Sous le soleil de Krypton ! (Superman Year 1)

Superman Year 1 par Frank Miller et John Romita Jr

Un article de BRUCE LIT

1ère publication le 24/02/23 – MAJ le 4/11/26

VO : DC Comics

VF : /

Atlas
 ©DC Comics

SUPERMAN YEAR ONE est une mini série en 3 épisodes publiés en 2019 chez DC Comics sur le Black Label réservé aux adultes. C’est pourtant une lecture que même les enfants peuvent accomplir sans crainte tant l’ambiance de cette histoire de Frank Miller et JrJr est chaleureuse et exotique.
Il s’agit comme son titre l’indique de raconter les origines de Superman comme Frank Miller le fit dans son légendaire BATMAN YEAR 1 avec David Mazzucchelli.

Sauf erreur de ma part, l’album n’a pas encore été publié chez Urban.

Les spoilers ? On s’en tamponne le coquillard

Une très belle scène où Superman scanne comme un enfant aveugle Pa Kent.
 ©DC Comics

Frank Miller n’a jamais écrit LA SAGA DU PHENIX NOIR. Et pourtant l’oiseau de feu qui renaît de ses cendres c’est lui.
On le disait facho et vieux con ? L’homme est devenu la mascotte des conventions où il arbore un sourire désarmant face à la génération Y.
On le pensait mourant sous le tropique du cancer ? Comme Matt Murdock, il n’abandonne pas et lutte comme un lion contre la maladie.
On l’imaginait fatigué et usé ? Il enchaine les projets plus ou moins aboutis mais dans lesquels il laisse toujours un petit bout de lui, c’est à dire, l’essence d’un géant, pardon, d’un authentique génie de la bande dessinée, l’un des seuls auteurs capables d’avoir su transcender son médium pour intéresser tous ceux qui ne pouvaient pas porter les super-slips en écharpe….

Ce projet ne manque ni de charme ni d’enthousiasme : Miller n’a jamais eu son pareil pour écrire des héros tourmentés et nocturnes. De Daredevil plongé dans une nuit éternelle à Batman qui ne sort de sa cave que pour disperser à coups de poings sur les malfrats sa psyché tourmentée en passant par les rues malfamées de SIN CITY, Miller est l’inventeur proclamé du sombre et violent.

Aussi lorsqu’il s’aventure dans l’univers solaire du fils de Krypton avec JrJr aux manettes, il convient de prêter attention à ce duo dynamique qui, pour le meilleur et le pire réinventa le Matt Murdock brutal et pataud tel qu’il triomphe dans le show Netflix.

Un découpage et des couleurs magnifiques
 ©DC Comics

Sans surprise, ce YEAR 1 commence par la saga SMALLVILLE. Il continue de manière plus surprenante chez les Marines (!) où Superman s’entraine avant d’aller défier Poséidon en personne pour se taper sa fille. La troisième partie s’achève à Metropolis et sa rencontre avec Lois Lane puis à Gotham avec l’autre cinglé à cape noire.

Tout au long de l’album, le lecteur se surprend à regarder la montre comme devant un film trop long. Où est passé le sens du rythme prodigieux de Frank Miller, celui qui donnait la cadence de BATMAN YEAR 1 et transformait un récit d’apprentissage en film noir nerveux et impitoyable ? Comment fait-il pour bombarder autant de cartouches de textes qui racontent une histoire des plus convenues : Superman est beau, fort, intelligent, invulnérable. Et puis, ce dernier épisode face à Luthor, c’est du coït interrompu !

Altier et attachant à la fois
 ©DC Comics

Il est facile de vouloir y retrouver l’obsession de Miller pour les héros supra virils, à la mâchoire carrée, insensibles à la douleur et pour cause, on parle ici de l’homme d’acier. Non seulement il bat ses adversaires sans sourciller, mais il tombe une femme par arche narrative via des raccourcis que l’on souhaite moins paresseux une fois au plumard….Superman séduit Lana Lang pour s’ adonner à des amours sous-marine avant de faire succomber Lois Lane et Wonder Woman qui le supplie d’un baiser 1 page après l’avoir rencontré.

Pas de supportive cast : si tout le casting de Superman est là, Miller s’en fiche royalement tout comme de l’explication de son costume légèrement remanié qui apparait comme par miracle dans une séquence over the top.
Si le lecteur passe outre ces erreurs de vieillesse, il dégustera un véritable Best-Of des meilleurs moments Miller.

Et là, force de constater que l’écriture garde sa force légendaire, presque musicale. L’homme s’exprime toujours par anaphore et décline par des phrases bien choisies les obsessions du personnage. Miller parvient à se mettre dans la peau d’un nourrisson qui confond l’explosion de sa planète avec des feux d’artifices festifs. L’explosion de Krypton est une séquence éblouissante de maîtrise en vue subjective. L’arrivée sur la Terre est un délice de sensibilité où l’enfant scanne Pa’ Kent avant s’abandonner à son affection. Le combat contre le Kraken est un monument de savoir-faire où le lecteur retrouve son âme d’enfant jouissant de l’invincibilité de son héros face à un gros monstre.

Le combat contre le Kraken face à des femelles enamourées. Du Miller « pur jus » et le meilleur moment de YEAR 1.
 ©DC Comics

C’est évident tout au long de ces 200 pages : Miller a envie de se faire plaisir et de contenter son lecteur. Superman est un Dieu vivant et bienveillant. Il nous montre ce que peut devenir un homme débarrassé de la peur de mourir et de souffrir. Ses ennemis ont beau multiplier les pièges façon Tex Avery, Superman les nargue avec le sourire tel le Beep-Beep face au Coyotte.

Le Superman de Miller a les attributs de Matt Murdock sans sa colère : il entend tout, et identifie l’autre à son odeur. Le fréquenter équivaut à être déchiffré corps et âme. Son entrainement chez les Marines prouvent sa supériorité puisque capable de rester humain et décontracté face à ce traitement inhumain immortalisé par Kubrick dans FULL METAL JACKET.
Le romantisme de Miller n’est pas en reste puisque il rejoue la tragédie épique du chevalier courtois voulant arracher une douce princesse à son père abusif. C’était le cas dans son WOLVERINE face à Shingen ou Vanessa que DD arrache au Caïd dans LOVE AND WAR. C’est encore le cas ici avec Superman contre le Kraken de Poseidon.

Miller n’a plus rien à prouver, les plus cyniques diront qu’il n’en a plus rien à foutre. Se rêve t’-il en Superman que rien ni personne ne peut abattre ? Ou, aux portes de la mort et de la maladie, décide t-il de simplifier son rapport à la vie et adopter un point de vue solaire et décontracté qui manquait à son oeuvre ?

Le genre de clin d’oeil qui fait plaisir
 ©DC Comics / Marvel Comics

John Romita Jr livre ici un travail prodigieux d’énergie, son Kraken est monstrueux et rappelle sa version de Méphisto, son Poséidon ombrageux et majestueux, son Superman navigue entre décontraction et arrogance. Ces planches sont un vrai délice avec une ambiance subtile à déchiffrer. Un plaisir de lecture sensationnel rehaussé par des clins d’oeil à ses œuvres antérieures : Superman plongé dans ses pensées sur un château d’eau à la campagne remplace le Matt Murdock perché sur Hell’s Kitchen ou le Spider-Man pensif sous la pluie. Impossible également de ne pas avoir un sourire en coin lorsque Lex Luthor invite Superman au sommet de sa forteresse pour un petit jeu de manipulation comme Wilson Fisk en son temps avec DD.

SUPERMAN YEAR ONE fait montre d’une maitrise improbable. Miller y parvient à y raconter une non-histoire et d’écrire un personnage sur lequel tout a été dit et auquel il n’apporte rien que sa vision de la sagesse : Superman passe sa vie à se contrôler et attendre que la foudre tombe plutôt que de perturber l’ordre des choses. Le raccord avec le SUPERMAN collabo de DKR est également pensé. Le fait que ce soit l’oeuvre d’un scénariste fatigué et malade rajoute à l’optimise de l’entreprise. Rien n’est grave ou définitif sous le soleil de Krypton.

Le rouge et le noir
©DC Comics

38 comments

  • Bruno. ;)  

    … Connais pas.
    Pas emballé, à priori : pas fan du tout de JrJr (les poses raides, les visages pas jojo -la tête du Clark gamin !!-, la stylisation systématique (cheveux, yeux, vêtements, Etc…) ni de la colorisation -encore une fois, tout est aplati et le rendu « figuratif » succombe à la technique informatique et ses myriades (d’inutiles) possibilités…
    Je suis néanmoins content de lire que vous soulignez tous l’optimisme de Miller sur cette série : je crois dur comme fer à la valeur intrinsèque d’un point de vue positif comme argument/valeur d’une histoire, même si c’est le seul intérêt de cette dernière. Un peu de lumière apporte toujours davantage de profondeur qu’une banale noirceur, généralement plus facile à dérouler -et stérile à force de redites.

    Je suis surpris de la forme que prennent vos affects en ce qui concerne tel ou tel autre Super-héros, par contre, qui refroidissent en fonction du concept exploité. Du sur-homme objectif au looser dépassé, je dirais que tout dépend surtout du talent des créateurs : on a eu une ribambelle de bonnes lectures qui exploitent intelligemment ces limites, sans forcément trahir la nature d’un personnage mise en abîme via le pole extrême représenté par l’autre. Le Dark Knight, of courge ; mais aussi World’s Finest par Gibbons/Rude, Kingdom Come de Waid & Ross, Etc… -je sèche un peu : connaissais mieux le MCG 😋.
    Même le plus obscur titon du vivier Historique du genre peut être mis en valeur si on prend la peine d’un angle un peu original pour le mettre en scène : sa nature ne sera qu’un outil à employer pour ses auteurs.

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