Super-Cannibal Holocaust (MARVEL UNIVERSE VS THE PUNISHER)

MARVEL UNIVERSE VS THE PUNISHER par Jonathan Maberry et Goran Parlov

Un article de JB VU VAN

VO : Marvel Comics

VF : Panini Comics

Il ne reste que des cibles
© Marvel Comics
© Panini Comics

Une petite faim ? Découvrez un univers où les héros Marvel sont devenus cannibales. Malheureusement pour l’humanité, l’ultime défense contre ces monstres est le Punisher ! Une histoire mêlant humour, action et horreur à découvrir sur Bruce Lit : le Blog.

Cet article portera sur la minisérie MARVEL UNIVERSE VS THE PUNISHER, écrite par Jonathan Maberry, illustrée par Goran Parlov et mise en couleurs par Lee Loughridge. Elle a été publiée en France dans MARVEL UNIVERSE HORS SÉRIE n°9 et MARVEL DARK PUNISHER : MARVEL UNIVERSE VS PUNISHER [sic] sous une traduction de notre estimé Alex Nikolavitch.

Frank Castle a provoqué la fin de l’humanité. Des années plus tôt, lors d’une descente, il a accidentellement brisé des fioles contenant un sérum destiné à garantir la survie de l’humanité après une guerre nucléaire. Si Castle en tire une immunité, le sérum se propage dans le sol et mute. Durant des mois, à l’insu de tous, il réécrit l’ADN de ses victimes pour les transformer en êtres primitifs et sans inhibition. Lorsque Spider-Man, le premier à muter complètement, dévore le Rhino en public, il est déjà trop tard pour contenir la situation. Désormais, dans un New York peuplé de tribus cannibales, le Punisher traque les monstres que sont devenus les surhommes qui, autrefois, protégeaient ou menaçaient la ville. Mais le Patient Zéro de la contamination vient lui faire une offre que Castle ne peut refuser…

Le dernier bastion de l’humanité, vraiment ?
© Marvel Comics

Avec cette série, Maberry propose une variation des MARVEL ZOMBIES, à savoir un récit réimaginant les personnages Marvel en créatures monstrueuses, en utilisant l’alternative des infectés cannibales, à la manière du comic book CROSSED ou du film LA NUIT DES FOUS VIVANTS. Paradoxalement, contrairement aux volubiles Zombies de Kirkman, les cannibales de MARVEL UNIVERSE VS… sont peu bavards, lâchant généralement à peine un “Viande” avant d’attaquer leurs victimes. Bref, ils font plus “zombies” que les Marvel Zombies !

Mais la grande inspiration pour cette mini-série est l’histoire “Je suis une légende”, la nouvelle de Matheson et l’adaptation de 1964 avec Vincent Price (on oubliera LE SURVIVANT et le film avec Will Smith, qui font de joyeux hors sujets). Comme le protagoniste de cette histoire, Frank Castle erre dans une ville dévastée et apparemment vidée de ses habitants, et “nettoie” les ruines des monstres qui les hantent. À l’image du film de 1964, on suit d’abord la routine du protagoniste, suivi de sa rencontre avec une personne immunisée, une découverte qui va le forcer à reconsidérer sa mission.

Pour Castle, le monde a pris fin il y a longtemps
© Marvel Comics

Si JE SUIS UNE LÉGENDE fournit à ce comic book sa structure, il est intéressant d’en comparer la morale. Chez Matheson et dans l’adaptation de 1964, le “héros” finit par se rendre compte que les monstres qu’il traquait ont reconstitué une civilisation et sont la norme et que lui est l’anomalie, leur croquemitaine, le monstre de légende. MARVEL UNIVERSE VS THE PUNISHER a une approche intéressante de cette idée. En effet, il garde l’idée d’une évolution des cannibales, dont certains ont retrouvé une intelligence notable. Mais la conclusion reste également cohérente avec le personnage principal et son regard manichéen sur le monde. En effet, dans les dernières pages, Castle, le dernier humain dans une ville de créatures tueuses, est lui-même qualifié de monstre. Un rôle que, contrairement au personnage de Matheson, il compte embrasser et perpétuer, abandonnant littéralement derrière lui toute trace d’humanité.

Mais cette fin amène également une lecture alternative du personnage. En effet, s’il n’est pas le seul humain immunisé, il a été exposé au virus qui a transformé tous les autres. La narration indique que survivre à cette exposition l’a immunisé au virus mais aussi à toute autre maladie, renforçant son organisme. Au sortir de l’histoire, le lecteur peut légitimement se demander si Castle a également été infecté, mais que sa soif de vengeance remplace simplement la soif de chair et de sang des autres contaminés… De fait, plusieurs passages du dernier numéro le représentent comme un barbare, notamment une couverture ressemblant à celle d’un pulp montrant Castle torse nu et cheveux au vent, une demoiselle en détresse s’accrochant à sa jambe ! Une représentation en cohérence avec le personnage : un récit des années 90 (publié dans PUNISHER WAR ZONE n°26 à 30) s’intitulait carrément “Conan with a gun” !

Le barbare avec un flingue
© Marvel Comics

Jonathan Maberry propose un récit sachant varier les tons. L’histoire est plus sombre que Marvel Zombies, l’humour venant essentiellement de Deadpool, tué en boucle par le Punisher et gardant son bagout. Castle pour sa part reste mutique, sa narration venant principalement de son journal de guerre. Le récit laisse également une grande place à l’action, l’auteur se délectant de mettre en scène le Punisher mettant à mort les personnages Marvel, à l’image de Garth Ennis avant lui dans son one-shot au titre-miroir de cette série, PUNISHER KILLS THE MARVEL UNIVERSE.

Mais l’approche horrifique de Maberry est également à noter. Contrairement aux titres Marvel Zombies, il évite les gerbes de sang, de tripes et autres chairs arrachées. L’horreur vient davantage de l’atmosphère. Le premier numéro est ainsi construit pour montrer la figure de traqueur de monstres qu’est devenu le Punisher, avec une ultime double-page mettant en avant son caractère barbare ! Le second met en scène la menace croissante du “Patient Zéro”, qui m’a un peu rappelé (toutes proportions gardées) l’arrivée de Negan dans THE WALKING DEAD, à travers plusieurs éléments : un cadavre laissé à l’abandon, un messager, des éléments visuels remplissant le paysage jusqu’à une prise d’otage.

Hulk vs Wolverine… plus ou moins
© Marvel Comics

L’artiste de ce titre, Goran Parlov, maîtrise le personnage. Les lecteurs du Punisher Max de Garth Ennis connaissent son travail, tant sur les histoires sérieuses comme VALLEY FORGE que sur les délires mettant en scène le colossal Barracuda, en solo ou face au Punisher. Il retranscrit ainsi parfaitement les différentes ambiances. Le virus infectant les héros rendant leurs corps plus massifs, l’aspect grotesque de certains des antagonistes rappellent également le Bienvenue dans le Bayou de l’artiste, écrit par Victor Gishler. Je reproche surtout à Parlov quelques incohérences. Par exemple, Black Widow, elle-même infectée, apparaît d’abord avec des tatouages tribaux au visage, un élément qui disparaît par la suite (trop compliqué dans des scènes de groupe ?). Mais surtout, la double page qui clôt le premier numéro fait figurer une victime du Punisher ensuite présentée comme toujours en vie…

Cette série va avoir droit à 2 préquelles, MARVEL UNIVERSE VS WOLVERINE et … VS THE AVENGERS, sans à mon avis retrouver l’intérêt de cette première histoire. Sans compter plusieurs incohérences (la survie de Wolverine, la conclusion de VS THE AVENGERS ne sont pas raccord avec les éléments de MARVEL UNIVERSE VS THE PUNISHER), ces histoires ne sont pas dans le ton de l’inspiration initiale de cet univers, à savoir le récit de Richard Matheson : l’histoire de Wolverine est au final plus optimiste, alors que l’approche de VS THE AVENGERS reste trop proche de l’univers de Kirkman, notamment MARVEL ZOMBIES VS ARMY OF DARKNESS.

Un nouveau monde au goût de Castle : simple, sans nuance
© Marvel Comics

2 comments

  • JP Nguyen  

    Celui-là, je l’avais pris en VF Kiosque et je n’en ai pas gardé grand souvenir. Tu m’apprends qu’il y a eu deux autres minis dans le même univers avec Wolverine et les Avengers.
    Je suis allé les lire en ligne.
    Celle de Wolvie est dessinée par Lawrence Campbell et sans être ultra fan, je ne la trouve pas si mal.
    Celle des Avengers est pas mal centrée sur Hawkeye mais le dessin de Leandro Fernandez me semble ne pas correspondre au style du récit et la conclusion m’inspire plutôt un sentiment de « tout ça pour ça  » tandis que la mini avec Wolverine se terminait sur une note d’espoir, comme tu le mentionnes dans l’article.

    • JB  

      Même chose initialement, mais mon regard a changé après avoir vu le film JE SUIS UNE LEGENDE avec Vincent Price qui m’a donné envie de redécouvrir ce récit. Pour la mini sur Wolvie, j’ai noté dans la version magazine une coquille sur la dernière page, où figure un cri primal faisant craindre le pire, totalement absent de la VO où la fin est une lueur d’espoir…

      Ça me fait penser, d’ailleurs… Tornado, si tu me lis, après les papiers magistraux sur les adaptations du TOUR D’ÉCROU et du HORLA, à quand un dossier C.A.P. sur celles de l’histoire de Matheson !!!

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