritable vent de fraicheur et de plaisir, la saison 2 une suite d’épisodes sans grande cohérence, et la saison 3 une avalanche de références aux films et séries cultes des années 80.
Espérons que la série saura aller au bout de son projet sans entrer dans une parodie des années 80 ou pire, d’elle-même.
—–
En moins de 3 ans STRANGER THINGS est devenu une série phénomène des années Netflix et symptôme flagrant du revival des années 80 . Kaori en dissèque le succès chez Bruce Lit.
La B.O. : malgré le côté inattendu et frustrant, sans doute un de mes moments préférés de toute la série :


Voilà, c’est fini… Les trois épisodes suivants étaient clairement moins bons, mais j’aime beaucoup le final que j’ai trouvé très émouvant plusieurs fois et qui n’est pas avare en action prenante. L’épisode est long (c’est un film de 2h08) mais je trouve que tout ce qui manquait d’émotion dans les épisodes 5 à 7 apparaît enfin parfaitement ici. Il y a beaucoup de déçus apparemment, j’ai un peu de mal à comprendre pourquoi : la série n’a jamais été parfaite, loin de là. Mais elle est chouette.
Il faudrait me payer très cher pour (re)voir ça. J’ai arrêté à la saison 3 sans regrets. Rien que de voir les screens des acteurs me file le bourdon. Il faut dire que je les associe à une interview interminablement ennuyeuse.
Mais je pense que je ne suis pas le public cible de ST. Content que tu le sois.
Par curiosité, j’ai regardé le dernier épisode cet après-midi avec mes deux aînées, qui sont fans. C’était bien fait mais la fin étirée prenant le temps de dire adieu aux personnages survivants m’a fait penser au troisième volet du Seigneur des Anneaux. Forcément, ça a peu fonctionné sur moi qui n’avait pas suivi toute la série.