Les Maîtres de l’Univers – Le film par Travis Knight
Un article de NORMAN RAY

Je n’ai absolument aucun affect pour LES MAÎTRES DE L’UNIVERS. Aucun. Et pourtant j’ai essayé. Mes parents m’avaient acheté les figurines de Musclor et de Skeletor. Mais c’était quoi ces figurines avec des proportions de m… ? Les mecs étaient tellement gros qu’on les imaginait mal être capable de faire le moindre mouvement. Jusqu’où auraient-ils pu plier leurs bras ? Impossible pour eux de resserrer les cuisses sous peine de ne plus jamais pouvoir avoir d’enfant. Et ils feraient quoi, si on les voyait en vrai ? Un mètre cinquante, à tout casser, tassés comme ils l’étaient, et en format « boule de billard » ?
Il y avait une épée bizarre, coupée en deux. Musclor avait la moitié grise, Skeletor la moitié bleue. Et les deux, non seulement se raccordaient mal, mais une fois assemblée, l’épée ne pouvait pas être tenue par les personnages.
Bon, là au moins on ne pouvait pas se tromper sur qui était le gentil et qui était le méchant. J’avais eu le souci avec les jouets de LA GUERRE DES ÉTOILES où j’avais classé le robot blanc dans les bons (soldat impérial) et le Yéti (Chiktaba) dans les méchants.
Et puis est arrivé le dessin animé. Comment dire, j’ai toujours détesté, depuis ma plus tendre enfance, la répétition sans fin des boucles d’animation, et les dessins animés Filmation étaient passés maîtres en la matière, comme par exemple dans leurs TARZAN. Toujours les mêmes plans, recyclés ad nauseam, en permanence. Et tout cela au service de « scénarios », notez les guillemets, tous aussi oubliables qu’un seul épisode de VOISINS, VOISINES. Allez, avouez, vous aussi vous aviez oublié l’existence de ce… truc…
Et pourtant, au scénario, il y avait du futur beau monde, dont Joseph Michael Straczynski, dans un de ses premiers emplois, et Larry DiTillio. Tous deux feront ensemble un bout de chemin après leur départ de Filmation. La raison ? Lou Scheimer ne voulait pas leur reconnaître le fait qu’ils aient créé ensemble SHE-RA, PRINCESSE DU POUVOIR, personnage principal de la série dérivée des MAÎTRES DE L’UNIVERS. Ce qui est créé par quiconque dans le studio de Lou Scheimer, est attribué à Lou Scheimer… Straczynski arrachera finalement un statut de co-créateur, visiblement, et sans doute de haute lutte.
Straczynski et DiTillio travailleront ensemble ensuite sur CAPTAIN POWER ET LES SOLDATS DU FUTUR, série pour laquelle BRUCE LIT m’a fait l’honneur de publier un article sur le site, et bien sûr, ensuite, ils œuvreront ensuite, ensemble, sur BABYLON 5.

Le succès des MAÎTRES DE L’UNIVERS durera sept ans (1981-1987 pour les figurines), une éternité dans l’industrie du jouet et de la série animée (130 épisodes des MAÎTRES DE L’UNIVERS, 93 de SHE-RA entre 1983 et 1986).
Ainsi, en 1987, quand sort le film LES MAÎTRES DE L’UNIVERS, produit à l’économie par la firme CANNON, il est déjà trop tard. La curiosité n’existe déjà plus, le train de la « hype » est passé et ne reviendra, pas malgré les différentes tentatives de relance, en jouets ou en dessins animés.
Et c’est ainsi que, fort du succès de BARBIE en salles, Mattel cherche à dépoussiérer cette autre licence, en lançant la production d’un film, en partenariat avec Amazon MGM Studios. Un choix curieux, car à qui peut s’adresser ce film, sinon aux nostalgiques qui ont vécu leurs premiers émois devant les aventures de Musclor ? Des nostalgiques qui ont maintenant entre quarante et cinquante balais, bien tassés, qui ont femme et enfants, et dont on peut penser que beaucoup sont passés à autre chose.

Car il faut bien être honnête, niveau qualité, LES MAÎTRES DE L’UNIVERS, ça n’a jamais été le haut du panier, tout comme ne l’étaient pas les dessins animés HANNA ET BARBERA qu’on nous diffusait pendant mon enfance (je suis né en 1971). MUMBLY et HONG KONG FOU FOU, ça passait à nos yeux de gamin, moins maintenant…
Et cela, le film de 2026 en est pleinement conscient. Le film (et ses quatre scénaristes crédités) passe par un biais malin pour à la fois tenter de proposer un spectacle moderne tout en honorant les souvenirs d’enfance du spectateur presque grabataire. Le Prince Adam a été exilé à dix ans sur Terre. À son arrivée il perd son épée du pouvoir. Quinze ans plus tard, le prince travaille dans un service RH douloureusement plus vrai que nature (ceux qui comme moi évoluent dans un service de ressources humaines anglo-saxon sauront de quoi je parle…). Dans sa chambre il a reconstitué en dessin ses souvenirs d’enfant, des personnages bigarrés aux pouvoirs étranges et aux surnoms absurdes…
De sa vie passée sur Terre, on ne saura rien, sinon que personne ne le croit, et qu’il a un colocataire qui se croit drôle. Et quand il retrouve l’épée, il reçoit aussitôt deux visites inattendues…

S’ensuit un spectacle classique, mais aussi généreux et des plus réjouissants, car rondement mené, et, chose sans doute la plus importante, totalement sincère à mes yeux, et dénué de cynisme. Il ne s’agit pas là de se moquer d’un Adam trop tendre pour son rôle de héros, ou des personnages / figurines grotesques qui l’entourent. Sur la base certes mille fois vue et revue du « trouve le héros qui est en toi », LES MAÎTRES DE L’UNIVERS trouve à mon sens un équilibre fragile entre respect d’une franchise dont la qualité dramatique n’a pourtant jamais été le point fort, et la sincérité des émotions exprimées, portées par des acteurs impeccables.
Nicholas Galitzine surprend en Adam / Musclor, se montrant à la fois capable de la plus grande bouffonnerie et d’une résolution affirmée, Camilla Mendes campe une Teela crédible dans son rôle de soutien à la fois d’Adam et de son père, Le Maître d’Armes, joué par le toujours impeccable Idris Elba. James Purefoy est maintenant suffisamment âgé pour passer de second du roi (comme son rôle de Kantos Kan dans JOHN CARTER) à roi lui-même ! Son rôle, même s’il est peu présent, lui permet d’exprimer une intensité bienvenue de la part de cet acteur qui n’a pas eu la carrière qu’il méritait. Et une mention spéciale à la DRH passive-agressive 100% flippante car 100% réaliste campée par Sasheer Zamata Moore, qui a participé au Saturday Night Live entre 2014 et 2017 ! J’en ferai quelques cauchemars…
Jared Leto est… là. Difficile de dire ce qui vient de lui ou des animateurs sur le personnage de Skeletor. Allison Brie en Démonia n’a pas une once de l’étrangeté d’une Meg Foster, qui joua le rôle en 1987. Le point faible du film reste ses méchants, trop souvent comiques au lieu d’être effrayants, ou juste… sérieux… Morena Baccarin, dans le rôle de la sorcière, n’a guère plus que quelques apparitions, tout comme Cringer. Apparemment le budget entre 170 et 200 millions de dollars ne permettait pas plus de quelques plans d’un tigre en images de synthèse.

La musique de Daniel Pemberton, épaulé par la présence surprenante d’un Brian May (qui fait donc irrésistiblement penser à la bande originale du FLASH GORDON de 1980 !) peine à surpasser la musique qu’avait composé Bill Conti en 1987, qui reste beaucoup trop impressionnante pour le film qu’elle avait illustré à l’époque. Quelques tubes « pop » viennent agrémenter certaines scènes, dont PRINCES IF THE UNIVERSE de Queen, additionné à quelques références sur HIGHLANDER, comme pour annoncer le futur film… produit par Amazon MGM Studios !
Échec là où il est sorti en salles (sauf en France à cause de la loi sur la chronologie des médias qui emm… Amazon), le film est diffusé sur Amazon Prime depuis le 22 juillet. En misant exclusivement sur la nostalgie de nous autres les anciens, évaporée dans les années quatre-vingt, ce projet n’était-il pas destiné à rencontrer une impasse de toute façon ?
En choisissant l’hommage plutôt que la réinvention (dont toutes les tentatives précédentes avaient échoué de toute façon), Amazon MGM Studios a fait le pari risqué d’assumer le côté kitsch de sa franchise, et de s’aliéner le public jeune qui n’a pas d’intérêt pour les figurines moches de papa.
Mais je ne boude personnellement pas mon plaisir. LES MAÎTRES DE L’UNIVERS (2026) est ce qui est sorti de mieux de cette franchise improbable. Ça n’en fait donc pas un chef d’œuvre, mais un spectacle plus qu’honnête, ce qui n’est déjà pas si mal.
Fisto est de mon avis, et vous savez de quoi il est capable…


Bienvenue Norman. Et merci de réhabiliter ce film annoncé au départ comme un accident industriel et qui est finalement plus fin qu’on ne croit. Il reprend un peu le côté méta de Barbie, en ce sens qu’il est sérieux tout en brisant parfois le 4e mur sur certains aspects, comme le nom des personnages, absurdes pour certains. C’est un film qui ressemble aux mini comics aussi, en ce sens qu’on dirait un lexique, comme si on voyait en prises de vues réelles un gosse jouer avec ses figurines. Contrairement à celui de 1987, j’ai apprécié que l’essentiel ait lieu sur Eternia, avec aussi un clin d’œil à la salle de sport. Tellement culte que d’ailleurs Mattel a sorti une figurine de Skeletor au fitness. Leto est assez bon, reprend aussi le côté meme de Skeletor, popularisé sur le Net. Bref, une très bonne surprise. Je me souviens quand même de Voisins, Voisines. Chiktaba vraiment 😆 ?
Merci pour cette analyse
Un peu déçu. Le film des années 80 avait pour lui les yeux magnétiques de Meg Foster et l’enthousiasme de Langella. Des méchants tendance comiques, bof, j’ai des flashbacks de la désillusion Ultron…
Bravo pour cet article fort sympathique !
Je jouais avec Musclor et ses copains bodybuildés quand j’étais gamin il y a encore quelques jours. Mon amour pour ces figurines collaient bien avec mon amour pour les super-héros de comics !
Quel dommage que ces Maîtres de l’Univers ne soient pas sortis en salle chez nous, ça nous aurait fait un bon petit blockbuster estival, pas plus con que le dernier Spider-Man finalement (que j’ai bien aimé attention).
La BO a plutôt bien marché sur moi (fan de Queen et de The Darkness que je suis) et le film en lui-même m’a fait passer un bien meilleur moment que le truc de 87 (que j’aurais pu apprécier mais que voulez vous, le père Lundgren je le préfère en Punisher).
Le Dolph y va d’ailleurs de son petit cameo ici et se joint à un casting de qualitay (et ça c’est cool).
Seul (petit) bémol, comme pour toutes les superproductions actuelles, le film traîne par moments en longueur. Faudrait revenir aux films de 90 minutes, c’était bien aussi !
Un bon 8/10 pour ma part car le film atteint ses objectifs en prenant le risque, comme tu l’as souligné, de n’être destiné finalement à pas grand monde !
J’ai regardé d’un oeil et ai été surpris de trouver le film bien moins mauvais que ce que j attendais
Un divertissement pop corn …
Et concernant Purefoy ….
Rôle court, mais une vraie présence.. (pas autant que dans the Following .. mais bon) ..
Et il fait parti de ces acteurs que l on oublie qu’ils ont fait des adaptation Geek… en plus de ce rôle, il est le rôle titre dans Solomon Kane (2009) (il était l’acteur casté et qui a fait les 3 premieres semaine de tournage de V For Vendetta avant d étre remplacé par Hugo Weaving) et on l a vu dans Penyworth et the Witcher…